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Sommaire des éléments probants relativement aux constatations clés pour l’écozone+ maritime de l’Atlantique

Thème : habitats, espèces sauvages et processus écosystémiques

Constatation clé 16
Paysages agricoles servant d’habitat

Thème Habitats, espèces sauvages et processus écosystémiques

Constatation clé à l’échelle nationale
Le potentiel des paysages agricoles à soutenir la faune au Canada a diminué au cours des 20 dernières années, principalement en raison de l’intensification des activités agricoles et de la perte de couverture terrestre naturelle et semi-naturelle.

On perd une partie de la biodiversité lorsqu’un terrain est converti en terre agricole, mais les terres agricoles ont tout de même une valeur significative du point de vue de la biodiversité, car les divers milieux du paysage agricole fournissent certaines ou même toutes les caractéristiques requises par de nombreuses espèces sauvagesNote de bas de page183.

Les terres agricolesNote de bas de pagevi occupaient près de 10 % de l’EMA en 2006 et elles étaient généralement caractérisées par une exploitation à petite échelle. Sauf dans quelques secteurs de forte production agricole (p. ex. Î-P.-É., basses terres d’Annapolis-Minas, vallée de la rivière Saint-Jean), les terres agricoles étaient une composante relativement mineure du paysage (figure 40)Note de bas de page184. La plupart des zones agricoles étaient constituées d’une diversité de types de couverture, dont une bonne part de terres naturelles et semi-naturelles. L’empreinte agricole relativement faible et la présence d’une grande quantité d’habitat de qualité pour les espèces sauvages dans les terres agricoles signifient que l’influence de l’agriculture sur l’habitat est bien moindre ici que dans les principales écozones+ agricoles du Canada.

Figure 40. Pourcentage de la superficie terrestre définie comme étant agricole dans l’écozone+ maritime de l’Atlantique, 2006. Les polygones de pédo-paysage du Canada ont été utilisés comme unités de base dans cette analyse.

carte

Description longue pour la figure 40

Cette carte de densité indique le pourcentage de terres définies comme des terres agricoles dans l’écozone+ maritime de l’Atlantique pour l’année 2006. Dans l’ensemble, les terres agricoles ont occupé relativement peu d’espace dans un paysage plus large en 2006, représentant 10 pour cent ou moins de la superficie dans la plupart des régions. On trouvait un pourcentage plus élevé de terres agricoles dans le sud de la portion québécoise de l’écozone+, ainsi qu’à l’Île-du-Prince-Édouard.

Les polygones de pédo-paysage du Canada ont été utilisés comme unités de base dans cette analyse.
Source : Javorek et Grant, 2011184

De 1986 à 2006, la superficie totale des terres agricoles a diminué d’environ 6 % (passant de 22 000 à 20 800 km2). Dans le paysage agricole total, la part de la catégorie des autres terres a aussi diminué, passant de 49 à 47 %. La part du foin cultivé, le deuxième type de couverture en termes d’abondance, a augmenté en passant de 21 à 26 %, tandis qu’ont diminué les parts des pâturages améliorés (9 à 5 %) et des pâturages non améliorés (9 à 6 %). La part de la catégorie des autres cultures a augmenté de 2 à 3 %, surtout à cause d’une production accrue de pommes de terre à l’Île-du-Prince-Édouard et dans la vallée de la rivière Saint-Jean (figure 41)184.

Figure 41. Superficie agricole totale, superficie de terre par type de couverture (graphique à barres) et pourcentage relatif de chaque type de couverture (tableau) pour l’écozone+ maritime de l’Atlantique en 1986, 1996 et 2006.

carte

Description longue pour la figure 41

Cette figure est un graphe à barres empilées indiquant les informations suivantes :

Données de la figure 41.
TypeTerres agricoles
(hectares) - 1986
Terres agricoles
(hectares) - 1996
Terres agricoles
(hectares) - 2006
Oléafineux1037192,265
Légumineuses à grain154185161
Soja2,2554,44714,017
Petits fruits11,78423,64120,865
Pâturages améliorés196,264130,244108,401
Autres terres1,072,0791,063,783979,019
Jachère18,5433,2942,976
Pâturages non améliorés194,269204,362127,699
Céréales162,100171,670167,272
Mais17,95420,37243,646
Foin cultivé456,701489,075533,195
Autres cultures51,57369,88667,282
Arbres frutiers6,1654,9264,158
Légumes8,7408,5035,547
Céréales d'hiver6,2926,1407,646

Source : Javorek et Grant, 2011184

Capacité d’habitat faunique des terres agricoles

Au total, 292 espèces (215 oiseaux, 52 mammifères, 9 reptiles et 16 amphibiens) pourraient utiliser ce paysage agricole, dont 88 % sont associées aux milieux humides, aux terres riveraines, aux haies, aux terres boisées, aux champs laissés à l’abandon et aux terres inexploitées (catégorie « autres terres »). La catégorie « autres terres » était le type de couverture terrestre dominant, représentant près de la moitié du territoire agricole. On a calculé la capacité des paysages agricoles à offrir à la faune sauvage un habitat approprié en 1986, 2001 et 2006 en utilisant un modèle classant les types de couverture terrestre selon leur utilisation potentielle (p. ex. alimentation, reproduction, migration, hivernage) et leur valeur (primaire, secondaire ou tertiaire) pour différentes espèces, en dix classes (voir la légende de la figure 42)184. En 2006, on estimait que la capacité moyenne d’habitat faunique des terres agricoles était élevée, en dépit d’une baisse importante depuis 1986 (figure 42). Entre 1986 et 2006, la capacité d’habitat a diminué dans 43 % des terres agricoles, augmenté dans 28 % de ces terres, et est restée constante dans 29 % de celles-ci (figure 43). Les tendances à la baisse de la capacité d’habitat étaient associées à un certain nombre de zones où l’activité agricole était plus intense. La baisse significative résulte d’une expansion générale de la catégorie des terres cultivées (32 à 36 %), dont la capacité d’habitat est comparativement faible, et à une baisse de la superficie des types de couverture présentant une valeur plus élevée pour la faune184. Malgré cette baisse, la capacité moyenne d’habitat faunique est demeurée élevée dans l’EMA.

Figure 42. Proportion de la superficie agricole dans chaque classe de capacité d’habitat (axe de gauche du graphe à barres) et capacité d’habitat moyenne (axe de droite, associé aux trois points et à la droite tracée) pour l’écozone+ maritime de l’Atlantique en 1986, 1996 et 2006.

carte

Description longue pour la figure 42

Ce graphique à barres empilées montre les informations suivantes :

Classes de capacité
d’habitat

Très élevée  90->100
Élevée 70-90
Modérée 50-70
Faible  30-50
Très faible <20-30

Données de la figure 42.
Echelle198619962006
<200.000.00 0.00
20-300.000.000.00
30-400.022.402.98
40-503.904.114.78
50-606.219.3510.21
60-707.8310.089.50
70-8013.5311.5314.43
80-9033.9123.3528.88
90-10019.3722.7816.59
>10015.2216.4112.63

La capacité d’habitat moyenne dans l’ecozone+ maritime de l’Atlantique était 94.17 en 1986, 93.17 en 1996 et 88.75 en 2006.

Les années associées à des lettres différentes présentent des différences statistiquement significatives.
Source : Javorek et Grant, 2011184

Figure 43. Changements de la capacité d’habitat faunique des terres agricoles de l’écozone+ maritime de l’Atlantique, 1986-2006.

carte

Description longue pour la figure 43

Cette carte présente les changements de la capacité d’habitat faunique des terres agricoles de l’écozone+ maritime de l’Atlantique entre 1986 et 2006. Ces terres agricoles sont cartographiées et colorées pour décrire les changements de la capacité d’habitat qui sont constants, en diminution, en augmentation ou non évalués durant la période visée. Entre 1986 et 2006, la capacité d’habitat a diminué, passant de 43 % des terres agricoles, augmentant à 28 %, puis restant sans changement à 29 %.

Source : Javorek et Grant, 2011184

Érosion des terres cultivées

Les terres cultivéesNote de bas de pagevii, qui n’occupent que 4 % de la superficie terrestre dans l’EMA, sont parmi les terres agricoles du Canada qui présentent les plus forts risques d’érosion à cause d’un travail du sol intensif et d’un climat qui crée un risque élevé d’érosion hydrique pour les sols non protégés dans certaines zonesNote de bas de page185. Cependant, le risque d’érosion a diminué dans l’EMA entre 1981 et 2006. McConkey et al.185 ont conclu que 36 % des terres cultivées présentaient un risque d’érosion intolérable en 2006 (figure 44), alors que le pourcentage était de 41 % en 1981. En 2006, 18 % des terres agricoles présentaient un risque d’érosion de modéré à très élevé, par rapport à 20 % en 1981.

Figure 44. Terres cultivées dans l’écozone+ maritime de l’Atlantique par catégorie de risque d’érosion du sol, en 2006.

carte

Description longue pour la figure 44

Cette carte présente la classification des risques d’érosion des terres cultivées dans l’écozone+ maritime de l’Atlantique au cours de l’année 2006. Les différentes catégories de risque sont Très faible (<6  t/ha/an), Faible (6-11  t/ha/an), Modéré (11-22  t/ha/an), Élevé (22-23  t/ha/an) et Très élevé (>33  t/ha/an). La carte montre que 36 % des terres cultivées dans l’écozone+ présentent un risque d’érosion du sol intolérable. La plus grande zone de terres présentant un risque d’érosion modéré se trouve sur la rive est du fleuve Saint-Laurent, et la zone présentant le risque le plus élevé, dans la catégorie Très élevé, se trouve sur la côte centre-ouest de la Nouvelle-Écosse.

Tous les polygones de pédo-paysage du Canada comportant plus de 5 % de terres cultivées ont été pris en compte dans l’analyse et sont indiqués sur la carte.
Source : McConkey et al., 2011185

Oiseaux de prairie et d’autres milieux ouverts

Les oiseaux de prairie, qui incluent les oiseaux de certains milieux agricoles comme les champs de foin, les pâturages et les parcours, et les oiseaux d’autres milieux ouverts, qui incluent les champs laissés à l’abandon et des terres agricoles autres que les prairies, ont vu leurs effectifs diminuer de façon significative (figure 45). Les populations de bruants vespéraux (Pooecetes gramineus), de goglus des prés (Dolichonyx oryzivorus) et de sturnelles des prés (Sturnella magna) ont connu une baisse de plus de 75 % depuis les années 1970. De nombreux insectivores aériens, qui vivent dans les milieux ouverts autres que la prairie, ont vu leurs effectifs diminuer en tant que groupe42.

Figure 45. Évolution de l’indice d’abondance annuel des assemblages d’oiseaux de prairie (à gauche) et des autres milieux ouverts (à droite) dans l’écozone+ maritime de l’Atlantique, 1968-2006.

carte

Description longue pour la figure 45

Cette figure comporte deux graphiques linéaires décrivant les informations suivantes :

Données de la figure 45.
Prairie -
Année
Prairie -
Indice d’abondance
Milieux ouverts -
Indice d’abondance
196833.5762.54
196936.8375.42
197031.6761.82
197134.2977.33
197238.8172.89
197336.9073.50
197440.2468.19
197532.2643.36
197644.1357.94
197744.9558.10
197852.5776.85
197942.9257.88
198040.1869.19
198147.6770.59
198245.4969.63
198346.6970.50
198446.6860.24
198538.6873.05
198636.4469.72
198728.6664.01
198825.6164.96
198925.8058.44
199024.0249.85
199122.5646.08
199221.5540.85
199320.5537.35
199417.3334.16
199519.0331.83
199617.2833.86
199718.4433.52
199817.7727.76
199916.4427.93
200015.0728.96
200113.8625.95
200214.9421.97
200312.4520.81
200411.3521.03
200512.1717.17
200613.6019.20

La prairie inclut les prairies indigènes et certains milieux agricoles comme les champs de foin, les pâturages et les parcours. Les autres milieux ouverts incluent les paysages agricoles ouverts autres que la prairie. L’indice d’abondance annuel est une estimation du nombre moyen d’oiseaux qui seraient dénombrés par un observateur moyen sur un parcours choisi au hasard dans une année donnée.
Source : Downes et al. (2011)42 d’après les données du Relevé des oiseaux nicheurs43

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Constatation clé 17
Espèces présentant un intérêt économique, culturel ou écologique particulier

Thème Habitats, espèces sauvages et processus écosystémiques

Constatation clé à l’échelle nationale
De nombreuses espèces d’amphibiens, de poissons, d’oiseaux et de grands mammifères présentent un intérêt économique, culturel ou écologique particulier pour les Canadiens. La population de certaines espèces diminue sur le plan du nombre et de la répartition, tandis que chez d’autres, elle est soit stable ou en pleine santé ou encore en plein redressement.

Les espèces présentant un intérêt particulier dans l’EMA incluent la population atlantique (Gaspésie) de caribous des bois et le saumon atlantique. Certains oiseaux terrestres utilisant l’EMA ont vu la taille de leurs populations diminuer, dans certains cas à cause de pressions s’exerçant ailleurs dans leurs aires de migration.

Au cours des dernières 150 à 200 années, certains des plus grands mammifères, entre autres le loup (Canis lupus), le couguar (Felis concolor) et le carcajou (Gulo gulo), ont disparu de l’EMA135. Le caribou des bois (Rangifer tarandus caribou) a été réduit à une population unique et en voie de disparition. Le coyote (Canis latrans) a largement investi la niche écologique du loup, et celle du caribou a été occupée jusqu’à un certain point par le cerf de Virginie (Odocoileus virginianus). Le castor (Castor canadensis) a presque disparu il y a 200 ans à cause d’une récolte excessive, mais il s’est depuis rétabli.

Caribou des bois

La population de caribous des bois de la Gaspésie-Atlantique est une population relique isolée dont l’aire de répartition dans l’EMA était autrefois plus grande. Avant l’établissement des Européens, on trouvait couramment le caribou des bois dans une bonne partie de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick, et on le trouvait aussi à l’Î-P.-É.Note de bas de page186. Sa disparition dans ces trois provinces était bien enclenchée dès les années 1830. Le caribou était disparu de Nouvelle-Écosse en 1912Note de bas de page187, du Nouveau-Brunswick dans les années 193016, et de l’έP.­É. bien avant. Les efforts pour le rétablir dans son aire de répartition historique en Nouvelle-Écosse ont échoué à cause d’infections mortelles causées par le ver des méninges (Parelaphostrongylus tenuis), dont le cerf de Virginie, établi plus récemment, est porteurNote de bas de page188.

On ne trouve la population actuelle que dans le parc national de la Gaspésie du Québec et aux alentours de ce parcNote de bas de page189. Elle est menacée par la prédation et la perte d’habitat, et sa faible taille et son aire de répartition restreinte la rendent vulnérable aux événements catastrophiques aléatoires186. Les données sur les tendances de 1983 à 2006 montrent une baisse générale durant cette période, avec une faible taille de population de moins de 100 individus en 1999 (figure 46)189. En 2002, le COSEPAC a de nouveau évalué la population et a fait passer son statut de « menacée » à « en voie de disparition »; l’espèce est également inscrite à l’annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril du Canada.

Figure 46. Tendance de la taille estimée de la population de caribou des bois de la Gaspésie, 1983­2006.

carte

Description longue pour la figure 46

Ce graphique à barres montre les informations suivantes :

Données de la figure 46.
AnnéeNombre estimé
de caribous
1983273
1984253
1985123
1986251
1987249
1988216
1989134
1990213
1991181
1992149
1993147
1994130
1995119
1996179
1997176
1998137
199996
2000126
2001113
2002156
2003143
2004160
2005204
2006200

La courbe de tendance du graphique indique que la population générale a connu une baisse entre 1983 (273 caribous) et 2006 (200 caribous), malgré des variations d’une année à l’autre. La plus petite taille de population était 96 individus en 1999.

Source : Équipe de rétablissement du caribou de la Gaspésie, 2007189 Ministère de l'énergie et des ressources naturelles

Autres ongulés

Les autres grands herbivores dans l’EMA incluent l’orignal (Alces alces) et le cerf de Virginie. L’orignal de la partie continentale de la Nouvelle-Écosse, dont la population compte environ 1 000 individus, a subi une baisse de 20 % depuis 1970 à cause de l’intrusion humaine dans son habitat, de la chasse, des changements climatiques et de la maladieNote de bas de page190. L'arrivée du cerf de Virginie aux provinces maritimes est récente et l'espèce est en expansion. Des modifications humaines aux paysages forestiers, ainsi que la disparition ou la baisse de population de nombreux prédateurs, ont été bénéfiques pour l'espèce136.

Saumon atlantique

Le saumon atlantique est largement réparti dans les rivières à travers l’EMA. Les populations sont vulnérables à un certain nombre de facteurs environnementaux incluant la prédation, la pêche et la disponibilité d’habitat de reproductionNote de bas de page191. Comme nous l’avons mentionné dans la section « Dépôts acides » (page 57), le saumon atlantique est également très sensible à l’acidité, et on a perdu un fort pourcentage de l’habitat de ce poisson dans la région à cause des pluies acides; de nombreuses remontes dans la partie côtière de la Nouvelle-Écosse sont disparues ou ont été gravement touchées175. La construction de barrages a eu un effet sur les populations de saumons, et les effluents industriels et municipaux, ainsi que les eaux de ruissellement issues de l’agriculture intensive, détériorent la qualité de l’eau et réduisent la disponibilité d’habitat de reproduction propice au saumon. Des prédateurs envahissants comme le maskinongé (Esox masquinongy), l’achigan à petite bouche et la truite arc-en-ciel (Oncorhynchus mykiss) réduisent le taux de survie des saumons juvéniles.

D’une partie de l’EMA à une autre, l’état et les tendances du saumon atlantique varient considérablementNote de bas de page192. Les populations de saumon atlantique de la partie supérieure et de la partie inférieure de la baie de Fundy ont été désignées « en voie de disparition » par le COSEPAC en 2001 et en 2010, respectivementNote de bas de page193. Toutes les données des relevés réalisés dans la partie supérieure de la baie de Fundy indiquent que les effectifs des différentes rivières ont connu de graves déclins depuis les années 1970, de sorte que cette population risque de disparaître. La baisse estimée est de 99 % sur 11 ans (trois générations) et de plus de 99,6 % sur 30 ans193. On a estimé qu’en 2003, moins de 100 individus sont retournés dans les 32 rivières connues pour abriter du saumon193. Dans le passé, la remonte totale pour ces rivières s’élevait probablement à 40 000 saumons193. Malgré une certaine incertitude, il semble que la mortalité des saumons adultes en mer constitue la principale menace pour la population de la partie supérieure de la baie de Fundy193.

Parmi 37 rivières à saumon de l’EMA (18 dans les provinces Maritimes et 19 au Québec), la taille moyenne sur cinq ans des effectifs n’a augmenté que dans trois rivières, toutes à l’île du Cap-Breton, de 1987 à 2005 (figure 47)192. Les effectifs ont subi une baisse dans toutes les autres rivières, entre autres des déclins de plus de 95 % dans quatre rivières de la partie supérieure de la baie de Fundy et un déclin de 99,8 % dans la rivière Sainte-Croix dans la partie inférieure de la baie de Fundy. Au Québec, les tendances des effectifs varient d’une rivière à une autre, mais elles sont généralement à la hausse, seulement deux rivières présentant des tendances à la baisse.

La rivière Miramichi produit au moins 20 % du saumon atlantique de l’Amérique du Nord et plus de saumon atlantique sauvage que toute autre rivière nord-américaine. Le saumon dans les rivières Miramichi et Restigouche est extrêmement important pour l’ensemble des populations de saumons atlantiques, car ces deux rivières fournissent un nombre disproportionné de reproducteurs aux populations de saumons vierges revenant dans les rivières pour frayer après avoir passé deux ans en mer. Les effectifs du saumon atlantique ont baissé dans les deux rivières entre 1987 et 2005 (figure 47), même si les populations ont montré des signes de rétablissement depuis 2000192.

Figure 47. Variation des populations de saumons dans les Provinces maritimes (haut) et au Québec (bas), 1987-2005.

carte

Description longue pour la figure 47

Cette figure comprend deux graphiques décrivant la variation des populations de saumons dans les rivières des  Provinces maritimes et du Québec.

Entre 1987 et 2005, dans les 18 rivières à saumon dans les  Provinces maritimes, la taille moyenne sur cinq ans des effectifs n’a augmenté que pour trois rivières (Margaree, Baddeck et Middle), toutes dans l’île du Cap-Breton. L’abondance du saumon atlantique a connu une baisse dans les rivières Restigouche, Miramichi, Philip, East Pictou, West Antigonish, North, LaHave et St.John  durant cette période.  L’abondance du saumon atlantique a connu une baisse plus de 95% dans les rivières East Sheet Harbour (-97.5), Stewiake (-97.4), Big Salmon (-97.4), Magaguadavic (-98.9) et St.Croix (-99.8). Aucune information n’est donnée pour la rivière Nashwaak.

Entre 1987 et 2005, dans les 19 rivières à saumon au Québec, la taille moyenne sur cinq ans des effectifs a augmenté pour 12 rivières (Mitis, Cap Chat (279%), Dartmouth, York, Saint Jean, Malbaie (284%), Du Petit Pabos (1107%), Du Grand Pabos (1099%), Du Grand Pabos Ouest, Port Daniel Nord (371%), Bonaventure et Matapedia). L’abondance du saumon atlantique a connu une baisse dans les rivières Sainte Anne et Grand Rivière. La taille moyenne sur cinq ans est demeurée relativement stable dans les rivières Madeleine et Mantane. Aucune information n’est donnée pour les rivières  Petite Cascapedia, Cascapedia et Nouvelle.

Échelle de l’axe des x : log(Nprésent/Npassé). Chaque point représente la variation de la taille moyenne sur cinq ans de la population considérée. Les points à l’extérieur de l’étendue du graphique sont accompagnés de leur valeur.
Source : d’après Gibson et al. (2006)192

Échelle de l’axe des x : log(Nprésent/Npassé). Chaque point représente la variation de la taille moyenne sur cinq ans de la population considérée. Les points à l’extérieur de l’étendue du graphique sont accompagnés de leur valeur.

Les effectifs de saumon atlantique dans les rivières de l’Î-P.-É. ont eux aussi baissé. On croit que l’espèce était présente dans environ 70 rivières à l’Î-P.-É. avant l’établissement des Européens. En 1960, ce nombre était descendu à environ 55 rivières, et une étude exhaustive réalisée dans la période 2000-2002 a révélé que l’espèce n’était alors présente que dans 33 rivières. En 2008, 11 nouvelles rivières ne contenaient plus de saumon, et les populations de 7 autres rivières étaient très faiblesNote de bas de page194.

L’anguille d’Amérique

L’anguille d’Amérique (Anguilla rostrata) est un exemple d’espèce auparavant abondante qui est à l’heure actuelle inscrite en tant qu’espèce menacée par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC). Depuis les années 1970, les populations ont connu un déclin de 99 % dans le corridor fluvial du Saint-LaurentNote de bas de page195, et des déclins moins extrêmes ont été observés tant dans l’estuaire du fleuve Saint-Laurent que dans le golfe du Saint-LaurentNote de bas de page196, Note de bas de page197. La longue durée de vie des anguilles d’Amérique, combinée avec leurs grandes distances de migration pouvant atteindre 4500 km, les rendent vulnérables à un vaste éventail de facteurs de stress, tels que la mortalité dans les turbines hydroélectriques, les obstacles physiques tels que les barrages, la pêche excessive et la modification de leur habitat. Les changements climatiques, donnant lieu à des changements dans les courants océaniques qui transportent les larves d’anguilles à partir des lieux de fraie, peuvent également contribuer aux déclins de population. Auparavant, l’anguille d’Amérique alimentait tant la pêche de subsistance que la pêche commerciale au Canada197.

Dans l'écozone+ maritime de l'Atlantique, les tendances relatives aux populations d'anguille d’Amérique sont mixtes. Des relevés par pêche électrique ont été menés régulièrement dans six grandes rivières, et des données ont été recueillies sur des périodes allant de 15 à 45 ans. Même si quatre rivières au Nouveau-Brunswick (Miramichi, Restigouche, Nashwaak et Big Salmon) ont affiché une abondance supérieure à la moyenne dans les années 2000, il en a été autrement pour deux rivières en Nouvelle-Écosse dont l'abondance a fortement diminué, soit d'environ 75 % pour la rivière St. Marys (de 1998 à 2009) et de 86 % pour la rivière LaHave (de 2000 à 2009)196.

Poissons d’eau douce

Entre 1979 et 2008, le nombre de taxons de poissons d’eau douce et de poissons diadromes désignés comme étant en péril dans l’EMA par l’American Fisheries Society a triplé, passant de trois à neuf espèces (figure 48, tableau 11). On a ajouté l’éperlan arc-en-ciel à la liste des espèces en péril après avoir obtenu de meilleures données sur sa situation, et on a ajouté des populations du bar rayé et du saumon atlantique à la suite de l’inclusion de populations régionales en 2008Note de bas de page198.

Figure 48. Tendance des effectifs de taxons de poissons d’eau douce et de poissons diadromes en péril dans chaque catégorie de statut dans les écorégions nord-américaines de l’écozone+ maritime de l’Atlantique, 1979, 1989 et 2008.

carte

Description longue pour la figure 48

Ce graphique à barres indique les informations suivantes :

Données de la figure 48.
StatusNombre de
taxons - 1979
Nombre de
taxons - 1989
Nombre de
taxons - 2008
Disparu001
En voie de disparition214
Menacé013
Vulnérable121

On utilise le terme « taxon » plutôt que le terme « espèce », parce que lors de la mise à jour de la liste, on y a inclus des populations régionales et des taxons infraspécifiques. Les listes précédentes pourraient avoir sous-estimé le caractère précaire de certains taxons, parce qu’elles n’incluaient pas toutes les unités désignables mais seulement les espèces reconnues du point de vue de la taxonomie.

Les définitions des catégories de statut diffèrent légèrement de celles du COSEPAC et sont données dans Jelks et al198

Tableau 11. Identification et statut des taxons de poissons d’eau douce et de poissons diadromes en péril dans l’écozone+ maritime de l’Atlantique, 1979, 1989 et 2008.Tableau - note1
Nom communGenreEspèce197919892008
Esturgeon à museau courtAcipenserbrevirostrumVDMVD
Esturgeon noirAcipenseroxyrinchus oxyrinchusVVV
Bar rayé (population de la baie de Fundy)Moronesaxatilis  M
Bar rayé (population du sud du golfe du Saint-Laurent)Moronesaxatilis  M
Bar rayé (population de l’estuaire du Saint-Laurent)Moronesaxatilis  PD
Éperlan arc-en-ciel (population d’individus de petite taille du lac Utopia, au Nouveau-Brunswick)Osmerusmordax VM
Corégone de l’AtlantiqueCoregonushuntsmaniVDVDVD
Saumon atlantique (population de la baie de Fundy)Salmosalar  VD
Saumon atlantique (population du golfe du Maine)Salmosalar  VD

Tableau 11 - Notes

Note 1

Dans ce tableau : PD = possiblement disparue, VD = en voie de disparition, M = menacée, V = vulnérable, conformément aux définitions de Jelks et al.198
Source : d’après Jelks et al. (2008)198

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Oiseaux terrestres

Tous les assemblages d’espèces d’oiseaux terrestres, à l’exception des oiseaux forestiers, ont connu des baisses d’effectifs entre les années 1970 et les années 2000, les oiseaux de prairie (qui comprennent les espèces des milieux agricoles comme les champs de foin, les pâturages et les parcours) et d’autres milieux ouverts accusant les baisses les plus prononcées (tableau 12, voir également la figure 45 à la section « Paysages agricoles », à la page 67).

Tableau 12. Tendances des effectifs des oiseaux terrestres dans l’écozone+ maritime de l’Atlantique, des années 1970 aux années 2000. Le tableau qui suis démontre l’indice d’abondance du BBS, par décenie, des années 1970 aux années 2000.Tableau - note1
Assemblage d’espècesTendance
(%/an)
P  Années 1970
(BBS)
Années 1980
(BBS)
Années 1990
(BBS)
Années 2000
(BBS)
Changement
 %
Forêt-0,4 % 221,6218,3208,1187,1-16 %
Arbustaie/succession-0,6 %*160,2141,9137,1134,9-16 %
Prairie-3,5 %*39,938,219,513,3-67 %
Autres milieux ouverts-3,5 %*64,867,036,322,6-65 %
Urbain/suburbain-0,6 %*179,7162,0157,3154,9-14 %

Tableau 12 - Notes

Note 1

Dans ce tableau : P est la signification statistique : * indique que P < 0,05, n indique que 0,05 < P < 0,1, et il n’y a aucune valeur lorsque la tendance n’est pas significative.
La colonne « Changement » donne le pourcentage de changement de l’indice d’abondance moyen entre la première décennie pour laquelle on dispose de résultats (années 1970) et les années 2000 (2000-2006).

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Constatation clé 18
Productivité primaire

Thème Habitats, espèces sauvages et processus écosystémiques

Constatation clé à l’échelle nationale
La productivité primaire a augmenté dans plus de 20 % du territoire végétalisé au Canada au cours des 20 dernières années et elle a également augmenté dans certains écosystèmes d’eau douce. L’ampleur et la période de productivité primaire changent dans tout l’écosystème marin.

L’indice de végétation par différence normalisée (IVDN), calculé à partir des données de télédétection, est un indicateur de la quantité et de la vigueur des végétaux verts dans le paysage. La variation de l’IVDN traduit les changements qui touchent la productivité primaire. De 1985 à 2006, les valeurs de l’IVDN ont augmenté dans 33 408 km2 (16,5 %) et diminué dans 720 km2 (0,4 %) de l’EMA7. Les plus grandes zones où ces valeurs ont augmenté sont les forêts mixtes de la Gaspésie et de l’île du Cap-Breton (figure 49).

Figure 49. Changement de l’indice de végétation par différence normalisée dans l’écozone+ maritime de l’Atlantique, 1985-2006.

carte

Description longue pour la figure 49

Cette carte indique les endroits où le pic annuel de l’indice de végétation par différence normalisée (IVDN) a subi une augmentation ou une diminution dans l’écozone+ maritime de l’Atlantique entre 1985 et 2006. La vaste majorité des zones ayant connu un changement durant cette période présentait une tendance à la hausse. Les zones présentant une tendance à la baisse étaient petites et dispersées. La carte montre que, de 1985 à 2006, les valeurs d’IVDN ont augmenté dans 33 408 km2 (16,5 %) et diminué dans 720 km2 (0,4 %) de l’écozone+. Les plus grandes zones avec des valeurs d’IVDN à la hausse étaient des zones de forêt mixte le long de la péninsule gaspésienne et à l’île du Cap-Breton.

Les tendances concernent le pic annuel atteint par l’IVDN, établi en calculant la moyenne des trois valeurs les plus élevées d’après des images composites sur 10 jours prises en juillet et août de chaque année. La résolution spatiale des images est de 1 km, et les données ont été moyennées à une résolution de 3 km aux fins d’analyse. Seuls les points correspondant à des changements statistiquement significatifs (p < 0,05) sont indiqués.
Source : Ahern et al. (2011)7 d’après Pouliot et al. (2009)Note de bas de page199

On peut attribuer les changements des valeurs de l’IVDN aux changements climatiques, au changement de la couverture terrestre, à l’utilisation des terres ou à d’autres changements de gestion7. On peut associer les tendances à la hausse dans certaines parties de l’EMA à l’exploitation forestière commerciale, qui a causé une augmentation de la proportion de feuillus, mais des études plus détaillées seraient nécessaires pour confirmer cette hypothèse. À cause de la grande proportion de forêts de feuillus et de forêts mixtes dans cette écozone+, les valeurs de l’IVDN étaient plus élevées, proches du point de saturation, ce qui rend les changements subtils difficiles à détecter199 Note de bas de page200 Note de bas de page201. De plus, le résultat des analyses de l’IVDN dans le sud-est du Canada (incluant l’EMA) sont sensibles à la période couverte. Les périodes moins récentes (p. ex. 1982 à 1999) sont plus susceptibles de présenter des tendances à la hausse étenduesNote de bas de page202 Note de bas de page203 Note de bas de page204 Note de bas de page205, tandis que les analyses des périodes plus récentes (p. ex. la période de 1985 à 2006, analysée ici) présentent des tendances positives moins étendues, ou même négatives dans certaines zones199 Note de bas de page206 Note de bas de page207. Il faudrait procéder à des études de la couverture terrestre et de la productivité de la végétation plus détaillées pour bien interpréter ces tendances.

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Constatation clé 19
Perturbations naturelles

Thème Habitats, espèces sauvages et processus écosystémiques

Constatation clé à l’échelle nationale
La dynamique des régimes de perturbations naturelles, notamment les incendies et les vagues d’insectes indigènes, est en train de modifier et de refaçonner le paysage. La nature et le degré du changement varient d’un endroit à l’autre.

Les perturbations naturelles incluent des phénomènes météorologiques extrêmes, les incendies et les infestations d’insectes. Bien qu’autrefois, les incendies aient joué un rôle important dans l’EMA, ce sont aujourd’hui les phénomènes météorologiques violents et les infestations d’insectes qui représentent les types de perturbation dominants à cause, en partie, d’une lutte efficace contre les incendies. La tordeuse des bourgeons de l’épinette est l’insecte forestier le plus influent.

Phénomènes météorologiques extrêmes

Étant donné que l’EMA est en bordure de l’océan Atlantique, elle est particulièrement vulnérable aux ouragans et aux autres tempêtes tropicales remontant le long de la côte est de l’Amérique du Nord. Les vents et l’effet des marées associés à ces tempêtes peuvent aussi occasionner des ondes de tempête et des inondations.

Ouragans

La fréquence et la gravité des tempêtes tropicales et des ouragans ont augmenté au cours des trois dernières décenniesNote de bas de page208 Note de bas de page209 Note de bas de page210 Note de bas de page211. Le nombre moyen d’ouragans par année était de 8,7 entre 1900 et 1999, de 9,9 entre 1950 et 1999, et il est passé à 11,8 entre 1991 et 2000, soit la moyenne sur 10 ans la plus élevée jamais enregistrée (figure 50)211. D’autres études récentes ont montré que la durée des épisodes de tempête tropicale dans la région atlantique avait augmenté d’environ 60 % depuis 1949 et que la vitesse de pointe annuelle du vent avait augmenté d’environ 50 %103. Depuis 1975, la dissipation totale de l’énergie (un indice du potentiel destructeur d’un ouragan) a doubléNote de bas de page212.

Figure 50. Tendances du nombre moyen d’ouragans dans le bassin atlantique, 1900-1999, 1950-1999 et 1991-2000.

carte

Description longue pour la figure 50

Cette figure est un graphique linéaire indiquant la fréquence et la gravité des tempêtes tropicales et des ouragans dans le bassin de l’Atlantique durant les périodes 1900-1999, 1950­1999 et 1991-2000. Il montre que la fréquence et la gravité de ces phénomènes naturels ont augmenté au cours des trois dernières décennies. Le nombre moyen d’ouragans par année était de 8,7 entre 1900 et 1999, de 9,9 entre 1950 et 1999, et il a augmenté à 11,8 entre 1991 et 2000, soit la moyenne sur 10 ans la plus élevée enregistrée.

Source : Environnement Canada, 2002211

Ondes de tempête et inondations

Des ondes de tempête et des inondations sont souvent associées aux ouragans et aux tempêtes tropicales, et elles résultent d’une accentuation de l’action des vagues et de fortes pluies. Elles peuvent avoir des effets importants sur les écosystèmes côtiers, notamment occasionner l’érosion des sols et une perte de végétation (voir aussi la section « Zones côtières », à la page 32). La vulnérabilité aux ondes de tempête varie énormément dans l’EMA : certaines zones sont susceptibles d’être plus gravement touchées que d’autres, selon la nature du littoral et le degré d’exposition (figure 51).

Figure 51. Niveaux extrêmes de récurrence de 40 ans des ondes de tempête sur la côte atlantique du Canada.

carte

Description longue pour la figure 51

Cette carte d’intensité indique le risque d’ondes de tempête dans les zones côtières de l’écozone+ maritime de l’Atlantique. Elle montre que ce risque varie largement dans l’écozone+ : certaines zones risquent d’être plus gravement touchées que d’autres, selon la nature de la côte et le degré d’exposition. On prévoit que la côte nord-est de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick et la côte sud de l'île -du-Prince -Édouard, ainsi que les rives du fleuve Saint-Laurent seront les plus touchées par les ondes de tempête.

La prévision a posteriori est une méthode d’élaboration d’un modèle dans laquelle celui-ci est mis à l’essai pour vérifier s’il prédit correctement des observations passées. La barre colorée indique les niveaux extrêmes de récurrence de 40 ans des ondes de tempête, en mètres. On s’attend à ce que les ondes de tempête les plus fortes surviennent dans les régions côtières indiquées par les couleurs les plus chaudes.

Il n’existait pas de données exhaustives sur les tendances des ondes de tempête pour toute l’EMA, mais une étude de cas sur les ondes de tempête à Charlottetown (Î-P.-É.) indique que la gravité et la fréquence des ondes de tempête ont augmenté entre les années 1940 et 1980, les ondes de tempête de plus de 90 cm étant devenues de plus en plus fréquentes (figure 52). Étant donné que la glace semble atténuer la gravité des ondes de tempête, les ondes de tempête et l’érosion par les vagues pourraient devenir plus graves sous un climat plus chaud, qui entraînerait une réduction de l’englacement dans le golfe du Saint-Laurent (voir la section « La glace dans l’ensemble des biomes », à la page 41)107.

Figure 52. Nombre moyen d’ondes de tempête par année dépassant les différents seuils de hauteur, par décennie, à Charlottetown (Î-P.-É.), entre les années 1940 et les années 1990.

carte

Description longue pour la figure 52

Ce graphique à barres indique les informations suivantes :

Données de la figure 52. - Charlettetown
Catégorie de hauteur
(cm)
Nombre moyen
d’épisodes - 1940-49
Nombre moyen
d’épisodes - 1950-59
Nombre moyen
d’épisodes - 1960-69
Nombre moyen
d’épisodes - 1970-79
Nombre moyen
d’épisodes 1980-89
Nombre moyen
d’épisodes - 1990-99
>=607.98.289.986.4
>=7044.34.94.84.63.1
>=801.92.32.32.32.61.3
>=900.61.51.11.41.80.8
>=1000.20.50.80.61.20.4
>=110 0.30.40.10.60.3
>=120  0.30.10.10.2
>=130  0.2  0.2
>=140  0.1  0.1
>=150      

Source : Bernier et al., 2006Note de bas de page213

Incendies

Les feux de forêt ont joué un rôle historique important dans la dynamique des forêts de l’EMA, même si c’est à une échelle beaucoup plus petite que dans de nombreuses autres parties du CanadaNote de bas de page214, Note de bas de page215. Les registres des 17e et 18e siècles indiquent que la foudre a causé régulièrement des incendies sur de grandes étendues de forêtNote de bas de page216. Aujourd’hui, les incendies sont plus nombreux, mais plus petits. Ils sont surtout causés par les humains. En moyenne, entre les années 1960 et les années 2000, 86 % des incendies avaient été causés par des humains215. Cependant, les étendues brûlées ont été réduites grâce à une détection hâtive et à une lutte active contre les incendies.

Depuis les années 1950, les grands incendies de forêt (de plus de 2 km2) n’ont pas constitué une perturbation naturelle courante ni importante. De 1959 à 2007, une superficie totale moyenne de seulement 34 km2 (0,02 % de l’EMA) a brûlé annuellement (figure 53). Les années sans incendie important ont été courantes. La superficie brûlée a été faible, grâce à la prévention, à la détection hâtive et à une maîtrise rapide. Dans l’ensemble, la superficie totale brûlée était plus faible dans les années 1960 et 1970, plus élevée dans les années 1980 et 1990, puis de nouveau plus faible dans les années 2000215.

Figure 53. Superficie totale brûlée annuellement par les grands incendies (superficie > 2 km2) entre 1959 et 2007 (graphique à gauche) et répartition des grands incendies des années 1980 à aujourd’hui (carte à droite) dans l’écozone+ maritime de l’Atlantique.

carte

Description longue pour la figure 53

Cette figure comporte un graphique à barres indiquant la superficie annuelle des forêts incendiées dans l’écozone+ maritime de l’Atlantique, en km2, ainsi qu’une carte indiquant l’emplacement des feux de forêt entre 1959 et 2007. Le graphique montre les informations suivantes :

Données de la figure 53.
AnnéeSuperficie incendiée
(km2)
1959237.35
1960299.40
196120.02
19620.00
196321.58
19643.66
196513.06
19660.00
19670.00
196841.07
19695.57
197010.12
19710.00
19720.00
19730.00
19740.00
19753.86
19760.00
19770.00
19789.08
19790.00
198026.31
19810.00
198253.39
19835.90
19840.00
198517.01
1986374.17
198721.79
198816.32
19890.00
199071.79
199134.77
199248.03
19933.04
19940.00
1995296.00
19967.00
19977.00
1998 
199953.00
200059.00
200124.00
20021.00
20031.00
20048.00
20055.00
20063.00
20074.00

La carte montre que la majorité des grands incendies qui se est passé dans les années 1980 au Nouveau-Brunswick.

Sur la carte, les années 1980 sont en rouge et les années 1990, en violet. Les incendies des années 2000 (jusqu’en 2007 inclusivement) sont trop petits pour être indiqués.
Source : Krezek-Hanes et al., 2010215; les données pour la période 1959-1994 étant tirée de la base de données sur les grands incendies (Stocks et al., 2003)Note de bas de page217, et celles pour la période 1995-2007 ayant été obtenues par télédétection.

Dans le cas de certaines forêts de l’EMA, les incendies ont joué un rôle historique important dans la dynamique des peuplements, touchant la composition en espèces d’arbres, la distribution des classes d’âge et les régimes de succession214, Note de bas de page218. Par exemple, en Nouvelle-Écosse, les incendies ont maintenu la diversité forestière dans les peuplements purs de pin gris (Pinus banksiana) dans le comté de Cumberland et les peuplements d’épinette noire et pin blanc dans la zone de la rivière St. Mary’s. Au fil du temps, on s’attend à ce que la lutte contre les incendies réduise la diversité forestière dans ces zonesNote de bas de page219.

Dans certains écosystèmes, la perturbation causée par des incendies répétés est importante parce que ceux-ci limitent la croissance des arbres. La baisse de fertilité du sol et la formation d’une couche durcie dans le profil de sol à cause des incendies, ainsi que l’effet allélopathique des végétaux de type éricacées sur les espèces conifériennes, peuvent créer des écosystèmes de terrains boisés ouverts parsemés d’arbres rabougris, comme dans les landes du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse. Les incendies naturels ont contribué au maintien des éricaçaies de la vallée de l’Annapolis134.

Infestations d’insectes indigènes à grande échelle

Les infestations d’insectes sont parmi les perturbations naturelles les plus fréquentes dans l’EMA et la voie naturelle la plus courante pour la régénération forestière. Comme les incendies, les infestations d’insectes ont une influence sur la dynamique de la succession végétale des forêts (croissance, recrutement et mortalité)Note de bas de page220. Les infestations d’insectes ont toutefois comme conséquence habituelle, contrairement aux incendies, le remplacement d’arbres individuels ou de petites parcelles de forêt, plutôt que la perte de grands peuplements16.

Tordeuse des bourgeons de l’épinette

La tordeuse des bourgeons de l’épinette, indigène dans les forêts boréales et mixtes de l’Amérique du Nord, est l’insecte forestier ayant le plus d’incidence sur l’EMA16 Note de bas de page221. Les infestations surviennent de façon assez synchrone dans des zones étenduesNote de bas de page222, mais leur durée varie d’une région à une autre. En général, les périodes de forte défoliation durent entre 5 et 25 ans221 Note de bas de page223. Les infestations récurrentes de tordeuse des bourgeons de l’épinette jouent un rôle important dans l’évolution des écosystèmes forestiers. Elles jouent sur la composition en espèces, la distribution des classes d’âge, la dynamique de la succession végétale et l’état des peuplements forestiers résiduels20 223 Note de bas de page224 Note de bas de page225. De plus, parce que les infestations de tordeuse des bourgeons de l’épinette et d’autres insectes se produisent fréquemment et concernent des zones étendues, elles ont une incidence sur le flux de carbone de la forêt224.

On ne s’entend pas sur l’évolution de la fréquence et de la gravité des infestations. Certaines études ont conclu que la fréquence des infestations de tordeuse avait augmenté221, 222, Note de bas de page226, tandis que d’autres n’ont relevé aucune tendance, surtout lorsque des échelles de temps plus longues étaient prises en compte. Par exemple, Boulanger et Arseneault223 ont conclu que dans l’est du Québec, la fréquence des infestations a été stable entre 1500 et 2000, avec un intervalle de récurrence de 30 à 48 ans (figure 54).

Figure 54. Intervalles des infestations de tordeuse des bourgeons de l’épinette dans l’est du Québec repérées dans le cadre d’analyses dendrochronologiques antérieures, 1500-2000.

carte

Description longue pour la figure 54

Ce graphe chronologique indique la durée des infestations de tordeuse des bourgeons de l’épinette et les intervalles entre les infestations dans l’est du Québec au cours de la période 1500-2000. Il décrit une fréquence stable des infestations et un intervalle de récurrence de 30 à 48 ans.

Source : d’après Boulanger et Arseneault (2004)223

Certaines études indiquent que la gravité des attaques a augmenté durant le 20e siècleNote de bas de page227, Note de bas de page228. Par contre, la gravité des attaques a diminué au Nouveau-Brunswick entre 1949 et 2007 (figure 55)137. Cette diminution pourrait être le résultat des applications d’insecticide destinées à combattre les infestations de tordeuse des bourgeons de l’épinette. Entre 1972 et 1993, au Nouveau-Brunswick, on a procédé à l’épandage aérien d’insecticide sur près de 50 % des zones modérément à gravement infestées, ce qui a notablement réduit la défoliation221.

Figure 55. Tendance (A) de la défoliation causée par la tordeuse des bourgeons de l’épinette au Nouveau-Brunswick, 1949-2007, et (B) de la superficie traitée au moyen de pesticides, 1952-2007.

carte

Description longue pour la figure 55

Cette figure comprend deux graphiques linéaires montrant l’étendue des zones modérément à gravement touchées chaque année par la défoliation à cause de la tordeuse des bourgeons de l’épinette au Nouveau-Brunswick, de 1949 à 2007, ainsi que la superficie totale traitée chaque année au moyen de pesticides, de 1952 à 2007. Ces graphiques montrent que la gravité des attaques a diminué au Nouveau-Brunswick entre 1949 et 2007, en particulier dans les zones traitées au moyen de pesticides.

Source : d’après Carter et al. (2008)137

Les changements détectables de la gravité et de la fréquence des infestations d’insectes dans l’aire de répartition de la tordeuse des bourgeons de l’épinette ont été attribués aux changements des pratiques de récolte forestière, à la fréquence réduite des incendies en grande partie à cause de la lutte contre les incendies, à une augmentation de la pulvérisation d’insecticide et à une moindre fiabilité accordée aux registres sur les infestations reconstitués pour les périodes historiques16, 134, 223.

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Constatation clé 20
Réseaux trophiques

Thème Habitats, espèces sauvages et processus écosystémiques

Constatation clé à l’échelle nationale
Des changements profonds dans les relations entre les espèces ont été observés dans des milieux terrestres et dans des milieux d’eau douce et d’eau marine. La diminution ou la disparition d’éléments importants des réseaux trophiques a considérablement altéré certains écosystèmes.

On disposait de peu d’information sur les changements des dynamiques trophiques et des cycles des populations dans l’EMA. La perte ou la réduction de mammifères prédateurs des niveaux trophiques supérieurs peut entraîner des changements substantiels dans les réseaux trophiques. Dans le passé, les loups étaient les plus gros mammifères prédateurs, mais ils ont disparu du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse quelque part entre 1870 et 1921Note de bas de page229. La martre d’Amérique (Martes americana) est disparue du sud du Québec et de l’Î-P.-É., et l’ours noir (Ursus americanus) et le lynx (Lynx canadensis) ont également disparu de l’Î-P.-É.

Pendant ce temps, le coyote étendait son aire de répartition dans l’EMA (figure 56) et prenait la place du loup comme prédateur du niveau trophique supérieur. Dans tout l’est de l’Amérique du Nord, incluant l’EMA, le coyote a exercé un fort effet « de haut en bas » sur les écosystèmes forestiersNote de bas de page230; sa présence a directement réduit les effectifs de proies, ce qui a indirectement réduit les effectifs de plus petits carnivores, comme le renard roux (Vulpes vulpes)Note de bas de page231. En réduisant les effectifs de ces carnivores plus petits, le coyote a aussi augmenté indirectement le nombre d’oiseaux, ce qui a établi une relation positive entre les populations de coyotes et d’oiseaux d’arbustaie.

Figure 56. Chronologie de la colonisation d’une partie de l’écozone+ maritime de l’Atlantique par le coyote de l’Est entre les années 1960 et les années 1980.

carte

Description longue pour la figure 56

Cette carte indique les déplacements du coyote de l’Est dans l’écozone+ maritime de l’Atlantique entre les années 1960 et les années 1980. La colonisation par cette espèce s’est effectuée d’est en ouest, à commencer par la portion québécoise et de l’est du Nouveau-Brunswick de l’écozone+ dans les années 1960, puis elle s’est poursuivie vers l’ouest, à travers le Nouveau-Brunswick et le nord de la Nouvelle-Écosse du milieu à la fin des années 1970. En 1980, le coyote de l’Est avait colonisé toute la Nouvelle-Écosse, y compris l’île du Cap-Breton et en 1983, on le trouvait également à l’Île-du-Prince-Édouard.

Source : Moore et Parker, 1992Note de bas de page232

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