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Thème : Biomes

Constatation clé 1
Forêts

Constatation clé à l’échelle nationale
À l’échelle nationale, la superficie que couvrent les forêts a peu changé depuis 1990. À l’échelle régionale, toutefois, la réduction de l’aire des forêts est considérable à certains endroits. La structure de certaines forêts du Canada, y compris la composition en espèces, les classes d’âge et la taille des parcelles de forêt intactes, subit des changements sur des périodes plus longues.

L’étendue des forêts

Les forêts ont déjà constitué le type de couverture terrestre le plus répandu dans l’écozone+ des plaines à forêts mixtes. Il n’existe aucune estimation de la superficie de terres défrichées par les peuples autochtones à l’intérieur de l’écozone+, mais Jenness (1977)12 a estimé que des champs de maïs étaient plantés à des distances de 3,7 km autour des villages de populations parlant iroquois en Ontario. Au moment où les colons européens sont arrivés, aux 18e et 19e siècles, la plupart des terres défrichées par les peuples autochtones avaient retrouvé leur plein couvert forestier à la suite de la dévastation des populations autochtones causée par les épidémies et les guerres13. La plupart des massifs forestiers de la portion québécoise de l’écozone+ ont été récoltés entre 1800 et 1880, à un moment associé à l’apogée des peuples autochtones dans la région14,15. À cette époque, plus de 70 % de la superficie servaient à des activités agricoles. De nombreuses zones ont donc été soumises à des modifications du système de drainage, à l’extraction de la tourbe et à d’autres transformations du sol pour l’agriculture13,16,17. Le couvert forestier ontarien a atteint sa superficie la plus faible vers 1920, que l’on estime à 10,6 % de ce qu’il avait déjà été18.

Depuis ce niveau historiquement bas de couvert forestier, la superficie des forêts se trouvant dans l’écozone+ a augmenté dans les deux provinces. Le couvert forestier des plaines à forêts mixtes est actuellement estimé à 25 % en moyenne. L’écozone+ des prairies est la seule écozone+ canadienne dont le couvert forestier est inférieur à celui des plaines à forêts mixtes (0,9 %)8. La superficie de couvert forestier varie considérablement à l’intérieur même de l’écozone+, le niveau le plus bas étant de 5 % dans le comté d’Essex (sud-ouest de l’Ontario) et le plus haut s’élevant à 75 % dans certaines zones le long de la limite nord de l’écozone+, notamment la partie supérieure de la péninsule Bruce19 (Figure 4). Ces dernières années, selon la zone étudiée, le couvert forestier a soit augmenté, soit diminué. Dans certaines zones telles que l’arche de Frontenac (près de Westport, en Ontario, et du parc provincial Frontenac), le couvert forestier a augmenté de manière importante. De 1934 à 1995, la proportion de terres forestières est passée de 29 à 40 %20. Entre 1959 et 1995, le taux de croissance était de 3,3 % par décennie20. Au Québec, dans la région des basses terres du Saint-Laurent, le couvert forestier et la fragmentation sont restés inchangés dans les zones sous agriculture intensive pour la période de 1950 à 199721,22. Dans les zones moins cultivables, le couvert forestier s’est étendu (passant de 26,8 % en 1950 à 34,2 % en 199722, et la fragmentation des forêts a diminué à la suite de la transformation d’anciens champs en forêts, résultat de l’abandon des terres21,22– situation similaire à celle trouvée dans l’arche de Frontenac, en Ontario20. La comparaison des couverts forestiers sur la période allant de 1969 à 1995 et pour toute la portion québécoise de l’écozone+23 a révélé une légère augmentation de 2,9 % entre le premier programme d’inventaire forestier (1969-1975) et le troisième programme (1990-1995)23 (Figure 5).

Figure 4. Couverture terrestre de la partie ontarienne de l’écozone+ des plaines à forêts mixtes d’après la phase 1 du projet de cartographie des zones boisées du Système d’information sur les terres du sud de l’Ontario (tirée de l’imagerie de 2000).
Carte d'Ontario sud
Description longue pour la figure 4

Cette carte indique la répartition de cinq types de couvertures du sol dans la partie ontarienne de l’écozone+. Les zones boisées sont prédominantes le long de l’extrémité nord-ouest, de la péninsule Bruce à la rivière des Outaouais. D’autres zones naturelles sont éparpillées partout dans la région, notamment sur la rive nord du lac St. Clair, sur la rive nord du lac Érié à Long Point, autour d’un certain nombre de lacs entre Barrie et Kingston, et dans la région à l’est d’Ottawa. La plupart des zones urbanisées se trouvent aux alentours de Toronto et d’Ottawa. Le reste de la région est composée de zones agricoles, d’agrégats et d’autres types de couverture du sol et d’eau.

Source : Ministère des Richesses naturelles de l’Ontario (2006)19

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Figure 5. Variations de la couverture terrestre dans la partie québécoise de l’écozone+, de 1969 à 1995.
graphique à bandes indique les renseignements
Description longue pour la figure 5
Ce graphique à bandes indique les renseignements suivants : Pourcentage de la couverture (approximative)
Type de couverture du solInventaire 1
1969-1975
Inventaire 2
1981-1988
Inventaire 3
1990-1995
Forêt32%35%35%
Stérile4%3%2%
Eau2%2%2%
Autre couverture du sol.62%60%60%

Source : Ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec (2010)23

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Près de zones urbaines telles que le Golden Horseshoe entourant Toronto, le couvert forestier continue à rétrécir à cause de l’urbanisation (bien qu’à un taux moindre à celui de la perte de terres agricoles)8. La densité de population humaine est le plus fortement corrélée avec les divers indicateurs de la fragmentation des forêts24. La grande tempête de pluie verglaçante qui a frappé les basses terres du Saint-Laurent en 1998 peut, elle aussi, avoir contribué à la perte de forêts, de nombreuses terres à bois ayant été éliminées à la suite des dommages occasionnés par le verglas25,26. Dans l’est de l’Ontario, cette tempête est également jugée responsable de l’augmentation de l’isolement des parcelles boisées27.

La structure des forêts

Dans la partie centrale de l’écozone+ (se trouvant en Ontario), la coupe au diamètre minimal a engendré des peuplements généralement jeunes – de moins de 70 ans – et équiennes28. On ne rencontre des peuplements inéquiennes que là où ils sont gérés selon un régime de jardinage ou là où ils sont abandonnés, non coupés, à l’intérieur de parcs ou d’autres zones (ils ne représenteraient, tout au plus, que 10 % du couvert forestier restant29). Ces peuplements contiennent peu d’arbres (voire aucun) de moyenne ou grande taille18,28. Dans l’est de l’Ontario, la forêt est essentiellement équienne et encore plus jeune que dans la partie centrale de l’écozone+ (avec une moyenne d’âge de 63,5 ans30). Les forêts anciennes ont longtemps dominé le paysage, mais elles ont été remplacées par des forêts de seconde venue qui, en raison de leur jeune âge et de la manière dont elles sont gérées, sont dépourvues de la diversité structurale et de la complexité du paysage qui subsistaient avant la colonisation18.

Au Québec, la situation est semblable : la forêt est principalement composée d’arbres immatures (67 % des peuplements sont en régénération ou sont de jeunes peuplements, tandis que 33 % des peuplements sont matures et sénescents). La plus grande variation observée dans la partie québécoise de l’écozone+ ces dernières décennies est celle de l’âge des forêts; on retrouve 15 % plus de forêts matures et sénescentes et 15 % moins de forêts immatures entre le premier et le troisième programme d’inventaire forestier statistique23 (Figure 6).

Figure 6. Variations, en pourcentage, du couvert forestier pour chaque stade de développement dans la partie québécoise de l’écozone+.
map
Description longue pour la figure 6
Ce graphique à bandes indique les renseignements suivants : Pourcentage de la couverture (approximative)
Phase de développementInventaire 1
1969-1975
Inventaire 2
1981-1988
Inventaire 3
1990-1995
Régénération (moins de 2 m)11%14%8%
Régénérée (2 à 7 m)27%15%10%
Jeune45%47%48%
Mature et sénescente18%24%33%

Source : Ministère des Ressources naturelles et Faune du Québec (2010)23

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La composition du peuplement forestier

La composition en espèces dans la forêt de l’écozone+ diffère grandement de celle d’avant la colonisation13,17,31,32,33. L’évolution de la composition en espèces est fonction de la zone à l’étude, des antécédents de perturbation et de l’information utilisée pour reproduire les conditions forestières passées13,34. Cependant, en général, les recherches ont révélé que : 1) les forêts matures ou anciennes atteignaient généralement un âge plus avancé dans le passé qu’aujourd’hui – les forêts actuelles étant principalement le résultat des grandes perturbations humaines de la colonisation; 2) les couverts de conifères étaient plus vastes dans le passé qu’aujourd’hui, alors que les couverts de feuillus étaient plus petits; 3) les espèces de début de succession étaient moins nombreuses qu’aujourd’hui, alors que celles de fin de succession étaient plus nombreuses.

Un examen des plus récents changements dans la composition en espèces de conifères au Québec23 a permis de révéler que les volumes de bois de l’épinette blanche (Picea glauca), de l’épinette noire (Picea mariana), du pin blanc (Pinus strobus) et du sapin baumier (Abies balsamea) ont tous connu une diminution (de 1,1 à 2,3 %) entre 1969 et 1995, tandis que ceux du mélèze laricin (Larix laricina), de l’épinette rouge (Picea rubens) et de la pruche (Tsuga canadensis) ont augmenté respectivement de 1,2, de 2,3 et de 2,8 %. Selon l’examen des espèces de feuillus, les volumes de bois du bouleau blanc (Betula papyrifera), du bouleau jaune (Betula alleghaniensis), du chêne rouge (Quercus rubra), de l’érable à sucre (Acer saccharum), du peuplier à grandes dents (Populus grandidentata) et du tilleul d’Amérique (Tilia americana) ont tous connu une diminution (de 1,4 à 4,9 %) entre 1969 et 1995, tandis que l’érable argenté (Acer saccharinum) et l’érable rouge ont connu une augmentation de 1,2 et de 15,4 %, respectivement. Bon nombre de ces variations trouvent leur explication dans les infestations d’insectes. Les diminutions dans la composition en espèces de conifères sont associées aux infestations d’insectes (surtout en ce qui concerne la tordeuse des bourgeons de l’épinette [Choristoneura fumiferana]) ainsi qu’aux activités d’exploitation forestière35,36,37. L’importance grandissante de l’érable rouge découle probablement de ces perturbations35 et de son rôle à titre d’espèce de début de succession dans les zones où le couvert forestier se rétablit15. L’érable rouge est une espèce super-généraliste qui requiert peu de ressources et qui a la capacité d’occuper rapidement l’espace disponible38,39.

Le patron d’évolution des espèces feuillues de fin de succession est plus complexe. Bien que l’érable à sucre ait montré une augmentation importante dans de nombreuses régions depuis la colonisation européenne16, 17, son importance relative a diminué de 5 % durant la période allant de 1969 à 1995. On associe parfois les baisses de production de sirop d’érable à la tempête de verglas de 1998 qui a touché l’Ontario et le Québec26, mais cette dernière s’est produite après les baisses observées dans l’ensemble de données du Québec23. Depuis la fin des années 1970, le déclin et le dépérissement de l’érable à sucre ont été constatés de façon sporadique à des échelles différentes dans la forêt de feuillus du nord-est de l’Amérique du Nord40,41, particulièrement au Québec35,42,43. Les facteurs environnementaux tels que les phénomènes climatiques extrêmes, la défoliation causée par les insectes ainsi que les effets néfastes des dépôts acides sur la fertilité des sols peuvent tous être des facteurs responsables du récent déclin des populations d’érables à sucre dans certaines régions du nord-est de l’Amérique du Nord44.

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Constatation clé 2
Prairies

Constatation clé à l’échelle nationale
L’étendue des prairies indigènes n’est plus qu’une fraction de ce qu’elle était à l’origine. Bien qu’elle soit plus lente, la disparition des prairies se poursuit dans certaines régions. La santé de bon nombre de prairies existantes est également compromise par divers facteurs de stress.

Prairies et savanes

Les prairies et les savanes se trouvent uniquement dans le sud de la partie ontarienne de l’écozone+. On estime qu’elles s’étendaient sur environ 82 000 ha (820 km2) au début de la colonisation européenne45. Les plus grandes zones de végétation des prairies s’étendaient sur une bande presque continue le long de la plaine sablonneuse de Norfolk, depuis Turkey Point jusqu’à Brantford et Cambridge, puis jusqu’à Hamilton. D’autres vastes étendues étaient présentes le long des zones littorales du lac St. Clair (Walpole Island et région de Chatham), de la rivière Detroit (Windsor et Amherstburg) ainsi que de la moraine d’Oak Ridges, à proximité du lac Rice.

Aujourd’hui, la végétation des prairies et des savanes a pratiquement disparu de l’écozone+ des plaines à forêts mixtes (Figure 7). Le fragment restant le plus important s’étend sur 900 ha et se trouve dans le secteur de Grand Bend et de Port Franks. Six cents hectares de plus se trouvent à Windsor et sur le territoire de la Première Nation de Walpole Island. Ensemble, ces trois grands sites représentent 1,8 % de l’étendue d’origine estimée dans l’écozone+45. Mis à part quelques autres fragments de plusieurs hectares, la plupart des fragments restants s’étendent sur moins de 0,5 ha et sont souvent de l’ordre de 0,1 ha. La superficie totale de ces petits fragments est d’environ 700 ha. Par conséquent, ensemble, un total de 2 200 ha (22 km2) de prairies et de savanes subsistent dans l’écozone+, ce qui ne représente que 2,7 % de l’étendue historique (et une perte de 97,3 %)45,46.

Figure 7. Prairies à herbes hautes, savanes et alvars de l’écozone+ des plaines à forêts mixtes.
Carte d'Ontario au sud
Description longue pour la figure 7

Cette carte indique la répartition des alvars, des prairies à herbes hautes et des savanes dans la partie ontarienne de l’écozone+ des plaines à forêts mixtes en 2011. La plus grande concentration d’alvars se trouve sur l’île Manitoulin et dans la péninsule Bruce. Ils sont également situés à l’est du lac Simcoe, au nord de l’extrémité ouest du lac Ontario et le long de la rivière des Outaouais. Les alvars se trouvent également à deux endroits sur les îles de l’ouest du lac Érié. Les prairies à herbes hautes et les savanes sont principalement trouvées dans la partie sud de l’écozone+, au nord du lac Ontario et du lac Érié, avec des grappes tout juste au nord du lac St. Clair et aux alentours de Port Franks et de Windsor. Les prairies à herbes hautes et les savanes sont également retrouvées à d’autres endroits éparpillés à l’ouest du lac Simcoe et en bordure du Bras Severn dans la baie Georgienne.

Source : Centre d’information sur le patrimoine nature (2011)47.

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Cette phase de déclin de la végétation des prairies et des savanes dans l’écozone+ est semblable à celle observée dans l’ensemble de l’Amérique du Nord. Environ 99,8 % des prairies à herbes hautes48 et des savanes à herbes hautes du Midwest américain et du Canada49 ont été perdues. Aucun autre type de végétation en Amérique du Nord n’a vu sa superficie diminuer autant. C’est pour cette raison que la végétation des prairies et des savanes à herbes hautes est devenue l’un des écosystèmes les plus menacés de l’écozone+50.

Les prairies et les savanes abritent de nombreuses espèces végétales et animales considérées comme rares en Ontario. En 2009, il y avait 726 taxons de plantes vasculaires reconnus comme étant rares dans la province51. Parmi eux, 160 (soit 22 %) se rencontrent dans les prairies et les savanes du sud de l’Ontario. Nombre d’espèces animales rares y sont également présentes. Plusieurs espèces d’oiseaux des prairies et des savanes à herbes hautes, notamment le Bruant à joues marron (Chondestes grammacus), le Tétras des prairies (Tympanuchus cupido) et le Troglodyte de Bewick (Thryomanes bewickii), ne se reproduisent plus en Ontario52. Plusieurs espèces d’insectes rares que l’on associe aux prairies à herbes hautes, aux savanes de chênes et aux landes de sable sont connues (ou étaient connues) d’un seul site ou de très peu de sites en Ontario, notamment l’Acronicta albarufa, le perce-tige d’Aweme (Papaipema aweme), le Schinia gloriosa, le lutin givré (Callophrys irus), les cicadelles Chlorotettix fallax, Graminella oquaka, Hecalus flavidus, Paraphlepsius turpiculus, Xerophloea peltata, et le fulgore Fitchiella robertsoni45,53.

Alvars

Les alvars sont des habitats ouverts de prairies et de savanes à végétation clairsemée (landes rocheuses) reposant sur un substrat rocheux calcaire ou dolomitique plat recouvert d’une très mince couche de terre54. La plupart des alvars de l’Amérique du Nord se trouvent à l’intérieur du bassin des Grands Lacs et de l’écozone+ des plaines à forêts mixtes.

Alvars en Ontario

En Ontario, les alvars se trouvent sur les grandes plaines calcaires de l’écozone+ des plaines à forêts mixtes, notamment à l’île Manitoulin, sur la péninsule Bruce, de Carden, à Napanee et à Smiths Falls (Figure 7). On en rencontre également dans des zones plus petites où le calcaire se trouve près de la surface, notamment sur les îles occidentales du lac Érié, sur la plaine de Flamborough, dans des localités le long de la limite méridionale du bouclier précambrien et dans quelques sites le long de la rivière des Outaouais.

L’étendue de la végétation des alvars avant l’arrivée des Européens est connue pour certaines zones de la partie ontarienne de l’écozone+ des plaines à forêts mixtes, par exemple l’île Manitoulin55, le nord de la péninsule Bruce56 et les plaines calcaires de Carden57 et Flamborough58. Depuis l’arrivée des Européens, la superficie des alvars a diminué dans certaines portions de l’île Manitoulin. Selon les descriptions faites autrefois, la rive sud, du milieu de l’île jusqu’à l’extrémité occidentale, formait presque exclusivement un alvar ouvert. Bien que de nombreux alvars soient toujours présents dans cette région, ces systèmes sont aujourd’hui plutôt isolés. Ailleurs sur l’île, certains alvars, boisés selon les descriptions passées, résultent apparemment de feux de forêt55. Nombre des vastes alvars autrefois présents le long de la rive nord de l’île Manitoulin ont été dégradés par les activités de pâturage59. De même, un grand nombre de zones à végétation d’alvar ouvert ont été observées lors de l’arpentage initial de la partie supérieure de la péninsule Bruce. Elles sont toutefois moins nombreuses de nos jours60.

Contrairement aux alvars de l’île Manitoulin et de la partie supérieure de la péninsule Bruce, ceux des autres régions de l’écozone+ peuvent avoir vu leur superficie rester stable ou augmenter depuis l’arrivée des Européens60. Goodban58 a constaté que les alvars de la plaine de Flamborough se trouvaient initialement au sein d’un paysage dominé par la forêt de feuillus et comportant très peu de « zones perturbées ». Sur la plaine de Carden, de nombreux alvars existants avaient été remarqués par les premiers arpenteurs. Toutefois, leur superficie et leur répartition ont augmenté depuis l’arrivée des Européens. L’exploitation forestière et la conversion ultérieure des terres à des fins d’élevage sont responsables de l’augmentation de la superficie des alvars dans cette région57,61. Bien que l’étendue initiale de la végétation des alvars dans l’est de l’Ontario n’ait pas été estimée, beaucoup de zones actuellement ouvertes (dont des alvars) avaient été cartographiées et considérées par les premiers arpenteurs comme de vastes aires occupées par des forêts de conifères. On présume que l’exploitation forestière, le brûlage des déchets forestiers et la transformation en pâturages ont joué un rôle dans la création de bon nombre de ces sites ouverts60.

There are at least 86 species of vascular plants known from alvars on the Ontario portion of the Mixedwood Plains, including seven endemic species. One of these, limestone hedge-hyssop (Gratiola quartermaniae), was only recently described62 as a scientific species from plant material collected in Ontario. Ten species are considered to be globally rare, and four others are nationally rare. Four provincially-rare moss species, and one lichen species, also occur on alvars60. Specialized alvar habitats are important for at least 62 plant species -- 50% or more of their occurrences in the Mixedwood Plains Ecozone+ in alvars. Of these, 21 are mainly confined to alvars (86 to 100% of occurrences) and another 13 largely confined (71 to 85%) to them63.

Les alvars abritent également diverses espèces animales rares et en voie de disparition45. Une des espèces en voie de disparition les plus connues en Ontario, la Pie-grièche migratrice de la sous-espèce de l’Est (Lanius ludovicianus), vit dans les alvars des plaines à forêts mixtes. Les alvars sont aussi importants pour la couleuvre agile bleue (Coluber constrictor foxii), espèce en voie de disparition qui, en Ontario, ne se rencontre que sur l’île Pelée. La couleuvre fauve de l’Est (Pantherophis gloydi), elle aussi en voie de disparition, vit également dans l’alvar de l’île. Sur la péninsule Bruce, on peut souvent trouver dans les alvars le massasauga (Sistrurus catenatus), espèce de crotale menacée60. Enfin, Brownell (2000)60 a identifié plusieurs invertébrés terrestres, principalement des papillons, des sauterelles, des cicindèles et, surtout, des mollusques, qui vivent dans les alvars.

Les alvars du Québec

Le Québec abriterait au total 21 petits alvars le long de la rivière des Outaouais, en Montérégie et dans Lanaudière, près de Montréal, tous situés dans l’écozone+ des plaines à forêts mixtes. Couvrant une plus grande superficie par le passé, ces alvars s’étendent aujourd’hui sur un total de 132 ha, chacun d’entre eux mesurant de 1 à 27 ha64.

Les alvars sont réputés abriter 66 espèces en péril inscrites sur la liste provinciale64. Ils constituent le seul habitat connu de la grande gentiane frangée (Gentianopsis crinita). De tous les alvars situés au Québec, ceux de l’île des Cascades, avec 24 espèces désignées, présentent la flore la plus riche65. Les alvars, comme tout autre habitat, sont exposés aux perturbations causées par les espèces exotiques envahissantes. Par exemple, le nerprun cathartique (Rhamnus cathartica) représente une menace pour ces habitats rares64.

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Constatation clé 3
Milieux humides

Constatation clé à l’échelle nationale
La perte de milieux humides est importante dans le sud du Canada; la destruction et la dégradation continuent sous l’influence d’un vaste éventail de facteurs de stress. Certains milieux humides ont été restaurés ou sont en cours de restauration.

Éléments probants recueillis en Ontario

Étendue des milieux humides en Ontario

On estime qu’il y avait 2 026 591 ha de milieux humides dans la partie ontarienne de l’écozone+ avant l’arrivée des Européens, ce qui représente 25 % du paysage66. Les plus fortes concentrations de milieux humides se trouvaient dans le sud-ouest et l’est de l’Ontario. Le comté d’Essex comptait la plus importante couverture de milieux humides dans le sud-ouest de l’Ontario (83 %), suivi par les comtés de Kent (56 %) et de Lambton (50 %). Dans l’est de l’Ontario, le comté de Prescott avait le pourcentage le plus élevé de milieux humides (51 %) (Figure 8)66.

Figure 8. Pourcentage de la couverture des milieux humides dans la partie ontarienne de l’écozone+ avant l’arrivée des Européens.
Carte d'Ontario au sud
Description longue pour la figure 8

Cette carte indique qu’avant le peuplement européen, la majorité de la partie ontarienne de l’écozone+, d’environ 35 km à l’est du lac St. Clair à l’ouest d’Ottawa, comprenait entre 5,1 et 20 % de couverture humide, parsemée de zones entre 20,1 et 40 % et d’un plus petit nombre de zones entre 40,1 et 60 % de couverture humide. Une petite zone dans la péninsule du Niagara comprenait plus de 60 % de couverture humide et une petite zone aux alentours de Toronto n’est pas évaluée. La majorité de l’extrémité ouest de l’écozone+ comprenait plus de 60 % de couverture humide, avec quelques zones entre 20,1 et 60 %. À l’extrémité est de la partie ontarienne de l’écozone+, la majorité de la zone comprenait entre 40,1 et 60 % de couverture humide, avec quelques zones entre 20,1 et 40 %, et deux petites zones près de la frontière québécoise avec plus de 60 %.

Note : Les milieux humides de moins de 10 ha ne sont pas inclus dans l’analyse.
Source : Ducks Unlimited (2010)66.

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L’étendue des milieux humides dans la partie ontarienne de l’écozone+ a considérablement diminué : seulement 560 844 ha des milieux humides présents avant la colonisation subsistaient en 2002 (Figure 9). Il s’agit là d’une perte de 72 % par rapport aux conditions d’avant l’arrivée des Européens et d’une réduction de la couverture totale des milieux humides, laquelle est passée de 25 à 7 %66.

Figure 9. Pourcentage de la couverture de milieux humides dans la partie ontarienne de l’écozone+ en 2002.
Carte d'Ontario au sud
Description longue pour la figure 9

Cette carte indique qu’en 2002, la majorité de la partie ouest de la région comprenait entre 0 et 5 % de couverture humide, avec des zones augmentant entre 5,1 et 20 % de couverture à l’est du lac Huron ainsi que des petites zones entre 20,1 et 60 % de couverture humide. La partie centrale de la région comprenait principalement une couverture entre 5,1 et 20 %. À l’est de la rivière des Outaouais, la couverture humide s’étendait entre 0 et 20 % avec un certain nombre de zones dont la couverture se situe entre 20,1 et 60 %

Note : Les milieux humides de moins de 10 ha ne sont pas inclus dans l’analyse.
Source : Ducks Unlimited (2010)66, d’après la cartographie du Système d’information sur les terres du sud de l’Ontario (SOLRIS).

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Selon les données récentes sur la tendance de la perte de milieux humides, certaines pertes sont récentes. De 1982 à 2002, les milieux humides ont perdu en moyenne 3 543 ha par année, soit 0,17 % par année66. Les plus grandes pertes de milieux humides se sont souvent produites dans les zones qui abritaient les plus grandes quantités de milieux humides avant la colonisation (Figure 9 et Figure 10). En 2002, le comté d’Essex, qui contenait le pourcentage de milieux humides le plus élevé avant la colonisation (83 %), affichait l’un des pourcentages les plus bas (de 0 à 5 %). Une situation semblable a été observée dans le comté de Prescott : le pourcentage de milieux humides, également élevé par le passé, n’était plus que de 5 à 20 % en 2002. Les tendances des milieux humides présentées s’appliquent seulement aux milieux humides de grande superficie (plus de 10 ha) et sont donc une estimation prudente de la perte de milieux humides. Si les milieux humides de moins de 10 ha étaient compris dans ces estimations, les pertes annuelles seraient encore plus élevées66.

Figure 10. Pourcentage de perte de milieux humides dans la partie ontarienne de l’écozone+ depuis la période précédant l’arrivée des Européens jusqu’en 2002.
Carte d'Ontario au sud
Description longue pour la figure 10

Cette carte indique que le pourcentage de perte de milieux humides le plus élevé se retrouve dans la partie ouest de l’écozone+. Le pourcentage de perte de milieux humides était le plus élevé dans les régions de l’est et de l’ouest; les pourcentages de perte diminuaient vers la région centrale. À l’ouest, les comtés d’Essex, de Kent, de Middlesex, de Perth, de Brant, du Niagara et de Toronto ont perdu entre 85,1 et 100 % de leurs milieux humides. À l’est d’Ottawa, les comtés de Russel et Prescott ont également perdu entre 85,1 et 100 % de leurs milieux humides. À l’ouest, les comtés de Huron, d’Elgin, d’Oxford, de Haldimand-Norfolk, de Waterloo, de Halton et de Peel ont perdu entre 65,1 et 85 % de leurs milieux humides, les mêmes pourcentages que pour les comtés de Lennox et Addington, de Frontenac, d’Ottawa-Carleton, de Dundas et de Glengarry dans l’est. Les pertes de milieux humides entre 45,1 et 65 % se sont produites dans les comtés de Bruce, de Wellington, de Hamilton-Wentworth, de Dufferin, de Simcoe et de York dans l’ouest et les comtés de Hastings, de Leeds, de Lanark et de Stormont dans l’est. Dans la zone centrale, les comtés de Durham, de Victoria, de Peterborough et de Northumberland ont perdu entre 35,1 et 45 % de leurs milieux humides. Le comté Grey dans l’ouest et celui de Grenville dans l’est ont également perdu entre 35,1 et 45 % de leurs milieux humides. Seul le comté de Prince Edward a perdu entre 0 et 35 % de ses milieux humides.

Note : Les milieux humides de moins de 10 ha ne sont pas inclus dans l’analyse.
Source : Ducks Unlimited (2010)66.

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Les données indiquant les pourcentages de perte de milieux humides au fil du temps à partir de la période précédant la colonisation jusqu’au temps présent ne sont pas disponibles pour la majeure partie de l’écozone+. Toutefois, une étude a été menée le long de la rive canadienne du lac Ontario67. Quand on compare des cartes dressées entre 1789 et 1962 avec des cartes dressées en 1977 et en 1979, il est évident qu’une perte de milieux humides s’est produite le long de la rive canadienne pendant la majeure partie du XIXe siècle, la perte la plus importante ayant eu lieu avant 195067. Le taux de perte était souvent plus élevé au XXe siècle qu’au XIXe siècle, peut-être en raison des améliorations apportées aux technologies de drainage au fil du temps. La première référence aux drains souterrains en Ontario date de 184468. Le taux d’assèchement des terres a atteint son maximum entre 1967 et 1977, lorsque de nouvelles technologies de drainage (tubulure de drainage en plastique et machines capables de poser 30 m de drain par minute) ont fait leur apparition68.

Les milieux humides côtiers des Grands Lacs (voir la section suivante) n’ont pas été inclus dans l’analyse décrite ci-dessus.

En 2009, le pourcentage de couverture des différents types de milieux humides présents dans la partie ontarienne de l’écozone+ variait considérablement selon la zone physiographique. Les marécages forment la catégorie de milieu humide la plus importante dans toutes les zones, représentant 65,2 % de la totalité des milieux humides dans l’arche de Frontenac et 89,4 % des milieux humides dans la zone physiographique du Sud-Ouest (Tableau 3)4.

Tableau 3. Composition de l’ensemble des milieux humides (d’après la superficie) de quatre catégories de milieux humides de la partie ontarienne de l’écozone+ en fonction de la zone physiographique, 2009.
Zone physio-graphiqueTourbières ombro-trophes (%)Tourbières minéro-trophes (%)Marais (%)Maré-cages (%)Milieux humides ouverts (tourbières ombro-trophes, tourbières minéro-trophes, marais) (%)
Centre0,20,312,387,213
Est3,80,27,388,711
Escarpement3,50,113,882,617
Arche de Frontenac0,20,234,465,235
Sud-Ouest0,50,19,989,411

Les zones sont représentées dans la carte en médaillon.
Source : Ontario Ministry of Natural Resources (2009)70 et Taylor et al. (2012)4.

En 2009, pour la majorité de la partie ontarienne de l’écozone+, moins de 50 % des milieux humides restants se trouvaient dans les parcelles de plus de 200 ha (Tableau 4). Quand on examine la couverture de milieux humides sous forme de pourcentage des zones physiographiques dans son ensemble, on constate que le pourcentage de milieux humides couvrant plus de 200 ha était le plus faible (2 %) dans les zones du Sud-Ouest et de l’escarpement, et le plus élevé (10 %), dans la zone de l’Est4.

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Tableau 4. Proportion des parcelles de milieux humides dans la partie ontarienne de l’écozone+ en fonction de la zone physiographique, 2009.
Zone physiographiqueParcelles de milieux humides de plus de 200 ha (%)Parcelles de milieux humides de plus de 200 ha qui sont des milieux humides ouverts (%)Parcelles de milieux humides de plus de 200 ha qui sont des marécages (%)Zone physiographique comportant des milieux humides d’au moins 200 ha (%)Superficie moyenne des parcelles de milieux humides (pour les parcelles d’au moins 200 ha)
Centre 4316847648
Est54168410832
Escarpement2515852503
Arche de Frontenac2245553729
Sud-Ouest2223772569

Les milieux humides englobent les tourbières ombrotrophes, les tourbières minérotrophes, les marais et les marécages, alors que les milieux humides ouverts excluent les marécages.
Source : Ontario Ministry of Natural Resources (2009)70 et Taylor et al. (2012)4.

Milieux humides côtiers des Grands Lacs

Situés principalement le long des Grands Lacs méridionaux (Ontario, Huron et Érié) et des voies interlacustres (rivières St. Clair, Niagara et Detroit, fleuve Saint-Laurent et lac St. Clair), les milieux humides côtiers des Grands Lacs couvrent actuellement plus de 70 000 ha71. Ces milieux humides fournissent un habitat important à l’échelle du continent à de nombreuses espèces migratrices de sauvagine72,73, un habitat de reproduction ou un habitat utilisé en dehors de la saison de reproduction à de nombreuses espèces, dont des espèces rares à l’échelle mondiale et des espèces en péril74,75, un important habitat de fraye à de nombreux poissons ainsi qu’une diversité de plantes. Ils sont considérés comme vitaux à la santé des Grands Lacs76.  

Malgré leur valeur écologique, la perte de milieux humides côtiers des Grands Lacs est grave. McCullough69 a estimé que, en 1984, environ 35 % des milieux humides côtiers le long des rives canadiennes des lacs St. Clair, Érié et Ontario avaient été perdus. Whillans67 fournit des éléments probants selon lesquels 43 % (1 920 ha) des milieux humides côtiers historiques le long de la rive canadienne du lac Ontario, à l’ouest de la baie de Quinte, ont été asséchés ou détruits entre 1789 et 1979, la plus grande perte étant observée entre Toronto et la rivière Niagara, où de 73 à 100 % des milieux humides côtiers originaux ont été perdus67. La plupart de ces pertes ont eu lieu entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle, période où de grands milieux humides ont été remblayés ou dragués à des fins de transport maritime et de développement industriel et urbain77. Aujourd’hui, un grand nombre de milieux humides côtiers restants continuent de se dégrader sous l’effet de facteurs tels que la régularisation des niveaux d’eau, la sédimentation, les apports de contaminants et de nutriments, les changements climatiques, l’envahissement par des espèces non indigènes, et le développement industriel, agricole et résidentiel intensif77. La régularisation des niveaux d’eau dans le lac Ontario, par exemple, est un facteur de stress important pour les milieux humides côtiers et leurs habitants78, alors que le long du lac Érié, ce sont la sédimentation, la charge en nutriments et les contaminants qui sont les principaux facteurs de stress77.

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Éléments probants du Québec

Étendue des milieux humides au Québec

En 2009, la superficie totale des milieux humides de l’écozone+ des plaines à forêts mixtes au Québec était d’environ 2 820 km2, soit 9 % de la partie québécoise de l’écozone+ (31 925 km2)80

Grenier et Allard (2012)80 ont évalué la situation des milieux humides dans la partie québécoise de l’écozone+ fondée sur une compilation de la cartographie existante des milieux humides de la région. Les données comprenaient sept ensembles de données différentes provenant de divers projets dérivés soit d’imagerie satellite (p. ex. Landsat, Radarsat) ou d’orthophotos du début des années 1990 à 2009. Les milieux humides ont été divisés en cinq catégories : tourbières ombrotrophes, tourbières minérotrophes, marécages, marais et petits fonds (herbiers aquatiques). Le Tableau 5 et la Figure 11 présentent la répartition des différentes catégories de milieux humides.

Tableau 5. Superficie par catégorie de milieu humide dans la partie québécoise de l’écozone+ des plaines à forêts mixtes, 2009.
Catégorie de milieu humideSuperficie du territoire formé de milieux humides
(km²)
Distribution par catégorie de milieu humide
(%)
Proportion du territoire formé de milieux humides (%)
Tourbières ombrotrophes 839302,6
Tourbières minérotrophes6420,2
Marais411151,3
Forêts inondées549191,7
Eaux peu profondes334121,0
Non classés623222,0
Total2 8201008,8

Source : Grenier et Allard (2012)80.

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Figure 11. Répartition et classification des milieux humides dans la partie québécoise de l’écozone+ des plaines à forêts mixtes, vers début années 1990 à 2009.
Carte de Montreal
Description longue pour la figure 11

Cette carte et ce diagramme à secteurs indiquent le pourcentage et la répartition des six classifications de milieux humides.

Le diagramme à secteurs indique que la région comprenait 30 % de tourbières ombrotrophes (bogs), 2 % de tourbières minérotrophes (fens), 15 % de marais, 19 % de marécages, 12 % de petits fonds et 22 % de milieux humides partiellement classifiés.

La carte indique que les tourbières ombrotrophes (bogs) se retrouvent principalement des deux côtés du fleuve Saint Laurent dans la zone entre le lac Saint Pierre et la ville de Québec. La plus grande zone de tourbières minérotrophes (fens) est située du côté nord du fleuve, à l’ouest du lac Saint Pierre. Les marais sont principalement situés sur les rives nord et sud du lac Saint Pierre, avec de plus petites zones dans la pointe ouest de la région et sur une île à l’est de la ville de Québec. Les marécages se retrouvent principalement aux alentours du lac Saint Pierre et dans la zone au sud du fleuve entre le lac Saint Pierre et la ville de Québec. Les petits fonds se retrouvent sur la rive sud du lac Saint Pierre et sur la rive sud de l’embouchure du fleuve Saint Laurent. Les milieux humides partiellement classifiés sont éparpillés le long de la région sud du fleuve.

Source: Grenier and Allard, 201280

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Les tourbières ombrotrophes sont éparses, mais occupent de grandes superficies, soit un total de 839 km2 80. La tourbière de Lac-à-la-Tortue (6 800 ha), au sud de Shawinigan, dont 8 % sont désignés « réserve écologique », et la tourbière de la Grande Plée Bleue (1 500 ha), au sud de Lévis, sont des exemples de tourbières naturelles demeurées relativement intouchées par les activités humaines. En matière de biodiversité, quelques grands complexes de tourbières minérotrophes existent également près de Villeroy et de Lyster, au sud-ouest de Lévis. Dans la région du Centre-du-Québec, où se trouvent 80 % des cannebergières de la province, la culture de la canneberge est responsable de la perte de grandes superficies de tourbières ombrotrophes81.

Les tourbières minérotrophes se trouvent pour la plupart au sud de Montréal, dans la région de Napierville, de Sainte-Clotilde et de la baie Missisquoi82. Ces tourbières minérotrophes sont grandement exploitées et ont perdu leur structure originale. Le statut « réserve écologique » assure l’application d’exigences strictes en matière de conservation dans une partie des marais de Lanoraie, qui s’étendent sur 5 500 ha et qui sont entourés de terres agricoles. Les tourbières minérotrophes, d’une superficie de seulement 64 km2, font partie de la catégorie de milieu humide la moins présente sur le territoire80. Les marais couvrent une superficie de 411 km2, c’est-à-dire 1,3 % de la partie québécoise de l’écozone+ 80. Les zones palustres les plus vastes se trouvent près du lac Saint-Pierre. Toutefois, on en trouve également le long du Saint-Laurent, autour de différentes îles, aux embouchures des cours d’eau et dans les baies des principaux cours d’eau83.

La superficie couverte par les marécages est de 549 km2, soit 1,7 % de la partie québécoise de l’écozone+ 80. La plupart des marécages se trouvent dans la plaine inondable du lac Saint-Pierre, mais les rivières Richelieu et des Outaouais en hébergent également de grandes superficies. Les périodes d’inondation dans ce type de milieu humide en bordure de milieux terrestres peuvent grandement varier d’une année à l’autre. Par exemple, le long du Saint-Laurent, les zones marécageuses où poussent des érables argentés (Acer saccharinum) ont été inondées 31 jours en moyenne par année de 1972 à 1976, mais seulement 12 jours par année de 1980 à 1984.

Les eaux peu profondes (herbiers aquatiques) couvrent 334 km2, soit 1 % de la partie québécoise de l’écozone+ 80. La plupart des petits fonds de l’écozone+ se situent dans le lac Saint-Pierre, où le niveau d’eau a diminué pendant de nombreuses années, favorisant ainsi le développement de végétaux aquatiques submergés et flottants en bordure des marais. Dans cette catégorie sont également compris les secteurs côtiers à haut fond vaseux de la région de l’île d’Orléans ainsi que de nombreuses zones de transition entre eaux profondes et marais le long des cours d’eau.

Le développement urbain, l’agriculture, la navigation, la présence de centres de villégiature et la mauvaise planification de l’utilisation des terres sont tous des facteurs de stress qui ont des répercussions cumulatives importantes, et souvent permanentes, sur les milieux humides de la partie québécoise de l’écozone+ 81. Alors qu’il est bien connu que les pertes enregistrées depuis le peuplement européen sont énormes, elles sont très difficiles à évaluer en raison du type de données disponibles. Selon une analyse comparant la superficie actuelle des milieux humides des basses terres du Saint-Laurent à celle figurant sur une carte des milieux humides historiques effectuée selon les types de sols, 80 % des tourbières ombrotrophes ont été perdues à cause des activités humaines80. Des pertes semblables (de 69 à 83 %) ont été enregistrées pour les territoires entourant les régions métropolitaines de Montréal et d’Ottawa-Gatineau au cours de la période de 1800 à 1981. Le drainage des milieux humides à des fins agricoles a été et demeure la principale menace pesant sur les milieux humides, et est responsable de 85 % des pertes totales. L’expansion urbaine et industrielle, quant à elle, représente 9 % de toutes les pertes. Bien qu’il n’ait pas été possible de déterminer avec précision les changements à partir des deux cartes, lesquelles ont créées à des échelles différentes et selon des méthodes d’identification des milieux humides distinctes, une comparaison visuelle des cartes laisse croire que les tourbières ombrotrophes ont été réduites de 50 % depuis la colonisation. Les régions les plus touchées sont les zones urbaines et la région de la Montérégie. De fortes pressions observées entre 1993 et 2001 dans le paysage agricole vers l’intensification de la production de cultures annuelles au détriment de cultures fourragères et de pâturages, de même que la perte de forêts due à l’aménagement d’ensembles résidentiels et de terres agricoles, donnent à penser que les milieux humides présents dans ce territoire sont grandement touchés.

Entre Montréal et le lac Saint-Pierre, et précisément dans la région du lac Saint-Louis et de Boucherville, les marécages ont pratiquement disparu puisqu’il s’agit du type d’habitat le plus sec et donc le premier à succomber aux pressions de l’expansion urbaine. Certaines îles du Saint-Laurent ont été épargnées, comme l’île Dowker, l’île aux Hérons, et l’île des Sœurs, ainsi que les îles de l’archipel de Sorel-Tracy. Les marécages de ces dernières subissent des stress, principalement à cause des activités agricoles. L’île Dowker est l’un des plus beaux exemples de marécage du territoire entier. Des analyses plus précises des changements ont été effectuées pour les communautés métropolitaines de Montréal et de Québec ainsi que pour la région de la Montérégie. Depuis 1990, les communautés métropolitaines de Montréal et de Québec ont perdu respectivement 6 et 7 % de leurs milieux humides80. De 1964 à 2006, la région de la Montérégie a perdu 2 800 ha de milieux humides, soit 22 % de la superficie qu’ils occupaient en 1964 (Tableau 6)80. Il est à noter que le développement agricole et le renouvellement des forêts sont responsables respectivement de 70 et de 11 % de la perte de milieux humides. Les milieux humides affichent un gradient de fragmentation semblable à celui des forêts, qui va en croissant à mesure que l’on se déplace d’ouest en est et qui reflète la superficie de terres utilisées à des fins d’agriculture et d’expansion urbaine. Dans la région de la Montérégie, la superficie moyenne des milieux humides est de 4 ha, et 86 % de ces milieux humides sont de moins de 5 ha. Dans le reste de l’écozone+, la superficie moyenne des milieux humides est de 8 ha, et 84 % d’entre eux sont de moins de 5 ha80.

Tableau 6. Répartition des pertes de milieux humides basée sur le type de terre dans la région administrative de la Montérégie, de 1964 à 2006.
Type de terreSuperficie (ha)Pourcentage de perte (%)
Terres résidentielles923
Terres industrielles1084
Terres agricoles1 96770
Forêts31711
Réseau routier181
Autres30011

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Puisqu’une évaluation des pertes de milieux humides n’est pas disponible pour le reste de l’écozone+ à cause du manque de données fiables, il est raisonnable de croire que les taux de disparition de milieux humides pour l’ensemble de l’écozone+ sont probablement équivalents ou légèrement inférieurs aux taux observés en Montérégie.

Marais littoraux

Des marais littoraux d’eau douce et d’eau salée se trouvent dans la partie québécoise de l’écozone+. Les marais littoraux d’eau douce, présents presque en continu sur 200 km (la plupart le long de la rive sud du Saint-Laurent) en amont et en aval de la ville de Québec, sont les plus grands et parmi les moins pollués d’Amérique du Nord. Ils constituent un habitat très rare à l’échelle mondiale136.

Plus de 60 km2 d’habitat riverain le long du Saint-Laurent ont été modifiés de 1945 à 198484. La plupart des changements se sont produits avant le milieu des années 1970 et découlaient du drainage et du remblayage de plans d’eau libre et de milieux humides pour l’aménagement de quartiers résidentiels, de routes et de champs agricoles. Quelques 360 ha ont été remblayés au profit du développement industriel dans la section amont de l’estuaire, alors que le développement portuaire et la construction d’autoroutes ont mené à la perte de 270 ha autour de Québec. À l’extrémité aval de l’estuaire, plus de 500 ha ont été perdus pour faire place à des installations maritimes et à des activités agricoles138. Les pertes près des principaux centres urbains ont été les plus importantes84,85, par exemple 83 % des milieux humides de Montréal ont été perdus jusqu’en 197686. La construction d’ouvrages de régularisation des eaux, notamment des barrages et de la Voie maritime du Saint-Laurent (de 1954 à 1958), était également responsable des changements à la fin des années 195085. Après cette période, c’est plutôt l’urbanisation qui était la source des changements86.

Depuis les années 1970, l’étendue globale des milieux humides a augmenté, bien qu’il y ait une variabilité selon le type et l’emplacement du milieu humide (Figure 12)84. Alors que la perte de milieux humides se poursuit sous l’effet de l’urbanisation (région de Montréal) et de l’agriculture (lac Saint-Pierre), des efforts de remise en état et de réduction des niveaux d’eau ont entraîné un gain net de 2,7 % en marais et en marécages de 1990 à 200284. Les gains étaient principalement observés dans l’estuaire fluvial et l’estuaire moyen et se sont surtout produits au détriment des eaux libres. La diminution des niveaux d’eau dans les années 1990 a peut-être accéléré la tendance d’assèchement dans certaines régions84,87, transformant les bas marais en hauts marais et en marécages.

Figure 12. Pourcentage de variation de la superficie des milieux humides par unité physiographique le long du Saint Laurent.
Deux cartes de ville du Quebec
Description longue pour la figure 12

Cette figure comprend deux cartes indiquant la modification des milieux humides au cours des périodes de 1945 à 1978 (carte a) et de 1970-1978 à 2001-2002 (carte b). Les unités physiographiques identifiées sont l’estuaire fluvial, s’étendant de la pointe est du lac Saint Pierre à l’extrémité est de l’île d’Orléans; l’estuaire moyen, de l’extrémité est de l’île d’Orléans à l’embouchure de la rivière Saguenay; et le bas estuaire, à l’est de l’embouchure de la rivière Saguenay.

La carte (a) indique qu’au cours de cette période, la perte de milieux humides entre 1 et 6 % s’est produite sur les deux rives du fleuve, de Cornwall jusqu’à l’est de Montréal et le long du lac Saint Pierre, sur la rive nord à partir du point central de l’estuaire fluvial jusqu’à tout juste à l’est de la ville de Québec, et sur la rive sud de l’est de la ville de Québec jusqu’à l’extrémité de l’estuaire fluvial, et sur la longueur du bas estuaire. La perte des milieux humides entre 7 et 17 % s’est produite sur les deux rives du fleuve, de l’est de Montréal jusqu’à la pointe ouest du lac Saint Pierre et sur une courte distance à l’est de la pointe est du lac, et sur la rive sud de la moitié est de l’estuaire moyen. La perte des milieux humides de 29 % s’est produite sur la rive nord dans une petite zone s’étendant à l’est et à l’ouest de la ville de Québec.

La carte (b) indique que le pourcentage de milieux humides au cours de cette période est demeuré stable sur les deux rives, de Cornwall jusqu’à l’est de Montréal, et de la ville de Québec jusqu’à l’extrémité est de l’estuaire fluvial. Les augmentations de milieux humides, d’ouest en est, de 6,2 %, de 6,5 % et de 8,6 % se sont produites sur les deux rives à l’ouest de Montréal et d’un peu à l’est de Montréal jusqu’à la pointe ouest du lac Saint Pierre. Les deux rives du fleuve, de la pointe est du lac Saint Pierre jusqu’à la ville de Québec ont connu des augmentations de milieux humides de 17,4 %, la rive sud a connu des augmentations de 4,7 % dans l’estuaire moyen et de 11,9 % dans le bas estuaire. Les pertes de milieux humides se sont produites sur les deux rives du fleuve à une courte distance à l’est de Montréal (17,1 %) et le long du lac Saint Pierre (0,5 %).

Source : a) carte adaptée de Lehoux et Chamard (2002)85; b) carte adaptée de Jean et Létourneau (2007)90.

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Compte tenu des conditions environnementales très dynamiques et difficiles (p. ex. fortes marées, courants et vagues, affouillement des glaces) dans l’estuaire, de grandes variations de la superficie des milieux humides sont attendues d’une année à l’autre, d’où l’importance de se concentrer sur les pertes permanentes causées par les activités humaines. Quelque 27 ha de bas marais dominés par la spartine alterniflore (Spartina alterniflora) (marais salé) ont été perdus à cause de l’érosion des berges et des activités agricoles dans la région de Kamouraska.

Des conditions de marées difficiles (marées jusqu’à 6 m de haut, 2 fois par jour) ont favorisé l’établissement de nombreuses espèces spécialisées, dont certaines sont des espèces endémiques en péril telles que la gentiane de Victorin (Gentianopsis virgata ssp. victorinii) et la cicutaire de Victorin (Cicuta maculata var. victorinii), alors que d’autres espèces comme l’ériocaulon de Parker (Eriocaulon parkeri) et la zizanie naine (Zizania aquatica var. brevis) se trouvent dans les autres estuaires de la côte Est.

Les marais deviennent de plus en plus saumâtres en aval de la pointe est de l’île d’Orléans et sont de véritables marais salés, juste à l’est de Kamouraska, à l’extrémité est de l’écozone+. Ces marais salés sont très riches et sont également caractérisés par un assemblage unique d’espèces tempérées, boréales, et même arctiques. Les espèces de spartines américaines (Spartina alterniflora, S. patens, et S. pectinata) cohabitent avec des espèces caractéristiques de la région circumpolaire arctique, comme le carex subspathacé (Carex subspathacea), et des espèces boréales amphiatlantiques (c’est-à-dire se trouvant des deux côtés de l’Atlantique), comme le carex paléacé (C. paleacea), le carex dressé (C. recta), le carex salin (C. salina) et le carex vacillant (C. vacillans)136.

En 2000-2001, les plantes exotiques envahissantes comprenaient 14 % de plantes vasculaires dans les milieux humides du Saint-Laurent88. Leur expansion peut être attribuée à l’altération des berges, à l’excavation du chenal de navigation et à la régularisation des niveaux d’eau, qui ont réduit l’ampleur des variations de niveau d’eau, l’hydrodynamique dans les zones littorales peu profondes et la capacité du fleuve à emporter les nutriments des sédiments et à déraciner la végétation émergente89.

Bien que le nombre d’espèces exotiques soit sensiblement stable le long du Saint-Laurent, leur couverture varie, de 44 % dans le secteur de Montréal à 6 à 10 % dans l’estuaire fluvial et l’estuaire moyen88. Le butome à ombelle (Butomus umbellatus) et la salicaire commune (Lythrum salicaria) sont de loin les espèces envahissantes les plus communes dans les marais, mais leur impact n’est peut-être pas aussi grand que celui d’autres envahisseurs, comme le roseau commun (Phragmites australis). Par exemple, le roseau commun peut être considéré comme rare, mais sa couverture est supérieure à 50 % dans 71 % des sites où il se trouve. En revanche, la salicaire commune peut avoir une telle couverture dans seulement 9 % des nombreux sites où elle se trouve dans les marais du Saint-Laurent88.

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Constatation clé 4
Lacs et cours d’eau

Constatation clé à l’échelle nationale
Parmi les tendances influant sur la biodiversité des lacs et des cours d’eau observées ces 40 dernières années figurent les variations saisonnières des débits, les hausses de la température des cours d’eau et des lacs, la baisse des niveaux d’eau, et la perte et la fragmentation de l’habitat.

L’écozone+ des plaines à forêts mixtes comprend des portions du fleuve Saint-Laurent et de la rivière des Outaouais ainsi que plusieurs autres grands cours d’eau et leur bassin versant, mais exclut les eaux des Grands Lacs laurentiens. Des centaines de lacs et des milliers de kilomètres de cours d’eau représentent environ 3 % de la superficie totale de l’écozone+ des plaines à forêts mixtes91. Les plaines à forêts mixtes sont des paysages caractérisés par les activités humaines et fortement fragmentés. L’agriculture domine l’utilisation des terres de l’écozone+, et la région est fortement touchée par la croissance urbaine (plusieurs grandes villes et couverture urbaine étendue)92,93. La combinaison de la sédimentation et de la pollution organique provenant des exploitations agricoles intensives94,95, la fragmentation créée par les barrages96,97, l’introduction d’espèces aquatiques envahissantes98,99, et les proportions croissantes de surfaces imperméables dans les zones urbaines100 sont tous des facteurs de stress pour les écosystèmes d’eau douce.

Débits des cours d’eau

Une analyse des variations du débit des cours d’eau avec régularisation du débit et effets en amont minimes a été effectuée dans le cadre du RETE101, ce qui a mis à jour les résultats publiés en 2000, qui comparaient les données de 1976-1985 à celles de 1986-1995102. Afin de faciliter l’analyse des tendances à l’échelle nationale, les sites ont été organisés en six groupes aux tendances intrasaisonnières semblables en termes de débit (groupes hydrologiques).

Entre les périodes de 1961 à 1982 et de 1983 à 2003, la plupart des cours d’eau des plaines à forêts mixtes ont montré une tendance unique pour le Canada, présentant un débit accru toutes les saisons, sauf au printemps. Au cours des mois à forts débits, une augmentation moyenne de 50 % du débit par rapport à la donnée médiane a été observée dans la plupart des stations. La majorité des débits dans l’écozone+ dépendent des processus de mélange de pluie et de neige. Le ruissellement le plus important se produit au printemps, alors que le ruissellement est faible en été et plus fort en automne. La fonte des neiges au début de l’année est l’origine du pic printanier, tandis que les forts débits automnaux sont dus aux précipitations de pluie101. Les variables climatiques associées à ce groupe de cours d’eau ont montré des températures plus élevées presque tout au long de l’année, avec des étés et des automnes plus pluvieux. La Figure 13 indique l’emplacement des stations hydrométriques utilisées dans l’analyse et présente la variation du débit d’une période à l’autre dans la rivière Nith, qui affiche des changements typiques de ce groupe de cours d’eau. La figure montre également les changements de température et de précipitation. Puisque cette analyse est fondée sur des sites de référence se trouvant dans des cours d’eau et des bassins versants peu modifiés par les activités humaines, les changements observés au fil du temps sont probablement liés aux tendances des températures et des précipitations.

Figure 13. Variation du débit, de la température et des précipitations entre la période de 1961 à 1982 et la période de 1983 à 2003 de la rivière Nith, dans l’écozone+ des plaines à forêts mixtes. Les groupes hydrologiques correspondent à des grappes de cours d’eau présentant des réponses hydrologiques semblables aux variations du climat. Pour obtenir des renseignements sur les groupes hydrologiques susmentionnés, veuillez consulter Cannon et al. (2011)101. a) Emplacements et groupes hydrologiques des stations dans les plaines à forêts mixtes, dont la rivière Nith. b) Variation du débit de la rivière Nith, représentative du groupe hydrologique 2a. c) Variation de la température de la rivière Nith. d) Variation des précipitations dans la rivière Nith.
Quatre graphics
Description longue pour la figure 13

Cette figure contient une carte et trois graphiques linéaires. La carte (a) indique l’emplacement des stations hydrométriques dans l’écozone+. Des 13 stations du groupe d’hydrologie 2a, 4 sont aux alentours de la partie ouest du lac Ontario entre Toronto et Niagara Falls, 3 se trouvent dans la région de London, 3 se trouvent le long de la baie Georgienne et 3 autres se trouvent le long du fleuve Saint-Laurent, de la hauteur au sud d’Ottawa à la ville de Québec. Une station du groupe d’hydrologie 2d est située entre London et le lac St. Clair, et une du groupe 4a est située à Toronto. Une flèche indique l’emplacement de la rivière Nith, à l’ouest du lac Ontario.

Les graphiques linéaires indiquent des modifications à la rivière Nith en termes de courant (b), de températures (c) et de précipitations (d) entre les périodes de 1961 à 1982 et de 1983 à 2003. Les graphiques indiquent les mesures mensuelles moyennes de janvier à décembre. Le graphique (b) indique que le courant des deux périodes suivait une tendance semblable, atteignant son plus haut niveau en mars et avril à plus de 20 m3/s, et atteignant son plus bas niveau en juillet et août. Globalement, les niveaux de courant de la première période étaient plus bas au cours de la plus grande partie de l’année que pour ceux de la deuxième période. Le graphique (c) indique que la courbe des températures était presque identique pour les deux périodes; la première indique des températures légèrement plus basses entre janvier et mars. Les températures les plus froides ont été atteintes en janvier (de 1961 à 1982 : -9 0C; de 1983 à 2003 : -6 0C), et les plus chaudes en juillet et août (19 0C). Le graphique (c) indique que le plus grand écart entre les deux périodes s’est produit dans les quantités de précipitations. Alors que les quantités de précipitations de 1961 à 1983 variaient régulièrement au cours de l’année entre 60 et 85 mm, de 1983 à 2003, les précipitations ont diminué, passant d’environ 75 mm en janvier à moins de 60 mm en mars, puis ont augmenté de façon constante à 85 mm en mai. Alors que certaines variations dans les quantités se sont produites au cours du reste de l’année, les quantités de précipitations de la dernière période n’ont pas diminué en deçà de 75 mm et ont augmenté à un maximum de 95 mm en novembre.

Source : Cannon et al. (2011)101.

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Bien qu’aucune analyse exhaustive n’existe sur les tendances hydrologiques des cours d’eau touchés par les activités humaines dans l’ensemble de l’écozone+, les propriétés hydrologiques de la plupart des grands systèmes fluviaux des plaines à forêts mixtes sont altérées par des facteurs de stress communs, comme la destruction des zones riveraines, la présence d’obstacles (barrages), le drainage et la canalisation, qui résultent tous du développement agricole et de l’urbanisation des bassins versants103,104,105. Les éléments probants de la partie ontarienne de l’écozone+ montrent que la reforestation depuis les années 1950 a entraîné une augmentation des débits de base, une diminution des débits de pointe et une stabilité de la forme des chenaux dans certains systèmes fluviaux (p. ex. Buttle, 1994106; Buttle, 1995107).

Température de l’eau

Morris et Corkum (1996)108 ont démontré que la perte de couvert riverain des cours d’eau dans les zones agricoles de la partie ontarienne des plaines à forêts mixtes a entraîné une augmentation des températures mensuelles moyennes de l’eau, une augmentation des fluctuations quotidiennes de la température et une augmentation des apports de nutriments. L’augmentation des températures de l’eau, due au raccordement d’étangs au réseau et à la déforestation, est également un facteur de stress important pour les cours d’eau froide se jetant dans le lac Ontario105 et dans nombre d’autres bassins versants (p. ex. GRFMPIC, 2005103; Ontario Ministry of Natural Resources et Toronto and Region Conservation Authority, 2005104). Malgré les récentes améliorations des conditions riveraines dans certains bassins versants, les tronçons intacts comportant des milieux non perturbés ont tendance à se trouver dans les secteurs d’amont. Par le passé, nombre de ces habitats d’eau froide s’étendaient beaucoup plus loin en aval dans les bassins versants105. Par contre, certains systèmes fluviaux ont des réservoirs lâchant des eaux hypolimniques, ce qui refroidit artificiellement les tronçons en aval et altère les communautés ichtyologiques et benthiques (p. ex. réservoir Bellwood, sur la rivière Grand)109,110.

Au cours des 30 à 40 dernières années, une hausse des températures de l’eau a été observée dans les lacs des plaines à forêts mixtes (p. ex. Robbillard et Fox, 2006111). Cette tendance au réchauffement est également soulignée par la prolongation de la saison exempte de glace et la survenue précoce de la débâcle printanière dans les lacs au cours d’une période semblable112.

Niveaux d’eau

La construction de canaux dans le passé (p. ex. canal Rideau, voie navigable Trent-Severn) a modifié les niveaux d’eau et l’état trophique de nombreux grands cours d’eau et lacs des plaines à forêts mixtes113,114. Par exemple, le niveau d’eau du lac Rideau supérieur a été élevé de 1,5 m pendant la construction du canal113. Les cours d’eau froide et chaude ont subi une fragmentation, une altération de l’habitat, une baisse de la qualité de l’eau et une modification des niveaux d’eau due à la présence d’ouvrages de régularisation des eaux, de petits vestiges de barrages et d’étangs récréatifs raccordés103,104. De tels obstacles sont omniprésents dans l’écozone+. Les débits naturels de la rivière des Outaouais et du fleuve Saint-Laurent ont également été grandement altérés par la construction de barrages aux fins de régularisation des niveaux d’eau et de production d’électricité ces 130 dernières années96,115. Dans une étude internationale, Nilsson et al. (2005)116 ont déterminé que les grands systèmes fluviaux de l’ensemble des plaines à forêts mixtes (et ailleurs) sont fortement touchés par la fragmentation causée par l’aménagement de barrages et la régularisation des débits.

Biodiversité aquatique

L’écozone+ des plaines à forêts mixtes soutient la plus grande biodiversité de poissons d’eau douce du Canada117, abritant 97 % du nombre total de taxons de l’Ontario, 86 % du nombre total du Québec et 78 % du nombre total du Canada. L’écozone+ possède également la faune de moules d’eau douce la plus diversifiée du Canada (41 espèces sur un total de 55 au pays)118.

Les communautés de poissons et les autres communautés aquatiques changent en réponse aux changements dans les milieux aquatiques partout dans l’écozone+. Les principaux facteurs de stress comprennent l’eutrophisation des lacs d’eau froide, les changements dans la productivité des lacs d’eau chaude (voir la section «  Charge en nutriments et proliférations d’algues »), la modification des débits, la fragmentation de l’habitat, l’envasement, l’enrichissement en nutriments et en contaminants, et l’endiguement des cours d’eau103,115,119,120.

Une tendance typique des changements dans les communautés ichtyologiques des systèmes lotiques des plaines à forêts mixtes est la contraction de l’aire de répartition des espèces des eaux froides, qui se confinent aux eaux d’amont. Les espèces des eaux chaudes, quant à elles, élargissent leur aire de répartition vers les zones amont des systèmes (p. ex. Mahon et al. 1979121). L’omble de fontaine (Salvelinus fontinalis), autrefois le plus grand prédateur dans de nombreux lacs d’amont peu profonds et systèmes fluviaux d’eau froide, est maintenant confiné aux eaux d’amont104,122,123,124,125,126. En plus de présenter des milieux d’eau froide plus adéquats, ces zones d’eaux d’amont sont grandement isolées et exemptes des salmoninés migrateurs introduits (p. ex. saumon atlantique [Salmo salar], truite brune [Salmo trutta]).

Les tendances de la dominance des espèces de poisson dans les lacs de l’écozone+ ont également changé par rapport aux répartitions historiques en réponse à des facteurs de stress, comme les introductions non autorisées ou non intentionnelles (p. ex. crapet de roche [Ambloplites rupestris], moule zébrée [Dreissena polymorpha], gobie à taches noires [Noegobius melanostomus]) et les déplacements entre les bassins versants autrefois isolés105. Par exemple, les communautés de poissons indigènes du bassin versant de la rivière Crowe différaient de celles des lacs Kawartha avant l’aménagement de la voie navigable Trent-Severn, mais un changement des niveaux d’eau a permis aux poissons de se déplacer d’un système à l’autre, ce qui a homogénéisé les communautés de poissons ces 150 dernières années. Des lacs proches de ces systèmes, mais non reliés à la Voie-Navigable (p. ex. les lacs Dalrymple et Head), conservent toujours des communautés ichtyologiques différentes105.

La biodiversité dans les eaux douces est le plus à risque dans l’ensemble des bassins versants dominés par les activités humaines de l’écozone+, reflétant ainsi la dégradation de l’habitat et de la qualité de l’eau. La perte de zones riveraines, l’isolement de cours d’eau de leur plaine inondables, la fragmentation de l’habitat et l’augmentation du développement urbain et agricole dans les bassins versants ont grandement contribué à la perte de biodiversité en eaux douces127,128,129,130

Des 131 taxons de poissons indigènes dans l’écozone+, 36 sont préoccupants sur le plan de la conservation. Les poissons sont ainsi le groupe de vertébrés qui comptent le plus de taxons préoccupants au sein de l’écozone+ 131. Plusieurs programmes de rétablissement en cours de mise en œuvre visent la remise en état des milieux aquatiques dont dépendent ces espèces.

Metcalfe-Smith et al. (1998)132 ont documenté une réduction de la diversité des moules d’eau douce et un changement dans la dominance des communautés au cours des 140 dernières années. Plusieurs études décrivent des déclins de populations et des contractions de l’aire de répartition des espèces120,133,134. Parmi les 41 espèces de moules d’eau douce vivant dans les plaines à forêts mixtes, le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a désigné 10 espèces en voie de disparition et une préoccupante.

Plusieurs efforts visent à favoriser le rétablissement des moules d’eau douce dans les plaines à forêts mixtes. Des programmes de rétablissement écosystémique ont été élaborés pour certains systèmes. Metcalfe-Smith et al. (2000)135 ont constaté que les populations de moules de la rivière Grand s’étaient rétablies depuis le creux historique des années 1970. Le nombre d’espèces dans l’ensemble du système a augmenté, passant de 17 à 25 entre le début des années 1970 et la fin des années 1990. Dans les tronçons aval du chenal principal, le nombre d’espèces a augmenté, passant de 6 à 21. L’augmentation du nombre d’espèces dans le système a été associée à l’amélioration de la qualité de l’eau réalisée ces deux à trois dernières décennies.

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Constatation clé 5
Zones côtières

Constatation clé à l’échelle nationale
Les écosystèmes côtiers, par exemple les estuaires, les marais salés et les secteurs côtiers à haut fond vaseux, semblent sains dans les zones côtières moins développées, même s’il y a des exceptions. Dans les zones développées, l’étendue des écosystèmes côtiers diminue, et leur qualité se détériore à cause de la modification de l’habitat, de l’érosion et de l’élévation du niveau de la mer.

Les marais littoraux sont présentés sous la constatation clé portant sur les milieux humides.

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Constatation clé 7
Glace dans l’ensemble des biomes

Constatation clé à l’échelle nationale
La réduction de l’étendue et de l’épaisseur de la glace de mer, le réchauffement et la fonte du pergélisol, l’accélération de la perte de masse des glaciers et le raccourcissement de la période de glace de lac sont observés dans tous les biomes du Canada. Les effets sont visibles à l’heure actuelle dans certaines régions et sont susceptibles de s’étendre; ils touchent à la fois les espèces et les réseaux trophiques.

Éléments probants de l’Ontario – glace de lac et de rivière

L’englacement et la débâcle sont d’importants phénomènes saisonniers dans les lacs et cours d’eau des altitudes moyennes à élevées139. Les changements de la période de ces phénomènes peuvent avoir de grandes répercussions sur les communautés aquatiques. La couverture de glace limite la quantité d’énergie solaire pénétrant dans l’eau, diminue la quantité d’évaporation et réduit le temps pendant lequel les lacs et les cours d’eau sont une source de gaz à effet de serre140. La couverture de glace touche la flore et la faune des écosystèmes aquatiques141. Les effets de la glace vont également au-delà des rives puisque l’affouillement glaciel a des répercussions sur les espèces vivant dans les zones riveraines, alors que les inondations causées par les embâcles et les crues printanières normales découlant de la fonte de la glace et de la neige influent considérablement sur les sols et, par conséquent, sur les espèces dans les plaines inondables et les zones riveraines142. De façon générale, les petits lacs gèlent plus tôt que les lacs de grande taille, et les lacs profonds ont tendance à geler plus tard que les lacs peu profonds (en raison de la chaleur massique de l’eau). Les lacs en mesure de se réchauffer davantage au cours de la saison exempte de glace (lacs à eau claire) gèlent plus tard que les lacs aux températures peu élevées. La débâcle survient souvent plus tôt dans les lacs se trouvant plus en aval dans un bassin versant que dans les lacs d’amont, peut-être en raison du débit accru causé par la fonte de la neige dans la partie supérieure du bassin versant112.

Les premières données sur la débâcle au sein de l’écozone+ des plaines à forêts mixtes proviennent du port de Toronto, où la collecte de données a commencé en 1822143, et du lac Simcoe, où la collecte de données a commencé en 1853112. Lorsque les données du lac Simcoe ont été divisées par périodes, on a constaté que la période associée à la fin du Petit Âge glaciaire (1853-1899) affichait une tendance statistiquement significative indicatrice d’une hausse des températures dans le cas de la débâcle et de la durée de la saison exempte de glace. Pour la période de 1950 à 1995 également, des éléments probants révélaient une hausse des températures, alors que la période de 1900 à 1949 montrait une tendance à la baisse112. Selon l’étude de la période entière (de 1853 à 2001) pour les 46 lacs étudiés dans le sud de l’Ontario, une tendance significative vers des débâcles précoces et des saisons exemptes de glace prolongées a été observée112. Lorsque les taux moyens de variation de l’englacement et de la débâcle de la période la plus récente de réchauffement climatique rapide (de 1975 à 2004) ont été comparés aux taux historiques observés au sein de l’hémisphère Nord, il a été constaté que, dans la région des Grands Lacs du Canada et des États-Unis, l’englacement se produisait 3,3 jours plus tard par décennie, et la débâcle, 2,1 jours plus tôt par décennie, alors que la durée moyenne de la couverture de glace a diminué de 5,3 jours par décennie139.

Le cycle annuel de prise et de fracture des glaces dans les Grands Lacs influe sur les processus physiques au sein des lacs et dans la couche limite atmosphérique adjacente qui, à son tour, touche l’économie et l’écologie de la portion de la région des Grands Lacs141 se trouvant dans les plaines à forêts mixtes. L’examen de l’intensité des cycles glaciels dans les Grands Lacs pour la période de 1973 à 2002 a permis de déterminer qu’environ la moitié des cycles glaciels faibles (apparition tardive de la première glace, disparition précoce de la dernière glace, raccourcissement de la durée de la couverture de glace) se sont produits lors des cinq dernières années de la période d’étude de 30 ans (de 1998 à 2002), alors que plus de la moitié des cycles glaciels intenses se sont produits dans les 10 premières années de la période d’étude (1977 à 1982)141.

Le pourcentage de couverture de glace sur les Grands Lacs a diminué de 1973 à 2008 (Figure 14)142. Depuis 1970, une diminution d’environ 40 % de la couverture de glace s’est produite sur les lacs Michigan et Ontario, alors que la couverture de glace a diminué d’environ 35 % sur le lac Supérieur, de 19 %, sur le lac Érié, et de 18 %, sur le lac Huron (Tableau 7). La couverture de glace saisonnière moyenne est habituellement plus élevée sur les lacs Supérieur (en raison de son emplacement plus au nord et de son climat plus frais), Érié et Huron (en raison de leur profondeur moins élevée) que sur les lacs Michigan et Ontario (qui, bien qu’ils soient plus au sud que le lac Supérieur, sont relativement profonds).

Figure 14. Variation du pourcentage de couverture de glace saisonnière maximale sur les Grands Lacs, de 1973 à 2008.
XXXXXXXXXXX
Description longue pour la figure 14

Ce graphique à barre et linéaire indique le pourcentage saisonnier de la couverture de glace maximale pour chaque année de 1972 à 2008 et la tendance générale dans le pourcentage maximal de couverture de glace au cours de la période. Les plus bas pourcentages de couverture de glace ont été obtenus en 1975, 1982, 1986, 1994, de 1997 à 2001 et 2005, alors que la couverture de glace maximale était sous les 40 %. Les plus hauts pourcentages de couverture de glace ont été obtenus de 1976 à 1978, en 1980, 1981, 1984, 1985, 1993, 1995 et 2002, alors que la couverture de glace maximale était au-dessus de 70 %. Le graphique linéaire indique une tendance globale à la baisse dans la couverture de glace maximale, étant tout juste sous les 70 % en 1972 à 40 % en 2007.

Source : Karl et al. (2009)144, mise à jour à partir de Assel et al. (2003)145 au moyen de données provenant de la National Oceanic and Atmospheric Administration.

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Tableau 7. Couverture de glace maximale moyenne (en %) sur les Grands Lacs par décennie, des années 1970 aux années 2000.
Lac1970–19791980–19891990–19992000–2008Variation (%)
(1970–2008)
Erie94,590,877,376,4-19,2
Huron71,371,761,358,7-17,7
Michigan50,245,632,428,4-43,4
Ontario39,829,728,123,9-39,9
Superior74,573,962,048,0-35,6

Source : Conseil de la biodiversité de l’Ontario(2010)146, mise à jour à partir de Environnement Canada et Environmental Protection Agency des États-Unis (2009)147 au moyen de données provenant du Résumé saisonnier pour les Grands Lacs (2000-2008) du Service canadien des glaces)148.

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Les variations de la couverture de glace depuis les années 1970 peuvent être liées aux changements dans les oscillations atmosphériques et océaniques à grande échelle qui influent sur le climat des plaines à forêts mixtes. Des liens ont été établis entre les changements dans le phénomène El Niño-oscillation australe (ENSO) et les variations des températures hivernales149. L’examen des données sur la couverture de glace des Grands Lacs de 1963 à 1990150 a fait ressortir une tendance relativement forte vers une couverture de glace inférieure à la moyenne (46 % de la couverture de glace annuelle maximale la plus basse), tendance associée à des hivers doux en raison d’El Niño. Depuis le milieu des années 1970, les épisodes El Niño sont plus longs et intenses149.

Le succès de reproduction de nombreuses espèces de poissons d’eau froide est directement lié aux conditions thermiques du plan d’eau dans lequel ils vivent. Dans des conditions semi-contrôlées et de laboratoire, le succès de reproduction du grand corégone (Coregonus clupeaformis), poisson d’eau froide, était inversement lié aux conditions thermiques151. De plus, les températures de l’eau déterminent directement le moment de la formation de la glace et la quantité de cette dernière. Au cours de l’étude de terrain, les automnes et hivers tardifs de 2003-2004 et de 2004-2005 étaient froids avec une couverture de glace étendue dans l’est du lac Ontario152. Les périodes de reproduction ont été suivies par une abondance de larves de grand corégone dans la baie de Chaumont en 2004-2005152. Par contre, les hivers de 2005-2006 et 2006-2007 ont été doux avec une couverture de glace relativement petite, et les populations de larves de grand corégone étaient faibles152. Le succès de reproduction du touladi (Salvelinus namaycush) est touché de façon semblable. Lorsque la survie des alevins de touladi a été examinée en fonction de la température de l’eau et de la période d’éclosion, les températures élevées étaient associées à une éclosion précoce, à une résorption précoce du vitellus et à la mort, alors que les températures basses étaient associées à un lent développement, à une éclosion tardive et à une survie élevée (Figure 15)153. La perte de couverture de glace semble être indicatrice des effets négatifs sur les corégones et les autres espèces d’eau froide.

Figure 15. Températures journalières moyennes de l’eau liées à la fraye du touladi à Yorkshire Bar, dans l’est du lac Ontario, de 1989 à 1993.
Graphique
Description longue pour la figure 15

Ce graphique linéaire indique le taux de reproduction et les pourcentages de survie des alevins au cours de la phase de préfraie de lac entre le 1er octobre et le 30 avril. La première température, la plus élevée (19 octobre) était de 12,7 0C, la température moyenne (29 octobre) était de 11,5 0C, la suivante, la température plus basse (7 novembre) était de 9,5 0C, et la dernière, la température la plus basse (13 novembre) était de 8,8 0C. Les courbes illustrant les unités thermiques cumulées (UTC) (degré-jour) indiquent toutes une augmentation abrupte de leurs dates de départ jusqu’au début janvier, puis se stabilisent jusqu’au début avril, avant qu’ils ne recommencent à augmenter. Les UTC enregistrées le 1er mai sont environ 675 (commençant le 19 octobre), 550 (commençant le 29 octobre), 475 (commençant le 7 novembre), et 400 (commençant le 13 novembre). Le pourcentage extrapolé de survivant au 1er mai de la phase de préfraie est de 0 % pour le 19 octobre, 10 % pour le 29 octobre, 19 % pour le 7 novembre et 21 % pour le 13 novembre. Le taux de reproduction était à son plus fort à la mi-octobre, a diminué de façon constante jusqu’au début janvier, puis s’est stabilité jusqu’au début avril, avant qu’il ne recommence à augmenter.

Les températures moyennes journalières de l’eau ont été prises à la surface du substrat de roches et de galets (4,5 m), où les incubateurs étaient situés à Yorkshire Bar, du début de la période de fraye jusqu’à la fin avril, le printemps suivant. Les mois sont délimités par de longs traits foncés, les traits plus clairs indiquent les intervalles de 7 jours. Comprend le début et la fin de la période d’incubation in situ. Les températures journalières moyennes de l’eau associées à la période de fraye du touladi dans l’est du lac Ontario sont délimitées par des lignes verticales pleines correspondant chacune à une période donnée : période la plus hâtive, température la plus élevée; température moyenne; date plus tardive, température plus basse (9,5 °C); date la plus tardive, température la plus basse. Les dates auxquelles ces températures sont atteintes correspondent à des périodes possiblement importantes où devrait commencer l’incubation des œufs de touladi naturellement fécondés et déposés dans l’est du lac Ontario. Les courbes tiretées illustrent les unités thermiques cumulatives commençant aux dates respectives (19 octobre, 29 octobre, 7 novembre et 13 novembre). Le pourcentage de survie avant la montaison, extrapolé à partir de ces dates au 1er mai (ligne verticale pointillée), est également présenté. Source : Casselman, 1995153

Des températures élevées créent près des rives une fine couverture de glace qui est facilement brisée et poussée par les vents de terre, ce qui entraîne l’empilement de glace et la perte d’habitat pour les espèces invertébrées154. Une telle situation a été observée au lac Ontario en mars 1986, alors que la glace du lac à Kingston s’était fragilisée sous la hausse rapide de la température ambiante (17 °C) et l’action des vents de terre, qui ont créé un empilement de glace le long des rives jusqu’à une hauteur de 2,5 m. Des roches de la rive, pesant jusqu’à 206 kg, ont été déplacées au sommet des piles de glace155. Une étude sur l’utilisation de l’habitat par les invertébrés des milieux humides côtiers du lac Huron a montré que la structure de la communauté des invertébrés près de la rive des zones exposées aux vagues différait de celles dont les lieux sont protégés156.

La superficie des zones exemptes de glace des Grands Lacs influe considérablement sur le nombre de précipitations de neige dues à l’« effet de lac » qui surviennent dans les ceintures de neige autour des Grands Lacs. Dans une étude portant sur les données sur les précipitations de neige de 1925 à 2007 dans la région des Grands Lacs, une tendance à la hausse des précipitations de neige a été constatée dans les ceintures de neige des lacs Supérieur et Michigan157. Les températures ambiantes affichaient aussi une tendance à la hausse dans les lacs Supérieur et Michigan, ce qui donne à penser que des eaux de surface plus chaudes et une couverture de glace réduite contribuent à la tendance à la hausse des précipitations de neige en réchauffant les lacs et en faisant augmenter les flux d’humidité pendant les poussées d’air froid157.

Un des rares changements positifs qui peuvent résulter de la contraction de la couverture de glace des lacs est la diminution de la mortalité hivernale (mort de poissons causée par un appauvrissement en oxygène sous la glace). D’après la modélisation de l’impact de la contraction de la couverture de glace sur les lacs eutrophes de moins de 40 m de profondeur du nord des États-Unis (adjacent aux plaines à forêts mixtes) utilisant un scénario où la quantité de CO2 serait le double, la mortalité hivernale devrait être éliminée de ces lacs puisque les teneurs en oxygène dissous sous la glace ne causeraient plus de conditions anoxiques158.

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Constatation clé propre à l’écozone+
Dunes

Dunes côtières des Grands Lacs

Les dunes côtières d’eau douce sont des écosystèmes de sable à découvert situées principalement le long des rives des Grands Lacs (figure 16). On considère qu’elles font partie des écosystèmes les plus fragiles de l’Amérique du Nord159. Elles comprennent à la fois les zones sablonneuses à découvert et les zones stabilisées par les graminées, les herbes et les arbustes. Des arbres individuels ou épars ou de petites parcelles d’arbres peuvent être présents. Puisque les dunes côtières sont des formations linéaires étroites confinées aux rives des principaux lacs et cours d’eau, leur superficie totale dans les plaines à forêts mixtes est relativement petite. Les principaux systèmes dunaires se trouvent dans les Grands Lacs canadiens, soit à Sauble Beach, à Carter Bay, dans le parc provincial Pinery, dans la Grande île Duck et à Wasaga Beach (lac Huron); dans le parc national de la Pointe-Pelée, à Long Point et à Point Abino (lac Érié); dans les parcs provinciaux Sandbanks et Presqu’île (lac Ontario). Les dunes se trouvent également le long de la rivière des Outaouais160, à Westmeath (la baie Constance ne compte plus de zones de dunes à découvert, bien qu’il y en ait eu par le passé).

Figure 16. Dunes côtières de la partie ontarienne de l’écozone+ des plaines à forêts mixtes.
Catre d'Ontario au sud
Description longue pour la figure 16

Cette carte indique la répartition des dunes côtières dans la région. En plus des principaux systèmes de dunes énumérés dans le texte, les dunes côtières sont également éparpillées le long de la côte est du lac Huron, et à d’autres emplacements sur la côte nord du lac Érié et sur la côte nord-ouest du lac Ontario.

Source : Natural Heritage Information Center (2011)47 Reproduit avec permission.

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Les écosystèmes dunaires ouverts sont rares à l’échelle provinciale161 et abritent de nombreuses espèces végétales rares, comme le barbon à balais (Schizachyrium scoparium), le barbon de Gérard (Andropogon gerardii), le grémil de Caroline (Lithospermum caroliniense), le grémil incisé (Lithospermum incisum), le faux-sorgho penché (Sorghastrum nutans) et l’élyme du Canada (Elymus canadensis). Le chardon de Pitcher (Cirsium pitcheri) et le grand calamovilfa (Calamovilfa longifolia var. magna), qui se rencontrent également dans ces écosystèmes, sont endémiques dans les Grands Lacs. Au moins 24 autres espèces de plantes rares sont réputées se trouver dans les dunes côtières de l’écozone+ à l’échelle provinciale162.

Le pluvier siffleur (Charadrius melodus), oiseau en voie de disparition qui nichait autrefois dans les dunes côtières des Grands Lacs, avait entièrement disparu de la partie ontarienne de l’écozone+ en 197645. L’espèce a commencé à revenir dans cette région en 1993. Dans une étude examinant le succès de reproduction de 1993 à 2008163, il a été établi que la prédation par le faucon émerillon (Falco columbarius), autre espèce dont les effectifs étaient réduits dans le passé et qui effectue aujourd’hui un retour, était à l’origine de la plupart des abandons de nid. Les individus abandonnés représentaient 5,7 % de la population de pluviers bagués.

Il existe également de nombreuses espèces d’insectes rares dans les dunes côtières, notamment des espèces de cicindèles, de sauterelles, de papillons et de papillons nocturnes. Certaines espèces, comme le criquet du lac Huron (Trimerotropis huroniana), sont rares à l’échelle mondiale45.

Les dunes côtières sont des écosystèmes très fragiles et peuvent être facilement perturbées tant par les activités humaines que par les forces naturelles. Seuls deux cents passages de randonneurs sur les dunes peuvent tuer la végétation159,164. Le durcissement des rives et la création d’épis, de brise-lames et de quais, qui changent l’érosion naturelle et le dépôt de sable par les courants, ont des effets négatifs sur les dunes165,166. La chaleur des feux de camp sur les dunes tue les racines des plantes adjacentes167. La baisse des niveaux d’eau du lac et la diminution des réserves d’eaux souterraines que devraient causer les changements climatiques168 auront des effets négatifs sur les écosystèmes dunaires. Le développement continuera probablement à exercer des pressions le long des rives des Grands Lacs165.

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