Coup d'oeil sur les constatations clés

Interactions humains–écosystèmes

Les humains dominent maintenant la plupart des écosystèmes sur terre. Au Canada, où le milieu sauvage est plus important que dans la plupart des pays, cette dominance n’est pas toujours évidente, mais même dans les régions éloignées, l’influence des humains est de plus en plus apparente. Dans cette section, on examine la situation et les tendances de certaines des mesures que les Canadiens prennent pour préserver les écosystèmes, certains facteurs de stress écosystémiques qui sont des sous–produits de l’activité humaine ainsi que les tendances en matière de services fournis par les écosystèmes sains et diversifiés.

Aires protégées

La superficie et la représentativité du réseau d’aires protégées ont augmenté ces dernières années. Dans bon nombre d’endroits, la superficie des aires protégées est bien au delà de la valeur cible de 10 % qui a été fixée par les Nations Unies. Elle se situe en deçà de la valeur cible dans les zones fortement développées et dans les zones océaniques.

Parc national Wood Buffalo © Parcs Canada. Cliquez pour la section des Aires protégées.Depuis mai 2009, 9,4 % du territoire canadien et 0,64 % de sa zone océanique ont reçu le titre d’aire protégée par le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux et territoriaux. Les aires protégées, petites ou grandes, ont un rôle à jouer dans la conservation de la biodiversité. La superficie de 36 aires protégées au Canada dépasse 5 000 km2, ce qui représente 59 % des aires protégées totales. À de nombreux endroits, les aires protégées adjacentes créent de vastes complexes d’aires protégées. De l’autre côté, 3 464 aires protégées de moins de 10 km2, représentant moins de 1 % de toutes les aires protégées, jouent un rôle important dans la protection des espèces rares et des habitats. On a observé des progrès en matière de détermination des sites potentiels pour des aires marines protégées, bien que la désignation des aires marines soit lente.

Intendance

Les activités d'intendance au Canada, qu'il s'agisse du nombre et du type d'initiatives ou des taux de participation, sont à la hausse. L'efficacité d'ensemble de ces activités en ce qui a trait à la préservation et à l'amélioration de la biodiversité et de la santé des écosystèmes n'a pas été entièrement évaluée.

Des enfants prennent des échantillons d’eau © istock.com/waterandrewmedina. Cliquez pour la section d'Intendance.Plus d’un million de personnes et un millier de groupes d’intendance ont participé à des activités au Canada, allant des projets communautaires aux initiatives du gouvernement. Les incitatifs fiscaux, les servitudes de conservation et la croissance des fiducies foncières ont permis de faciliter l’intendance sur les terres privées. Les grandes initiatives au niveau du paysage sont également importantes. Par exemple, le Plan nord­américain de gestion de la sauvagine a permis d’influencer l’intendance de plus de 70 000 km2 de terres humides, de prairies et d’habitats agricoles dans l’ensemble du Canada et cela uniquement dans les années 2000. Les normes et les codes de pratique, comme les certificats forestier et maritime, représentent des outils importants dans l’intendance des terres et des eaux publics et privés. On a observé une forte augmentation de la participation dans toutes les formes d’intendance depuis les années 80.

Espèces non indigènes envahissantes

Les espèces non indigènes envahissantes sont un facteur de stress important en ce qui concerne le fonctionnement, les processus et la structure des écosystèmes des milieux terrestres, des milieux d'eau douce et d'eau marine. Leurs effets se font sentir de plus en plus à mesure que leur nombre augmente et que leur répartition géographique progresse.

Moules zébrées © Jim Moyes 2002. Cliquez pour la section des Espèces non indigènes envahissantes. Les sont considérées comme la deuxième plus grande menace pour la biodiversité à l’échelle mondiale, après la destruction des habitats. Les écosystèmes qui se trouvent déjà altérés ou dégradés sont encore plus vulnérables à la colonisation par des espèces envahissantes non indigènes agressives. Les espèces non indigènes détruisent des habitats précieux des milieux humides et des prairies. Elles envahissent les zones intertidales marines et dominent les Grands Lacs. On estime que les pertes économiques et écologiques causées par les espèces non indigènes envahissantes s’élèvent à 5,7 milliards de dollars annuellement dans la région des Grands Lacs seulement. Les maladies sauvages causées par des pathogènes non indigènes, tels que le virus du Nil occidental, ont provoqué la mort de milliers d’oiseaux et représentent une menace potentielle pour de nombreuses espèces sauvages différentes.

Contaminants

Dans l'ensemble, les concentrations d'anciens contaminants dans les écosystèmes terrestres et dans les écosystèmes d'eau douce et d'eau marine ont diminué au cours des 10 à 40 dernières années. Les concentrations de beaucoup de nouveaux contaminants sont en progression dans la faune; les teneurs en mercure sont en train d'augmenter chez certaines espèces sauvages de certaines régions.

Épaulards © istock.com/ElsvanderGun. Cliquez pour la section des Contaminants.Les concentrations d’anciens contaminants, des produits chimiques bannis ou restreints, tels que les biphényles polychlorés (BPC), ont chuté au sein de la faune dans le détroit de Georgie, l’estuaire du Saint–Laurent, les Grands Lacs, la baie de Fundy et l’Arctique depuis les années 70, malgré le fait que les vitesses de déclin dans certaines régions aient diminué au cours des dernières années. Le rétablissement des faucons pèlerins après l’interdiction des dichlorodiphényltrichloroéthane (DDT) démontre que certaines espèces peuvent refaire surface après l’élimination du stress lié aux contaminants. Les ignifugeants polybromodiphényléthers (PBDE) sont des exemples de nouveaux contaminants. On a découvert récemment que ceux–ci se répandent et s’accumulent dans les écosystèmes. Les taux de PBDE chez les poissons, les oiseaux, les baleines et les ours blancs ont augmenté depuis les années 80. Les contaminants peuvent toucher directement la santé et la reproduction de la faune et peuvent accroître la vulnérabilité aux autres facteurs de stress.

Charge en éléments nutritifs et efflorescences algales

Les apports d’éléments nutritifs aux systèmes d’eau douce et marins, et plus particulièrement dans les paysages urbains ou dominés par l’agriculture, ont entraîné la prolifération d’algues qui peuvent être nuisibles ou nocives. Les apports d’éléments nutritifs sont en hausse dans certaines régions et en baisse dans d’autres.

Efflorescences algales dans le Lac Winnipeg © Greg McCullough. Cliquez pour la section de la Charge en éléments nutritifs et efflorescences algales.Les engrais provenant de l’agriculture, les phosphates provenant des détergents et des usines ainsi que les eaux usées des villages et des villes ajoutent des éléments nutritifs aux systèmes aquatiques causant parfois une prolifération d’algues. Au cours des dernières années, on a signalé des proliférations d’algues dans les lacs, les réservoirs, les étangs, les rivières, les marécages et les estuaires dans l’ensemble du sud du pays. On constate maintenant que certains succès passés en matière de réductions des éléments nutritifs, plus particulièrement dans la région des Grands Lacs, sont compromis. Au cours des 16 dernières années, on a observé une augmentation de l’azote dans 28 % des plans d’eau échantillonnés et une diminution dans 12 %, tandis qu’on observait une augmentation du phosphore dans 21 % des plans d’eau et une diminution dans 29 % des plans d’eau. Bien que la prolifération d’algues marines nuisibles se produise de façon naturelle, on remarque une augmentation dans les océans des côtes du Canada.

Dépôts acides

Les seuils d'incidence écologique des dépôts acides, notamment ceux des pluies acides, sont dépassés dans certaines régions; les émissions acidifiantes sont en hausse dans diverses parties du pays et la récupération sur le plan biologique ne se déroule pas au même rythme que la réduction des émissions dans d'autres régions.

Les cheminées © istock.com/IanChrisGraham. Cliquez pour la section des Dépôts acides. Les dépôts acides se produisent lorsque les polluants atmosphériques à base de soufre et d’azote réagissent au contact de l’eau et se déposent sur terre. Dans les systèmes aquatiques, la survie de nombreuses espèces est menacée par l’acidification de leur habitat. Depuis les années 80, on a observé une diminution des émissions, mais les améliorations en matière d’acidité dans les lacs sont longues à venir. Certaines régions, comme une partie du Bouclier boréal, affichent des taux de dépôts acides au delà de la capacité d’élimination de l’écosystème. La région maritime de l’Atlantique possède certains des plans d’eau les plus acides et des habitats de poissons les plus grandement touchés en Amérique du Nord. Bien que l’on considère souvent l’acidification comme un problème de l’Est, elle devient une préoccupation de plus en plus grande pour certaines régions de l’Ouest. Par exemple, dans le nord–ouest de la Saskatchewan, de nombreux lacs dans la direction des émissions qui proviennent de l’exploitation du gaz et du pétrole sont sensibles aux dépôts acides.

Changements climatiques

L'élévation des températures partout au Canada ainsi que la modification d'autres variables climatiques au cours des 50 dernières années ont eu une incidence directe et indirecte sur la biodiversité dans les écosystèmes terrestres et dans les écosystèmes d'eau douce et d'eau marine.

Les bourgeons d'aulne © istock.com/serg269. Cliquez pour la section des Changements climatiques.Le climat du Canada a changé de façon importante depuis les années 50. Les températures ont augmenté dans l’ensemble du pays, particulièrement pendant les mois d’hiver et de printemps. Le printemps arrive maintenant plus tôt, ce qui signifie que la neige fond également plus tôt et que la saison de végétation est plus longue. Les précipitations ont généralement augmenté, notamment dans le Nord. La température moyenne annuelle a augmenté de 1,4 °C. On ne remarque aucun changement important en matière de tendance de refroidissement au pays, et ce, peu importe la saison. Les changements climatiques ont mené à des changements environnementaux généralisés, tels que la disparition de la glace de mer. Certains changements localisés sont susceptibles de s’accroître et de devenir encore plus généralisés avec le réchauffement continu. Ces changements occasionneront des élévations du niveau de la mer, des augmentations de la température de l’eau de mer et des augmentations des incendies de forêt. Les écosystèmes et les espèces sont touchés par tous ces changements, souvent de façon complexe et inattendue, lesquels interagissent avec les autres facteurs de stress comme la fragmentation des habitats.

Services écosystémiques

Le Canada est bien pourvu en milieux naturels qui fournissent des services écosystémiques un écoservice dont dépend notre qualité de vie élevée. Dans certaines régions où les facteurs de stress ont altéré le fonctionnement des l'écosystèmes, le coût pour maintenir les écoservices est élevé, et la détérioration de la quantité et de la qualité des services écosystémiques ainsi que de leur accès est évidente.

Le séchage du saumon © istock.com/fkienas. Cliquez pour la section des Services écosystémiques.Un bon nombre des vastes terres humides, des écosystèmes côtiers et des forêts au Canada sont en santé et rapportent chaque année des milliards de dollars en services écosystémiques. On compte parmi ces services la cueillette de nourriture commerciale, récréative et de subsistance, la lutte contre les inondations et la sécheresse, la filtration des sédiments, le cycle des éléments nutritifs, le contrôle de l’érosion et la régulation du climat. Il existe également des signes de disparition des services écosystémiques. On a documenté l’augmentation de l’érosion, la propagation des maladies sauvages et les débits fluviaux moins prévisibles. On remarque un déclin de nombreuses pêches commerciales. Les occasions de subsistance sont retardées par le déclin des populations des espèces sauvages, les contaminants dans les espèces culturellement importantes et, au Nord, par l’accès altéré à l’exploitation en raison des changements à la glace et au pergélisol. Les occasions récréatives sont également touchées par la fermeture des plages, l’équipement de pêche inutilisable et les espèces envahissantes non indigènes.