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Thème: Habitats, espèces sauvages et processus écosystémiques

Paysages terrestres et aquatiques intacts

Constatation clé à l’échelle nationale
De vastes étendues de paysages terrestres et aquatiques naturels relativement intacts, où l’on sait ou présume que les processus écosystémiques fonctionnent adéquatement, se trouvent dans de nombreuses régions, mais surtout dans le nord et l’ouest. Parmi ces étendues figurent les corridors de déplacement terrestres, marins et d’eau douce importants du point de vue tant national qu’international.

Éléments probants de l’Ontario

Paysages

Vu le degré de fragmentation élevé dans l’écozone+ des plaines à forêts mixtes, les zones de couvert naturel intact (paysages terrestres et aquatiques) sont plutôt petites. En Ontario, le pourcentage de couvert végétal naturel qui se trouve dans l’écozone+ varie de 18 % dans la zone physiographique du Sud-Ouest à 57 % dans la zone de l’arche de Frontenac et à 51 % dans la zone de l’escarpement, tandis que les zones de l’Est et du Centre renferment respectivement 37 et 35 % de végétation naturelle (Figure 29)161.

Figure 29. Pourcentage de couvert végétal naturel dans la partie ontarienne de l’écozone+ des plaines à forêts mixtes.
carte d'Ontario et graphique
Description longue pour la figure 29

Cette figure comprend un graphique à bandes empilées et une carte. La carte indique les cinq vastes régions physiographiques de la partie ontarienne de l’écozone+. Il s’agit de l’escarpement, une bande étroite qui s’étend de Niagara Falls jusqu’à la pointe nord de la péninsule Bruce, et jusqu’à l’île Manitoulin. La région sud-ouest comprend l’ensemble de l’écozone+ située à l’ouest de l’escarpement. La région centrale s’étend de l’escarpement à l’arche de Frontenac, qui sépare les basses terres des Grands Lacs et celles du fleuve Saint Laurent. La région restante à l’est de l’arche de Frontenac est la région physiographique de l’est.

Le graphique à bandes empilées indique les renseignements suivants :
Région physiographiqueForêt des hautes terresMarécageMilieux humides ouvertsCommunautés rares
Sud-ouest8910
Escarpement43610
Centrale181530
Arche de Frontenac421040
De l’est171820

Source: Ontario Ministry of Natural Resources, 2010161

D’après un examen de la distribution par taille des parcelles de terres forestières à l’intérieur de la partie ontarienne de l’écozone+, les zones physiographiques de l’escarpement et de l’arche de Frontenac contenaient respectivement 41 et 40 % de parcelles de plus 200 ha; celles du Centre et de l’Est, respectivement 21 et 24 %; celles du Sud-Ouest, seulement 5 % (Figure 30)161. Des recherches ont montré que, habituellement, lorsque la superficie des parcelles de forêts dépasse les 200 ha, 80 % des espèces d’oiseaux sensibles à la superficie se trouvent un habitat convenable; toutefois, lorsque les parcelles de forêts mesurent moins de 75 ha, la tendance va vers des espèces de la lisière des forêts189. La disponibilité de l’habitat des espèces d’oiseaux forestiers sensibles à la superficie dans le sud-ouest de l’Ontario est gravement limitée. De plus, si l’habitat doit comprendre des forêts des hautes terres, la situation est d’autant plus limitée puisque le sud-ouest de l’Ontario ne compte que 1 % de parcelles de terres forestières de plus de 200 ha dans des hautes terres161. Lorsque Global Forest Watch323 a examiné l’écozone+ des plaines à forêts mixtes, il a constaté qu’aucune zone ne répondait à leur définition de paysage forestier intact (parcelles de forêt d’une taille minimale de 5 000 ha). Toutefois, l’organisme a déterminé que 1,5 % de l’écozone+ contenait des parcelles de forêts de 1 000 ha à moins de 5 000 ha. Puisque le couvert forestier est converti à d’autres fins telles que l’agriculture et l’urbanisation, les répercussions peuvent toucher les écosystèmes des cours d’eau324. Plusieurs études dans cette écozone+ révèlent l’absence des espèces de poissons et d’invertébrés benthiques sensibles quand le développement dans les bassins versants d’amont dépasse un seuil relativement faible. Cet effet s’observe même dans des cas où il reste encore jusqu’à 50 % de couvert forestier100.

Figure 30. Pourcentage de terres forestières dans la partie ontarienne de l’écozone+ qui forment des parcelles mesurant moins de 75 ha, de 75 à moins de 200 ha, et de 200 ha ou plus.
carte d'Ontario et graphique
Description longue pour la figure 30

Cette figure comprend un graphique à bandes empilées et une carte.

La carte indique les cinq vastes régions physiographiques de la partie ontarienne de l’écozone+. Il s’agit de l’escarpement, une bande étroite qui s’étend de Niagara Falls jusqu’à la pointe nord de la péninsule Bruce, et jusqu’à l’île Manitoulin. La région sud-ouest comprend l’ensemble de l’écozone+ située à l’ouest de l’escarpement. La région centrale s’étend de l’escarpement à l’arche de Frontenac, qui sépare les basses terres des Grands Lacs et celles du fleuve Saint-Laurent. La région restante à l’est de l’arche de Frontenac est la région physiographique de l’est.

Le graphique à bandes empilées indique les renseignements suivants : Pourcentage de la superficie totale de terres
Région physiographique≥ 75 ha et <200 ha<75 ha≥ 200 ha
Sud-ouest384
Escarpement2641
Centrale3821
Arche de Frontenac4740
De l'est3823

Source : Ontario Ministry of Natural Resources (2010).161

L’impact négatif des routes sur les espèces sauvages et les écosystèmes est reconnu comme l’un des grands responsables de la crise mondiale de la biodiversité325,326,327,328. Par conséquent, le degré de « pavage » d’un paysage est un autre indice du niveau d’intégrité de ce dernier329. La région la plus densément pavée de la partie ontarienne de l’écozone+ est la zone physiographique du Centre, qui présente une densité routière moyenne de 1,89 km/km2. L’arche de Frontenac, quant à elle, affiche la plus faible moyenne, soit 1,14 km de route par kilomètres carrés. La grande majorité de ces routes de l’écozone+ sont des routes principales et des chemins de concession (Tableau 10).

Tableau 10. Road density by physiographic zone.
Physiographic RegionHighways (km/km2)Main Thoroughfares and Concession roads (km/km2)Local Streets (km/km2)Total by Physiographic Region (km/km2)
Central0.151.090.651.89
Escarpment0.120.880.491.49
South West0.091.050.271.41
Eastern0.100.920.331.35
Frontenac Arch0.110.920.111.14
Entire Mixedwood plains0.111.020.401.53

Source : Ontario Ministry of Natural Resources (2009)330

Une évaluation des parcelles de végétation naturelle de plus de 200 ha dans la partie ontarienne de l’écozone+ visait à déterminer le nombre de ces parcelles qui se trouvaient à plus de 100 m, à plus de 500 m et à plus de 1 000 m d’une route. Il a été déterminé que 45 % de ces parcelles se trouvaient à plus de 100 m d’une route et que seulement 10 % se trouvaient à plus de 1 000 m. Une fois les résultats répartis par zone physiographique, on constate que l’escarpement présentait le pourcentage le plus élevé de parcelles de couvert végétal naturel de plus de 200 ha situées à plus de 1 km d’une route, soit 27 %. Viennent ensuite l’arche de Frontenac (14 %), l’Est et le Centre (8 et 5 % respectivement) et, enfin, le Sud-Ouest (seulement 2 %) (Tableau 11)330.

Tableau 11. Végétation naturelle dans la partie ontarienne de l’écozone+ des plaines à forêts mixtes. Superficie de végétation naturelle (forêts, milieux humides, prairies, tous les types d’écosystèmes naturels) et parcelles de 200 ha situées à plus de 100 m, à plus de 500 m et à plus de 1 000 m d’une route dans la partie ontarienne de l’écozone+.
Zone physiographiquePourcentage de couvert naturelPourcentage de parcelles de couvert naturel de ≥ 200haPourcentage de couvert naturel situé à > 100 m d’une routePourcentage de parcelles de couvert végétal de ≥ 200ha situées à >100 m d’une routePourcentage de couvert naturel situé à > 500 m d’une routePourcentage de parcelles de couvert naturel de >200 ha situées à >500 m d’une routePourcentage de couvert naturel total situé à > 1 000 m d’une routePourcentage de parcelles de couvert naturel de ≥ 200 ha situées à > 1 000 m d’une route.
Centre35%68%85%43%35%19%8%5%
Est37%74%88%53%43%28%12%8%
Escarpement51%84%89%68%54%45%30%27%
Arche de Frontenac57%83%87%64%47%35%19%14%
Sud-Ouest18%33%86%18%35%6%4%2%
Ensemble de l’écozone+ des plaines à forêts mixtes30%64%87%45%41%23%13%10%

Source : Ontario Ministry of Natural Resources (2009)330

Un examen spatial permet d’observer (Figure 31) que la majorité des parcelles de 200 ha de l’escarpement se trouvent sur l’île Manitoulin et à l’extrémité nord de la péninsule Bruce et que l’extrémité sud de l’escarpement ne contient aucune parcelle de 200 ha située à plus de 1 km d’une route. La zone du Sud-Ouest renferme très peu de parcelles situées à plus de 1 km d’une route, et la majorité d’entre elles se trouvent sur l’île Walpole. On en trouve quelques autres ailleurs, notamment dispersées à l’ouest de Chepstow et à l’ouest de Badjeros. 

Figure 31. Distance entre les grandes parcelles naturelles et les routes dans la partie ontarienne de l’écozone+ des plaines à forêts mixtes.
carte d'Ontario
Description longue pour la figure 31

Cette carte indique la répartition des grandes parcelles naturelles (forêts et milieux humides) supérieures à 200 hectares dans la partie ontarienne de l’écozone+ des plaines à forêts mixtes. Les trois catégories identifiées sont : plus de 1 km d’une route; plus de 500 m d’une route; et plus de 100 m d’une route. La plupart de ces parcelles naturelles sont éparpillées le long de la partie nord de la région, à partir de l’île Manitoulin et de la péninsule Bruce vers l’est. La majorité se trouve à l’intérieur de 500 m d’une route, mais quelques-unes se trouvent à plus de 1 km d’une route, principalement sur l’île Manitoulin et la péninsule Bruce, mais également à l’ouest du lac Simcoe et au nord-est des lacs Kwartha. Une infime partie du sud-ouest de la région a de grandes parcelles naturelles.

 

L’impact des routes varie grandement selon l’espèce, la taille des routes et le volume du trafic. La construction de routes détruit non seulement le couvert naturel, mais elle crée aussi des obstacles aux déplacements, en plus d’être souvent source de mortalité331. Les autoroutes à quatre voies ont des répercussions sur les corridors de déplacement des orignaux et l’utilisation de l’habitat par les oiseaux de prairies. De plus, les sels de voirie peuvent causer des dommages dans un rayon de 1 km332. Une étude des populations de grenouilles le long de l’autoroute 401 (autoroute principale à quatre voies ou plus) a indiqué que la richesse spécifique était touchée dans un rayon de 450 à 800 m de la route. Les populations de rainettes faux-grillon, quant à elles, étaient touchées dans un rayon de 100 à 2 400 m325. À l’inverse, des études sur les chemins forestiers montrent que les répercussions sur la composition en espèces végétales ne s’étendent pas sur plus de 15 m de la route333.

Paysages aquatiques

La fragmentation des systèmes aquatiques par les barrages, les déversoirs et les autres obstacles est un enjeu important de la biodiversité mondiale116,334.335. L’impact des obstacles sur le déplacement des espèces aquatiques entraîne une perte de diversité spécifique et de structure écosystémique116,335,336. Dans un aperçu global des répercussions des barrages sur de grands systèmes fluviaux, il a été déterminé que l’ensemble de l’écozone des plaines à forêts mixtes est fortement touché116. Lorsque les obstacles aux déplacements ont été examinés dans cinq bassins versants de la zone physiographique du Centre de l’Ontario, on a constaté que les cinq bassins contenaient des obstacles, mais que le degré de fragmentation variait grandement entre ceux-ci. Les ruisseaux Wilmot et Oshawa présentent peu d’obstacles le long de leur chenal principal, le ruisseau Wilmot étant le cours d’eau qui en compte le moins. Les bassins versants de la rivière Ganaraska et des ruisseaux Cobourg et Duffins renferment tous de nombreux obstacles, ce qui complique considérablement le déplacement des espèces (Figure 32). Il est impossible d’établir des rapports de causalité entre la présence d’obstacles et la productivité, mais il est reconnu que le ruisseau Wilmot est le cours d’eau froide le plus productif qui se jette dans le lac Ontario337,338.

Figure 32. Étendue des obstacles aux déplacements des poissons dans cinq bassins versants du sud de l’Ontario.
carte d'Ontario au sud
Description longue pour la figure 32

Cette carte indique la répartition des obstacles et des ponceaux surélevés dans les bassins versants des ruisseaux Duffins, Oshawa, Wilmot, Cobourg et la rivière Ganaraska. Pour le ruisseau Duffins, les obstacles se concentrent davantage sur la rive est du bassin versant et d’autres sont dispersés ailleurs. Les obstacles dans le bassin versant du ruisseau Oshawa sont dispersés dans la partie nord-ouest. Le bassin versant du ruisseau Wilmot possède une dispersion légère d’obstacles dans le sud et dans l’ouest. Le bassin versant de la rivière Ganaraska possède de nombreux obstacles dispersés dans son ensemble et celui du ruisseau Cobourg possède une plus forte concentration d’obstacles au nord.

Source: Ontario Ministry of Natural Resources, 2010339

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Constatation clé 16
Paysages agricoles servant d’habitat

Constatation clé à l’échelle nationale
Le potentiel des paysages agricoles à soutenir les espèces sauvages au Canada a diminué ces 20 dernières années, principalement en raison de l’intensification des activités agricoles et de la perte de couverture terrestre naturelle et semi-naturelle.

Les terres agricoles, qui représentent plus de 60 % de l’écozone+, sont le principal type de couverture terrestre des plaines à forêts mixtes8,340. L’utilisation des terres agricoles a été associée à la mise en péril des espèces de l’écozone+ des plaines à forêts mixtes341. Un total de 355 espèces de vertébrés terrestres (252 espèces d’oiseaux, 58 espèces de mammifères, 24 espèces de reptiles et 21 espèces d’amphibiens) utilisent ces terres agricoles. Puisqu’une grande partie de l’écozone+ est constituée de terres agricoles, la capacité de ce type de terre à accueillir la faune est essentielle à la préservation de la biodiversité de l’écozone+.

Lorsqu’un indice de capacité d’habitat faunique des terres agricoles dans les plaines à forêts mixtes a été examiné pour la période de 1986 à 2006, il a été déterminé que l’indice a diminué considérablement340 dans l’ensemble de l’écozone+ (la capacité est passée de moyenne à faible)340. Au cours de cette période, la capacité d’habitat a diminué dans 35,5 % des terres agricoles, a augmenté dans 19,9 % et est restées Tableau dans 44,6 % (Figure 33). Ce changement était dû en grande partie à la diminution des pâturages et de « tous les autres types de terres » (majoritairement des forêts et des milieux humides), diminution de 37,6 et de 4,8 %, respectivement340.  

Figure 33. Variations de la capacité d’habitat faunique des terres agricoles de l’écozone+ des plaines à forêts mixtes de 1986 à 2006. ANOVA, différence très significative de Tukey p < 0,05.
carte d'Ontario au sud
Description longue pour la figure 33

Cette carte indique l’étendue et l’emplacement des modifications dans la capacité d’habitat faunique de l’écozone+. L’écozone+ est divisée en quatre régions : les basses terres du lac Érié, comprenant la région nord du lac Érié, de Port Franks à Toronto; Manitoulin-Lac Simcoe, qui couvre le restant de l’écozone+ à l’ouest de l’arche de Frontenac; l’axe de Frontenac, qui correspond à l’arche de Frontenac décrit dans les figures 32 et 33; et les basses terres du Saint Laurent, qui couvrent l’écozone+ à l’est de l’axe de Frontenac.

Pour la majorité des basses terres du lac Érié, la capacité d’habitat est demeurée constante ou a augmenté, sauf pour les secteurs autour de London, de Hamilton et de Toronto, et le long de l’extrémité sud de la péninsule du Niagara. Pour la région Manitoulin-Lac Simcoe, la capacité d’habitat a diminué dans la majorité du secteur, y compris toute la péninsule Bruce et la majorité de l’île Manitoulin. Il y avait également d’importants secteurs où la capacité d’habitat a diminué aux alentours du lac Simcoe et des lacs Kawartha. La capacité est demeurée constante dans les parcelles partout dans la région et a augmenté dans quelques petits secteurs, y compris l’extrémité nord de la péninsule du Niagara, la région à l’est de Toronto et le comté de Prince Edward. La capacité d’habitat a diminué dans presque tout l’axe de Frontenac, à l’exception d’une petite bande le long de la bordure du lac Ontario, où elle est demeurée constante. Dans les basses terres du Saint Laurent, de grandes parcelles de capacité d’habitat diminuée se retrouvent dans les régions d’Ottawa et de Montréal, le long de la frontière américaine entre ces deux villes, et au sud-est du lac Saint Pierre. Les basses terres du Saint Laurent possèdent également le plus haut pourcentage de superficie, dont la capacité d’habitat accrue dans l’écozone+.

Source : Javorek et Grant (2011)340

Au cours de la période d’étude, la superficie des terres cultivables a augmenté, passant de 65 à 72 % de la superficie totale des terres agricoles. Cela reflète une intensification des activités agricoles fondée principalement sur des hausses importantes de la production de soja (de 6 à 16 %).340 Les variations de la capacité d’habitat faunique sont illustrées à la340

Figure 34. Capacité d’habitat faunique des terres agricoles dans les plaines à forêts mixtes en 1986 (image du dessus) et en 2006 (image du dessous)
deux carte d'Ontario et Quebec
Description longue pour la figure 34

Ces deux cartes indiquent la capacité d’habitat faunique des terres agricoles dans l’écozone+ en 1986 et 2006. Les catégories de capacité d’habitat sont Très basse (moins de 20 à 30); Basse (30 à 50); Modérée (50 à 70); Élevée (70 à 90) et Très élevée (90 à plus de 100).

La carte de 1986 indique que la capacité d’habitat faunique = 52,47 ± 17,71. L’écozone+ est divisée en quatre régions décrites à la Figure 36 : Basses terres du lac Érié (CH = 38,22 ± 14.06); Manitoulin-Lac Simcoe (CH = 52,26 ± 12,15); Axe de Frontenac (CH = 64,87 ± 4,16); et Basses terres du Saint Laurent (CH = 56,88 ± 17,06). La capacité d’habitat était très basse dans la pointe ouest de l’écozone+ et dans le secteur autour de Montréal. La capacité du reste de l’écozone+ était basse à modérée, et de petits secteurs de capacité élevée se trouvent sur l’île Manitoulin et à l’est de Montréal. De petites parcelles à capacité d’habitat très élevée sont retrouvées à l’est de Toronto et à l’ouest de Montréal.

La carte de 2006 indique que la capacité d’habitat faunique est de 50,01 ± 14,58. Les capacités d’habitat des quatre régions sont les suivantes : Basses terres du lac Érié (CH = 37,8 ± 10.32); Manitoulin-Lac Simcoe (CH = 47,34 ± 8,33); Axe de Frontenac (CH = 50,71 ± 0,74); et Basses terres du Saint Laurent (CH = 56,71 ± 15,54). Une capacité d’habitat très basse demeurait dans la pointe ouest de l’écozone+ et s’étend à l’est vers London et l’extrémité sud de la péninsule du Niagara, alors que la quantité de capacité très basse dans le secteur autour de Montréal a diminué. Le secteur à capacité élevée est disparu de l’île Manitoulin, mais la dimension des secteurs à capacité élevée à l’est de Montréal a augmenté. Une petite bande à capacité très élevée est retrouvée le long de l’extrémité nord de la péninsule du Niagara, bien qu’un secteur à capacité très élevé ne se retrouve plus à l’est de Toronto.

Source: Javorek and Grant, 2011340

La forte variabilité de la capacité d’habitat entre les régions des plaines à forêts mixtes en 2006 découlait principalement de la superficie et du type de terre cultivable ainsi que de la proportion relative de pâturages et de terres naturelles et semi-naturelles. Les basses terres du lac Érié affichaient la plus faible capacité d’habitat, les terres cultivables étant formées à 82 % de terres agricoles (près de 50 % pour la culture du maïs et du soja), et à seulement 13 % de « tous les autres types de terres » et 2 % de pâturages non améliorés. Les basses terres du lac Érié font partie de la zone physiographique du Sud-Ouest (voir la section « Conversion des écosystèmes » et « Paysages terrestres et aquatiques intacts »). Le Sud-Ouest contient seulement 8 % de couvert forestier et 10 % de couverture de milieux humides. Cette faible étendue de couvert naturel limite la capacité des espèces à utiliser les terres cultivables pour répondre à un seul besoin en matière d’habitat et à utiliser d’autres types de couvertures à l’extérieur des terres agricoles pour répondre à leurs autres besoins en matière d’habitat, compromettant ainsi le potentiel de l’habitat. La capacité d’habitat plus élevée des régions de l’axe de Frontenac, de Manitoulin-lac Simcoe et des basses terres du Saint-Laurent était due à la faible proportion relative des terres cultivables (52, 66 et 66 % respectivement) et à une plus grande proportion de « tous les autres types de terres » (21, 18 et 26 % respectivement). Ces régions contiennent également des proportions plus élevées de couvert naturel hors des terres agricoles que les basses terres du lac Érié, avec des pourcentages de couvert naturel variant de 35 à 57 %161. Les espèces dont une partie de l’habitat se trouve sur des terres agricoles peuvent être en mesure de trouver une couverture terrestre naturelle avoisinante leur permettant de répondre à leurs autres besoins en matière d’habitat. La composante « tous les autres types de terres » (forêts et milieux humides se trouvant sur des terres dites « agricoles ») significativement plus élevée au sein des terres agricoles des basses terres du Saint-Laurent explique principalement pourquoi cette région affichait la capacité d’habitat en terres agricoles la plus élevée de l’écozone+ des plaines à forêts mixtes. Ce constat est intéressant, compte tenu du fait que la zone physiographique associée aux basses terres du Saint-Laurent, soit la zone physiographique de l’Est (voir la section « Conversion des écosystèmes »), ne présente pas le pourcentage le plus élevé de couverture terrestre naturelle de l’écozone+ (33 % dans la partie québécoise et 37 % dans la partie ontarienne), lequel se trouve en fait dans la zone de l’arche de Frontenac (57 %)161, ce qui indique que la capacité faunique élevée des terres agricoles n’est pas nécessairement liée à une capacité faunique élevée de l’ensemble du paysage. D’autres différences dans l’utilisation des terres agricoles parmi ces régions influaient sur la capacité d’habitat faunique. La production intensive de maïs et de soja était considérablement élevée dans les basses terres du Saint-Laurent (32 %) et dans Manitoulin-lac Simcoe (30 %), comparativement à l’axe de Frontenac, où la culture de maïs et de soja était de moins de 1 % et de 17 %, respectivement340. L’axe de Frontenac comptait considérablement plus de pâturages non améliorés (20 %), deuxième type de couverture en importance pour la faune, que les basses terres du Saint-Laurent (5 %) et Manitoulin-lac Simcoe (9 %)340. Cette différence s’explique en partie par le fait que l’arche de Frontenac est un prolongement du Bouclier canadien, dont les sols peu profonds sur le substrat rocheux ne sont pas propices à l’agriculture en général ou à l’exploitation de terres cultivables en particulier, contrairement aux plaines d’argile des basses terres du Saint-Laurent161.

Dans la littérature, les répercussions de la fragmentation sur les espèces d’oiseaux sont surtout abordées relativement aux espèces d’oiseaux forestiers; toutefois, l’intensification des activités agricoles peut également avoir un impact sur les populations d’espèces d’oiseaux. Jobin et al. (1996)342 ont étudié les populations d’oiseaux des terres agricoles dans la vallée du Saint-Laurent en se basant sur 24 années de relevés d’oiseaux nicheurs, lesquels ont commencé dans les années 1960. Ils ont constaté que la diversité des espèces d’oiseaux était plus élevée dans les régions à types de couvertures diversifiés que dans les régions dominées par les cultures annuelles ou commerciales. L’effectif des populations de nombreuses espèces associées aux fermes laitières et aux cultures pérennes, comme le bruant des prés (Passerculus sandwichensis), le goglu des prés (Dolichonyx oryzivorus), le vacher à tête brune (Molohrus ater) et la sturnelle des prés (Sturnella magna), a diminué de 1966 à 1990342.

Lorsque les tendances des oiseaux des milieux ouverts et des prairies ont été examinées dans l’ensemble de l’écozone+ 343, il a été déterminé que ces deux assemblages subissaient des baisses. Les populations d’oiseaux de prairies ont grandement diminué, particulièrement depuis les années 1980. Plusieurs espèces ont perdu 50 % ou plus de leur population au cours des quatre dernières décennies, probablement en raison des effets combinés de la perte de terres agricoles marginales au profit des forêts et de l’utilisation plus intensive des terres agricoles restantes, où la plupart de ces oiseaux nichent et hivernent (Figure 35)343. L’analyse des données à long terme tirées de plusieurs relevés d’oiseaux différents confirme une baisse importante des populations d’oiseaux des prairies et des milieux ouverts/agricoles dans les plaines à forêts mixtes213. Cette tendance n’est pas unique aux plaines à forêts mixtes puisque les oiseaux des prairies sont en baisse partout en Amérique du Nord344.

Figure 35. Indices annuels de variation de la population d’oiseaux des prairies dans l’écozone+ des plaines à forêts mixtes.
graphique
Description longue pour la figure 35
Ce graphique linéaire indique les renseignements suivants :
AnnéeIndice d’abondance
1968167.3
1969164.7
1970150.7
1971154.8
1972158.3
1973145.1
1974150.0
1975155.4
1976166.0
1977166.6
1978157.1
1979149.6
1980135.0
1981150.2
1982142.6
1983134.0
1984120.7
1985113.5
1986112.9
1987100.1
198891.2
1989103.3
199095.6
199190.5
199281.8
199387.2
199488.6
199595.9
199684.9
199785.4
199877.1
199976.4
200074.2
200166.4
200258.8
200360.2
200456.4
200552.1
200651.3

Source: Downes et al., 2011343

Le nombre de parcs éoliens en Ontario a augmenté considérablement ces dernières années, et cette tendance devrait se poursuivre. On craint que la présence des éoliennes réduise la densité de nidification du goglu des prés, de la sturnelle des prés et d’autres oiseaux des prairies à cause de l’évitement ou de l’abandon, par les oiseaux, des zones trop près des structures345,346. Une menace encore plus grave découlerait des pratiques agricoles intensives dans certaines régions, de même que de la perte de haies343.

Lorsque les oiseaux des milieux ouverts ou agricoles ont été examinés343 (Figure 36), les baisses semblaient toucher les rapaces, les passereaux, les espèces migratrices de courte distance et les espèces néotropicales, ce qui donne à penser que les problèmes sur les lieux de reproduction peuvent être un facteur commun343. Dans cet assemblage, on a observé des baisses chez les insectivores aériens, groupe également en déclin à l’échelle nationale347,348. La perte d’habitat des champs abandonnés due à la succession et à l’utilisation intensive des terres agricoles restantes peut avoir contribué aux baisses343.

Figure 36. Indices annuels de variation de la population d’oiseaux des milieux ouverts dans l’écozone+ des plaines à forêts mixtes.
graphique
Description longue pour la figure 36
Ce graphique linéaire indique les renseignements suivants :
AnnéeIndice d’abondance
1968111.1
1969123.6
1970156.1
1971134.6
1972113.6
197397.6
1974116.1
1975126.6
1976152.9
1977147.4
1978155.2
1979137.7
1980141.0
1981139.0
1982149.6
1983129.4
1984122.2
1985123.8
1986121.2
1987120.9
1988104.8
198997.4
199089.5
1991101.7
199283.6
199389.6
199479.2
199588.0
199697.3
199785.4
199887.8
1999102.5
200077.6
200177.6
200274.3
200375.0
200469.8
200574.5
200667.1

Source: Downes et al., 2011343

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Constatation clé 17
Espèces présentant un intérêt économique, culturel ou écologique particulier

Constatation clé à l’échelle nationale
De nombreuses espèces d’amphibiens, de poissons, d’oiseaux et de grands mammifères présentent un intérêt économique, culturel ou écologique particulier pour les Canadiens. Certaines espèces voient leurs populations et aire de répartition diminuer, d’autres restent sTableaus, et d’autres encore sont saines ou en voie de se rétablir.

On estime qu’approximativement 30 000 espèces vivent dans la province de l’Ontario146. Alors que la situation de nombreuses espèces est bien connue, les données d’occurrence de la majorité des espèces sont incomplètes, et leur situation sur le plan de la conservation est par conséquent obscure. Par exemple, il existe peu de données sur la présence de champignons349 dans l’écozone+ et, alors que la présence de certains ordres d’insectes comme les Lepidoptera (papillons) et les Odonata (libellules et demoiselles) est bien connue, les connaissances sur la plupart des groupes d’invertébrés sont généralement pauvres. En 2005, le Conseil canadien pour la conservation des espèces en péril (CCCEP) a évalué la situation de 4 217 espèces de l’Ontario aux fins de la publication de « Les espèces sauvages 2005 »258. Bien que la plupart des groupes d’espèces évalués comprennent des espèces dont les populations sont en sécurité, la majorité des espèces de moules d’eau douce et de reptiles font partie de catégories qui suscitent des préoccupations sur le plan de la conservation (c.-à-d. sensibles, possiblement en péril, en péril) (Figure 37).

Figure 37. Nombre d’espèces indigènes de l’Ontario qui sont en sécurité ou en situation préoccupante, d’après les catégories de classification de la situation générale (2005).
graphique
Description longue pour la figure 37
Ce graphique à bandes empilées indique les renseignements suivants :
GroupeÉteinteDisparueEn périlPeut être en périlVulnérableSécurisée
Plantes vasculaires (n = 1957)-1,1%2,8%22,5%9,4%64,1%
Moules d’eau douce (n = 40)--20,0%25,0%22,5%32,5%
Cicindèles (n = 14)---14,3%7,1%78,6%
Libellules et demoiselles (n = 161)---26,7%24,2%49,1%
Papillons (n = 130)-1,5%-14,6%16,9%66,9%
Écrevisses (n = 7)----28,6%71,4%
Poissons d’eau douce (n = 127)0,8%3,9%7,9%2,4%16,5%68,5%
Amphibiens (n = 26)-7,7%19,2%3,8%0,0%69,2%
Reptiles (n = 25)--48,0%-20,0%32,0%
Oiseaux (n = 301)0,3%0,3%5,3%3,3%7,0%83,7%
Mammifères (n = 66)--4,5%3,0%13,6%78,8%
Tous les groupes d’espèces (n = 2854)0,1%1,1%3,8%18,6%11,0%65,4%

Source : Conseil de la biodiversité de l’Ontario (2010).213 Fondé sur les données initiales du Conseil canadien pour la conservation des espèces en péril (2006).

D’après les catégories d’espèces en péril du COSEPAC et les espèces qui font l’objet d’un suivi par les centres de données sur la conservation des provinces, 865 espèces suscitent des préoccupations sur le plan de la conservation dans les plaines à forêts mixtes (Tableau 12).  Environ deux tiers des espèces évaluées étaient des plantes vasculaires, et le taxon ayant le plus grand nombre d’espèces suscitant des préoccupations sur le plan de la conservation était les plantes vasculaires.

Tableau 12. Espèces suscitant des préoccupations sur le plan de la conservation dans les plaines à forêts mixtes, 2009. Les espèces suivies par le Centre d’information sur le patrimoine naturel de l’Ontario et le Centre de données sur le patrimoine naturel du Québec sont comprises, tout comme les espèces désignées en péril par le COSEPAC. P = espèce préoccupante; M = espèce menacée; VD = espèce en voie de disparition; DP = disparue du pays. Les espèces inscrites sur la liste du COSEPAC sont un sous-ensemble des espèces suivies. Les données sont valides en date du 12 février 2009.
TaxonNombre d’espèces suiviesCOSEPAC - PCOSEPAC - MCOSEPAC - VDCOSEPAC - DP
Mammifères12211-
Oiseaux37746-
Reptiles2441051
Amphibiens121331
Poissons et lamproies4513751
Insectes740011
Autres invertébrés40008-
Plantes vasculaires5841119392
Plantes non vasculaires37331-
Totale8654147696

Lorsque le nombre d’espèces au sein d’un groupe d’espèces est pris en considération, on constate que les reptiles sont proportionnellement le groupe le plus préoccupant, puis viennent les moules, les amphibiens et les poissons. L’établissement de mesures de conservation adaptées ne doit pas être uniquement fondé sur l’existence de tendances démographiques à la baisse350; l’abondance, l’étendue de l’aire de répartition, le taux de perte d’habitat, et le fait que la tendance fait partie ou non d’un déclin à long terme ou que l’espèce a des antécédents de fluctuations démographiques sont également tous des facteurs importants350. Les baisses observées chez les moules d’eau douce, les poissons, les bourdons, les reptiles et les amphibiens sont présentées dans cette constatation clé en tant qu’exemples de changements que subissent les populations d’espèces présentes dans les plaines à forêts mixtes.

Moules d’eau douce

On trouve la plus grande diversité de moules d’eau douce au Canada dans le sud de l’Ontario118; la totalité des 41 espèces présentes en Ontario se trouvent dans l’écozone+ des plaines à forêts mixtes351. La plupart des espèces de moules d’eau douce ont une stratégie du cycle vital spécialisée et unique : elles ont besoin d’un poisson-hôte pour disperser leurs larves352. Cette relation signifie que le rétablissement des espèces de moules rares dépend fortement des espèces de poissons-hôtes353. L’examen des populations de moules du bassin des Grands Lacs pour la période de 1860 à 1996 (136 ans) a révélé une diminution du nombre d’espèces et un changement dans la composition des communautés132, lesquels sont dus à la baisse de la quantité de limon et du nombre d’espèces résistantes aux polluants (sous-famille des Anodontinae). Au cours des deux à trois dernières décennies, quatre espèces de moules ont disparu de la rivière Sydenham, dix, de la rivière Thames, et neuf, de la rivière Grand. Les populations des Grands Lacs se sont presque effondrées, probablement à cause des effets combinés de l’agriculture intensive, du développement urbain et de l’invasion par la moule zébrée354. Plusieurs refuges pour les moules ont été découverts dans la région des Grands Lacs, soit à Metzger Marsh, à Crane Creek Marsh et à Thompson Bay, aux abords du lac Érié en Ohio355. Le delta du lac St. Clair abrite la plus grande communauté de moules des Grands Lacs inférieurs, laquelle compte, parmi ses populations, plusieurs espèces désignées espèces en voie de disparition ou espèces menacées au Canada et/ou au Michigan. Le delta représente donc un refuge important pour la conservation des moules indigènes355. Les courants extracôtiers du delta font en sorte que la capacité des larves véligères des moules zébrées à infester les espèces de moules indigènes (les moules zébrées utilisent les moules indigènes comme substrat, se fixant à leur surface pour y croître, ce qui diminue le taux de survie des espèces indigènes) est plus faible en eaux côtières qu’en eaux extracôtières; les zones littorales constituent donc un refuge pour les moules indigènes355. La plus grande diversité de moules d’eau douce au Québec est observée dans l’écozone des plaines à forêts mixtes; la rivière Saint-François abrite 12 des 23 espèces vivant au Québec356.

Oiseaux

Lorsque les résultats des années 1970 aux années 2000 du Relevé des oiseaux nicheurs ont été examinés, il a été déterminé que les tendances différaient selon le groupe d’habitat. Les oiseaux des milieux forestiers se portent globalement mieux que les oiseaux des prairies et les oiseaux des autres milieux ouverts/agricoles, qui subissent des baisses en tant que groupe depuis les années 1970 (Tableau 13). Les oiseaux des prairies ont subi la baisse la plus importante de tous les groupes, leur effectif au sein de l’écozone+ ayant diminué de plus de 60 % depuis les années 1970343.

Tableau 13. Tendances de l’abondance des oiseaux terrestres de l’écozone+ des plaines à forêts mixtes. « P » renvoie à la signification statistique : * indique que P < 0,05; n indique 0,05 < P < 0,1; aucune valeur n’est non significative. « Variation » correspond au pourcentage de variation de l’indice d’abondance moyen entre la première décennie faisant l’objet de résultats (années 1970) et la décennie des années 2000 (de 2000 à 2006).
Assemblages
d’espèces
Tendance (%/yr)PIndice d’abondance - 1970sIndice d’abondance - 1980sIndice d’abondance - 1990sIndice d’abondance - 2000sIndice d’abondance - Variation(%)
Oiseaux forestiers1.1 50.656.964.267.333
Oiseaux des arbustaies/zones de début de succession0.1 117.2123.5122.5125.27
Oiseaux des prairies-3.1*155.4120.386.459.9-61
Oiseaux d’autres milieux ouverts-1.8*133.8124.990.474.8-44
Oiseaux urbains/suburbains-0.7*425.9394.3364.4352.2-17

Source: Downes et al., 2011343

L’augmentation générale de l’abondance des oiseaux des milieux forestiers résulte probablement des hausses de superficie du couvert forestier dans certaines parties de l’écozone+ (voir la section « Forêts»). Toutefois, ce ne sont pas toutes les espèces sylvicoles qui vont bien; par exemple, l’abondance du pioui de l’Est a diminué de 55 % depuis les années 1970343. Cette espèce entreprend une migration de longue distance jusqu’en Amérique du Sud et est également l’une des nombreuses espèces à se nourrir d’insectes volants, qui connaissent eux aussi des baisses de population. Certaines des autres espèces présentant une baisse, comme la grive fauve (-31 %), sont des oiseaux nichant dans les forêts intérieures, et leurs effectifs tendent également à diminuer dans les parcelles forestières comptant moins de 20 ha de forêt intérieure357. Les baisses observées chez les oiseaux des prairies sont associées à l’intensification des activités agricoles, à la perte de haies, à la succession de la végétation et à l’utilisation accrue de pesticides chimiques (voir également les sections « Conversion des écosystèmes » et « Paysages agricoles servant d’habitat »343). Une recherche états-unienne a également soulevé des préoccupations concernant l’augmentation du nombre d’éoliennes dans les prairies et le comportement d’évitement possible des zones se trouvant à proximité d’éoliennes par des espèces comme le goglu des prés et la sturnelle des prés345. Les baisses d’effectifs d’oiseaux des milieux ouverts/agricoles sont également attribuables à la perte d’habitat due à la succession et à l’intensification de l’utilisation des terres agricoles restantes.

Le déclin des populations d’oiseaux urbains/suburbains est difficile à expliquer, car les espèces qu’on y trouve tolèrent généralement la présence des humains. Les déclins de la population de martinets ramoneurs (-77 %) suivent les déclins des populations d’autres insectivores aériens ainsi que l’abandon des cheminées traditionnelles (qui sont recouvertes et revêtues)343, mais les baisses observées chez des espèces introduites telles que le moineau domestique (-56 %) et l’étourneau sansonnet (-35 %) sont plus dures à expliquer. En Europe, des baisses semblables chez le moineau domestique sont liées aux baisses du nombre d’oisillons prenant leur envol en raison de la diminution de l’abondance des proies invertébrées358. D’autres sources possibles de ces baisses sont la perte d’habitat de nidification et l’augmentation de la pollution et des prédateurs)343.

Des déclins importants des populations reproductrices d’oiseaux de rivage ont été observés de 1968 à 2006 chez 4 des 5 espèces étudiées par le Relevé des oiseaux nicheurs, les plus grands déclins touchant le chevalier grivelé (80 %) et la bécasse d’Amérique (64 %)359. Les oiseaux des milieux humides connaissent également des baisses. Quatre des dix espèces d’oiseaux aquatiques coloniales sont en baisse dans les Grands Lacs. Les baisses d’effectif du goéland marin sont dues au botulisme, et celles de la sterne pierregarin, sans doute à la compétition avec le goéland à bec cerclé360. De nombreux oiseaux des marais connaissent également une baisse en raison de facteurs contributifs, y compris la perte et la dégradation de l’habitat, l’altération des niveaux d’eau et la présence d’espèces envahissantes360.

Canard noir

Plus de 90 % de la population mondiale de canards noirs se reproduisent dans l’est du Canada361. La population a diminué d’environ 50 % de 1955 à 1985362. Le canard noir est l’un des canards les plus abondants de l’est du Canada. Sa population est restée stable, à environ 450 000 individus depuis 1990, bien qu’une baisse soit toujours observée dans les plaines à forêts mixtes363,364. Les causes de la baisse ne sont pas claires, mais comprennent probablement la perte d’habitat attribuable au développement et à l’agriculture362,365,366 et le déplacement causé par la compétition avec le canard colvert367, dont l’abondance et l’aire de répartition sont en croissance362,265,368. Les hausses démographiques dans d’autres régions pourraient être dues aux changements dans les pratiques de gestion, par exemple l’augmentation des restrictions de chasse369.

Poissons d’eau douce

Les plaines à forêts mixtes possèdent la plus grande diversité de poissons d’eau douce du Canada117. Les poissons de cette écozone+ représentent 97 % de tous les taxons de poissons de l’Ontario et 86 % de tous ceux du Québec. L’ensemble de l’écozone+ représente ainsi 78 % du nombre total d’espèces du Canada370. La majorité des espèces de poissons rares de l’écozone+ sont des spécialistes fluviaux (elles vivent obligatoirement en aux eaux vives)371,372. L’absence de données complètes empêche l’analyse des tendances globales, mais des études distinctes fournissent certaines pistes de réflexion au sujet des types de changements qui ont cours dans les communautés de poissons au sein de l’écozone+.

Des 21 espèces faisant l’objet de données de surveillance dans le lac Simcoe, sept espèces ont connu une baisse d’abondance de 1995 à 2003373. Un relevé mené en 2000 dans deux affluents du lac Ontario a permis de capturer 10 des 22 espèces historiques dans le ruisseau Carruthers et seulement 28 des 50 espèces historiques dans le ruisseau Duffins122. Dans la rivière Speed (près de Guelph, en Ontario), l’aire de répartition des espèces d’eau froide s’est contractée en direction des eaux d’amont, tandis que les espèces d’eau chaude ont étendu leur aire de répartition vers l’amont au cours des 25 dernières années121. Dans la rivière Grand, les populations d’ombles de fontaine ont disparu ou ont fortement diminué dans certains tronçons. Dans le cadre d’une étude de quatre lacs peu profonds aux eaux chaudes des lacs Kawartha réalisée de 1980 à 2003111, des baisses constantes ont été observées dans le cas des populations de dorés (Sander vitreus), alors que des tendances à la hausse ont été relevées dans le cas des populations d’achigans à petite bouche (Micropterus dolomieu) et d’achigans à grande bouche (Micropterus salmoides).

Une des espèces de poissons les plus à risque dans la partie ontarienne de l’écozone+ est le méné long (Clinostomus elongatus), dont l’aire de répartition historique englobait ce qui constitue aujourd’hui les parties les plus densément peuplées du sud de l’Ontario. Le méné long est sensible aux altérations des débits, à la température de l’eau et à l’envasement, et ses populations restantes se trouvent dans les zones subissant une urbanisation rapide. En 2007, le COSEPAC a reclassé l’espèce dans une catégorie supérieure, la faisant passer d’espèce menacée à espèce en voie de disparition374.

Le chevalier cuivré (Myxostoma hubbsi) est l’espèce de poisson qui risque le plus de disparaître dans les basses terres du Saint-Laurent. Les rivières Richelieu (en aval du bassin de Chambly) et des Mille-Îles ainsi que des tronçons du Saint-Laurent reliés à ces dernières représentent l’étendue de l’aire de répartition de cette espèce rare et endémique au Québec. Le COSEPAC a déclaré le chevalier cuivré espèce menacée en 1987 et l’a reclassé dans la catégorie espèce en voie de disparition en 2004. La population actuelle est estimée à quelques centaines d’individus. Le plan de rétablissement mis en place en 2004 vise notamment à améliorer la reproduction naturelle en protégeant et en restaurant son habitat essentiel, à accroître le recrutement par l’ensemencement et à protéger l’habitat de l’espèce grâce à des mesures réglementaires. La maturité sexuelle tardive (à 10 ans), la fraye se produisant à la fin de l’automne, le faible taux de recrutement et l’alimentation restreinte sont tous des facteurs qui exacerbent la vulnérabilité de l’espèce. D’importantes mesures de protection sont nécessaires pour réduire la pollution par les nutriments et les substances toxiques issus des activités agricoles, municipales et industrielles ainsi que la destruction de l’habitat afin d’éviter la disparition de cette espèce endémique dans les basses terres du Saint-Laurent375.

Bourdons

Des déclins sont observés chez les bourdons en Europe et en Amérique du Nord376,377. La comparaison des populations de bourdons des années 1970 avec celles de la période 2004-2006 dans les environs de Guelph, en Ontario, a révélé que 7 des 14 espèces observées dans les années 1970 n’existaient plus377. On a constaté que les populations de bourdons à tache rousse (Bombus affinis) avaient diminué de façon spectaculaire non seulement dans le sud de l’Ontario, mais aussi dans l’ensemble de son aire de répartition naturelle377. Les raisons du déclin ne sont pas bien connues mais, parmi les explications possibles, il y a la perte d’habitat, l’utilisation de pesticides, l’introduction de maladies par les abeilles d’élevage et les changements climatiques. Le bourdon à tache rousse, désigné espèce en voie de disparition par le COSEPAC, a également été inscrit en tant qu’espèce en voie de disparition sur la liste de la Loi de 2007 sur les espèces en voie de disparition de l’Ontario. Les déclins des populations de bourdons dans le Midwest américain coïncident avec l’intensification des activités agricoles à grande échelle376. Lorsque les caractéristiques de trois espèces d’abeilles en déclin (de l’Angleterre, de l’Ontario et du Sichuan) ont été comparées, on a remarqué que les espèces les plus vulnérables étaient celles qui fréquentaient une zone climatique étroite (près des limites) et celles dont la reine devenait active plus tard dans la saison378.

Reptiles et amphibiens

Il existe 26 espèces indigènes de reptiles et 25 espèces indigènes d’amphibiens dans l’écozone+ des plaines à forêts mixtes. Il s’agit des espèces les plus en péril parmi tous les groupes d’espèces évalués. Sur les 51 espèces, 26 (soit environ 51 %) ont été désignées espèces en péril par le COSEPAC en 200811. Au Canada, sur les 12 espèces que l’on trouve uniquement dans les plaines à forêts mixtes, toutes (100 %) sont des espèces en périlFootnote dix x. Il semble que la situation des tortues est des plus critiques étant donné que 7 des 8 espèces indigènes (87,5 %) de l’écozone+ sont en périlFootnote onze xi. Les serpents sont tout aussi en péril : espèces sur 17 (65 %) sont considérées comme en péril dans l’écozone+ 11.

En Ontario et au Québec, la plupart des activités de surveillance des amphibiens sont effectuées dans le cadre de programmes scientifiques réunissant des citoyens volontaires. L’analyse des données provenant du Programme de surveillance des marais pour le bassin des Grands Lacs (Canada et États-Unis) a permis d’établir des tendances à la baisse statistiquement significatives chez les espèces suivantes : crapaud d’Amérique, rainette faux-grillon de l’Ouest, grenouille verte et grenouille léopard (Figure 38). Aucune espèce commune n’affichait une tendance positive. De 1995 à 2007, on a observé une tendance à la hausse significative chez la grenouille du Nord (qui est moins commune)Référence 147. D’autres auteurs ont également signalé des déclins chez la rainette faux-grillon, la grenouille verte et la grenouille des bois379,380. Au Québec, la rainette faux-grillon de l’Ouest subit un déclin spectaculaire. Depuis 1950, l’espèce a disparu de 90 % de son aire de répartition dans la région de la Montérégie. La raison principale de ce déclin est la perte d’habitat due à l’urbanisation et à l’agriculture. L’espèce est également en déclin dans la région de l’Outaouais381.

Figure 38. Tendances chez les amphibiens du bassin des Grands Lacs, de 1995 à 2007. Les graphiques illustrent les variations de l’indice d’occurrence annuel correspondant à la proportion de stations de surveillance ayant répertorié les espèces dans le cadre du Programme de surveillance des marais.
image des amphibiens
Description longue pour la figure 38
Ces huit graphiques linéaires indiquent les renseignements suivants : Indices des occurrences annuelles
AnnéeCrapaud américainRainette faux-grillon de l’ouestGrenouille léopardOuaouaronRainette versicoloreRainette crucifèreGrenouille des boisGrenouille verte
199555,5673,3433,2552,4458,1568,3628,768,86
199655,861,0847,7147,0477,6876,4439,6568,3
199751,9360,3351,6445,9368,3482,1226,9471,98
199851,2858,5265,4253,6766,6388,7229,6186,39
199944,875640,9649,3764,8975,8330,1260,38
200044,4449,8243,6634,9170,5372,1523,7457,21
200146,7152,2135,0141,5866,7277,6430,7962,92
200250,4157,5531,744477,4190,333,6863,33
200351,8148,4945,9431,3471,4285,1125,3258,04
200437,251,6435,3247,5574,2189,6123,568,13
200546,0150,9439,532,3462,4684,7731,7166,33
200645,3242,9739,6442,9261,580,0626,3565,67
200740,3743,9637,0945,154,9470,2734,7766,28

Source : Adapté d’Archer et al. (2009)147. Photos : dreamstime.com (crapaud d’Amérique, rainette crucifère, grenouille des bois et grenouille verte); iStock.com (rainette faux-grillon de l’Ouest, grenouille léopard, ouaouaron et rainette versicolore).

Les rapports de situation du COSEPAC sur le massasauga (2008), la couleuvre agile bleue (2002), la couleuvre à nez plat (2001) et la tortue des bois (2002) révèlent une grave contraction des aires de répartition ainsi que des disparitions à l’échelle locale dans l’écozone+ des plaines à forêts mixtes382,383,384,385.

De nombreuses raisons expliquent le déclin des populations de reptiles et d’amphibiens. Comme pour la plupart des espèces de l’écozone+, un facteur clé est la perte et la fragmentation de l’habitat386. La mortalité sur les routes est également problématique pour les reptiles et les amphibiens325,387,388. Daigle et Jutras (2005)389 ont constaté qu’une population de tortues des bois a diminué de 50 % en 7 ans et ont attribué ce déclin à la modification de l’habitat, à la mortalité sur les routes et à la mortalité causée par la machinerie agricole. Les tortues femelles sont particulièrement à risque, car les collisions avec des véhicules surviennent souvent pendant la migration aux fins de nidificationRéférence 390, Référence 391.
Les polluants atmosphériques peuvent également expliquer les déclins. Les herbicides à large spectre à base de glyphosate tuent entre 68 et 86 % des amphibiens juvéniles après un jourRéférence 392. On a rapporté des concentrations élevées de PCB, de pesticides organochlorés et de dioxines/furanes chez les tortues en OntarioRéférence 393.

La chytridiomycose (causée par le Batrachochytrium dendrobatidis), maladie fongique qui touche les amphibiens, a de vastes répercussions sur les amphibiens du monde entier, y compris dans les plaines à forêts mixtes. La maladie a été détectée chez plusieurs espèces d’amphibiens communes dans 30 localités de la vallée du Saint-Laurent, au QuébecRéférence 394. D’autres recherches sont nécessaires pour déterminer les meilleurs moyens d’atténuer l’impact de la chytridiomycose et comprendre comment des facteurs tels que l’altération de l’habitat, les changements climatiques prévus et l’exposition aux polluants chimiques interagissent et causent les effets observés chez les populations.

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Constatation clé 18
Productivité primaire

Constatation clé à l’échelle nationale
La productivité primaire a augmenté dans plus de 20 % des terres recouvertes de végétation au Canada ces 20 dernières années, de même que dans certains écosystèmes d’eau douce. L’ampleur et la période de productivité primaire changent dans tout l’écosystème marin.

Éléments probants de l’Ontario

La productivité primaire nette (PPN) est une mesure de la quantité de biomasse végétale par unité de superficie produite dans le temps. Ainsi, les facteurs qui influent sur la croissance des plantes régissent également la quantité de production primaire dans toute région donnée395. Les estimations à grande échelle de la PPN en milieu terrestre, habituellement effectuées au moyen de données de télédétection, ont tendance à ne pas tenir compte de la production de biomasse souterraine; par conséquent, la production primaire réelle est probablement sous-estimée396.

Les estimations de la PPN à partir de données satellites rapportées pour le Canada varient entre un pic de 700 grammes de carbone par mètre carré par année (g C m-2 an-1) dans la partie sud-est de l’île de Vancouver et un creux de moins de 1 g C m-2 an-1 dans le Grand Nord397. La PPN moyenne des plaines à forêts mixtes est estimée à 257 g C m-2 an-1, mais les zones forestières au sein de l’escarpement du Niagara et de l’arche de Frontenac (qui contiennent 43 % de couvert forestier) présentent des valeurs élevées pouvant atteindre les 500 g C m-2 an-1, soit certaines des PPN les plus élevées du pays. La PPN moyenne de l’écozone+ est moins élevée en raison de la faible production des terres cultivables (PPN moyenne de 220 g C m-2 an-1) ainsi que des zones urbaines et industrielles.

Hicke et al. (2002)398 ont examiné les tendances de la PPN de l’Amérique du Nord à partir d’observations par satellite de 1982 à 1998. La plus grande partie des plaines à forêts mixtes (sauf une zone de l’Ontario dans les environs de Guelph et de Midhurst) a affiché une tendance positive croissante de la PPN d’environ 2 g C m-2 an-1, les hausses étant de l’ordre de 2 à 20 %. Les plus fortes hausses se sont produites dans l’est de la partie québécoise de l’écozone+. Ces auteurs ont constaté que la tendance mensuelle maximale de la PPN survenait en août, en septembre et en octobre dans les plaines à forêts mixtes. Bien que les travaux aient été réalisés à une échelle très grossière, ils semblent montrer que les régions de l’écozone+ caractérisées par des terres cultivables atteignaient la PPN maximale en août, alors que celles caractérisées par un couvert forestier étendu l’atteignaient en septembre et en octobre. Hicke et al. (2002)398 ont également déterminé que, au cours de la période d’étude de 16 ans dans l’ensemble de l’Amérique du Nord, les terres cultivables affichaient la plus grande augmentation moyenne de PPN, suivies des forêts de feuillus. Ces types de couvertures sont communs dans les plaines à forêts mixtes. Les auteurs ont associé les augmentations de PPN observées en été dans les plaines à forêts mixtes à une augmentation des précipitations dans cette partie du continent au cours de la période d’étude.

Il existe peu d’estimations de la PPN tirées de l’échantillonnage physique ou de l’échantillonnage au sol dans les plaines à forêts mixtes. Moore et al. (2002)399, qui ont étudié la tourbière ombrotrophe de la Mer bleue, près d’Ottawa, ont déterminé que la PPN variait d’un microsite à l’autre au sein de la tourbière. La PPN des buttes de la tourbière, par exemple, était estimée à 290 g C m-2 an-1, alors que la PPN des dépressions de la tourbière était de 330 g C m2/an. La PPN moyenne de la tourbière était d’environ 302 g C m-2 an-1, alors que celle d’une tourbière minérotrophe voisine s’élevait à 360 g C m-2 an-1 (toutes les strates de végétation combinées). Ces valeurs semblent élevées par rapport à celles rapportées par Liu et al. (2002) pour les terres cultivables 397. Toutefois, comme les tourbières ombrotrophes et les tourbières minérotrophes ont un couvert végétal continu et de multiples strates de végétation (mousses, herbes, arbustes et arbres), cela peut expliquer les valeurs de PPN plus élevées de cette région de tourbières ombrotrophes et minérotrophes

  • Les écosystèmes naturels (du moins dans cette écozone+) présentent généralement une PPN plus élevée que les systèmes altérés par les humains, comme les zones agricoles et urbaines.
  • Même les écosystèmes traditionnellement associés à une croissance lente, comme les tourbières ombrotrophes et minérotrophes, présentent des valeurs de PPN plus élevées que les systèmes altérés par les humains.

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Constatation clé 19
Perturbations naturelles

Constatation clé à l’échelle nationale
La dynamique des régimes naturels de perturbation, notamment les feux et les infestations d’insectes indigènes, change, ce qui refaçonne le paysage. La direction et le degré du changement sont variables.

Comme la plupart des plaines à forêts mixtes ont été peuplées pendant au moins deux siècles, il convient de s’appuyer sur les récits historiques traitant des perturbations pour mieux comprendre le rôle qu’elles ont joué dans ce paysage. Historiquement, les épidémies d’insectes, les incendies, les vents violents et les tempêtes de pluie verglaçante étaient les quatre principaux types de perturbations naturelles régissant la dynamique des forêts dans l’écozone+.

Incendies

La reconstitution de la végétation et des tendances des perturbations de la période précédant l’arrivée des Européens obtenue par l’analyse des sédiments révèle que les Premières Nations utilisaient le feu dans l’écozone+ tant pour le défrichage des terres agricoles que pour la gestion des espèces sauvages400. L’étendue de l’utilisation du feu par ces peuples est difficile à déterminer, mais il est certain que la superficie brûlée était supérieure à ce qu’aurait occasionné la foudre401. La superficie de certaines zones brûlées autour des collectivités des Premières Nations mesurait plusieurs kilomètres carrés12. Les estimations du cycle de feu de la période précédant la colonisation vont de 900 ans402,403 à 700-93 000 ans404. Le cycle de feu de la période post-colonisation est estimé à 5 081 années402,403. Si les incendies entraînant le remplacement des peuplements avaient constitué la principale perturbation des plaines à forêts mixtes, les communautés de début de succession auraient alors pratiquement disparu du paysage en raison du cycle très long des grands incendies d’origine naturelle. On croit que les feux de surface fréquents étaient le principal type d’incendie dans les plaines à forêts mixtes405 et que les perturbations créant des ouvertures à petite échelle constituaient les agents de perturbation courants à l’origine de la composition spécifique.

En Ontario, aujourd’hui, l’extinction complète des incendies est assurée dans les plaines à forêts mixtes par les services d’incendie municipaux et par le MRNO, selon le régime foncier. Il n’existe aucune donnée au sujet de la superficie brûlée dans la portion ontarienne de l’écozone+ 406. Aujourd’hui, l’écozone+ ne dispose plus d’un régime naturel des feux.

Au Québec, les incendies dans l’écozone+ font également l’objet d’une suppression complète assurée par la Société de protection des forêts contre le feu et par les services d’incendie municipaux. Des données ont été recueillies au sujet des feux de forêt pour la période allant du premier inventaire forestier (de 1969 à 1975) et le troisième inventaire (de 1990 à 1995)23. Durant cette période, les incendies n’ont touché que 0,06 % de l’ensemble du couvert forestier. Les incendies ont constitué le principal agent de perturbation entre les première et deuxième périodes d’inventaire (1981 à 1988), représentant 76 % de la superficie totale perturbée. Son importance a considérablement diminué durant la période entre les deuxième et troisième inventaires, ne représentant alors que 14 % de la superficie totale perturbée23.

Le feu est un agent de perturbation produisant des conditions uniques de régénération, qui ne peuvent être reproduites par aucune autre force de la nature (comme le vent) ni aucune perturbation anthropique (comme l’exploitation forestière)407,408,409. Les incendies n’étant plus un agent de perturbation, la quantité de végétation naturelle dont la succession tend vers les stades de fin de succession dépasse parfois celle des niveaux naturels dans les zones protégées où l’exploitation forestière n’est pas autorisée. Dans le reste du paysage, l’exploitation forestière tend à limiter le développement de peuplements anciens. L’élimination complète des incendies peut avoir une incidence sur la composition des forêts, car le feu assure certains processus de régénération chez des essences d’arbres telles que le pin blanc, le pin gris et toutes les variétés de chênes410.

Les communautés de prairies et de savanes sont particulièrement touchées par l’élimination des incendies; elles se développeront très rapidement dans les autres types d’écosystèmes où elles ne sont pas brûlées. Ces écosystèmes font partie des quelques rares communautés à l’intérieur desquelles on recourt actuellement à des brûlages dirigés en tant qu’outil de gestion de la végétation dans la portion ontarienne de l’écozone+. Bon nombre de ces brûlages dirigés sont pratiqués sur des terres privées, sans obligation de rendre compte; il n’existe donc aucune donnée disponible à leur sujet406. En général, les brûlages dirigés imitent les feux de surface, ceux-ci ne pouvant jamais avoir lieu dans des conditions météorologiques qui engendreraient des incendies entraînant un remplacement des peuplements. Il s’agit là d’un effet bénéfique pour la biodiversité de l’écozone+ des plaines à forêts mixtes, car ces feux de surface sont probablement le type de feu dominant dans l’état naturel du système405,411. Bien qu’il n’existe aucune donnée permettant de quantifier les tendances des incendies dans les plaines à forêts mixtes, on semble reconnaître de plus en plus l’importance du rôle écologique du feu dans les écosystèmes et l’utilisation du brûlage dirigé comme outil de gestion de la végétation, tout particulièrement pour les communautés de prairies et de savanes406. Le rôle écologique du feu dans la régénération et la perturbation des forêts de pins412 et de chênes413,414 est bien connu. L’utilisation du feu en vue de favoriser la conservation de ces espèces pourrait bien soutenir les objectifs en matière de biodiversité412.

Infestations d’insectes

Les données portant sur les terres forestières ravagées par les insectes et les maladies dans la partie ontarienne de l’écozone+ pour la période comprise entre 2001 et 2005 révèlent que 14,8 % de ces terres ont subi des dommages415; la quasi-totalité (98,2 %) a été ravagée par les infestations d’une seule espèce, et seulement 1,8 % a subi des dommages dus à l’infestation par plusieurs espèces. La livrée des forêts (Malacosoma disstria) et la tordeuse des bourgeons de l’épinette (Christoneura fumiferana) ont été responsables de près de la moitié des dommages dans la zone touchée de la partie ontarienne de l’écozone+ (soit 6,9 % de celle-ci); le restant (7,9 %) a été ravagé par toutes les autres espèces combinées415.

En ce qui concerne les forêts de la partie québécoise de l’écozone+ durant la période comprise entre le premier programme d’inventaire (de 1969 à 1975) et le troisième (de 1990 à 1995), la zone modérément ou sévèrement touchée par les infestations d’insectes ne représentait que 0,05 % du couvert forestier23. Alors que ce type de perturbation ne représentait qu’environ 19 % de la superficie totale perturbée entre les premier et deuxième programmes d’inventaire (de 1981 à 1988), il est passé à 57 % durant la période allant du deuxième au troisième programme d’inventaire23. Dans le nord-est de l’Amérique du Nord, la défoliation du sapin baumier (Abies balsamea [L.] Mill.) causée par l’infestation de tordeuses des bourgeons de l’épinette est l’une des principales perturbations naturelles responsables de la mortalité des arbres dans les peuplements de sapins baumiers et d’épinettes416. Les infestations de tordeuses des bourgeons de l’épinette surviennent avec un cycle de récurrence d’environ 30 ans, et leur impact sur la productivité des forêts n’a d’égal chez aucun autre insecte de l’est de l’Amérique du Nord416,417. À l’échelle provinciale, la dernière infestation au Québec (de 1975 à 1985) a défolié en moyenne 14 millions d’hectares annuellement418 et détruit, chaque année, entre 139 et 238 millions de mètres cubes de conifères sur les terres publiques419, causant ainsi d’importantes pertes économiques.

Il est très difficile de déterminer si les degrés actuels d’infestation d’insectes par des espèces indigènes sont plus élevés que par le passé, car aucune donnée permettant une comparaison n’a été recueillie auparavant. Dans les zones infestées par les insectes forestiers envahissants non indigènes tels que la spongieuse (Lymantria dispar), l’agrile du frêne (Agrilus planipennis) et le sirex européen du pin (Sirex noctillio), le degré de perturbation naturelle est dépassé, car ces espèces n’ont jamais été présentes de manière naturelle dans l’écozone+ 161.

Vents violents

Historiquement, les perturbations causées par le vent sont considérées comme plus graves que celles causées par le feu dans cette écozone+ 32,33,404,420. Un expert ayant effectué un inventaire dans le nord du Wisconsin404 a constaté que les tempêtes de vent étaient plus courantes que les incendies dans les forêts d’avant la colonisation (la végétation du Wisconsin fait partie de la même écozone+ internationale) et que les zones de chablis étaient plus petites et plus complexes que les zones touchées par les incendies de forêt. La fréquence du cycle des vents a été établie à 450-10 500 ans404 à 1210 ans420. Le cycle des vents varie d’un paysage à l’autre, et certaines zones ont un cycle plus long que d’autres, et ce, de plusieurs ordres de grandeur, en fonction du substrat, de la composition en espèces forestières, du climat et du régime des tempêtes404.

Certaines zones des plaines à forêts mixtes se trouvent dans l’un des quelques « corridors à tornades » canadiens, là où la fréquence des tornades est plus élevée que partout ailleurs au pays. Un corridor étroit s’étendant depuis l’extrême sud-ouest de l’Ontario, près du lac St. Clair, vers le nord-est de Stratford, puis vers Shelburne et Barrie, a été le site de nombreuses tornades, parmi les pires du Canada421,422,423. Une partie du sud-est du Québec est touchée de manière semblable.

Bon nombre des essences d’arbres retrouvées dans l’écozone+ possèdent un système racinaire et une morphologie qui les rendent moins sensibles au renversement par le vent424. Les données recueillies sur les terres boisées de la partie ontarienne de l’écozone+ révèlent que les zones de chablis correspondaient à seulement 0,01 % de la superficie de 2001 à 2005161. Une situation similaire a été observée au Québec23, où il a été constaté qu’entre le premier programme d’inventaire (de 1969 à 1975) et le troisième (de 1990 à 1996), les zones de chablis partielles ou entières ne représentaient que 0,02 % de la superficie forestière totale. La superficie touchée a augmenté avec le temps, 0,025 % de la forêt ayant été touchée entre les deuxième et troisième programmes d’inventaire (de 1981 à 1988), alors que seulement 0,003 % de la forêt avait été touchée entre le premier inventaire et le second23. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat425 a laissé entendre que le réchauffement climatique dans cette zone se traduira par une chaleur accrue dans la basse atmosphère et, donc, par une fréquence plus élevée des tempêtes de vent.

Tempêtes de verglas

Les tempêtes de verglas constituent une autre perturbation courante des forêts de l’écozone+ et surviennent à des intervalles de 20 à 100 ans27. La tempête de verglas de 1998 a endommagé les forêts de l’est de l’Ontario et du sud-ouest du Québec. Dans le sud-ouest du Québec, la glace a atteint des épaisseurs de 80 à 100 mm. Seulement 3 % des arbres d’un diamètre de plus de 10 cm ont été épargnés, alors que 35 % ont perdu au moins la moitié de leur cime26. Dans l’est de l’Ontario, la tempête de verglas s’est étendue sur 604 000 km2 426 et a isolé davantage les parcelles forestières ou a entraîné une fragmentation27. L’étude de l’impact de la tempête de verglas sur la production acéricole dans l’est de l’Ontario a révélé que les dommages aux cimes des érables à sucre pouvaient avoir des effets notables sur la sucrosité de la sève et sur la capacité de production de sirop pendant les six années suivant la tempête. Après six ans, les arbres dont la cime avait subi des dommages modérés ou considérables avaient suffisamment récupéré pour maintenir des concentrations racinaires d’amidon semblables à celles des arbres qui avaient subi des dommages légers426. La croissance des arbres modérément ou considérablement endommagés a également diminué les trois années qui ont suivi la tempête426.

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Constatation clé 20
Réseaux trophiques

Constatation clé à l’échelle nationale
Des changements profonds des relations interspécifiques ont été observés dans les milieux terrestres, marins et d’eau douce. La diminution ou la disparition d’éléments importants des réseaux trophiques a considérablement altéré certains écosystèmes.

Éléments probants de l’Ontario

Les activités humaines dans l’écozone+ à forêts mixtes ont entraîné plusieurs changements des relations interspécifiques. Que ce soit par l’altération de la disponibilité et de la qualité de l’habitat ou par la récolte d’espèces, les humains ont changé les relations entre les prédateurs et les proies et, par conséquent, la dynamique des populations des espèces vivant dans l’écozone+. La perte et la fragmentation de l’habitat ont d’énormes répercussions sur les relations entre les prédateurs et leurs proies427, mais la nature du changement dépend grandement du fait que le prédateur est un spécialiste ou un généraliste. Les prédateurs spécialistes dépendent d’un éventail étroit de proies et, lorsque l’habitat de leur proie est perdu, ils en subissent eux aussi les conséquences. Si le prédateur est généraliste, on présume qu’il peut s’attaquer à de nombreuses espèces et qu’il est donc mieux adapté aux changements environnementaux. Un prédateur généraliste peut même tirer profit de la perte d’habitat si l’habitat de remplacement lui offre une plus grande variété de ressources427,428. Bien que le nombre d’espèces de mammifères dans l’écozone+ ait augmenté depuis la colonisation (grâce aux introductions et à l’expansion des aires de répartition), la biodiversité a, quant à elle, diminué à cause de la réduction de la taille des populations de nombreuses espèces importantes et de la disparition d’autres429.

De nombreux grands carnivores qu’on rencontrait autrefois partout dans les plaines à forêts mixtes ont disparu d’une partie ou de la totalité de leur aire de répartition historique au sein de l’écozone+. Le carcajou (Gulo gulo) et le couguar (Felis concolor) ont disparu de l’écozone+ peu après l’établissement des Européens à cause de la destruction de l’habitat et de la persécution par les humains429. L’ours noir (Ursus americanus – espèce omnivore), le loup de l’Est (Canis lycaon), le lynx du Canada (Lynx canadensis) et le lynx roux (Lynx rufus) se rencontrent encore dans les régions de l’écozone+ ayant un important couvert forestier429, mais ne sont plus présents dans la plus grande partie du sud de l’écozone+. Des espèces introduites par les colons européens, comme le lièvre d’Europe (Lepus europaeus), le rat surmulot (Rattus norvegicus) et la souris commune (Mus musculus), sont maintenant des espèces naturalisées. D’autres espèces, qui étaient présentes dans le passé et qui tolèrent bien les humains, ont tiré profit des activités humaines et ont augmenté en nombre. C’est le cas de la marmotte commune (Marmota monax), du raton laveur (Procyon lotor), de la moufette rayée (Mephitis mephitis) et de l’écureuil gris (Sciurus carolinensis)429. Le coyote (Canis latrans) a migré dans l’écozone+ à partir de la péninsule inférieure du Michigan, près de Détroit, jusque dans le sud de l’Ontario, où il s’est reproduit avec le loup de l’Est430. L’hybridation a permis au coyote d’avoir un corps plus gros et des caractéristiques crâniennes ressemblant davantage à celles du loup, lui permettant probablement de mieux chasser le cerf et se propager plus facilement430. En l’absence de prédateurs plus gros, le coyote431 et le renard roux (Vulpes vulpes) sont devenus les principaux prédateurs dans l’écozone+.

Le cerf de Virginie (Odocoileus virginianus) est une espèce vivant dans les habitats de lisière associés à des perturbations environnementales. Grâce à la fragmentation du paysage des plaines à forêts mixtes créant de l’habitat, à l’abondance de nourriture issue des activités agricoles, aux hivers plus doux et à la disparition de grands prédateurs, le cerf de Virginie a étendu son aire de répartition dans l’écozone+, et sa densité a dépassé les niveaux historiques432. Dans le sud de l’Ontario, comme ailleurs, la recherche a montré que la forte densité du cerf de Virginie modifie les communautés végétales des forêts et, par conséquent, a une incidence sur l’habitat d’autres espèces. Dans de telles conditions, le nombre d’espèces végétales indigènes peut être grandement réduit et les fleurs printanières (éphémères) sont souvent en nombre réduit ou absentes433. Cette relation entre les fleurs printanières et le broutage par les cerfs ont amené les chercheurs à croire que la hauteur des trilles blancs (Trillium grandiflorum) pourrait servir à déterminer les densités relatives des populations de cerfs434. Le wapiti (Cervus elaphus canadensis), qui avait disparu de l’écozone+, a été réintroduit en Ontario et a étendu son aire de répartition dans l’écozone+ des plaines à forêts mixtes432,435. Dans la région de Bancroft, où la prédation sur le wapiti est faible, la population réintroduite a crû, passant de 170 en 2001 à environ 500 en 2008436.

La population de cormorans à aigrettes (Phalacrocorax auritus; ci-après « cormorans ») fournit un exemple intéressant de la manière dont une population de prédateurs généralistes peut être influencée par les changements dans sa relation avec l’environnement et les autres espèces437. Le cormoran est une espèce indigène de l’écozone+ des plaines à forêts mixtes et, bien que des effectifs élevés aient été répertoriés pour cette espèce dans d’autres parties du Canada avant les années 1800, il est difficile de déterminer leurs effectifs d’avant la colonisation au sein de l’écozone+ vu le manque de registres438. À la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, les populations étaient, selon les estimations, en déclin à cause de la persécution soutenue par les humains, qui percevaient l’espèce comme un compétiteur pour les ressources halieutiques438. La population s’est partiellement rétablie jusqu’au milieu des années 1950 au moins, mais a subi une baisse importante entre les années 1950 et les années 1970438. À la fin des années 1950, un programme de contrôle des cormorans a été instauré par le gouvernement de l’Ontario pour répondre aux préoccupations entourant les pêches sportives et commerciales437. Au cours des années 1960 et au début des années 1970, les populations de cormorans ont connu une baisse soudaine due à l’échec de la reproduction, lequel découlait de l’amincissement de la coquille des œufs au point que ces derniers ne pouvaient plus soutenir le poids de l’adulte qui les couvait437. L’amincissement était causé par les teneurs élevées en pesticides organochlorés (principalement le DDT) dans les Grands Lacs absorbés par les cormorans par l’intermédiaire de leur alimentation439,440. Une nouvelle réglementation, l’application renforcée de la loi et la sensibilisation du public aux contaminants toxiques ont mené à l’interdiction d’utiliser le DDT, ce qui a permis de réduire substantiellement les concentrations de produits chimiques toxiques et de rétablir le succès de reproduction des cormorans à des taux relativement normaux à la fin des années 1970437. Le rétablissement a également bénéficié d’un taux de survie accru en hiver grâce à la consommation de barbues de rivière issues de l’industrie aquacole dans le sud des États-Unis437,441. Au même moment, le gaspareau et l’éperlan arc-en-ciel, qui constituaient les principales proies des cormorans dans les Grands Lacs, ont connu d’importantes hausses démographiques attribuables au déclin de grands poissons prédateurs437,442.

Au cours des années 1990, les populations de cormorans dans les Grands Lacs ont continué d’augmenter437 à un taux d’environ 29 % par année443. De 2000 à 2005, les populations ont commencé à montrer des signes de stabilisation (Figure 39). Une comparaison de l’alimentation des cormorans avant et après l’introduction du gobie à taches noires (Neogobius melanostomus) a montré que les cormorans ont cessé de se nourrir de perchaudes (Perca flavescens), de gaspareaux, d’épinoches à trois épines (Gasterosteus aculeatus) et d’achigans à petite bouche (Micropterus dolomieu) pour privilégier principalement le gobie à taches noires443. Non seulement les cormorans ont changé de proies, mais ils ont également modifié leur méthode d’alimentation puisque le gobie à taches noires est benthique (vit près du fond des plans d’eau). Le gobie à taches noires peut réduire la prédation exercée sur les espèces indigènes autrefois consommées par les cormorans443.

Figure 39. Nombre de nids de cormorans à l’échelle des Grands Lacs, de 1979 à 2005. Les lignes tiretées indiquent le nombre de nids prévus pour les années dont les données sont manquantes ou incomplètes.
graphique
Description longue pour la figure 39

Ce graphique linéaire indique le nombre de nids de cormoran dénombré dans chaque Grand Lac et du haut Saint Laurent entre 1979 et 2005. Pour le lac Ontario (Canada et É. U.), le nombre de nids dénombré a augmenté de façon constante, passant de 0 en 1981 à un point culminant de 28 000 en 2002, terminant avec une légère baisse à environ 25 000 en 2005. Pour le lac Huron (Canada seulement), le nombre est passé de 0 en 1979 à environ 17 000 en1993, dernière année pour laquelle les données complètes sont disponibles. Le nombre devait par la suite augmenter à 29 000 à l’an 2000 et ensuite diminuer à 20 000 en 2005. Pour le lac Érié (Canada et É. U.), le nombre de nids est passé de 0 en 1984 à 2 500 en 1990. Il devait augmenter à 19 000 en 2005. Pour le lac Supérieur (Canada seulement), le nombre est passé de 0 en 1991 à environ 1 000 en 1998 et devait continuer à augmenter à 3 000 en 2005. Pour le haut Saint Laurent (Canada et É. U.), le nombre est passé de 0 en 1979 à environ 2 500 en 1993 et devait augmenter à 3 000 en 2005.

Source : Weseloh et al. (1995, 2002, 2006); Service canadien de la faune, données inédites; MRNO, données inédites; Shieldcastle, données inédites, telles qu’elles sont rapportées; Ontario Ministry of Natural Resources (2006)437

Notes

Note x dix

All species designated by COSEWIC were considered including those currently extirpated.

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Note xi onze

The box turtle was not considered as it has not been determined whether it is a native species.

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