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Évaluation de l’état et des tendances de l’écozone+ de l’Arctique

Vue d’ensemble de l’écozone+ de l’arctique

Figure 3. Carte générale de l'écozone+ de l'Arctique.
Carte
Description longue pour la figure 1.

Cette carte du nord du Canada montre les limites de l'écozone+ de l'Arctique. Elle comprend la presque totalité du Nunavut et des portions des Territoires du Nord-Ouest, le nord du Québec et le nord du Labrador. L'écozone+ s'étend de la mer de Beaufort, dans l'ouest, jusqu'à la baie de Baffin et la mer du Labrador, dans l'est, et du milieu de la baie d'Hudson (60° de latitude N.), au nord, jusqu'à l'extrémité nord de l'archipel arctique canadien.

Perspective à long terme : la dernière glaciation et sa fin

Au plus fort de la dernière glaciation du Pléistocène, environ 20 000 ans avant le présent, l’Inlandsis laurentidien recouvrait les terres continentales et certaines îles du Bas-Arctique, dont l’île Victoria et l’île de Baffin, et des calottes glaciaires plus petites recouvraient les îles Melville et Bathurst et les îles situées au nord-est de ces dernières (Pielou, 1991). Le niveau de la mer était environ 150 m plus bas qu’aujourd’hui. La zone qui est devenue l’île Banks (sauf le sud-ouest de l’île) et certaines parties de l’ouest des îles de la Reine-Élisabeth étaient, comme elles le sont de nos jours, un désert polaire (Adams et Faure, 1997).

Vers 13 000 ans avant le présent, l’île Banks a été coupée des terres continentales à cause de la hausse du niveau de la mer. L’île Melville, qui était reliée par une bande de terre à l’île Prince-Patrick de même qu’à certaines îles de plus petite taille, au nord-est, s’est libérée des glaces (Dyke, 2004). La montée des eaux a isolé les populations de caribous et de bœufs musqués de celles qui se trouvaient en Béringie et, dans une certaine mesure, les unes des autres, même si les animaux pouvaient encore se déplacer sur la glace d’hiver.

Des données indirectes recueillies au fond de l’océan Arctique et dans des terres voisines indiquent qu’au moins une partie de l’océan Arctique est recouverte de glace de mer depuis 13 à 14 millions d’années, et que celle‑ci est étendue depuis les 2 à 3 derniers millions d’années (Polyak et al., 2010). Pendant les périodes où il faisait plus chaud sur la planète, l’étendue de la couverture de glace diminuait. La plus récente de ces périodes chaudes (avant la période de réchauffement des récentes années) a commencé près du début de l’Holocène, environ 10 000 ans avant le présent (Polyak et al., 2010). D’après des données provenant de la calotte glaciaire Agassiz (sur l’île d’Ellesmere), les températures moyennes ont alors atteint une valeur d’environ 3 °C supérieure à celles du milieu du XXe siècle, ce qui a entraîné la fonte de glace de rive pluriannnuelle (Polyak et al., 2010). Les étendues d’eaux libres présentes la majeure partie de l’année auraient isolé les îles des terres continentales, ce qui aurait créé des conditions propices à un accroissement de la diversité biologique de la faune et d’autres composantes des écosystèmes terrestres, soit par dérive génétique, soit en raison d’adaptations aux environnementaux locaux. C’était sans doute une époque florissante pour les populations de caribous et de bœufs musqués, puisque pendant cette période chaude, la végétation s’est transformée, le désert polaire devenant une toundra sèche (Adams et Faure, 1997). L’épaisse glace de mer pluriannuelle est réapparue dans l’Arctique canadien il y a environ 5 500 ans, et elle y est demeurée depuis, encore une fois d’après des observations faites à l’île d’Ellesmere (England et al., 2008). La figure 4 illustre l’évolution de la végétation entre le dernier maximum glaciaire et le début de l’Holocène.

Figure 4. Reconstitution de la végétation dans l’Arctique canadien : il y a 18 000 ans, 8 000 ans et 5 000 ans.

Les années indiquées sont des années radiocarbone : à cause de l’abondance différente du 14C, quand on parle d’il y a 18 000 ans, en années radiocarbone, cela signifie il y a environ 20 000 à 21 000 ans.

Maps
Source : Adams et Faure (1997)
Description longue pour la figure 4

Ces trois cartes illustrent l’évolution de la végétation dans l’Arctique canadien entre le dernier maximum glaciaire et le début de l’Holocène. On y voit que la glace et le désert polaire alpin dominaient le paysage il y a 18 000 ans avant la transition vers la glace, le désert polaire alpin, la forêt boréale ouverte, la toundra clairsemée, la toundra dense et la taïga moyenne il y a 8 000 ans. Enfin, il y a 5 000 ans, la région de glace avait considérablement diminué pour ne former qu’une toute petite région dans la partie la plus au nord de l’écozone+, la région qui était auparavant couverte de glace ayant été remplacée par la toundra clairsemée. 

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Caractéristiques de l’écozone+

Aperçu par région

L’écozone+ de l’Arctique est caractérisée par de basses températures de l’air et des sols, par la présence d’un pergélisol continu, par une saison de végétation courte et par la productivité limitée de la végétation (Bolen, 1998). La superficie des terres y est d’environ 3 148 000 km2, et la superficie combinée des lacs, des étangs et des cours d’eau y est d’environ 80 000 km2. L’écozone+ compte au total 179 950 km de côtes, ce qui représente presque les trois quarts de l’ensemble des côtes du Canada (Ressources naturelles Canada, 2010). Cette interface importante et complexe entre les milieux terrestres et les milieux marins a une incidence considérable sur les écosystèmes de l’Arctique de même que sur les espèces sauvages et les gens qui y vivent.  

L’écozone+ de l’Arctique compte trois grandes régions (illustrées à la figure 5 et décrites dans le tableau 1); chacune correspond à une écozone du Système de classification écologique national (voir la préface , sous « Système de classification écologique – écozones+ »).

Figure 5. Régions de l’écozone+ de l’Arctique : la Cordillère arctique, le Haut-Arctique et le Bas-Arctique.
Carte
Source : d’après le Groupe de travail sur la stratification écologique (1995)
Description longue pour la figure 5

La carte montre les trois grandes régions de l’écozone+ de l’Arctique : la Cordillère arctique, le Haut-Arctique et le Bas-Arctique. La Cordillère arctique forme une bande étroite à la limite est de l’écozone+, longeant la côte est de l’île d’Ellesmere, elle descend ensuite le long de la côte nord-est de l’île de Baffin jusqu’à l’extrémité nord du Labrador et la région adjacente du Québec. Le Haut-Arctique comprend le reste de l’archipel arctique canadien, une petite partie de l’est du Nunavut continental et l’extrémité nord du Québec. Le Bas-Arctique englobe les régions restantes de l’écozone+ du Nunavut continental, dans les Territoires du Nord-Ouest, et une partie du nord du Québec.

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Tableau 1. Les trois grandes régions de l'écozone+ de l'Arctique.
 Cordillère arctiqueHaut-ArctiqueBas-Arctique
Description géographiqueLisière nord-est du Nunavut et nord du Labrador, comprenant le nord-est de l'île de Baffin, l'est de l'île Devon, l'île d'Ellesmere, les îles Axel Heiberg et Bylot, ainsi que les monts Torngat.Régions non montagneuses des îles de l'Arctique, plus des parties du Nunavut continental et du nord du Québec.S'étend sur les terres continentales du Canada, de la plaine côtière du Yukon jusqu'à la baie d'Ungava, dans le nord du Québec.
Principaux élémentsVaste chaîne de montagnes (seule grande chaîne de montagnes du Canada hors de la Cordillère nord-américaine); champs de glace polaires et glaciers alpins.Plaines basses et onduleuses à sols présentant des polygones de gel et couvertes de débris rocheux laissés par les glaciers; vastes plaines dans les zones côtières.Prédominance de collines et de plaines, d'étangs et de lacs.
Communautés végétalesStrate dominante composée de lichens et de quelques mousses à haute altitude, et de toundra à plus basse altitude.Surtout des lichens et des plantes herbacées, avec toundra sèche parsemée d'espèces de milieux humides.Arbustes bas mélangés avec des plantes herbacées, des lichens et des cypéracées (p. ex. linaigrettes). Les vallées des grands cours d'eau abritent des bosquets d'arbres rabougris (krummholz).
Établissements humainsRares; les principales collectivités sont celles de Pond Inlet, de Clyde River et de Qikiqtarjuaq.Iqaluit, sur l'île de Baffin, est la plus grande collectivité. Les autres collectivités comptant plus de 1 000 personnes comprennent celles de Baker Lake, de Cambridge Bay, d'Igloolik, et de Pangnirtung.On trouve des collectivités dans toute l'écozone, surtout le long des côtes. Les collectivités comptant plus de 1 000 personnes comprennent celles de Rankin Inlet, d'Arviat, de Puvimituq et de Salluit. Inuvik, dans le delta du Mackenzie, est tout juste au sud de l'écozone+.

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Cours d’eau

Les cours d’eau drainant l’écozone+ se jettent dans la baie d’Hudson, dans la baie d’Ungava, ou directement dans l’océan Arctique (figure 6). La pente est du nord du Labrador entraîne l’eau vers l’océan Atlantique. En raison de sa position, à l’extrémité nord des terres continentales canadiennes, l’écozone+ comprend les cours inférieurs et les estuaires marins de cours d’eau dont le bassin hydrographique s’étend au sud de l’écozone+. Le vaste delta du fleuve Mackenzie se situe en partie dans l’écozone+ de l’Arctique, et en partie dans l’écozone+ de la taïga des plaines.

Figure 6. Principales zones de drainage de l’écozone+ de l’Arctique.
Carte
Source : adapté d'Environnement Canada (2012a)
Description longue pour la figure 6

Cette carte indique les aires importantes de drainage dans l’écozone+ de l’Arctique. Les principales aires de drainage sont l’océan Arctique, la baie d’Hudson et l’océan Atlantique. La carte indique également les principaux fleuves drainant dans ces aires ainsi que leur volume de débit relatif, dont le plus important est celui du fleuve Mackenzie.

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Topographie et sols

Les descriptions données dans cette section sont fondées sur le rapport du Groupe de travail sur la stratification écologique (1995).

On trouve dans la Cordillère arctique des montagnes escarpées de plus de 2 000 m, d’immenses champs de glace et des glaciers de vallée. Les nunataks (pics montagneux libres de neige l’été, entourés de glaciers de vallée) y sont nombreux. Des vallées en U et de profonds fjords pénètrent loin à l’intérieur des terres. Presque 75 % du paysage est constitué de glace ou de roche-mère nue. Les sols sont formés principalement de débris colluviaux et morainiques.

L’ouest du Haut-Arctique est constitué surtout de plaines basses couvertes de moraine, de dépôts marins et d’affleurements de roche-mère sédimentaire du Paléozoïque et du Mésozoïque. À l’est des îles Prince-de-Galles et Somerset, la roche-mère granitoïde du Précambrien prédomine. Le pergélisol peut s’étendre jusqu’à une profondeur de plusieurs centaines de mètres.

Le sous-sol du Bas-Arctique se compose en majeure partie de roche-mère granitique du Précambrien qui forme des affleurements, sauf à l’ouest du Frand lac de l’Ours, jusqu’à la rivière Firth, au Yukon, où les shales du Crétacé prédominent. Les sols sont surtout constitués de dépôts glaciaires discontinus, sauf près des côtes, où l’on trouve davantage de sédiments marins à texture fine. Le relief ondulé est parsemé d’innombrables lacs, étangs et milieux humides, et il est parcouru d’eskers sinueux (crêtes de gravier déposées par les cours d’eau s’écoulant sous l’Inlandsis laurentidien en fonte) faisant jusqu’à 100 km de longueur. La profondeur des couches touchées par le dégel saisonnier est variable, et les variations d’humidité créent une diversité de paysages et, par conséquent, d’habitats pour les plantes et les animaux. 

Étant donné que le relief est bas dans le Haut-Arctique et le Bas-Arctique, que les calottes glaciaires et la roche-mère constituent une part importante de la Cordillère arctique, que les sols sont en général gelés partout dans l’écozone+, et que pendant une longue période de l’année, les cours d’eau sont gelés, et l’écoulement, faible ou quasi nul, il n’y a pas eu beaucoup d’érosion par les cours d’eau. La fonte des pellicules de glace exposées par l’action fluviale le long des cours d’eau et par l’effet des vagues, en bordure des lacs et le long des côtes, peut provoquer des effondrements et des rejets de sédiments à grande échelle.

On présente ci-dessous le pourcentage (Figure 7) et la distribution (figure 8) des matériaux de surface dans l’écozone+ de l’Arctique, et les catégories de matériaux de surface sont décrites à l’annexe 1. Voir aussi l’analyse connexe de la couverture terrestre, dans la section sur la structure des écosystèmes (page 104).

Figure 7. Matériaux de surface dans l’écozone de l’Arctique+ : pourcentage de la superficie totale.
Graphique
Source : Commission géologique du Canada (1994)
Description longue pour la figure 7

Le diagramme à barres montre les informations suivantes :

Matériaux de surface dans l'écozone de l'Arctique+ : pourcentage de la superficie totale.
Matériaux de surfacePourcentage de l' écozone+ de L'Arctique
Sable marin0
Dépots organiques0
Boue marine0
Sable lacustre0
Dépots (glacio) lacustres à texture fine0
Dépots (glacio) lacustres à texture grossières0
Complexe fluvioglaciaire0
Dépots alluviaux1
Plaine fluvioglaciaire1
Blocs colluviaux1
Sable colluvial1
Complexes alpins1
Dépots (glacio) marins à texture grossières2
Résidus (glacio) marins de déflation2
Matériaux colluviaux fins3
Glaciers5
Dépots (glacio) marins à texture fine5
Gravats colluviaux7
Sans division9
Placage de till26
Nappe35
Figure 8. Carte des matériaux de surface dans l'écozone de l'Arctique+.
Carte
Source : Commission géologique du Canada (1994)
Description longue pour la figure 8

Cette carte montre la répartition des différents matériaux de surface dans l’écozone+ de l’Arctique. Les matériaux de surface varient considérablement à l’échelle de l’écozone+, et  inclure dépôts alluviaux,  complexes alpins, dépôts (glacio)lacustres à texture grossière,  dépôts (glacio)marins à texture grossière,  blocs colluviaux,  matériaux colluviaux fins,  gravats colluviaux,  sable colluvial,  dépôts (glacio)lacustres à texture fine,  dépôts (glacio) marins à texture fine,  glaciers,  complexe fluvioglaciaire,  plaine fluvioglaciaire,  sable lacustre, résidus (glacio) marins de déflation,  boue marine,  sable marin,  dépôts organiques,  nappe,  placage de till, sans division, et eau.

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Pergélisol

Le paysage arctique est façonné par les relations complexes entre le climat, le pergélisol et la végétation (Walker et al., 2003). Par « pergélisol », on entend un sol, de la roche ou des sédiments qui demeurent à une température égale ou inférieure à 0 °C au moins deux années consécutives. Le pergélisol renferme de la glace sous forme de glace interstitielle, de veines de glace ou d’énormes masses de glace. Dans l’écozone+ de l’Arctique, le pergélisol est continu; il peut avoir une épaisseur de plusieurs mètres, et sa température peut être inférieure à –5 °C (Heginbottom et al., 1995; Smith et al., 2001a).

Au-dessus du pergélisol, le sol comporte une couche active qui n’est touchée que par un gel saisonnier. L’épaisseur de la couche active est hautement variable; elle dépend de l’aspect du sol, de la couverture végétale et du régime de température. L’humidité et les échanges de gaz sont généralement confinés dans cette couche active touchée par un gel saisonnier. Par conséquent, la présence du pergélisol et ses effets se manifestent par les processus physiques et chimiques dans la couche active, qui jouent un rôle de gradient thermique et hydrologique. Les racines des plantes et les éléments nutritifs accessibles aux plantes sont en grande partie restreints à la couche active, tout comme les activités de fouissage des invertébrés et des vertébrés.

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Humains dans l’écozone+ de l’Arctique

(Outre les références indiquées, cette section est fondée sur les sources suivantes McGhee, 1978; Bone, 1992; Black, 2002; Bonesteel, 2006; Nunatsiavut Government, 2009; Freeman, 2012; Natcher et al., 2012)

L’écozone + de l’Arctique est peu peuplée, même si sa population a triplé entre 1971 et 2006 (figure 9). La majorité de ses habitants sont des Inuits, et l’écozone+ englobe la majeure partie des quatre régions inuites définies par les ententes globales sur les revendications territoriales intervenues au Canada : 1) la région désignée des Inuvialuit (parties du Yukon et des Territoires du Nord-Ouest); 2) le Nunavut; 3) le Nunavik (partie du Québec); 4) le Nunatsiavut (partie de Terre-Neuve-et-Labrador). Les zones terrestres et marines visées par les ententes globales sur les revendications territoriales qui se trouvent dans l’écozone+ sont indiquées à la figure 10. Les modalités de ces ententes diffèrent, mais elles prévoient toutes la gestion des espèces sauvages et des habitats par des conseils, en concertation avec des organismes de gouvernance locaux et régionaux autochtones, de même qu’avec les autorités fédérales et territoriales. Ces régimes de gestion en collaboration constituent un élément distinctif de l’Arctique canadien, et ils sont au cœur de tous les aspects de la gestion et de la surveillance de l’environnement, de même que de la recherche sur l’environnement dans l’écozone+ de l’Arctique.

Figure 9. Tendances relatives à la population humaine dans l'écozone+ de l'Arctique, de 1971 à 2006.
Graphique
Source : d'après les données démographiques compilées par Statistique Canada pour les trois écozones de l'Arctique (Statistique Canada, 2000; Statistique Canada, 2008b)
Description longue pour la figure 9

Ce diagramme à barres montre les informations suivantes :

Tendances relatives à la population humaine dans l'écozone+ de l'Arctique, de 1971 à 2006. (Nombre de personnes)
19711976198119861991199620012006
11 94714 65317 68321 31324 48328 51033 33136 561

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Figure 10. Régions visées par les ententes globales sur les revendications territoriales dans l'écozone+ de l'Arctique.
Carte
Source : adapté du gouvernement du Canada (2011)
Description longue pour la figure 10

Cette carte montre les limites des quatre régions visées par les ententes globales sur les revendications territoriales canadiennes dans l’écozone+ de l’Arctique : 1) la région désignée des Inuvialuit (parties du Yukon et des Territoires du Nord-Ouest); 2) le Nunavut; 3) le Nunavik (partie du Québec) et 4) le Nunatsiavut (partie de Terre-Neuve-et-Labrador). Ces régions couvrent la quasi-totalité de l’écozone+.

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Histoire du peuplement par les humains et de l’économie

Le côté ouest de la Béringie a été habité par des humains depuis au moins 30 000 ans. L’arrivé des humains en Amérique du Nord se fut il y a 14 000 ans, en suivant soit la retraite des calottes glaciaires Cordillère et Laurentide ou des routes le long de la côte ouest de l’Alaska (Kitchen et al., 2008). Il y a environ 4500 ans, les premiers habitants humains se sont répandus à travers l’Arctique de l’est à partir de l’Alaska (Friesen, 2004). Fondé sur la découverte d’artefacts, des archéologues ont déterminé que ces habitants avaient plusieurs phases culturelles distinctes, la dernière étant la culture dorsétienne. Le peuple de la culture pré-dorsétienne, ainsi que les ancêtres de ce peuple, sont catégorisé par leur style de vie mobile, leurs petites trousses à outils, et leur dépendance sur le stockage de nourriture (Milne et al., 2012). La deuxième vague de colonisateurs, les Thulés, arrivèrent en Arctique par la région du détroit de Béring entre 1000 et 1200 apr. J.-C. Les Thulés sont les ancêtres des Inuits contemporains, et c’est à croire que ce peuple fut responsable pour la fin de la culture dorsétienne (Frisen et Arnold, 2008), quoiqu’il y a de la nouvelle évidence qui démontre que ces peuples étaient probablement entremêlés (Helgson et al., 2014). À partir de 12-1300 apr. J.-C., les Thulés se sont éparpillés à travers l’Arctique jusqu’au Groenland (Kallreuth et al., 2012). Les Thulés apportèrent avec eux un mode de vie plus sédentaire, des bateaux, et une grande diversité d’outils spécialisés (Anderson, 2004). 

Des Européens (du Nord) naviguent jusqu’à l’île de Baffin autour de l’an 1 000, mais ne s’y établissement pas. L’exploration européenne reprend au XVIe siècle, Martin Frobisher déclarant l’île de Baffin propriété de l’Angleterre en 1576. Au XIXe siècle, l’essor de la chasse commerciale à la baleine entraîne le passage, pour de nombreux Inuits, à une économie mixte; en échange de nourriture et de leurs services de guides, ils reçoivent des armes à feu et des denrées sèches. La chasse à la baleine a de profondes répercussions sur les Inuits. Ceux-ci sont exposés à de nouvelles maladies, comme le typhus, qui se propagent rapidement et tuent de nombreuses personnes. De plus, comme les populations de caribous, que l’on chasse pour nourrir les équipages pratiquant la chasse à la baleine, déclinent, les Inuits dépendent de plus en plus des marchandises européennes. Au XXe siècle, la chasse à la baleine est remplacée par la traite des fourrures. Cette activité commerciale se concentre dans les postes de traite de la Compagnie de la Baie d’Hudson, et s’accompagne d’une expansion de l’économie mixte : les animaux trappés sont échangés contre une variété croissante d’articles. À cette époque, on voit aussi apparaître des établissements gouvernementaux, une structure policière et des missions. Les Inuits modifient leurs pratiques de chasse et leurs cycles annuels pour s’adapter à ces changements, et connaissent une crise économique et sociale lorsque le prix de la fourrure s’écroule, dans les années 1930 et 1940.

L’Arctique joue un rôle dans la défense de l’Amérique du Nord pendant la Deuxième Guerre mondiale (figure 11). On commence à découvrir et à exploiter des ressources minérales et énergétiques, ce qui modifie la perception que l’on avait de l’Arctique : celui-ci devient alors un vaste réservoir de ressources. À partir des années 1950, le gouvernement canadien installe de nombreux Inuits dans des villages permanents, leur fournit des services sociaux et exige qu’ils reçoivent une éducation en anglais; il cherche ainsi à améliorer le bien-être des Inuits en les intégrant dans la culture et l’économie dominantes. Dans cet esprit d’assimilation, on crée des pensionnats, où de nombreux abus physiques et psychologiques seront commis et marqueront profondément les enfants qui sont victimes ainsi que leurs communautés. Dans les années 1960, des mouvements politiques inuits sont créés en réponse aux perturbations familiales, sociales, culturelles et économiques causées par des décennies de bouleversements et de misère. Ils souhaitent notamment se réapproprier leur langue et leur mode de vie traditionnel, de même que la gestion de leurs terres et de leurs ressources, qui sont la base de la culture et de la prospérité des Inuits.

Le réseau d'alerte avancé (DEW)
Figure 11. Carte sur le mur de l’une des stations du réseau DEW, montrant le réseau et l’emplacement des principales stations.
Carte
Photo du Sgt Tech. D.L. Wetterman, U.S. Air Force, 1987 (Wikimedia commons)
Description longue pour la figure 11

Cette figure est une photographie d’une carte murale montrant les emplacements des 42 stations radar du réseau d'alerte avancé le long de la côte de l’Arctique canadien. Cette ligne de stations commence sur la côte nord de l’Alaska, longe la côte continentale de l’Arctique canadien et traverse l’île de Baffin et la partie extrême sud du Groenland.

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La construction, à la fin des années 1950, du réseau d’alerte avancé (DEW), constitué de 42 stations radar le long des côtes de l’Arctique canadien, crée des emplois salariés et introduit de nouvelles technologies (comme la motoneige) dans un nombre croissant de collectivités. L’arrivée rapide de populations mouvantes issues de cultures très diverses et l’apparition soudaine de technologies, d’infrastructures et de marchandises nouvelles causent également un profond bouleversement social chez les Inuits (Neufeld, 2002). Le réseau DEW est un projet conjoint des États-Unis et du Canada, un pur produit de la guerre froide : son rôle est de donner l’alerte sans délai en cas d’attaque de l’Amérique du Nord par l’Union soviétique (Neufeld, 2002; Bonesteel, 2006). Au début des années 1960, les sites les plus petits sont désaffectés. Le Canada garde les 21 sites restants en activité, puis les abandonne progressivement, jusqu’en 1993. Le nouveau Système d’alerte du Nord, qui comprend huit des anciennes stations radar, remplace le réseau DEW dans les années 1990. La remise en état des sites est associée à de nombreux problèmes et coûte bien plus cher que prévu à cause de la contamination, notamment par des PCB, du DDT, des hydrocarbures et du plomb. La remise en état, presque achevée en 2013, vise à empêcher les contaminants d’entrer dans la chaîne alimentaire de l’Arctique; elle sera suivie d’un plan de surveillance sur 25 ans (DND, 2001; Aglukkaq, 2012). Des cas de contamination du biote local ont été signalés, et les habitants de l’Arctique demeurent préoccupés par les répercussions de cette contamination ( p. ex.,Gamberg et al., 2005b).

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La région désignée des Inuvialuit

Dans l’ouest de l’Arctique, les stations installées pour la chasse à la baleine boréale, à la fin du XIXe siècle, ont été la porte d’entrée de nombreuses maladies infectieuses qui ont causé des épidémies et décimé la plupart des populations inuites en place (les « Esquimaux du Mackenzie »). Les Iñupiats de l’Alaska ont migré vers l’est et se sont joints aux habitants restants dans la région du delta du Mackenzie. Les Inuvialuits, un groupe d’Inuits, sont un peuple récent, issu de l’union, dans les années 1970, des Inuits de la région du delta et de ceux des îles Banks et Victoria, qui voulaient travailler ensemble, comme force politique et économique, notamment pour lutter contre les pressions exercées par l’exploitation pétrolière et gazière dans la mer de Beaufort. Les Inuvialuits ont réussi à négocier l’entente sur la région ouest de l’Arctique (Convention définitive des Inuvialuit) en 1984.

La région désignée des Inuvialuit (RDI) couvre 435 000 km2 de terres et de mer (figure 10). Ces terres font pour la plupart partie des Territoires du Nord-Ouest, mais elles englobent aussi le Versant nord du Yukon, qui est visé, selon les termes de l’entente, par un régime spécial de conservation. On sait que la RDI recèle des gisements de pétrole, de gaz naturel, de zinc et de nickel. Le fleuve Mackenzie est une voie commerciale, et il existe une route permanente jusqu’à Inuvik, de même que des routes de glace saisonnières reliant Inuvik à Aklavik et à Tuktoyaktuk. L’accès par voie aérienne est important pour toutes les collectivités. Les parcs nationaux forment 29 % de la RDI.

Inuvik, la plus grande collectivité de la RDI et son principal centre administratif, ainsi que le village d’Aklavik se situent juste au sud de l’écozone+ de l’Arctique. Dans l’écozone+, on trouve les collectivités de Tuktoyaktuk, de Sachs Harbour, d’Ulukhaktok (Holman) et de Paulatuk. Tuktoyaktuk était un centre important pour le forage pétrolier extracôtier dans les années 1970 et 1980. Il n’y a aucun lieu habité à l’année dans la partie de la RDI se trouvant au Yukon. Les emplois salariés constituent la principale source de revenus dans la RDI, mais le taux de chômage y est élevé. Les emplois se trouvent surtout dans la fonction publique. L’Inuvialuit Development Corporation regroupe plusieurs entreprises du secteur pétrolier et gazier, et les Inuvialuits participent à diverses initiatives économiques novatrices.

Les activités pétrolières et gazières sont importantes dans la région depuis les années 1970 et 1980. L’exploration sur le continent et au large des côtes de même que l’exploitation des champs pétrolifères de la région du delta du Mackenzie ont connu un regain d’intérêt et d’activité au début des années 2000. Outre les ressources pétrolières classiques, la région possède des ressources pétrolières non conventionnelles prometteuses. On a entrepris l’exploration des accumulations d’hydrates de gaz dans le sous-sol du delta du Mackenzie et, plus récemment, l’industrie a commencé à évaluer la possibilité qu’il existe de vastes formations schisteuses dans la vallée du Mackenzie. 

La chasse demeure une activité importante d’un point de vue économique, social et culturel, et elle constitue la principale source de viande. On chasse le caribou (Rangifer tarandus), le bœuf musqué (Ovibos moschatus), l’ours blanc (Ursus maritimus), le béluga (Delphinapterus leucas) et le phoque; les principales espèces récoltées varient d’une collectivité à l’autre. L’arrivée des filets maillants, dans les années 1830, a mené au développement de la pêche en rivière, qui demeure cruciale dans l’économie de subsistance des Inuvialuits. Parmi les autres activités économiques figurent le trappage, le tourisme, la chasse sportive guidée (à l’ours blanc et au bœuf musqué) ainsi que l’artisanat.

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Le Nunavut

Le projet du Nunavut, qui a vu le jour en 1976, a finalement abouti à l’Accord sur les revendications territoriales du Nunavut, signé en 1993, et à la création du territoire du Nunavut, en 1999. Le Nunavut, dont la superficie est de 2,12 millions de km2, est la plus grande région politique du Canada : elle englobe un cinquième des terres du pays. La population se compose à environ 84 % d’Inuits (Statistics Canada, 2008). On y dénombre 29 collectivités, dont seulement une, soit celle de Baker Lake, n’est pas située sur les côtes. Iqaluit est la seule ville du Nunavut (population de 6 669 habitants en 2011 (Statistique Canada, 2012)), et c’est la capitale du territoire. Les ménages y tirent leurs revenus de salaires, de transferts gouvernementaux et de la terre. Les emplois se trouvent surtout dans la fonction publique (environ 50 % des emplois). Le tourisme est le secteur économique qui connaît l’essor le plus rapide, mais il demeure relativement limité. Il n’existe pas d’infrastructure routière permanente reliant le Nunavut au reste du Canada. La plus longue route, qui fait 21 km, va d’Arctic Bay à Nanisivik.

L’exploration et l’extraction des ressources minérales constituent historiquement la principale activité économique du secteur privé. Nanisivik, une mine de plomb-zinc dans la partie nord de l’île de Baffin, a été exploitée de 1976 à 2002. La mine de nickel de North Rankin a été exploitée de 1957 à 1962 à Rankin Inlet. Polaris, une mine de plomb-zinc sur l’île Little Cornwallis, a été en activité de 1982 à 2002. La mine d’or Lupin a ouvert en 1982, et fermé en 2005. La seule mine de diamants du Nunavut, le mine Jericho, a été exploitée de 2006 au début de 2008, et elle est actuellement (2013) en mode de surveillance et de maintien. Les mines Lupin et Jericho sont proches de la frontière des Territoires du Nord-Ouest, et elles étaient reliées à Yellowknife par une route d’hiver, lorsqu’elles étaient en activité. La mine d’or Meadowbank, près de Baker Lake, est entrée en production en 2009, tandis que l’extraction minière à la mine d’or Doris North, près de Bathurst Inlet, a été approuvée en 2006, mais n’a pas encore commencé; le site est maintenant en mode de surveillance et de maintien. L’exploitation minière du gisement de minerai de fer de Mary River, sur l’île de Baffin, a été approuvée en 2012, mais à l’heure actuelle (2013), on attend une modification permettant d’apporter des changements au projet, et la production n’a pas encore commencé. Parmi les projets miniers en cours d’examen figurent le projet de mine d’or Meliadine, près de Rankin Inlet, et le projet de mine d’uranium de Kiggavik, près de Baker Lake. Un gisement d’or près de la rivière Back, à l’est de Lupin, est actuellement à un stade avancé de la prospection, et les autres grands projets d’exploration minière visent notamment les gisements de métaux communs du lac Izok, du lac High et de la rivière Hackett (respectivement à l’ouest, au nord et à l’est de Lupin).

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Le Nunavik

Le Nunavik fait 443 684 km2, soit environ un tiers de la province de Québec. En 2006, la population se chiffrait à 11 627 habitants, dont 90 % d’Inuits (Statistics Canada, 2008). On compte 15 collectivités sur les rives de la baie d’Ungava et sur la rive est de la baie d’Hudson. La principale agglomération est Kuujjuaq.

Des artefacts des peuples prédorsétiens et dorsétiens, daté d’environ 4 000 ans, se retrouvent sur les rives de la baie d’Hudson et de la baie d’Ungava; les Thulés  ont succédé les peuples prédorsétiens et dorsétiens. La chasse commerciale à la baleine dans la baie d’Hudson et la baie d’Ungava a commencé au XVIIIe siècle, et la traite des fourrures a connu un essor dans la région. Le mode de vie fondé sur la chasse et la cueillette est demeuré à peu près inchangé pendant de nombreuses années, jusqu’à ce que le commerce de produits de consommation s’implante de manière plus importante. La répartition actuelle des villages a été en partie déterminée par l’emplacement des postes de traite de la baie d’Hudson.

Dans les années 1960, on a commencé à s’intéresser aux vastes sources d’énergie et de minerai présentes dans la région. Les projets d’aménagement hydroélectrique à la baie James et sur la rivière La Grande (dans l’écozone+ de la taïga du Bouclier) ont suscité une vive opposition de la part des Inuits et des Cris, et ont mené à la signature de la Convention de la Baie James et du Nord québécois, en 1975. La Convention concernait les questions relatives aux droits autochtones, et créait l’Administration régionale Kativik et la Société Makivik, les organes politiques et fiscaux des Inuits du Nunavik. L’Accord sur les revendications territoriales des Inuit du Nunavik a été signé en 2006; il assure la protection des droits relatifs aux terres et aux ressources des bénéficiaires admissibles de la Convention de la Baie James et du Nord québécois, et prévoit des mécanismes de participation à la gestion dans les zones traditionnellement utilisées par les Inuits du Nunavik, dont les zones marines et les terres du Nunavut et du nord du Labrador (figure 10).

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Le Nunatsiavut

L’origine des Inuits du Nunatsiavut – les Sikumiuts, soit « le peuple de la mer » – remonte aux Esquimaux Thulés, venus de l’île de Baffin. La présence européenne sur les côtes du Labrador, qui date du XVIIe siècle, a exercé une influence sur les Sikumiuts, notamment par l’intermédiaire des mariages mixtes et des échanges culturels. L’économie était traditionnellement basée sur la chasse aux mammifères marins et au caribou et, de manière complémentaire, sur la pêche et la chasse à la sauvagine. Lorsque les baleines sont devenues rares, après 1800, la chasse au phoque a gagné en importance. Dans les années 1930, l’influence de l’État a remplacé celle des postes de traite et des missions. La Confédération, en 1949, a apporté de grands changement sociaux, mais la Constitution canadienne ne reconnaissait pas les Sikumiuts comme peuple autochtone. Les Sikumiuts ont été les derniers Inuits du Canada à signer un accord relatif à leurs revendications territoriales.

L’Accord sur les revendications territoriales des Inuits du Labrador a reçu la sanction royale en 2005. L’Accord vise environ 72 500 km2 de terres et 49 000 km2 de mer (figure 10). Il a pour objectif d’assurer un cadre stable pour l’utilisation des terres et pour les investissements, et de contribuer au développement des Inuits du Labrador; il a aussi mené à la création du parc national des Monts-Torngat et à la mise en place de mécanismes de participation à l’évaluation environnementale ainsi que de cogestion. L’Accord a créé un gouvernement inuit régional, le gouvernement du Nunutsiavut, et certaines dispositions prévoient le partage des revenus tirés des ressources minérales.

En 2006, la population du Nunatsiavut était de 2 427 habitants, dont 89 % d’Inuits (Statistics Canada, 2008), répartis principalement dans cinq collectivités, soit Nain, Hopedale, Makkovik, Postville et Rigolet, toutes situées au sud de l’écozone+ de l’Arctique.

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