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Conclusion : bien-être humainet biodiversité

Le Rapport sur l’état et les tendances des écosystèmes pour les plaines à forêts mixtes (constatations clés 1 à 22) ciblait les répercussions des activités humaines sur la biodiversité de l’écozone+ (structure, composition et fonction). Toutefois, la biodiversité de l’écozone+ joue un rôle essentiel dans la détermination du bien-être des humains qui y vivent. Le maintien des niveaux naturels de biodiversité est nécessaire au bon fonctionnement des écosystèmes et à la prestation des services écosystémiques pour les humains472.

Les services écosystémiques sont les aspects des écosystèmes utilisés directement ou indirectement pour assurer le bien-être humain (voir la section « Services écosystémiques »)281,473,474,475. Ces services vitaux sont généralement sous-évalués par la société et notre économie de marché281,475. Leur valeur passe souvent inaperçue puisque notre compréhension des services écosystémiques est toujours en développement476. Ces services valent des milliards de dollars par année, mais ont besoin d’être évalués de façon plus précise parce que leur perte a des répercussions économiques considérables sur la santé, la production alimentaire, la stabilité climatique et les besoins essentiels, comme avoir de l’air et de l’eau de qualité281,319,451,477,487,479.

L’examen le plus complet de l’état de la planète et de l’état du bien-être humain qui en résulte est l’Évaluation des écosystèmes pour le millénaire. Établie en 2001 en tant que programme collaboratif international, l’Évaluation a déterminé que les activités humaines ont changé la plupart des écosystèmes et menacent la capacité de la Terre à soutenir les générations futures281. L’ampleur des changements à notre planète est si grande que la Stratigraphy Commission de la Geological Society of London a mis sur pied un groupe de travail qui tente d’établir si une nouvelle période géologique, l’Anthropocène, sera reconnue comme telle dans l’histoire géologique de la Terre, compte tenu de l’étendue des changements qui ont cours sous l’effet des activités humaines480. Il a été avancé314 qu’il existe des limites planétaires à l’intérieur desquelles l’humanité doit fonctionner pour éviter d’importants changements environnementaux causés par les humains à l’échelle mondiale. Sept de ces limites mondiales ont été établies : des quantités de CO2 inférieures à 350 ppm, une baisse de la concentration d’ozone inférieure à 5 % par rapport à une concentration de 290 unités Dobson, une fixation d’azote d’au plus 35 Tg N par an, un apport de phosphore dans les océans d’au plus dix fois la quantité provenant des processus de météorisation naturels, une consommation d’eau douce de moins de 4 000 km2 par an, l’utilisation de moins de 15 % des terres libres de glace à des fins agricoles, et un taux de disparition des espèces de moins de 10 extinctions par million d’espèces par an314. Si nous demeurons dans ces limites, nous devrions être en mesure de poursuivre le développement social et économique à long terme sans devoir nous inquiéter d’une catastrophe environnementale. À l’échelle mondiale, nous avons déjà dépassé trois de ces limites (CO2, azote et disparition d’espèces). La situation des plaines à forêts mixtes à l’égard de ces mesures n’est pas connue, mais l’utilisation des terres à des fins agricoles dépasse visiblement les 15 % puisque l’écozone+ compte 68 % de terres agricoles. Bien que l’écozone+ des plaines à forêts mixtes soit l’une des plus petites écozones+ du Canada, elle abrite 53 % de la population humaine canadienne444 et présente l’une des plus grandes diversités d’espèces végétales du pays13. Avec la hausse continue prévue de la population humaine, la couverture terrestre à prédominance agricole (voir la section « Paysages agricoles servant d’habitat »), l’intensification continue des activités agricoles et l’expansion urbaine (voir la section « Conversion des écosystèmes »), les hauts taux d’introduction d’espèces envahissantes et de pollution (voir les sections « Espèces non indigènes envahissantes », « Contaminants », « Charge en nutriments et profiférations d’algues » et « Dépôts acides »), l’on s’inquiète pour la santé globale des écosystèmes à l’intérieur de l’écozone+ et l’on craint les conséquences pour ses habitants humains.

Le Conseil de la biodiversité de l’Ontario, en partenariat avec le MRNO, a examiné la situation de la biodiversité de l’Ontario en consultant L’état de la biodiversité de l’Ontario 2010 : Rapport sur les faits saillants de la biodiversité de l’Ontario. Ce rapport évalue la santé de la biodiversité de l’Ontario au moyen de 29 indicateurs213. Des 20 indicateurs qui étudient les pressions sur la biodiversité ou la situation de la biodiversité de l’Ontario (mesures directes de l’écosystème), la principale tendance qui est ressortie est la détérioration (8 indicateurs sur 20)213. De nombreux indicateurs ont montré que les menaces à la biodiversité de l’Ontario étaient plus intenses dans l’écozone des plaines à forêts mixtes213. Des 9 mesures de conservation et d’utilisation durable, la plupart ont affiché une amélioration (5 indicateurs sur 9)213. Bien que l’état des écosystèmes de l’Ontario ne se soit pas encore amélioré, des améliorations de la conservation et de l’intendance ont été apportées. Les constatations clés pour les plaines à forêts mixtes correspondent aux résultats du rapport L’état de la biodiversité de l’Ontario 2010 puisqu’elles soulignent des pressions sur la biodiversité découlant de la perte et de la fragmentation de l’habitat (voir «Thème : Biomes », et les sections « Conversion des écosystèmes » et « Paysages terrestres et aquatiques intacts »), de la disparition d’espèces (voir les sections « Paysages agricoles servant d’habitat », « Espèces présentant un intérêt économique, culturel ou écologique particulier » et « Réseaux trophiques »), de la présence d’espèces envahissantes (voir la section « Espèces non indigènes envahissantes »), des changements climatiques (voir les sections « Glace dans l’ensemble des biomes » et « Changements climatiques ») et de la pollution (voir les sections «Contaminants », « Charge en nutriments et proliférations d’algues » et « Dépôts acides »), tout en soulignant les améliorations en matière d’intendance (voir la section « Intendance »).

Tous les services écosystémiques contribuent à la santé et au bien-être des humains, mais trois services écosystémiques entretiennent des liens directs avec la santé humaine : obstacle aux maladies infectieuses, prestation de ressources médicinales et amélioration de la qualité de vie481.

Obstacle aux maladies infectieuses

À l’échelle mondiale, de plus en plus de signes montrent qu’une riche biodiversité peut protéger la santé humaine en réduisant le risque de certaines maladies infectieuses482,483. Lorsque l’incidence mondiale des fièvres hémorragiques transmises par les rongeurs a été examinée484, on a constaté que toutes les éclosions se sont produites dans des habitats fortement perturbés, où la biodiversité était faible, et que, dans chaque cas, le rongeur hôte était une espèce généraliste ou opportuniste qui s’établissait bien dans les zones perturbées par les humains. Au Panama, des baisses de diversité des petits mammifères provoquées expérimentalement ont entraîné une hausse de la prévalence de l’hantavirus (l’hantavirus peut infecter les humains) chez la population hôte ainsi qu’une augmentation de la taille de la population de cette dernière485. Lorsque les répercussions de la fragmentation de l’habitat et de la disparition d’espèces ont été examinées dans un essai de terrain au Panama486, il a été déterminé que la perte et la fragmentation de l’habitat et la disparition d’espèces altéraient la dynamique infectieuse de l’hantavirus et qu’une plus grande diversité spécifique réduit le nombre de rencontres entre les hôtes infectés et les hôtes potentiels, réduisant par conséquent la propagation du virus486. Des résultats semblables ont été constatés lors d’une éclosion d’hantavirus dans le centre de la Bolivie487.

Le virus du Nil occidental (VNO), transmis par les moustiques, et la maladie de Lyme, transmise par les tiques, sont présents dans les plaines à forêts mixtes, et des recherches sur leur dynamique infectieuse ont révélé des constats semblables à ceux faits au sujet de la biodiversité et de la transmission de maladies à l’échelle mondiale. Lorsqu’une grande diversité d’espèces est accessible aux moustiques et aux tiques porteurs, et que la plupart des espèces sont de faibles réservoirs des maladies préoccupantes, le taux d’infection est très faible au sein de la population humaine. En revanche, lorsqu’il y a peu d’espèces qui peuvent nourrir les moustiques et les tiques, et que les espèces disponibles sont de bons réservoirs d’agents pathogènes, on observe un taux élevé d’infection au sein de la population humaine488.

Certains des meilleurs réservoirs du VNO sont des espèces d’oiseaux communs, comme le merle d’Amérique, la corneille d’Amérique, le moineau domestique, le geai bleu, le quiscale bronzé et le roselin familier, qui se sont tous très bien adaptés aux milieux modifiés par les humains. L’examen de la fréquence de la maladie causée par le VNO et de la diversité des oiseaux à l’échelle des comtés aux États-Unis a révélé que, à mesure que la diversité des oiseaux chutait, la fréquence de la maladie causée par le VNO augmentait488.

Les principaux réservoirs de la maladie de Lyme sont la souris à pattes blanches, le tamia rayé, la grande musaraigne et la musaraigne cendrée, et toutes, sauf la dernière, se trouvent en abondance dans les habitats dégradés et fragmentés. Un des principaux facteurs déterminant la richesse spécifique des mammifères terrestres dans de nombreuses régions est la superficie réelle de l’habitat. Lorsque la prévalence de la maladie de Lyme chez les tiques a été examinée relativement à la superficie des habitats forestiers dans le comté Dutchess, dans l’État de New York, il a été déterminé que, alors que la taille des parcelles diminuait, le taux d’infection de la maladie de Lyme augmentait488, indiquant encore une fois que la baisse de biodiversité est associée à l’augmentation du risque de maladie.

Une étude sur la prévalence de la résistance aux médicaments antimicrobiens de la bactérie E. coli trouvée chez des petits mammifères de la région d’Ottawa489 a montré que les mammifères sauvages vivant à proximité des fermes étaient généralement plus susceptibles d’héberger des bactéries résistantes aux antibactériens (p. ex. bactérie résistante à la tétracycline) que les animaux sauvages vivants dans des aires naturelles. Ces résultats donnent à penser que l’utilisation d’agents antimicrobiens en agriculture peut avoir des répercussions sur le degré de résistance antimicrobienne observé dans la nature489

Prestation de ressources médicinales

Au cours de l’histoire, les plantes ont été utilisées comme sources de médicaments, et elles continuent aujourd’hui à servir de base à de nombreux produits pharmaceutiques490. Le médicament contre le cancer « Taxol » est un exemple de médicament provenant d’une espèce indigène de l’écozone+ des plaines à forêts mixtes. Le médicament Taxol peut être fabriqué à partir de l’if du Canada (Taxus canadensis) et de l’if de l’Ouest (Tacus brevifolia). L’if du Canada est un arbuste de sous-étage commun dans les forêts matures de l’écozone+. Considéré autrefois comme peu intéressant du point de vue commercial, il est maintenant prisé par l’industrie pharmaceutique491

Les plantes ne sont pas les seules sources de médicaments : le venin de certains mammifères est également étudié à des fins médicinales492. Bien que les recherches ne soient pas terminées, des brevets ont déjà été publiés pour les utilisations de la soricidine493,494 (venin de la grande musaraigne [Blarina brevicauda], présente dans l’ensemble des plaines à forêts mixtes) suivantes : analgésique, traitement antirides, mécanisme pour immobiliser les muscles afin de traiter les maladies neuromusculaires, et traitement contre la sudation excessive492.

Dans une étude sur des plantes traditionnellement utilisées par la Nation crie du Québec dans le traitement du diabète495, trois espèces (sarracénie pourpre [Sarracenia purpurea], thé du Labrador [Rhododendron groenlandicum] et épinette noire [Picea mariana]) sont ressorties comme des candidates particulièrement prometteuses à des analyses approfondies. Les trois espèces se rencontrent dans de nombreuses écozones+ du Canada, y compris les plaines à forêts mixtes.

Ce sont seulement quelques exemples de médicaments provenant d’espèces qui font partie de la biodiversité des plaines à forêts mixtes. De toute évidence, la perte de biodiversité diminue l’approvisionnement en matières premières pour les médicaments483,496.

Amélioration de la qualité de vie

La qualité de vie est également touchée par la biodiversité. De nombreuses études ont montré que les espaces verts avaient des effets psychologiques positifs497,498,499,500. Le simple fait de voir la nature par une fenêtre a été associé à des taux de guérison plus rapides dans les hôpitaux501, à des taux de maladie plus bas chez les prisonniers, à une fréquence cardiaque moins élevée502, à une meilleure satisfaction au travail503 et à de meilleurs résultats d’examen chez les étudiants504. En fait, il a été démontré qu’être en contact avec la nature a un effet positif sur la pression artérielle, le taux de cholestérol, la vision de la vie et la réduction du stress505.

Une étude effectuée aux Pays-Bas498 a constaté que les personnes profitant d’un environnement plus vert dans un rayon de 1 à 3 km autour de leur domicile avaient une meilleure perception de leur propre santé que les personnes vivant dans un environnement moins vert. La santé générale perçue par les personnes vivant dans des zones moins urbaines a tendance à être meilleure. L’analyse des effets des espaces verts sur les différents groupes d’âge (jeune de 0 à 24 ans, adultes de 25 à 65 ans, personnes âgées de 65 ans et plus) a montré que la santé de tous les groupes d’âge bénéficiait considérablement des espaces verts. Lorsque le niveau de scolarité a été examiné, les personnes ayant un niveau d’éducation moins élevé étaient plus sensibles aux caractéristiques environnementales physiques498. Le degré d’un avantage psychologique possible d’un espace vert semble être lié à la diversité de la zone. Dans une étude effectuée à Sheffield, en Angleterre497, on a découvert que le degré d’avantage psychologique était positivement lié à la richesse en espèces végétales et, à moindre échelle, à la richesse en espèces d’oiseaux. Le sentiment d’identité et la capacité de réflexion des personnes augmentaient avec la diversité végétale, alors que leur sentiment d’attachement à leur voisinage augmentait avec la diversité des oiseaux497. Les personnes semblent également apprécier davantage les espaces verts que les zones sans végétation. Une étude effectuée à Chicago, en Illinois500, a déterminé que, en moyenne, l’utilisation des espaces verts était 90 % plus élevée que l’utilisation des espaces dépourvus de végétation. De même, en moyenne, la participation à des activités sociales était 83 % plus élevée dans les espaces verts que dans les espaces dépourvus de végétation. Chez les femmes, les espaces verts semblaient accueillir plus d’activités sociales que les espaces dépourvus de végétation, et l’emplacement des espaces (en avant, en arrière ou à côté de l’immeuble à appartements) n’était pas lié au nombre d’activités sociales qui s’y déroulaient500.

Vu l’abondance des faits prouvant que le bien-être humain dépend de la biodiversité, il y a lieu de se demander pourquoi les humains autorisent des répercussions négatives sur la biodiversité. Selon des recherches, l’extraction de matières premières de l’environnement et la décharge de déchets dans l’environnement reposent sur la quête visant à réduire le plus possible les coûts de production afin de maximiser les profits506. L’hypothèse veut que l’imposition d’un plus grand stress à l’environnement améliore le bien-être humain506. Selon les preuves qui s’accumulent, cette dernière affirmation est fausse. Dans une analyse portant sur 135 nations506, on a constaté que, lorsque l’on contrôle le capital physique et humain, l’exploitation de l’environnement n’a pas d’effets positifs nets sur le bien-être (l’espérance de vie à la naissance était utilisée comme mesure du bien-être). Lorsque la richesse a été examinée relativement au bonheur507, il a été déterminé que la croissance de la richesse dans les pays à faible revenu peut améliorer le bien-être de façon importante, mais que cet avantage diminue rapidement dans les pays riches, où une croissance économique accrue améliore peu le bien-être humain (principe des rendements décroissants506). Une étude effectuée en Illinois, où l’on a demandé à des personnes de dire si elles se considéraient comme partie intégrante de la nature et de définir la nature508, a apporté certaines constatations très intéressantes et contradictoires. La plupart des participants (76,9 %) considéraient qu’ils faisaient partie de la nature mais, curieusement, 32,3 % de ces participants, ainsi que 63,6 % de ceux qui se sont décrits comme une entité séparée de la nature, percevaient la nature comme une entité qui ne comprend pas les humains. Ces deux perceptions se contredisent. D’après la majorité des recherches, plus les personnes sont exposées à la nature, plus elles sentent une connexion avec cette dernière508. Les répondants à l’étude qui se considéraient comme faisant partie de la nature ont fait part de leur expérience avec la nature, tout en définissant cette dernière précisément par l’absence d’humains. On n’apprécie généralement pas les contradictions, et on se soustrait des perceptions contradictoires en rationalisant ou en repoussant les pensées et comportements ultérieurs508. La manière dont ce type de contradiction est atténué pourrait avoir des répercussions sur la gestion des ressources. Aux fins de diminution de la perception contradictoire, la recherche d’une amélioration des niveaux de responsabilité environnementale aura un résultat très différent de celui de la rationalisation des comportements de destruction environnementale508.

D’importants défis demeurent pour l’écozone+ des plaines à forêts mixtes puisque sa population est en croissance, que ses ressources continuent à être utilisées, que les répercussions des changements climatiques augmentent et que les écosystèmes continuent de se dégrader. Du point où nous sommes aujourd’hui à celui où nous devrons nous trouver, il faudra non seulement améliorer nos connaissances scientifiques sur l’écozone+, mais aussi trouver des mécanismes par lesquels une bonne intendance n’est pas jugée comme un luxe, mais comme une nécessité assurant le bien-être humain.

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