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Tendances relatives aux oiseaux de rivage canadiens

Tendances liées aux écozones+

Écozone+ maritime de l’Atlantique

L’écozone+ maritime de l’Atlantique fait partie de la zone de conservation des oiseaux de la forêt septentrionale de l’Atlantique (RCO no 14 au Canada). Même si cette écozone+ accueille un certain nombre d’espèces d’oiseaux de rivage nicheurs, elle est encore plus importante pour les oiseaux de rivage migrateurs, à cause de ses milieux côtiers – particulièrement ceux qu’on retrouve dans la partie supérieure de la baie de Fundy – qui sont d’une importance cruciale comme principale halte migratoire et zone de ravitaillement pour diverses espèces, principalement pour les petits bécasseaux (Morrison, 1977; Morrison et Harrington, 1979; Hicklin, 1987). Les estimations des tendances relatives aux oiseaux de rivage migrateurs sont déterminées à partir des relevés des oiseaux de rivage du Canada atlantique (Morrison et al., 1994) (autrefois appelés les relevés des oiseaux de rivage des Maritimes), alors que les tendances relatives aux oiseaux de rivage nicheurs peuvent être estimées à partir des données du Relevé des oiseaux nicheurs (BBS) provenant de sites en sol canadien situés dans la RCO de la forêt septentrionale de l’Atlantique (Sauer et al., 2008).

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Oiseaux migrateurs

Le nombre d’oiseaux de rivage qui passent par les provinces atlantiques du Canada a diminué considérablement depuis qu’on a commencé à effectuer des relevés en 1974 (Morrison et al., 1994; Morrison et al., 2001; Morrison et Hicklin, 2001; Bart et al., 2007). Des analyses à jour des données provenant des relevés des oiseaux de rivage du Canada atlantique confirment ce déclin (Tableau 1). Entre les années 1974 et 2006, parmi 15 espèces d’oiseaux de rivage disposant d’une quantité suffisante de données, cinq espèces présentaient des tendances négatives statistiquement significatives, notamment . le Bécasseau maubèche, le Bécasseau minuscule (Calidris minutilla), le Petit Chevalier (Tringa flavipes), le Pluvier argenté (Pluvialis squatarola) et le Tournepierre à collier (Arenaria interpres). Aucune autre tendance n’était significative du point de vue statistique; seules deux espèces (le Pluvier semipalmé [Charadrius semipalmatus] et le Courlis corlieu [Numenius phaeopus]) présentaient des tendances positives, alors que 13 espèces présentaient des tendances négatives. Ces résultats montrent une tendance au déclin significative (χ2 = 8,07; nu1; P < 0,005) (Morrison et Collins, données non publiées).

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Tableau 1. Tendances relatives à l’abondance des oiseaux de rivage qui migrent le long des zones côtières de l’écozone+ maritime de l’Atlantique, de 1974 à 2006.
EspècesTendance
(% par
année)
PIndice
d’abondance

Années
1970
Indice
d’abondance

Années
1980
Indice
d’abondance

Années
1990
Indice
d’abondance

Années
2000
Changement
(%)
Bécasseau maubèche-10,9P <0,0539,511,29,13,3-97,5
Bécasseau minuscule-6,6P <0,0580,722,29,811,6-88,8
Petit Chevalier-5,0P <0,0529,252,216,49,8-80,6
Bécasseau semipalmé-4,9 5170,948922623,73074,5-80,0
Pluvier argenté-3,0P <0,0551,043,123,026,7-62,3
Bécasseau variable-2,8 26,328,611,415,5-59,7
Tournepierre à collier-2,8P <0,0113,210,911,44,2-59,7
Bécassin roux-2,7 292,8281,739,6141,0-58,4
Bécasseau sanderling-2,3 42,934,719,824,0-52,5
Grand Chevalier-0,9 13,012,89,810,8-25,1
Barge hudsonienne-0,9 5,54,13,52,9-25,1
Chevalier semipalmé-0,8 16,615,911,114,1-22,6
Bécasseau à croupion blanc-0,2 16,115,312,616,4-6,2
Pluvier semipalmé1,9 103,8123,0153,1159,382,6
Courlis corlieu2,5 1,91,53,14,3120,4

Les tendances sont exprimées en pourcentage de changement pour toute la période, calculé à partir de la tendance générale (% par année).
Source : Morrison et Collins, données non publiées

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Généralement, les tendances négatives ont prédominé pendant la période de 32 ans couverte par les relevés. En effet, le nombre de tendances négatives est plus grand que celui des tendances positives pour les années 1970, 1990 et 2000. Dans les années 1990, le nombre de tendances négatives a été particulièrement élevé. Ce n’est qu’au cours des années 1980 que le nombre de tendances positives a dépassé celui des tendances négatives (Morrison et Collins, données non publiées).

Le Bécasseau maubèche est considéré comme une « espèce phare » en matière de conservation des oiseaux de rivage à cause de ses longues migrations entre les aires de reproduction et d’hivernage et de sa tendance à se regrouper en grands nombres dans quelques endroits de prédilection. Les effectifs dans les provinces de l’Atlantique ont atteint un sommet à la fin des années 1970 et au début des années 1980, mais au milieu des années 1990, ils avaient chuté à des niveaux très bas (Figure 1). Ce déclin reflète les diminutions des populations du Bécasseau maubèche de l’hémisphère occidental (Morrison et al., 2004). Les populations qui hivernent à la Terre de Feu et en Floride ont été désignées espèces en voie de disparition et espèces menacées, respectivement, en 2007 (COSEPAC, 2007).

Figure 1. Tendances relatives aux effectifs du Bécasseau maubèche qui migrent par l’écozone+ maritime de l’Atlantique, de 1974 à 2006.

graphique

Description longue pour la figure 1

Ce graphique linéaire montre les tendances des effectifs de bécasseaux maubèches qui migrent par l'écozone+ maritime de l'Atlantique, de 1974 à 2006. Les chiffres ont atteint un pic à la fin des années 1970, au début des années 1980 et au début des années 1990, avec des pics de la valeur de l'indice d'abondance moyen d'environ 55 en 1977, 78 en 1979, 48 en 1981, et 49 en 1991. Toutefois, au milieu des années 1990, l'abondance a chuté à de très faibles niveaux et elle est demeurée inférieure à un indice d'abondance de 8 pendant plus d'une dizaine d'années.

Source : Morrison et Collins, données non publiées

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On ne comprend pas parfaitement les causes du déclin observé chez les oiseaux de rivage dans le Canada atlantique. Il y a eu des changements, comme l’augmentation du nombre de rapaces, dans les milieux côtiers fréquentés par les oiseaux de rivage qui auraient pu affecter l’utilisation des haltes migratoires traditionnelles des oiseaux de rivage ou le temps que ces oiseaux demeurent dans ces zones (durée de séjour), et qui pourraient diminuer le nombre d’oiseaux de rivage dans certaines aires de migration  (Hicklin, 2001), sans que cela signifie une baisse des effectifs totaux des populations. Cependant, il est probable que les tendances négatives pour au moins quelques-unes des espèces sont le reflet d’un déclin réel de la population causé par des facteurs liés à d’autres parties des aires de migration des oiseaux. On pense, par exemple, que le déclin des Bécasseaux maubèches pourrait être causé principalement par le fait que ces oiseaux ne peuvent pas prendre suffisamment de poids pendant la migration printanière dans la baie du Delaware en raison de la surexploitation des limules (Limulus polyphemus), ce qui diminue la quantité d’œufs de limules, qui constituent la principale nourriture des bécasseaux (COSEPAC, 2007). Il en résulte une diminution marquée de la survie des bécasseaux (Baker et al., 2004).

Les causes possibles des déclins comprennent la disparition et la dégradation de l’habitat des côtes, des milieux humides et des prairies durant l’hivernage, le climat (comme le refroidissement de l’Arctique de l’Est), les changements dans les régimes de prédateurs (par exemple la pression de prédation accrue à cause de la baisse du nombre de renards  piégés ou des concentrations moindres de DDT qui font augmenter le nombre de rapaces), les perturbations causées par l’activité humaine, les contaminants et les maladies (Donaldson et al., 2000). Parmi les oiseaux de rivage migrateurs qui voient leur population décroître dans l’est du Canada, on retrouve une grande diversité d’espèces de tailles et de caractéristiques écologiques variées– notamment les pluviers, les bécasseaux, les Petits et Grands Chevaliers, les tournepierres – ce qui semble indiquer l’existence de divers problèmes dans les milieux humides utilisés par les oiseaux.

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Oiseaux nicheurs

Les espèces d’oiseaux de rivage qui se reproduisent dans l’écozone+ maritime de l’Atlantique sont relativement peu nombreuses. Néanmoins, il est possible de calculer les tendances pour les six espèces d’oiseaux de rivage qui se trouvent sur le territoire couvert par le BBS (Figure 2). Les données sur les six espèces montrent un déclin des populations. Deux espèces font l’objet d’un déclin marqué : le Pluvier kildir (-2,5 % par année, P < 0,001), un oiseau qui migre sur de petites distances et dont la population diminue de façon significative dans toute l’aire de répartition canadienne (-3,2 % par année, P < 0,001), et la Bécassine de Wilson (Gallinago delicata) (-2,6 % par année, P < 0,01), qui se reproduit dans les milieux humides, mais dont les populations présentent une tendance positive partout au Canada (0,5 % par année, non significative), en raison d’augmentations des populations dans la partie occidentale de son aire de reproduction. Le déclin observé pour les quatre autres espèces n’est pas significatif.

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Figure 2. Tendances relatives à l’abondance des oiseaux de rivage qui se reproduisent dans l’écozone+ maritime de l’Atlantique.

graphique

Description longue pour la figure 2

Ce graphique linéaire indique les tendances relatives à l'abondance des oiseaux de rivage qui se reproduisent dans l'écozone+ maritime de l'Atlantique de 1968 à 2006. Les tendances pour six espèces d'oiseaux de rivage présentes le long des parcours du Relevé des oiseaux nicheurs indiquent tous un déclin de l'abondance, bien que seuls le Pluvier kildir et la Bécassine de Wilson aient connu un déclin important (-2,5 % par an et -2,6 % par an, respectivement). Les totaux des déclins des niveaux d'abondance totale au cours de cette période pour chaque espèce sont les suivants : Pluvier kildir, 62 %, Maubèche des champs, 70 %, Bécasse d'Amérique, 97 %, Chevalier grivel, 64 %, Chevalier semipalmé, 71 % et Bécassine de Wilson, 64 %.

Le changement est exprimé en pourcentage de changement pour la période des relevés (de 1968 à 2006), calculé à partir des tendances. Le Pluvier kildir et la Bécassine de Wilson présentent des déclins significatifs (-2,5 % par année, P < 0,001 et -2,6 % par année, P < 0,01 respectivement).
Le Pluvier kildir est un oiseau qui migre sur de petites distances; la Maubèche des champs est un oiseau des Prairies; la Bécasse d’Amérique (Scolopax minor) est une espèce associée aux zones de régénération arbustive; les autres sont des oiseaux de milieux humides.
Source : Relevé des oiseaux nicheurs (Sauer et al., 2008)

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Écozone+ des plaines à forêts mixtes

L’écozone+ des plaines à forêts mixtes correspond à la RCO de la plaine du Saint-Laurent et des lacs Ontario et Érié (RCO no 13), qui s’étend du sud de l’Ontario au nord des Grands Lacs et jusqu’au Québec, le long des rives du fleuve Saint-Laurent. Les oiseaux de rivage qui migrent profitent des milieux situés le long des rives du fleuve et des lacs et des milieux humides connexes, ainsi que des étangs de stabilisation. Les relevés des oiseaux de rivage de l’Ontario contiennent certaines données sur les tendances. Cinq espèces se reproduisent régulièrement dans divers milieux et sont recensées par le BBS.

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Oiseaux migrateurs

Les seules données disponibles actuellement sur les oiseaux de rivage qui migrent dans cette écozone+ proviennent des relevés des oiseaux de rivage de l’Ontario pour les années 1976 à 1997 (Ross et al., 2001). Le Tableau 2 contient un résumé des résultats obtenus à partir de ces données. Les oiseaux de rivage qui migrent par cette écozone+ forment trois grands groupes : 1) les espèces qui se reproduisent dans l’Arctique et qui s’arrêtent dans de petites haltes migratoires qui sont relativement dispersées dans le sud de l’Ontario, en route vers la côte est de l’Amérique du Nord; 2) les espèces qui se reproduisent dans le Nord, dans toute la forêt boréale; et 3) les espèces dont l’aire de reproduction s’étend à tout l’Ontario, y compris les individus des populations locales et ceux qui se reproduisent plus au nord.

Tableau 2. Tendances relatives aux oiseaux de rivage comptés dans des sites du sud de l’Ontario dans le cadre des relevés des oiseaux de rivage de l’Ontario, de 1976 à 1997.
EspècesNbre
d’emplacements
Tendance
(% par année)
PGuilde
Pluvier argenté114,33 -Arctique
Bécasseau variable101,42 -Arctique
Bécasseau minuscule19-4,19 -Arctique
Bécasseau à poitrine cendrée17-8,34 -Arctique
Bécasseau sanderling10-1,25 -Arctique
Pluvier semipalmé16-1,97 -Arctique
Bécasseau semipalmé18-4,97P = 0,5 < P < 0,1Arctique
Chevalier solitaire11-1,61-Boréale
Bécassin roux10-6,35-Boréale
Petit Chevalier22-7,13-Boréale
Grand Chevalier16-7,65-Boréale
Chevalier grivelé19-2,25-Répandue
Bécassine de Wilson10-15,26P = 0,5 < P < 0,1Répandue
Pluvier kildir23-2,23-Répandue
Nbre de tendances négatives-12--
Nbre de tendances positives-2--
Khi carré; nu-7,14; 1--
P-P = < 0,05--

Source : Adapté de Ross et al. (2001)

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Le déclin touche un grand nombre d’espèces, dans tous les groupes. Le nombre de tendances négatives (14) est considérablement plus grand que celui des tendances positives (2); les valeurs des tendances négatives sont généralement élevées, mais elles ne sont pas significatives, compte tenu de la grande variation dans les dénombrements d’une année à l’autre et de la petite taille des échantillons. Seul le Bécasseau semipalmé a montré une tendance négative significative, un phénomène qui se produit dans beaucoup d’autres régions.

Oiseaux nicheurs

Cinq espèces d’oiseaux de rivage occupant divers habitats ont été repérées sur les parcours du BBS (Figure 3). Exception faite de la Bécassine de Wilson, pour laquelle aucune tendance n’a été détectée, les tendances étaient négatives, un important déclin touchant les populations du Pluvier kildir et du Chevalier grivelé (Actitis macularius). Les deux espèces présentent aussi d’importantes tendances négatives à l’échelle du Canada (-3,2 % par année, P < 0,001; -2,0 % par année, P = 0,005, respectivement), ainsi que des tendances négatives dans les zones de migration (voir le Tableau 2).

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Figure 3. Tendances relatives à l’abondance des oiseaux de rivage qui se reproduisent dans les plaines à forêts mixtes, de 1968 à 2006.

graphique

Description longue pour la figure 3

Ce graphique linéaire montre les tendances relatives à l'abondance des oiseaux de rivage qui se reproduisent dans l'écozone+ des plaines à forêts mixtes de 1968 à 2006. À l'exception de la Bécassine de Wilson, pour laquelle aucune tendance n'a été décelée, les tendances pour les oiseaux de rivage présents le long des parcours du Relevé des oiseaux nicheurs indiquent un déclin de l'abondance, bien que seuls les déclins du Pluvier kildir et du Chevalier grivelé soient importants (-1,8 % par année et -4,0 % par an, respectivement). Le déclin total des niveaux d'abondance au cours de cette période pour les autres espèces sont : Chevalier grivelé 80 %, Bécasse d'Amérique 64 % et Maubèche des champs 58 % et Pluvier kildir 50 %.

Les pourcentages entre parenthèses correspondent aux changements dans l’indice d’abondance entre les années 1970 et 2000-2006.
Guildes : Espèce qui migre sur de petites distances (Pluvier kildir); espèces de milieux humides (Chevalier grivelé et Bécassine de Wilson); espèce des Prairies (Maubèche des champs), espèce associée aux zones de régénération arbustive (Bécasse d’Amérique).
Le déclin du Pluvier kildir (-1,8 % par année) est significatif à P < 0,001; le déclin du Chevalier grivelé (-4,0 % par année) est significatif à P < 0,01; les déclins de la Maubèche des champs (-2,2 % par année), de la Bécasse d’Amérique (-2,6 % par année) et de la Bécassine de Wilson (changement de 0 %) ne sont pas significatifs.
Source : Adapté du Relevé des oiseaux nicheurs (Sauer et al., 2008)

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L’écozone+ des Prairies

L’écozone+ des Prairies fournit un habitat important pour les oiseaux de rivage nicheurs et migrateurs, parmi lesquels on retrouve huit espèces dont l’aire de reproduction, au Canada, est située principalement, voire entièrement, dans les Prairies (Avocette d’Amérique [Recurvirostra Americana], Barge marbrée [Limosa fedoa], Pluvier siffleur, Phalarope de Wilson [Phalaropus tricolor], Échasse d’Amérique [Himantopus mexicanus], Chevalier semipalmé [Tringa semipalmata], Courlis à long bec [Numenius americanus] et Maubèche des champs). De plus, les seuls cas de reproduction signalés (rares) au Canada du Pluvier montagnard (Charadrius montanus) et du Pluvier à collier interrompu (Charadrius alexandrinus) s’y sont produits. Trente-et-une espèces d’oiseaux de rivage migrent régulièrement par les Prairies, qui offrent d’importantes aires de rassemblement au printemps et à l’automne. Pour les oiseaux migrateurs, les Prairies canadiennes sont importantes surtout au printemps. Des espèces comme le Bécasseau sanderling (Calidris alba), le Phalarope à bec étroit (Phalaropus lobatus) et le Bécasseau à croupion blanc (Calidris fuscicollis) s’y arrêtent en grand nombre. À l’automne, cette région revêt une importance particulière pour le Bécasseau de Baird (Calidris bairdii), le Bécasseau à poitrine cendrée (Calidris melanotos), le Bécasseau roussâtre (Tryngites subruficollis) et la Barge hudsonienne (Limosa haemastica); elle se révèle importante au printemps et à l’automne pour le Bécasseau à échasses (Calidris himantopus), le Petit Chevalier et le Bécasseau semipalmé (Gratto-Trevor et al., 2001). Les populations des espèces d’oiseaux de rivage varient normalement de dizaines de milliers jusqu’à des centaines de milliers d’individus et, pour un petit nombre d’espèces, les populations atteignent quelques millions d’individus, par comparaison aux effectifs considérablement plus grands de bon nombre d’espèces d’oiseaux terrestres et aquatiques (Morrison et al., 2006). Les oiseaux de rivage présentent aussi un faible taux de reproduction annuel (quatre œufs et, souvent, peu de seconde ponte) et un taux de survie élevé chez les adultes. C’est pourquoi toute tendance à la baisse est préoccupante, lorsqu’elle reflète un déclin de la productivité ou de la survie, et non pas un changement des profils de déplacement.

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Oiseaux migrateurs

L’écozone+ des Prairies est très importante pour les oiseaux de rivage migrateurs. Un grand nombre d’entre eux se reproduisent dans l’Arctique ou la région boréale (Skagen et al., 1999). D’après les données relatives à l’abondance, cette écozone+ est importante surtout pendant la migration pour les espèces suivantes : Bécasseau sanderling (printemps), Phalarope à bec étroit (printemps), Bécasseau à croupion blanc (printemps), Bécasseau à échasses (printemps et automne), Bécasseau de Baird (automne), Bécasseau à poitrine cendrée (automne), Bécasseau roussâtre (automne), Barge hudsonienne (automne), Petit Chevalier (printemps et automne) et Bécasseau semipalmé (Calidris pusilla) (printemps et automne) (Alexander et Gratto-Trevor, 1997; Gratto-Trevor et al., 2001).

Les milieux humides des Prairies sont propices à de grandes fluctuations des niveaux d’eau, d’une année à l’autre et même durant une même année. Étant donné que les oiseaux de rivage s’alimentent dans les milieux humides peu profonds, qui sont les plus touchés par ces changements de niveaux, on constate une importante variation dans l’utilisation que font les oiseaux de rivage de certains milieux humides en particulier d’une saison et d’une année à l’autre, parce que certains milieux s’assèchent et d’autres deviennent trop inondés (par exemple voir la Figure 4).

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Figure 4. La rive est du lac Big Quill en Saskatchewan : les plages ont plus de 1 km de largeur durant les années sèches (à gauche), alors que, durant l’année humide de 2007, il ne restait à peu près plus de milieu riverain (à droite).

lac Big Quill en Saskatchewan

Description longue pour la figure 4

LONG DESC.

Photos © C. L. Gratto-Trevor 

Certaines années, quelques espèces (comme le Bécasseau à croupion blanc) font une halte, en très grand nombre, dans les Prairies canadiennes au printemps, lorsque les milieux humides des États du Midwest sont trop asséchés. D’autres années, la plupart des Bécasseaux à croupion blanc survolent les Prairies canadiennes si les conditions aux États-Unis sont propices (Harrington et al., 1991). Par conséquent, même si nous avons des données pour certains milieux humides et, certaines années, sur le nombre de certaines espèces d’oiseaux de rivage, nous ne disposons actuellement d’aucune façon de mesurer les tendances relatives aux populations d’oiseaux de rivage qui migrent par les Prairies, et aucun relevé n’est prévu pour mesurer de telles tendances à l’avenir. Il est possible d’obtenir des données sur les tendances dans des relevés effectués ailleurs (dans l’Arctique, par exemple) pour des espèces en particulier, mais il est difficile de déterminer si ces relevés portent sur les mêmes populations qui se déplacent en passant par les Prairies canadiennes. Qui plus est, ce ne sont pas nécessairement les oiseaux d’une même aire de reproduction qui migrent par les Prairies canadiennes au printemps par comparaison à l’automne. Par exemple, les Bécasseaux semipalmés qui passent par les Prairies au printemps proviennent du centre de l’Arctique canadien ainsi que de l’ouest de l’Arctique, alors que les oiseaux de la même espèce qui migrent à l’automne proviennent tous de l’ouest de l’Arctique, et que les oiseaux provenant du centre de l’Arctique se dirigent vers le sud en passant par la côte atlantique (Gratto-Trevor et Dickson, 1994).

Le déclin des populations d’oiseaux de rivage ailleurs au Canada et aux États-Unis semble indiquer qu’il existe un problème (Donaldson et al., 2000; Brown et al., 2001). De plus, les changements climatiques futurs vont probablement réduire le nombre de milieux humides peu profonds des Prairies.

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Oiseaux nicheurs

Bien que la majorité des oiseaux de rivage de l’Amérique du Nord se reproduisent dans l’Arctique, le deuxième plus important nombre d’espèces se reproduisent dans les Prairies intérieures, et la répartition des aires de reproduction de plusieurs espèces au Canada est entièrement limitée aux Prairies. Parmi les sept espèces prioritaires qui se reproduisent dans les Prairies mentionnées dans le plan de conservation des oiseaux limicoles des Prairies canadiennes, soit le Pluvier siffleur, le Courlis à long bec, la Barge marbrée, le Chevalier semipalmé (sous-espèce de l’ouest), l’Avocette d’Amérique, le Phalarope de Wilson et la Maubèche des champs (Gratto-Trevor et al., 2001), toutes, exception faite du Pluvier siffleur, sont recensées, dans une certaine mesure, dans le Relevé des oiseaux nicheurs (BBS). Cependant, ce relevé n’ayant pas été conçu pour les espèces qui ne chantent pas, qui sont souvent associées aux milieux humides, les données sur les tendances issues du BBS conviennent mieux à certaines espèces d’oiseaux de rivage qu’à d’autres. En ce qui concerne les sept espèces nommées ci-dessus, les tendances sur la Maubèche des champs sont probablement les plus exactes, et celles sur le Courlis à long bec (faibles effectifs), l’Avocette d’Amérique et le Phalarope de Wilson (espèces des milieux humides) sont les moins pertinentes. Cela veut dire principalement que les tendances sont peu susceptibles d’être significatives du point de vue statistique. Cependant, comme il n’existe aucun autre relevé qui soit fait régulièrement pour ces espèces, les résultats obtenus à partir du BBS, pour toutes les espèces (sauf le Pluvier siffleur), sont indiqués à la Figure 5.

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Figure 5. Tendances relatives à l’abondance des oiseaux de rivage prioritaires qui se reproduisent dans l’écozone+ des Prairies, des années 1970 aux années 2000.

graphique

Description longue pour la figure 5

Ce graphique linéaire indique les tendances relatives à l'abondance des oiseaux de rivage prioritaires qui se reproduisent dans l'écozone+ des Prairies des années 1970 aux années 2000. À l'exception du Phalarope de Wilson, qui a montré une augmentation de l'abondance de 4 %, les tendances relatives aux oiseaux de rivage présents le long des parcours du Relevé des oiseaux nicheurs indiquent un déclin de l'abondance, même si seuls les déclins de la Barge marbrée sont significatifs (-1,1 % par année). Le déclin total des niveaux d'abondance au cours de cette période pour les autres espèces sont : Maubèche des champs 48 %, Barge marbrée 34 %, Chevalier semipalmé 28 %, Courlis à long bec 19 %, Avocette d'Amérique 13 %.

Les pourcentages indiquent les changements qui se sont produits des années 1970 aux années 2000.
Seule la Barge marbrée a connu un déclin significatif (-1,1 % par année).
Source : Relevé des oiseaux nicheurs (Sauer et al., 2008)

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Le seul déclin statistiquement significatif touche la Barge marbrée, dont environ 60 % de la population mondiale se reproduit dans les Prairies canadiennes (Gratto-Trevor, 2000), d’où l’importance de ce déclin. Toutes les autres espèces qui se reproduisent en milieu sec (Maubèche des champs, Chevalier semipalmé, Courlis à long bec) présentent aussi une diminution de l’indice d’abondance selon le BBS entre les années 1970 et 2000, même si les tendances générales ne sont pas significatives. On pense que ce déclin est lié à la perte continue des milieux humides temporaires, qui sera probablement aggravée par les changements climatiques futurs.

Les tendances chez le Pluvier siffleur (désigné « espèce en voie de disparition » au Canada, par le COSEPAC) ont été déterminées grâce à un recensement qui a été effectué tous les cinq ans dans l’aire de reproduction de l’espèce (É.-U. et Canada), à partir de 1991 (Figure 6). La population des Prairies canadiennes a atteint un minimum lors du recensement de 2001, puis elle a remonté en 2006 pour atteindre le même nombre qu’en 1996. L’augmentation entre 2001 et 2006 semble être attribuable à des améliorations dans les conditions d’habitat (moins de sécheresses, d’inondations et de grêle à l’éclosion, et efforts de gestion visant à protéger les nids au moyen d’exclos à certains endroits). Depuis 2006, les conditions en Saskatchewan (où la majorité de la population des Prairies canadiennes se reproduit) ont été mauvaises, et la productivité, faible. Une importante aire de reproduction, le lac Big Quill, est inondée (le lac a atteint son plus haut niveau en cinquante ans) depuis 2007, et une autre aire, le lac Diefenbaker (réservoir), a débordé pendant quatre années consécutives (de 2005 à 2008) à cause de l’écoulement des eaux et des pluies en Alberta. Une sécheresse a touché de nombreux milieux humides de Missouri Coteau (sud de la Saskatchewan) en 2008. Dans l’Ouest, les oiseaux de rivage sont souvent touchés par les cycles d’inondation et de sécheresse, étant donné que les milieux humides où ils s’alimentent et où ils élèvent leurs oisillons sont habituellement très peu profonds.

Figure 6. Tendances relatives aux effectifs du Pluvier siffleur dans les Prairies canadiennes, de 1991 à 2006.

graphique

Description longue pour la figure 6

Ce graphique linéaire indique les tendances relatives aux effectifs du Pluvier siffleur dans les Prairies canadiennes de 1991 à 2006. L'axe principal montre les pluviers siffleurs sous forme de pourcentage de la population mondiale et de la population de l'ouest, et l'axe secondaire montre la population totale. Les valeurs suivent une tendance similaire, comme la population a augmenté de près de 1 400 à près de 1 700 individus entre 1991 et 1995 pour ensuite diminuer à moins de 1 000 individus en 2001 et retourner à environ 1 700 individus en 2006.

Le changement sur dix ans correspond à une augmentation de 1 % du nombre total d’individus.
L’axe des Y secondaire correspond à la population qui est représentée par une ligne orange pointillée. Sources : Adapté des documents suivants selon les dates indiquées : 1991 (Haig et Plissner, 1993), 1996 (Plissner et Haig, 2000), 2001 (Ferland et Haig, 2002) et 2006 (Elliott-Smith et al., 2009)

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Écozone+ maritime du Pacifique

Un plan de surveillance complet des oiseaux de rivage pour l'écozone maritime du Pacifique est toujours en cours d'élaboration, mais les données existantes semblent indiquer que les effectifs des espèces nicheuses de Colombie­Britannique sont stables ou subissent un déclin et que les tendances démographiques de la plupart des espèces hivernantes ou migratrices sont stables (voir ci­dessous). Cependant, à cause des incertitudes et de la portée limitée de ces relevés, il faudrait interpréter les résultats avec prudence et accorder une attention continue aux espèces d'oiseaux de rivage à l'intérieur de cette écozone+

Des estimations des tendances démographiques pour la période 1999 à 2009 sont disponibles pour certaines espèces en Colombie­Britannique.  Ces estimations des tendances sont établies à partir de données du Relevé des oiseaux nicheurs, du relevé des oiseaux aquatiques des côtes de la Colombie­Britannique et du programme de surveillance de la migration printanière dans le delta du fleuve Fraser et du programme de surveillance de la migration automnale dans le détroit de Georgia. Ces sources de données couvrent différentes zones et séries d'espèces, mais fournissent les meilleures données disponibles sur les tendances de l'abondance des oiseaux de rivage en Colombie­Britannique pendant les périodes de reproduction, d'hivernage et de migration. Même si le Relevé des oiseaux nicheurs et la surveillance de la migration peuvent fournir des données sur les tendances avant 1999, le relevé des oiseaux aquatiques des côtes de la Colombie­Britannique fournit des données seulement pour la période 1999­2009, et nous avons donc limité l'analyse des tendances à cette période afin qu'il soit possible de faire des comparaisons. La migration n'ayant pas fait l'objet de surveillance en 1998, les données sur la surveillance de la migration ont été élargies jusqu'en 1997.

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Oiseaux migrateurs

La surveillance de la migration en Colombie­Britannique s'est concentrée sur le dénombrement printanier à la pointe Brunswick (Roberts Bank) dans le delta du fleuve Fraser et le dénombrement automnal dans les vasières sur l'île Sidney dans le détroit de Georgia. Les effectifs de Bécasseau d'Alaska dénombrés à la pointe Brunswick varient grandement d’une année à l’autre et présentent une tendance non significative (Tableau 1, Figure 7). Le nombre de Bécasseaux variables à la pointe Brunswick a augmenté entre 1997 et 2009.  Le dénombrement à la migration automnale des Bécasseaux d'Alaska et des Bécasseaux minuscules n’a pas permis de dégager une tendance significative entre 1997 et 2009. Malgré que ces résultats doivent être considérés avec prudence, parce que les relevés n’ont porté que sur une petite proportion de tous les sites utilisés pendant la migration, ils semblent indiquer qu’aucun déclin démographique majeur ne s’est produit pendant cette période. 

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Figure 7. Surveillance de la migration des oiseaux de rivage en Colombie-Britannique, 1997-2009.

graphiques

Description longue pour la figure 7

Ce graphique présente quatre diagrammes linéaires illustrant la surveillance de la migration des oiseaux de rivage en Colombie-Britannique de 1997 à 2009. La migration printanière du Bécasseau d'Alaska montre une légère tendance à la baisse et la migration automnale montre une tendance à la hausse, même si les deux sont négligeables. La migration printanière du Bécasseau variable montre une tendance à la hausse importante, d'environ 7 000 individus en 1997 à 23 000 en 2009. La migration automnale du Bécasseau minuscule montre une légère augmentation, mais la tendance n'est pas significative.

La surveillance de la migration printanière est effectuée à la pointe Brunswick dans le delta du fleuve Fraser, près de  Vancouver. La surveillance de la migration automnale est effectuée sur l’île Sidney dans le détroit de Georgia. 
Les lignes verticales indiquent une erreur-type de ± 1 dans le dénombrement moyen. 
La ligne rouge continue indique une tendance significative (P < 0,05), et la ligne pointillée indiquent une tendance non significative. 
Source : Lemon et Drever, données non publiées

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Oiseaux nicheurs

Le Relevé des oiseaux nicheurs convient à quelques espèces d'oiseaux de rivage qui peuvent se reproduire dans les zones accessibles, à proximité des réseaux routiers. Le Relevé des oiseaux nicheurs fournit des données pour les régions de conservation des oiseaux ainsi que pour toute la Colombie­Britannique, mais, comme les tendances dégagées étaient similaires aux tendances provinciales (Environnement Canada, 2010), seules les tendances provinciales sont mentionnées ici. Pour la période 1999-2009, le Relevé des oiseaux nicheurs fournit les tendances de quatre espèces en Colombie-Britannique (Tableau 3), deux d’entre elles ne présentant, en fait, aucune tendance (le Grand Chevalier et le Chevalier grivelé). Deux espèces communes (la Bécassine de Wilson et le Pluvier kildir) présentent des déclins significatifs. La Bécassine de Wilson présente d’importantes fluctuations démographiques, et les tendances temporelles pour cette espèce varient grandement d’un bout à l’autre du pays. Pour sa part, le Pluvier kildir a subi un déclin constant qui reflète le déclin de l’espèce à l’échelle de son aire de répartition partout au Canada.

Tableau 3. Tendances temporelles des dénombrements pour des espèces d’oiseaux de rivage sélectionnées en Colombie-Britannique, pendant les périodes de reproduction, d’hivernage et de migration, 1997-2009.

Source : Environnement Canada (2010); Crewe et al.,(2010); Lemon et Drever, données non publiées.

Reproduction (Relevé des oiseaux nicheurs [BBS],1999-2009)
 EspècesTendancePN (routes)
Pluvier kildir-9,4< 0,0577
Grand Chevalier3,6> 0,1024
Chevalier grivelé0,7> 0,1085
Bécassine de Wilson-3,9< 0,0580
Hivernage (relevé des oiseaux aquatiques des côtes de la Colombie­Britannique, 1999-2009)
 EspècesTendancePN (routes)
Huîtrier de Bachman2,300,310
Pluvier kildir-7,310,000
Pluvier argenté-6,190,22 0
Grand Chevalier-4,420,20 0
Tournepierre noir7,210,08 0
Bécasseau du ressac-12,410,19 0
Bécasseau variable-3,410,57 0
Bécasseau sanderling-12,140,06 0
Migration printanière (delta du fleuve Fraser,
1997-2009)
 EspècesTendancePN (routes)
Bécasseau variable0,090,0002 0
Bécasseau d'Alaska0,010,7 0
Migration automnale (détroit de Georgia, 1997-2009)
 EspècesTendancePN (routes)
Bécasseau d'Alaska0,110,15 0
Bécasseau minuscule0,030,65 0

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Oiseaux hivernants

Le relevé des oiseaux aquatiques des côtes de la Colombie­Britannique permet de surveiller les espèces d’oiseaux aquatiques durant les mois de l’hiver (septembre à avril) dans des zones étendues du littoral de la Colombie­-Britannique et fournit des données sur les tendances pour huit espèces (Crewe et al., 2010), Tableau 3. Parmi ces huit espèces, six ne présentent aucune tendance significative. Le Pluvier kildir présente une tendance fortement négative, et le Tournepierre noir présente une tendance positive. Malgré le manque de tendances significatives, nous avons quand même observé des tendances à la baisse pour cinq des six espèces, ce qui pourrait signifier une vulnérabilité sous-jacente de la situation des populations. La Colombie-Britannique a une grande responsabilité à l’échelle provinciale pour plusieurs espèces des zones rocheuses intertidales (le Tournepierre noir, le Bécasseau du ressac et le Huîtrier de Bachman) ayant une grande partie de leurs aires d’hivernage dans la province, et, par conséquent, une priorité élevée devrait être accordée aux activités de surveillance visant ces espèces.

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