Zones côtières

Photo : Zostères marines © Gabriolan.ca
Zostères marines

Prés de zostères marines : un écosystème côtier en péril

Les prés de zostères marines sont parmi les écosystèmes les plus riches au monde44 et les plus menacés de disparition45. Cette végétation disparaît progressivement dans le monde et son statut est mixte et souvent incertain le long des côtes canadiennes. Les herbiers dont font partie les zostères marines ont décliné à un taux moyen annuel de 7 % dans le monde depuis 1990 alors que leur déclin annuel était inférieur à 1 % avant 194045. Les déclins sont le plus souvent liés à des facteurs de stress comme l’eutrophisation et l’augmentation de la turbidité des eaux côtières, qui sont causées principalement par la croissance démographique sur les côtes. Cette analyse à l’échelle mondiale à partir de laquelle ces taux de déclin sont basés45 n’inclut pas le Canada en raison du manque de données adéquates liées aux tendances.

Des déclins régionaux très importants se sont produits dans le passé. Au début des années 1930, des milliers d’hectares de zostères ont disparu dans la partie est de l’Amérique du Nord46, une disparition qui a été attribuée à une maladie débilitante de la zostère même si les conditions climatiques peuvent avoir eu un rôle à jouer47.

La zostère marine, une plante marine à fleurs qui forme de grands lits subtidaux sur le sable et la vase le long des zones côtières, emprisonne les matières particulaires et le plancton, et constitue un habitat pour les invertébrés, les poissons et les mammifères marins. La zostère marine est une ressource alimentaire essentielle pour les populations de sauvagines qui migrent et qui hibernent. Elle constitue également une zone d’alimentation pour les autres oiseaux48-50.

Zone du Pacifique  Sur la côte du Pacifique où les herbiers de zostères constituent des frayères pour le hareng et des aires de croissance pour le saumon, une partie du déclin peut être imputée à l’huître creuse du Pacifique, qui a été introduite pour l’ostréiculture et qui s’est répandue dans la nature. Les huîtres dégradent physiquement l’habitat et peuvent également être à l’origine d’accumulations de sulfures dans les sédiments. Le résultat net est qu’on ne trouve généralement pas de zostères du côté mer dans les bancs d’huîtres51, 52. D’autres déclins sont liés à l’aménagement des zones côtières, par exemple les zones d’entreposage de rondins et les ports41. Une espèce non indigène naine de zostère, qui pousse bien dans une couche plus élevée de la zone intertidale que la zostère indigène, s’est implantée dans certaines régions du sud de la Colombie-Britannique, ce qui a des conséquences écologiques variables. La colonisation des vasières par la zostère naine à Roberts Bank, dans l’estuaire du fleuve Fraser53-55, a forcé le déplacement des oiseaux de rivage migrateurs qui s’alimentent sur la fine couche de matières organiques recouvrant la vase55.

Baie James  Les lits de zostères marines le long de la côte est de la baie James étaient parmi les plus grands d’Amérique du Nord et s’étendaient sur 250 km2 avant leur rapide déclin vers 199856. Depuis ce déclin, les zostères marines ont manifesté des signes de rétablissement57, mais ni la cause du déclin ni leur état actuel ne sont bien compris48. Des explications relatives à leur déclin dans la baie James ont été émises, parmi lesquelles :

  • une épidémie de la maladie débilitante de la zostère provoquée par une année de températures exceptionnellement élevées en été et en hiver ainsi que des modifications de l’habitat liées au soulèvement côtier et aux changements climatiques57;
  • un taux de croissance et de survie plus faible lié à la diminution de la salinité dans la baie James provoquée par des déversements d’eau douce plus importants et plus fréquents provenant de la rivière La Grande (en raison des détournements)50.
Déclin des zostères marines dans la Baie James
Biomasse végétale sèche (g/m2)
Graphe : Déclin des zostères marines dans la baie James. Cliquez pour obtenir une description du graphique (nouvelle fenêtre).
Remarque : Les échantillons ont été prélevés à six sites
et à plusieurs profondeurs. Le graphique montre des
résultats représentatifs à toutes les profondeurs pour
cinq des six sites. Le sixième site n’affiche aucun
changement. Aucune donnée pour 1992 et 1996-1998.
Source : Adapté de Lalumière et Lemieux, 200557.

Côte de l’Atlantique et golfe du Saint-Laurent  La compilation des résultats de plusieurs études menées principalement pendant une courte durée permet de dresser un constat de déclin général des zostères marines et d’identifier certains phénomènes de mortalité subite ainsi que des zones avec des tendances stables et en progression44, 49. Un des facteurs de déclin sur la côte de l’Atlantique est la propagation des crabes européens envahissants qui peuvent déraciner les plantes de zostères marines53. Voici certains résultats des études :

LieuAnnéesTendances des zostères marines
Baie Lobster, N.-É.De 1978 à 2000Pertes estimées à 30 % et 44 % dans deux zones58.
4 passages de la Nouvelle-ÉcosseDe 1992 à 2002Destruction de 80 % de la zone intertidale totale occupée par les zostères marines59.
13 estuaires dans le sud du golfe du Saint-LaurentDe 2001 à 2002Déclin de la biomasse de 40 %60.
Port d’Antigonish, N.-É.De 2000 à 2001Déclin de la biomasse de 95 % suivi par un déclin de 50 % des oies et des canards se nourrissant des zostères marines61.
Terre-NeuveDécennie précédenteAugmentation de l’abondance, d’après les connaissances locales, probablement en raison des températures plus douces et des changements de la glace de mer44.
Golfe du Saint-Laurent au QuébecDifférentes annéesÉlargissement de la répartition dans la péninsule de Manicouagan (1986-2004); généralement aussi en expansion ou stable dans d’autres zones62.