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Sommaire des éléments probants relativement aux constatations clés pour l’écozone+ de la Taïga du Bouclier

Thème : Biomes

 

Forêts

Constatation clé 1
Thème Biomes

Constatation clé à l'échelle nationale
Sur le plan national, la superficie que couvrent les forêts a peu changé depuis 1990; sur le plan régional, la réduction de l'aire des forêts est considérable à certains endroits. La structure de certaines forêts du Canada, y compris la composition des espèces, les classes d'âge et la taille des étendues forestières intactes, a subi des changements sur des périodes de référence plus longues.

Zone forêt toundra

La limite nord de la Taïga du Bouclier est définie par la limite des arbres, laquelle n'est pas une ligne nette où se terminent les arbres, mais plutôt une zone de transition allant de peuplements de plus en plus clairsemés jusqu'à la toundra. L'image qui émerge de cette zone de forêt‑toundra, qui ne constitue pas un prolongement uniforme de la limite des arbres, en est une de changement.

Ouest de la Baie d'Hudson

En moyenne, la zone forêt-toundra atteint une largeur de 145 km dans la Taïga du Bouclier ouestNB21. La présence ou l'absence d'arbres à certains endroits dans cette zone de transition dépend du microclimat et de la topographieNB22 ainsi que des conditions climatiques dans le passéNB23. Une analyse de la zone de la limite des arbres pour le Canada, à l'ouest de la baie d'Hudson (y compris la zone de la limite des arbres dans les écozones+ de la Taïga des plaines et de la Taïga de la Cordillère) ne montre aucune augmentation nette des conifères, mais des changements significatifs d'autres types de couverture terrestre (voir l'encadré ci-dessous).

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Est de la baie d'Hudson

Dans la partie québécoise de la Taïga du Bouclier est, les arbres de la zone forêt‑toundra ont poussé plus vite et davantage depuis les années 1970NB24, mais la répartition des arbres n'a pas changé de façon significativeNB25, bien que les épinettes blanches soient depuis peu (au cours des 50 dernières années) présentes le long de la côte est de la baie d'HudsonNB26. Au Labrador, les limites des arbres se sont déplacées au cours des  50 dernières années vers le nord et vers le sommet des versants, mais elles ne se sont pas déplacées vers les terres intérieuresNB27.

La zone forêt toundra à l'ouest de la baie d'Hudson

Figure 4. Changements de végétation dans la zone de la limite des arbres, à l'ouest de la baie d'Hudson, durant la période 1985-2006.
Changemnt moyen sur 22 ans basé sur l'analyse d'images obtenues par satellite au début du printemps et au cours de l'été.
La carte accompagnant le diagramme présente la région analysée; d'après Olthof et PouliotNB28.

diagramme
Source : données de Olthof et Pouliot, 2010NB28
Description longue pour Figure 4.

Ce diagramme montre les informations suivantes :

-Changement moyen en pourcentage
Terrains nus-0.094
Lichens-0.039
Conifères0.005
Plantes herbacées0.124
Arbustes0.150

La carte en médaillon montre la zone étudiée, qui s'étend le long de la zone de la limite des arbres, de la partie nord du Yukon, traverse les Territoires du Nord-Ouest et se rend jusqu'au sud-est du Nunavut et au nord du Manitoba.

Une étude réalisée à l'aide de l'imagerie satellitaire en vue d'examiner les tendances récentes dans la zone de la limite des arbres à l'ouest de la baie d'Hudson a permis d'observer une faible augmentation nette du couvert arboré, mais des changements importants ont été observés sur le plan de la couverture végétale (figure 4)NB28. Le couvert arboré a augmenté dans la moitié septentrionale de la zone, mais cette augmentation a été en grande partie contrebalancée par une diminution du couvert arboré dans la moitié méridionale. Les changements étaient plus prononcés dans la partie ouest de la Taïga du Bouclier, en particulier à l'ouest du delta du Mackenzie, probablement en raison des conditions plus sèches dues à la tendance marquée au réchauffement observée dans ces régionsNB29. Les changements les plus importants qui ont été observés étaient une augmentation du couvert arbustif et, dans la partie nord-ouest de la zone de la limite des arbres, le remplacement du lichen et de la terre nue par de petits végétaux non ligneux (herbacées).

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Milieux humides

Constatation clé 3
Thème Biomes

Constatation clé à l'échelle nationale
La perte de milieux humides a été importante dans le sud du Canada; la destruction et la dégradation continuent sous l'influence d'une gamme étendue de facteurs de stress. Certains milieux humides ont été restaurés ou sont en cours de restauration.

Les terres humides couvrent environ 13 % de la superficie de la Taïga du BouclierNB18. On ne connaît pas la tendance globale mais, dans certaines parties du Québec et du Manitoba, et probablement ailleurs dans la Taïga du Bouclier, on observe une expansion des étangs due à la fonte des tourbières gelées (voir la section Tendances liées au pergélisol à la page 21). Cette expansion est liée aux changements qui affectent les régimes de température et de précipitation. Par ailleurs, les aménagements hydroélectriques dans le nord québécois ont entraîné une certaine réduction des terres humides (voir Conversion des écosystèmes sur la page 28).

La contraction des tourbières oligotrophes (crêtes étroites et basses, des dépressions mouillées ou des mares étant intercalées entre celles-ci) à proximité du plateau lacustre du Québec est un des cas démontrés de changement lié à l'aménagement hydroélectrique à l'est de la baie James. Les terres humides de cette région procurent un habitat aux oiseaux de rivage et aux pygargues à tête blancheNB30. Les projets d'expansion des complexes hydroélectriques de la baie James (Québec)NB31 et de la rivière Churchill (Terre-Neuve-et-Labrador)NB32 devraient se matérialiser au cours des prochaines années, ce qui aura sans doute un impact sur les terres humides de la partie est de la Taïga du Bouclier, d'autant plus que ces projets prévoient la construction de deux grands réservoirs et la dérivation de la moitié du débit de la rivière Rupert.

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Lacs et cours d'eau

Constatation clé 4
Thème Biomes

Constatation clé à l'échelle nationale
Au cours des 40 dernières années, parmi les changements influant sur la biodiversité qui ont été observés dans les lacs et les cours d'eau du Canada, on compte des changements saisonniers des débits, des augmentations de la température des cours d'eau et des lacs, la baisse des niveaux d'eau et la perte et la fragmentation d'habitats.

Les changements hydrologiques qui affectent les cours d'eau non aménagés varient sur l'ensemble de l'écozone+. Les cours d'eau de l'ouest de l'écozone+ font partie du bassin du fleuve Mackenzie, lequel a connu globalement une augmentation du débit liée au climat (1970-2000), alors que dans la partie est, la majorité des cours d'eau se déversent dans la baie d'Hudson et la baie James, lesquelles n'ont connu aucun changement net de l'apport total en eau douce (1964-2010). Depuis 1973, la construction de barrages et le détournement de cours d'eau ont entraîné des changements importants dans les modèles d'écoulement saisonniers de plusieurs rivières, en particulier celles qui se déversent dans la baie James.

Tendances régionales

Les tendances à grande échelle influant sur l'écozone+ de la Taïga du Bouclier sont les suivantes :
Bassin du fleuve Mackenzie – De 1970 à 2000, augmentation du débit hivernal annuel et du débit minimal annuel, et débit de pointe printanier plus hâtif. Légère baisse du débit au début de l'été et tard à l'automne, de même que du débit moyen annuel. Ces tendances correspondent à des hivers et à des printemps plus doux, à une diminution des chutes de neige et à une hausse de la pluviosité printanièreNB33.

Bassin de la baie d'Hudson – Les débits se déversant dans le bassin ont diminué du milieu des années 1960 au milieu des années 1980, cette période étant suivie par une période de débits relativement élevés et une tendance à la hausse (figure 5). Il n'est pas clair dans quelle mesure ces tendances sont liées aux changements climatiques et/ou aux oscillations climatiques décennalesNB34. Bien que le débit total n'ait présenté aucune tendance sur l'ensemble de la période, l'écoulement fluvial a augmenté pendant l'hiver et diminué pendant l'été, de 1964 à 2008. Ce décalage saisonnier est attribué à la forte influence qu'exerce une régularisation des débits de plus en plus grande dans ce bassin : l'eau stockée au printemps et à l'été est libérée pendant l'hiver pour la production d'énergieNB34.

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Figure 5. Débit annuel total des cours d'eau se déversant dans la baie d'Hudson et la baie Jame
Le débit total est estimé d'après les données sur 23 rivières, y compris la rivière La Grande dont le débit est régularisé.

diagramme
Source : Déry et al., 2011NB34; les données de 2009 et 2010 ont été fournies par S.J. Déry
Description longue pour Figure 5.

Ce diagramme linéaire montre les informations suivantes :

AnnéeDébit total (km3)
1964518
1965544
1966605
1967527
1968578
1969601
1970542
1971527
1972493
1973493
1974558
1975529
1976456
1977486
1978515
1979591
1980454
1981410
1982463
1983507
1984490
1985561
1986545
1987488
1988489
1989446
1990473
1991450
1992532
1993498
1994493
1995507
1996525
1997554
1998475
1999530
2000546
2001526
2002548
2003485
2004551
2005635
2006550
2007592
2008616
2008603
2009631
2010498

Tendances dans l'écozone+ – Cours d'eau avec régime d'écoulement naturel

Cette section est fondée sur les analyses à l'échelle du Canada effectuées par Cannon et al. 2011NB35 pour le rapport sur l'état et les tendances des écosystèmes en 2010.

Dans les parties est et ouest de la Taïga du Bouclier, les registres hydrométriques sont rares et portent souvent sur des périodes trop courtes pour permettre de déceler des tendances. Seulement deux  stations hydrométriques (Camsell River, dans les Territoires du Nord-Ouest, et Seal River, au Manitoba) ont enregistré des données sur les débits et les conditions climatiques (1961-2003) qui sont suffisantes pour nous permettre d'analyser les tendances du cycle annuel35. Dans les deux cas, on observe une augmentation appréciable du débit au cours de l'année, sauf au printemps (la figure 6 montre le débit de la rivière Camsell). Ce changement pourrait être dû à l'augmentation des précipitations combinée à la hausse des températures hivernales et printanières enregistrées près de ces cours d'eau35.

Figure 6. Changement du débit de la rivière Camsell, 1961-1982, comparé à la période 1983-2003.
Analyse comparative de 73 périodes de 5 jours chacune, sur la durée du cycle annuel.

diagramme
Source : Whitfield et al. 2010NB35
Description longue pour Figure 6.

Ce diagramme comparant le débit de la rivière Camsell montre que le débit était plus élevé dans la période plus récente (1983­2003) que dans la période précédente (1961­1982). Plus précisément, le débit est nettement plus élevé pendant la majeure partie de l'année, sauf au printemps (mai et juin). Les données proviennent d'une station hydrométrique sur la rivière Camsell dans les Territoires du Nord­Ouest. L'analyse portait sur 73 périodes de 5 jours chacune, sur la durée du cycle annuel.

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Tendances dans l'écozone+ – Cours d'eau avec régime d'écoulement aménagé

Plusieurs projets d'aménagement hydroélectrique, principalement dans la partie est de l'écozone+, ont modifié le régime d'écoulement des cours d'eau depuis les années 70. Le projet hydroélectrique québécois de La Grande (baie James) a modifié en profondeur un certain nombre de rivières de l'est de la Taïga du Bouclier. La construction du complexe s'est déroulée en deux phases, soit de 1973 à 1985, et de 1987 à 1996. Trois cours d'eau – l'Eastmain, l'Opinaca et la Caniapiscau – ont été détournés vers la rivière La Grande. Conséquemment, le débit moyen annuel à l'embouchure de La Grande a doublé et le débit hivernal moyen a été multiplié par plus de dix30.

Les changements des milieux estuariens, côtiers et marins à cause de l'expansion du panache d'eau douce sous la glace de la rivière La GrandeNB36 (voir Zones côtières à la page 18) constituent une des principales répercussions de ces détournements.

Le rendement des pêches a fluctué après la mise en place des détournements, mais, de façon générale, le rendement s'est stabilité à des niveaux supérieurs aux niveaux observés dans des conditions naturelles ou près de ces niveauxNB37. Généralement, la composition et le taux de croissance des espèces de poissons dans les rivières à débit réduit étaient semblables avant et après que le débit ne soit réduit.  

Voici quelques-uns des changements des populations de poissons dans les rivières où le débit a été modifié :
rivière La Grande : déplacement d'espèces qui ne tolèrent pas l'eau froide – le doré jaune (Sander vitreus) et le cisco ou corégone (Coregonus sp.) – par des espèces qui tolèrent l'eau froide – le ménomini rond (Prosopium cylindraceum) et l'omble de fontaine (Salvelinus fontinalis)37. La température maximale moyenne de l'eau de la rivière pendant l'été a baissé de 16 °C à 8 °C à la suite des aménagements37. rivière Eastmain : le nombre d'esturgeons jaunes (Acipenser fulvescens) a diminué, en lien avec la baisse du débit et la fragmentation de l'habitat causées par les     déversoirs37,NB38 . La pression de la pêche pourrait aussi avoir été un facteur dans ce déclin37. Selon  l'évaluation du COSEPAC en 2005, qui a été confirmée en 2006, la situation de la population d'esturgeons jaunes de la baie James est considérée comme préoccupante38. L'évaluation mentionne des déclins de l'habitat et des déclins possibles de l'abondance, en lien avec les aménagements hydroélectriques existants et projetés.

Les changements touchant les poissons dans les réservoirs sont abordés à la section Barrages et réservoirs (p. 28).

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Zones côtières

Constatation clé 5
Thème Biomes

Constatation clé à l'échelle nationale
Les écosystèmes côtiers, par exemple les estuaires, les marais salés et les vasières, semblent sains dans les zones côtières moins développées, même s'il y a des exceptions. Dans les zones développées, l'étendue des écosystèmes côtiers diminue, et leur qualité se détériore en raison de la modification de l'habitat, de l'érosion et de l'élévation du niveau de la mer.

L'écozone+ de la Taïga du Bouclier est présente des côtes le long de la baie James, de la baie d'Hudson, de la baie d'Ungava et de l'océan Atlantique. On a trouvé peu d'information quant à l'état et aux tendances des écosystèmes côtiers aux fins du présent rapport. La région de la baie James et de la baie d'Hudson présente un taux élevé de relèvement isostatique, ce qui signifie que de nouveaux sols et de nouvelles zones de végétation sont en train de se former. Les herbiers à zostères, dont la présence était autrefois importante le long de la côte de la baie James, ont diminué rapidement à la fin des années 1990, quelque peu en voie de rétablissement jusqu'en 2011NB39.

Une réduction marquée des zostères marines (Zostera marina) le long de la côte de la baie James a été signalée en 1998 par les Cris qui habitent la région; cette réduction a aussi été détectée au cours de la surveillance réalisée par Hydro-QuébecNB40. En 2004, les données de surveillance indiquaient qu'un certain rétablissement était en cours, confirmé par plus de surveillance en 2009 (figure 7)NB41 et 201139.

Avant leur déclin rapide observé en 1998 en termes de densité et de biomasse, les herbiers à zostères étaient parmi les plus importants en Amérique du Nord; ils étaient distribués le long de la côte est de la baie James, occupaient une superficie de 250 km2 et se retrouvaient à des profondeurs de 0,5 à 4 mNB42 (figure 7). Les zostères marines de la baie James servent d'abri pour des petits poissons et des invertébrés, et elles fournissent un habitat et de la nourriture à certaines espèces de sauvagine en migration ou en hivernage (en particulier la Bernache du Canada [Branta canadensis] et la Bernache cravan [Branta bernicla]); de plus, les zostères marines représentent des aires d'alimentation pour la Sterne arctiqueNB43 NB44 NB45. La répartition et la croissance de la zostère marine varient en fonction de la salinitéNB45; une faible salinité ou des températures élevées peuvent rendre les zostères marines vulnérables aux maladiesNB43.

Figure 7. Diminution des zostères marines dans la baie James : exemple des résultats de surveillance pour la biomasse foliaire et la densité des pousses, station de Kakassituq, 1988 2009.
Des échantillons ont été prélevés à plusieurs profondeurs à six sites – cette figure présente les résultats types obtenus à toutes les profondeurs pour cinq des six sites. Le sixième site (la baie Dead Duck, la station située le plus au sud de l'embouchure de la rivière La Grande) n'a mesuré aucun changement.

diagrammes
Source : GENIVAR, 2009NB41
Description longue pour Diminution des zostères marines dans la baie James

Ces trois diagrammes à barres montrent les informations suivantes :

a) 0.5 m
AnnéeBiomasse sèche moyenne (g/m2)Nombre moyen de rameaux (N/m2)
1988194983
19892631,641
1990234836
1991189931
19933821,737
19943541,039
19954561,751
1999737
2000656
200936292
b) 1.0 m
AnnéeBiomasse sèche moyenne (g/m2)Nombre moyen de rameaux (N/m2)
1988472689
1989358880
1990272578
1991294699
1993415887
1994295665
19955591,108
19991843
20001272
2009112429
c) 1.5 m
AnnéeBiomasse sèche moyenne (g/m2)Nombre moyen de rameaux (N/m2)
1988399512
1989387833
1990317516
1991392757
1993361787
1994298617
1995548948
19996375
2000840
2009124409

Les hypothèses émises pour expliquer le déclin comprennent :

  1. une épidémie déclenchée par des températures estivales et hivernales exceptionnellement élevées, ainsi que des changements sur la côte dus au relèvement isostatique et à d'autres changements liés au réchauffement climatiqueNB40;
  2. un taux de croissance et de survie altéré en raison d'une diminution de la salinité des eaux de la baie James découlant des déversements plus fréquents et plus importants d'eau douce en provenance de la rivière La Grande (dus aux détournements, voir la section Barrages et réservoirs Tendances dans l'écozone+ – Cours d'eau avec régime d'écoulement naturel à la page 28)NB45. À partir de 2011, vastes herbiers à zostères sont visibles à plusieurs endroits le long de la Baie James. Par contre, la distribution et l'abondance des zostères marines ne sont toujours pas rétablis comparé aux niveaux pré-déclin, et le rétablissement n'est pas uniforme le long de la côteNB39.

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La glace dans l'ensemble des biomes

Constatation clé 7
Thème Biomes

Constatation clé à l'échelle nationale
La réduction de l'étendue et de l'épaisseur des glaces marines, le réchauffement et le dégel du pergélisol, l'accélération de la perte de masse des glaciers et le raccourcissement de la durée des glaces lacustres sont observés dans tous les biomes du Canada. Les effets sont visibles à l'heure actuelle dans certaines régions et sont susceptibles de s'étendre; ils touchent à la fois les espèces et les réseaux trophiques.

Tendance liée à la glace lacustre

Une analyse réalisée entre 1970 et 2004 et portant sur sept grands lacs situés dans l'écozone+ ou en bordure de celle-ci a montré des tendances variables en ce qui a trait au moment de la prise de la glace et de la débâcle, avec peu de variations statistiquement significativesNB46. Les tendances nationales traduisent une débâcle plus hâtive de la glace des lacs, tandis que les tendances liées au moment de la prise des glaces sont moins constantes (des années 1960 ou 1970 aux années 1990, quand une grande partie de la surveillance de la glace des lacs a été interrompue)NB17.

Tendances liées au pergélisol

Le pergélisol fond rapidement dans la Taïga du Bouclier est, ce qui entraîne un changement sur le plan du paysage, celui-ci passant d'un écosystème sec composé de bruyères à lichens, d'épinettes noires et d'étangs dispersés, à un écosystème plus humide composé d'étangs et caractérisé par une végétation de tourbièreNB47, NB48,NB49. En plus de modifier l'habitat, ces changements ont une incidence sur le flux de carbone puisque la fonte des tourbières et la formation d'étangs libèrent du carbone dans l'atmosphère, tandis que la transition subséquente en végétation de tourbière stocke du carbone. Le pergélisol se dégrade également dans le nord du Manitoba (d'après des enquêtes menées sur le terrain au cours de la deuxième moitié du XXe siècle)NB50. Il est probable que cette tendance soit également de plus en plus répandue dans la Taïga du Bouclier ouest, bien qu'aucune donnée ne soit disponible à ce sujet.

La répartition du pergélisol à grande échelle dans l'écozone+ de la Taïga du Bouclier diffère entre les régions situées à l'est et à l'ouest de la baie d'Hudson, le pergélisol étant moins important à l'est (figure 8 ). Dans la Taïga du Bouclier est, la zone de pergélisol sporadique est caractérisée par des plateaux palsiques gelés et des palses (monticules de tourbe ou de sol contenant des pellicules de glace). La formation et la dégradation de ces formes de relief constituées par le pergélisol varient en fonction de la température de l'air et de l'isolation fournie par la couche de neige et la tourbe47. Quand le pergélisol est dégradé, la glace fondue qui en résulte forme des étangs (appelés « étangs thermokarstiques »).

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Figure 8. Répartition du pergélisol, écozone+ de la Taïga du Bouclier.
carte
Source : d'après Smith, 2010NB11
Description longue pour Figure 8.

Cette carte montre la répartition des zones de pergélisol dans le nord du Canada et met en évidence les différences entre les parties est et ouest de l'écozone+ de la Taïga du Bouclier. Dans la Taïga du Bouclier est, c'est le pergélisol sporadique qui prédomine, avec seulement une petite proportion de grandes étendues discontinues dans le nord. En revanche, dans la Taïga du Bouclier ouest, seules des zones dans le sud de l'écozone+ (en Alberta, en Saskatchewan et au Manitoba) sont classées comme des zones de pergélisol sporadique; ce sont plutôt les zones de pergélisol discontinues et continues qui prédominent.

Trois études menées au Québec soulignent l'importance du changement sur le plan du pergélisol observé au cours des 50 dernières années (résumées à la figure 9).

  1. Une étude visant à cartographier les palses et les étangs thermokarstiques le long de la rivière Boniface dans la zone de pergélisol discontinu à la limite nord de l'écozone+ (site A, figure 9 )NB47 a montré que la superficie occupée par les palses avait diminué de 23 % entre 1957 et 2001, tandis que 76 % de la superficie actuelle des étangs thermokarstiques s'était formée après 1957. Aucune nouvelle palse n'est apparue le long de la rivière durant cette période. La dégradation du pergélisol a été le plus marquée à proximité de la rivière, soit à l'endroit où les fluctuations de l'eau avaient une grande incidence. 
  2. Une étude visant à cartographier les changements touchant une tourbière située à l'est de la baie d'Hudson (site B, figure 9 )NB48 a montré que la zone était principalement gelée en 1957, alors qu'environ 18 % de la surface était couverte d'étangs thermokarstiques. Des palses bien drainées soutenaient la croissance de lichen et d'épinettes noires. En 2003, seulement 13 % de la superficie de la zone était toujours constituée de pergélisol, le reste de la superficie étant composé d'un mélange d'étangs thermokarstiques et de végétation de tourbière (cypéracées etsphaignes). La végétation de tourbière était pratiquement absente en 1957, tandis qu'elle couvrait la moitié de la zone étudiée en 2003. Les épinettes sont mortes quand le pergélisol s'est dégradé et que leurs racines ont été immergées. Le taux annuel de dégradation du pergélisol a approximativement doublé au cours de la dernière décennie de l'étude, passant ainsi à -5,3 % par année; cette accélération du taux de fonte était probablement liée aux tendances à la hausse en ce qui a trait aux températures estivales et aux précipitations depuis le milieu des années 1990.
  3. Une étude portant sur une vaste zone de la région de la baie JamesNB49 a montré que les changements documentés pour les sites décrits ci-dessus sont répandus. Le paysage de la zone de pergélisol sporadique est en transition, passant d'un écosystème sec composé de palses recouvertes de lichen et d'étangs intercalés, à un écosystème plus humide dominé par des étangs et des tourbières plus grands. La limite méridionale du pergélisol s'est déplacée d'environ 130 km vers le nord, principalement au cours de 50 dernières années. Au nord de la limite actuelle du pergélisol (aux environs de la lettre « C » sur la figure 9 ), le pergélisol est dans un état avancé de dégradation – les palses dans les tourbières observées et étudiées dans cette région jusqu'en 2004 avaient rétréci ou disparu en 2005.

Le lichen, une nourriture importante pour le caribou (Rangifer tarandus), est maintenu dans la région de la baie James par des feux périodiques et par le pergélisol, ces deux facteurs créant des micro-environnements secs. Si, comme on semble l'observer, le pergélisol continue à se dégrader et disparaît dans les prochaines années, les écosystèmes humides de tourbières qui en résulteront entraîneront une diminution à grande échelle du lichenNB49.

Figure 9. Variation des formes de relief constituées par le pergélisol, des étangs thermokarstiques et de l'étendue du pergélisol, selon trois études menées dans le Nord québécois.
Les études A et B sont basées sur des relevés terrestres et des photos aériennes datant de 1957.
Étude C. Des relevés réalisés par hélicoptère en 2004 et 2005 le long de deux transects nord-sud de 350 km, complétés par des relevés terrestres, ont permis de définir l'étendue septentrionale du pergélisol en fonction de la présence de palses, et l'étendue méridionale des étangs thermokarstiques (indiquant la présence de pergélisol au cours des 50 dernières années). La lettre « C » indique l'emplacement approximatif des palses et des étangs thermokarstiques étudiés.

une carte et deux diagrammes
Source : A. Vallée et Payette, 2007NB47; B. Payette et al., 2004NB48; C. Thibault et Payette, 2009NB49
Description longue pour Figure 9.

Cette figure comprend une carte et deux diagrammes pour documenter la variation de la surface totale, de la couverture terrestre et des limites du pergélisol, selon trois études menées dans le Nord québécois. Le diagramme à barres en haut, à gauche, montre une baisse de 23 % de la surface totale des palses (monticules de tourbe ou de sol formés par des ségrégations de glace) et une augmentation de 76 % de la superficie d'étangs entre 1957 et 2001; l'emplacement de la zone étudiée est indiqué par le point « A » sur la carte, le long de la rivière Boniface. Le diagramme linéaire en haut, à droite, montre les informations suivantes :

Annéepergélisolétangstourbières
195782%18%0%
198338%32%28%
199328%30%42%
200313%37%50%

La carte dans le bas de la figure montre, outre l'emplacement des trois zones étudiées, le déplacement de 130 km vers le nord de la limite méridionale du pergélisol, documenté par une étude plus récente (zone étudiée « C », en 2004 et en 2005) qui a permis de définir l'étendue méridionale des zones qui étaient recouvertes de pergélisol dans le passé, par la présence d'étangs thermokarstiques.

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Note de bas des pages

NB 11

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