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Tendances relatives aux oiseaux de rivage canadiens

Écozones+


Écozones+ boréale et de la taïga

Les données sur les oiseaux de rivage qui se reproduisent dans la région boréale sont limitées, parce que leur habitat de reproduction est éloigné, et qu’il est difficile et coûteux d’y accéder, et que les techniques conçues pour les écozones+ plus ouvertes, comme les Prairies ou l’Arctique, ne peuvent pas être facilement adaptées aux écozones+ densément boisées (Sinclair et al., 2004). Une autre complication s’ajoute à l’évaluation des tendances chez les oiseaux de rivage de la région boréale et de la taïga : ces oiseaux ne se massent ni le long des voies migratoires, ni dans les haltes migratoires, ni dans les aires d’hivernage. Il est donc difficile de les recenser et de les surveiller pendant leur cycle annuel.

Les espèces sélectionnées pour faire l’objet de la présente section sont celles décrites par Sinclair et al. (2004) comme étant des espèces prioritaires pour ces écozones+ (Tableau 4). Les estimations existantes des populations d’oiseaux de rivage de la région boréale et de la taïga ont un degré de confiance faible, voire très faible, pour toutes les espèces concernées (Brown et al., 2001), ce qui complique l’établissement des tendances. L’information sur les tendances tirée des données du BBS indique que le niveau de fiabilité est faible pour tous les oiseaux de rivage des régions de conservation des oiseaux (RCO) de la région boréale et de la taïga : RCO no 4 (écozones+ de la Cordillère boréale et de la taïga de la Cordillère), RCOno 6 (écozones+ des plaines boréales et de la taïga des plaines), RCO no 7 (écozones+ de la taïga du Bouclier et des plaines hudsoniennes) et RCO no 8 (écozone+ du Bouclier boréal). D’après les données du BBS résumées par RCO, pour la période de 1966 à 2007, seul le Petit Chevalier présente une tendance significative (déclin; changement de -8,7 % par année; P < 0,01) (Sauer et al., 2008). Les données sur les tendances des oiseaux de rivage de la région boréale au Québec (Aubry et Cotter, 2007) montrent que les populations de la plupart des espèces sont stables ou en croissance. Seule la Bécassine de Wilson présente une tendance significative à la baisse (Tableau 5). Cependant, lorsqu’on compare les données aux données qualitatives sur les tendances pour les espèces de la région boréale du Canada, il semble que la plupart des espèces subissent un déclin (Tableau 4) (Brown et al., 2001; Morrison, 2001). Une évaluation de divers relevés menés durant la migration séparés en deux grandes régions (RCO de l’Atlantique Nord et RCO du Midwest) a permis d’établir des tendances à la baisse pour les populations du Chevalier solitaire (Tringa solitaria) (-6,3 % par année) dans la région de l’Atlantique Nord (Tableau 6) (Bart et al., 2007).

Tableau 4. Évaluations des tendances relatives aux populations d’oiseaux de rivage qui se reproduisent dans la région boréale et la taïga.
EspècesÉcozones+
l’espèce est prioritaireAllez à la note 11
Plaines
(B)
Écozones+
l’espèce est prioritaireAllez à la note 11
Plaines
(T)
Écozones+
l’espèce est prioritaireAllez à la note 11
Bouclier
(B)
Écozones+
l’espèce est prioritaireAllez à la note 11
Bouclier
(T)
Écozones+

l’espèce
est prioritaireAllez à la note 11
Cordillère
(B)
Écozones+

l’espèce
est prioritaireAllez à la note 11
Cordillère
(T)
Plan de
conser-vation
des
oiseaux de
rivage
(É.-U.)
Comité sur
les oiseaux
de rivage du
Service
canadien de
la faune
SommaireAllez à la note 22
des
tendances
Grand
Chevalier
xxxx  Information
insuffisante
Tendances
variées
Petit
Chevalier
xx xxxDéclin
significatif
Déclin
significatif
↓↓
Chevalier
solitaire
xxx xxTendances
variées
Déclin↓?
Bécassin
roux
xxxx  Déclin
significatif
Déclin
significatif
↓↓
Bécassine de WilsonxxxxxxDéclin
significatif
Déclin
significatif
↓↓

Footnotes

Footnote 1

Tiré de Sinclair et al. (2004).

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Footnote 2

↓↓ tendance significative de la population au déclin; ↓ tendance de la population au déclin ou tendance probable de la population au déclin, non significative du point de vue statistique; ↔ l’information n’est pas suffisante pour déterminer avec certitude la tendance de la population (tendances variées); ↓? ou ↓↓? information contradictoire
B : région boréale; T : taïga
Source : Adapté de Brown et al. (2001) et Morrison (2001). Les tendances sont basées sur plusieurs ensembles de données localisées pour l’Amérique du Nord couvrant la période des années 1970 aux années 2000 ainsi que sur l’opinion d’experts

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Tableau 5. Tendances relatives aux oiseaux de rivage de la région boréale au Québec.
EspècesQuébecAllez à la note 11
Migration
printanière
(r)
QuébecAllez à la note 11
Migration
printanière
(P)
QuébecAllez à la note 11
Migration
printanière
Tendance
QuébecAllez à la note 11
Migration
automnale
(r)
QuébecAllez à la note 11
Migration
automnale
(P)
TendanceCanadaAllez à la note 22
Tendance
Grand Chevalier0,3050,157Stable0,0170,938StableStable
Petit Chevalier0,4430,034À la hausse**-0,0910,679StableÀ la baisse^
Chevalier solitaire0,3440,108Stable-0,1770,419StableÀ la baisse
Bécassine de Wilson-0,3650,087À la baisse*-0,6020,002À la baisse**À la baisse^

Footnotes

Footnote 1

** forte tendance (significative), P < 0,05; * tendance faible, 0,10 > P ≥ 0,05

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Footnote 2

Tiré de Donaldson et al. (2000). La mention « À la baisse^ » signifie qu’il y a principalement des tendances à la baisse avec déclin significatif dans au moins une région du Canada; la mention « À la baisse » signifie qu’il y a principalement des tendances à la baisse; la mention « Stable » signifie qu’on a obtenu des tendances positives et négatives.
Source : Données pour le Québec tirées de Aubry et Cotter (2007) ; données pour le Canada tirées de Donaldson et al. (2000)

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Tableau 6. Tendances estimées des populations des oiseaux de rivage exprimées en taux annuels de changement.
EspècesTendance estimée
Atlantique Nord
Tendance estimée
Midwest
Grand Chevalier0,9921,011
Petit Chevalier0,9640,992
Chevalier solitaire0,937**0,972
Bécassin roux1,0181,110
Bécassine de Wilson0,9661,038

Une valeur inférieure à 1 signifie qu’il y a un déclin de la population, où chaque centième (0,01) correspond à une diminution de 1 % par année (par exemple 0,98 signifie une diminution de 2 % par année).
** valeur P < 0,01; * valeur P : de 0,01 à 0,049
Source : Données tirées de Bart et al. (2007)

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Des études poussées sur les oiseaux de rivage ont été effectuées dans l’écozone+ de la taïga du Bouclier, près de Yellowknife et de Dettah, aux Territoires du Nord-Ouest (T.N.-O.) (Johnston, 2000; Johnston et al., 2008a), et dans l’écozone+ de la taïga des plaines, près de Fort Simpson et de Wrigley, aux T.N.-O. (Johnston et al., 2008b), afin de déterminer si les oiseaux de rivage dans les écozones+ de la région boréale et de la taïga peuvent être recensés à bord d’un hélicoptère. L’utilisation de relevés aériens comme outil éventuel de surveillance des oiseaux de rivage de la région boréale et de la taïga (Sinclair et al., 2004) a été recommandée par le comité du PRISMpour la région boréale. Malheureusement, les oiseaux de rivage de la région boréale et de la taïga font rarement des envolées et, lorsqu’ils le font, ne s’envolent que dans les 10 secondes environ qui suivent le passage de l’hélicoptère; il en résulte que le nombre d’oiseaux n’est pas correctement consigné par les observateurs aériens, ce qui donne des rapports de détection très faibles, voire incalculables (nombre estimé d’oiseaux x vus des airs, divisé par le nombre réel d’oiseaux x au sol). Les relevés aériens ne sont donc pas une méthode adéquate pour obtenir des estimations précises des populations (Elliott et Johnston, 2009).

Des études au sol approfondies et coûteuses devront être effectuées à grande échelle afin d’obtenir des estimations fiables des populations et des tendances pour les oiseaux de rivage qui se reproduisent dans la région boréale et la taïga. Cependant, les connaissances sur l’écologie de la reproduction de ces espèces étant très limitées, d’autres travaux de recherche doivent être menés pour qu’on puisse concevoir un programme de surveillance efficace (Howe et al., 2000; Bart et al., 2005). Parmi les travaux de recherche et de surveillance proposés par Sinclair et al. (2004) qui sont en cours, on trouve l’utilisation de combinaisons de protocoles existants, comme celui du Relevé des oiseaux nicheurs (BBS) d’Amérique du Nord, les dénombrements ponctuels en dehors des parcours avec des données modifiées, mais complémentaires à celles du BBS, les relevés au sol pendant la saison de reproduction, ainsi que l’examen poussé des données relatives aux haltes migratoires pour en évaluer l’utilité en matière de surveillance et d’évaluation des tendances des oiseaux de rivage de la région boréale et de la taïga.

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Écozone+ des plaines hudsoniennes

Les vastes basses terres de la baie d’Hudson qui s’étendent derrière les côtes de la baie James et de la baie d’Hudson accueillent un certain nombre d’espèces nicheuses d’oiseaux de rivage. Il existe très peu d’information sur les tendances des populations. Les oiseaux de rivage ont fait l’objet d’études exhaustives à Churchill, au Manitoba, et presque toutes les études ont signalé le déclin généralisé des oiseaux de rivage et d’autres oiseaux (Jehl et Lin, 2001; Jehl, 2004). Le déclin était particulièrement marqué chez le Bécasseau semipalmé, qui était l’oiseau de rivage nicheur le plus abondant dans la région de Churchill jusque dans les années 1940, mais dont la reproduction n’y a plus été observée depuis 2004 (Allen, 1945; Gratto-Trevor, 1994; Jehl, 2007). Une situation semblable a été signalée au cap Henrietta Maria, à l’extrémité nord de la baie James, où l’espèce abondait dans les années 1970, mais qui y est devenue rare depuis 2004/2005 (G. Peck et M. Peck dans Peck et James, 1983; Cadman et al., 1987; Jehl, 2007). Ces résultats semblent concorder avec les déclins signalés du Bécasseau semipalmé en migration dans plusieurs autres régions (par exemple dans Morrison et al., 1994; Morrison et al., 2001; Bart et al., 2007; et dans d’autres travaux résumés dans Jehl, 2007). Des résultats quelque peu irréguliers ont été rapportés par Sammler et al.(2008) pour une zone d’étude située 60 km à l’est de Churchill; les résultats, obtenus à la suite de relevés réalisés le long de transects linéaires, indiquaient une augmentation des populations du Bécasseau semipalmé entre 1984 et 1999, alors que les populations de nombreuses autres espèces d’oiseaux plus grands qui construisent leurs nids au sol avaient diminué. Même si les raisons précises du déclin des populations du Bécasseau semipalmé demeurent incertaines, il ne semble pas que le déclin soit lié aux dommages considérables subis par les milieux côtiers à cause de l’augmentation des populations de la Petite Oie des neiges (Jehl, 2007; Sammler et al., 2008). Il semble plus probable que le déclin soit lié aux conditions régnant à l’extérieur des aires de reproduction (Jehl, 2007).

Les côtes de la baie d’Hudson et de la baie James sont extrêmement importantes comme couloirs migratoires pour de nombreux oiseaux de rivage qui se reproduisent dans le centre de l’Arctique canadien, en route vers les aires de nidification et en provenance de celles-ci (Morrison et Harrington, 1979). On pense qu’un grand nombre de Barges hudsoniennes volent directement de la région de la baie James jusqu’aux haltes migratoires de l’Amérique du Sud (Morrison, 1984). La baie James constitue également une zone clé pour le Bécasseau maubèche qui est en voie de disparition (COSEPAC, 2007). Aucune information n’est disponible sur les tendances relatives aux oiseaux de rivage migrateurs qui passent par la baie d’Hudson et la baie James.

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Écozone+ de l’Arctique

L’écozone+ de l’Arctique se révèle d’une grande importance, à l’échelle mondiale, pour la reproduction des oiseaux de rivage. En effet, 60 % des oiseaux de rivage nord-américains se reproduisent dans l’Arctique. On trouve, dans l’Arctique canadien à lui seul, 75 % des aires de reproduction d’Amérique du Nord pour 15 des 49 espèces d’oiseaux de rivage communes en Amérique du Nord (Donaldson et al., 2000).

À l’échelle mondiale, 44 % des tendances des populations estimées pour les oiseaux de rivage se reproduisant dans l’Arctique indiquent un déclin (Figure 8), ce qui montre que le problème est plus répandu qu’on ne le croyait (Morrison et al., 2001). De façon générale, les oiseaux qui se reproduisent dans l’Arctique, en tant que groupe, subissent un déclin de 1,9 % par année (Bart et al., 2007).

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Figure 8. Sommaire des tendances des populations des oiseaux de rivage qui se reproduisent dans l’Arctique, 2003.

graphique

Description longue pour la figure 8

Ce graphique à barres montre le sommaire des tendances des populations des oiseaux de rivage qui se reproduisent dans l'Arctique en 2003. En ce qui concerne les populations pour lesquelles les tendances sont connues, 12 %, sont à la hausse, 42 % sont stables, 44 % sont en baisse et 2 % ont possiblement disparu.

À l’échelle mondiale, les tendances des populations ont été estimées pour 52 % des oiseaux de rivage qui se reproduisent dans l’Arctique (100 populations biogéographiques de 37 espèces). La population de 12 % de ces espèces est en train de croître, la population de 42 % d’entre elles est stable, la population de 44 % d’entre elles est en train de diminuer, et 2 % de ces espèces sont possiblement disparues.
Source : Delany et Scott (2006)

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On a entrepris une analyse des données de dénombrements effectués pendant la migration automnale afin de déterminer si le nombre décroissant d’oiseaux consigné lors de ces dénombrements pouvait être expliqué par des changements dans les voies migratoires, le facteur temps ou des changements dans les taux de détection (Bart et al., 2007). Les auteurs ont conclu que les dénombrements effectués pendant la migration reflétaient très probablement une diminution réelle de la taille des populations. Ils n’ont pas trouvé d’indications d’une importante variation du nombre d’oiseaux qui migrent en suivant des voies précises, ni de changements majeurs dans les variables liées à la détection. Les taux de changement annuels ont été calculés pour la période de 1974 à 1998 pour cette étude – les résultats sont indiqués à la Figure 9dans le cas des oiseaux de rivage qui se reproduisent dans l’Arctique, et pour lesquels il existe des données de dénombrement suffisantes provenant de relevés effectués durant la migration automnale dans les régions de l’Atlantique Nord du Canada et des États-Unis ou du Midwest américain.

Figure 9. Tendances estimées au moyen des dénombrements effectués pendant la migration automnale pour les oiseaux de rivage qui se reproduisent dans l’Arctique, de 1974 à 1998.

graphique

Description longue pour la figure 9

Ce diagramme à barres montre les tendances estimées au moyen des dénombrements effectués pendant la migration automnale pour les oiseaux de rivage qui se reproduisent dans l'Arctique de 1974 à 1998. On observe des tendances annuelles à la baisse avec une importance élevée notamment chez les espèces suivantes : Pluvier argenté (5 %), Pluvier bronzé (7,2 %) et Bécasseau à poitrine cendrée (4,5 %). Des tendances annuelles à la baisse moins importantes concernent la Barge hudsonienne (3,5 %), le Bécasseau semipalmé (4 %) et le Phalarope à bec étroit (7,6 %). Des tendances annuelles à la baisse non significatives concernent le Courlis corlieu (3,3 %), le Tournepierre à collier (12,3 %), le Bécasseau maubèche (3,3 %), le Bécasseau sanderling, (3,3 %), le Bécasseau à croupion blanc (5,2 %), le Bécasseau de Baird (1 %) et le Bécasseau variable (2,6 %). Une hausse annuelle non significative de 0,4 % a été trouvée pour le Pluvier semipalmé.

AN = Relevé sur la migration dans l’Atlantique Nord; MW = Relevé sur la migration dans la région du Midwest.
Source : Données tirées de Bart
et al. (2007)

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Deux examens importants des tendances relatives aux oiseaux de rivage effectués par le comité du plan de conservation des oiseaux de rivage des É.-U. (en 2001 et en 2004) et le comité sur les oiseaux de rivage du Service canadien de la faune (en 2001) ont permis de comparer 18 espèces d’oiseaux de rivage qui se reproduisent dans l’Arctique. Les résultats obtenus sont très semblables (Tableau 7). Les deux évaluations ont montré que les populations de huit espèces subissaient un déclin significatif (Brown et al., 2001; Morrison et al., 2001; U.S. Shorebird Conservation Plan, 2004).

Tableau 7. Évaluations des tendances des populations des oiseaux de rivage qui se reproduisent dans l’Arctique.
EspècesSommaireAllez à la note 11
des
tendances
Plan de conservation
des oiseaux de
rivage (É.-U.)
Comité sur les
oiseaux de rivage
du Service canadien
de la faune
Pluvier argenté↓↓Déclin significatifDéclin significatif
Pluvier bronzé↓↓Déclin significatifDéclin significatif
Pluvier semipalmé↓?Information insuffisanteDéclin significatif
Courlis esquimau↓↓Déclin significatifEspèce probablement
disparue
Courlis corlieu↓?Déclin significatifTendances variées
Barge hudsonienneInformation insuffisanteDéclin
Tournepierre à collier↓↓DéclinDéclin significatif
Bécasseau maubèche↓↓Déclin significatifDéclin significatif
Bécasseau sanderling↓↓Déclin significatifDéclin significatif
Bécasseau semipalmé↓↓Déclin significatifDéclin significatif
Bécasseau à croupion blancInformation insuffisanteTendances variées
Bécasseau de Baird↓?Information insuffisanteDéclin
Bécasseau à poitrine cendréeInformation insuffisanteTendances variées
Bécasseau violet↓?StableDéclin significatif
Bécasseau variable↓↓Déclin significatifDéclin significatif
Bécasseau roussâtreDéclinDéclin
Phalarope à bec étroit↓↓DéclinDéclin significatif
Phalarope à bec large↓↓Déclin significatifDéclin significatif

Footnotes

Footnote 1

↓↓ tendance significative de la population au déclin; ↓ tendance de la population au déclin ou tendance probable de la population au déclin, non significative du point de vue statistique; ↔ l’information n’est pas suffisante pour déterminer avec certitude la tendance de la population (tendances variées); ↓? information contradictoire
Les tendances sont basées sur plusieurs ensembles de données localisées pour l’Amérique du Nord couvrant la période des années 1970 aux années 2000 ainsi que sur l’opinion d’experts.
Source : extrait du : U.S. Shorebird Conservation Plan (2004) ; Brown et al. (2001) ; et Morrison et al. (2001)

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Le résultat le plus inquiétant est que, au cours des trente dernières années, les tendances sont passées, pour un grand nombre d’espèces, d’un léger déclin à un déclin significatif, ce qui indique que le déclin est en cours et persistant (Morrison et al., 2001; Delany et Scott, 2006). Le déclin est observé chez des espèces ayant des stratégies et des besoins variés en matière de migration, d’habitat et de reproduction. Des recherches préliminaires effectuées par Thomas et al. (2006a) et Bart et al. (2007) n’ont montré aucun facteur commun aux espèces en déclin.

Dans le plan de conservation des oiseaux de rivage des É.-U. (Brown et al., 2001), les données sur les tendances des populations étaient combinées à cinq autres variables (l’abondance relative, les menaces pendant la saison de reproduction, les menaces en dehors de la saison de reproduction, la répartition des aires de reproduction, et la répartition des aires autres que celles de reproduction) pour créer un plan de conservation hiérarchisé. Le plan, adopté dans le Plan canadien de conservation des oiseaux de rivage(Donaldson et al., 2000), est utile parce que les espèces dont la population est stable ou légèrement en déclin, mais dont les aires d’hivernage sont menacées et dont les besoins en matière d’habitat sont très précis pour la reproduction, peuvent être plus en péril que les espèces dont les populations subissent un déclin significatif. Les espèces de première priorité sont celles qui ont été désignées « grandement en péril ». En appliquant ce plan hiérarchisé, on pense que la seule espèce arctique considérée, en 2001, comme étant « grandement en péril » (le Courlis esquimau) est disparue (Environnement Canada, 2007).

En 2004, la situation de diverses espèces a été réévaluée (U.S. Shorebird Conservation Plan, 2004), et le statut de plusieurs d’entre elles a été revu à la hausse (Tableau 8).

Tableau 8. Statut de conservation des oiseaux de rivage qui se reproduisent dans la toundra selon le plan de conservation des oiseaux de rivage des É.-U.
Espèce grandement en péril
(première priorité)
Espèce très préoccupante
(deuxième priorité)
Courlis esquimau (on croit que cette espèce est disparue)
* Bécasseau roussâtre (à l’échelle mondiale)
* Bécasseau maubèche (population de la côte atlantique et de l’Arctique canadien)
Pluvier bronzé (à l’échelle mondiale)
Courlis corlieu (populations de l’Amérique du Nord)
Barge hudsonienne (à l’échelle mondiale)
Tournepierre à collier (populations de l’Amérique du Nord)
Bécasseau maubèche (populations autres que la population de la côte atlantique et de l’Arctique canadien)
Bécasseau sanderling (populations de l’Amérique du Nord)
* Bécasseau variable (populations de l’Alaska et de l’Asie de l’Est et de l’Alaska et de la côte du Pacifique)

Les espèces dont le degré de priorité a été revu à la hausse sont indiquées au moyen d’un astérisque (*).
Source : U.S. Shorebird Conservation Plan (2004)

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Des études locales ont recensé le déclin des populations au cours de plusieurs périodes. L’analyse des haltes migratoires de la côte atlantique de 1972 à 1983 (Howe et al., 1989) a permis de découvrir le déclin significatif du Pluvier argenté (le nombre d’individus diminue de 5,4 % par année), du Courlis corlieu (-8,3 % par année) et du Bécasseau sanderling (-13,7 % par année). Les populations nicheuses du Phalarope à bec large (Phalaropus fulicarius), du Pluvier argenté et du Pluvier bronzé ont diminué de façon significative, soit respectivement de 76 %, de 87 % et de 79 %, dans les basses terres de Rasmussen (centre de l’Arctique) durant une période de 20 ans (Gratto-Trevor et al.,1998). Compte tenu de l’intervalle prolongé qui sépare les études, une fluctuation naturelle des populations résultant d’une série de mauvaises saisons de reproduction, plutôt qu’un déclin persistant et continu des populations, pourrait expliquer les différences existant entre les deux périodes d’étude, mais il peut également s’agir d’un déclin réel au sein de ces espèces (Gratto-Trevor  et al., 1998).

Une étude effectuée au bassin Foxe (îles Air Force et Prince-Charles) a permis de constater le déclin significatif des populations du Bécasseau à croupion blanc (-61 %) et du Phalarope à bec large (-43 %) sur une période de huit ans (de 1989 à 1997) (Johnston et Pepper, 2009). Dans le cas du Phalarope à bec large, le déclin était encore plus marqué dans la baie East (île de Southampton), où l’on a découvert un déclin de 93 % sur une période de six ans (de 1999 à 2005) (Pirie et al., 2012). Au cours de la même période, la population de toutes les espèces d’oiseaux de rivage (n = 5) présentes dans la baie East, a diminué de plus de 90 %. En 2007, on a constaté une légère remontée des populations atteignant environ 33 % des valeurs originales de 1999. La remontée coïncidait avec une année d’abondance des lemmings (par conséquent, un faible taux de prédation) (Pirie et al., 2012).

La comparaison de six études qualitatives de l’abondance des oiseaux réalisées entre 1930 et les années 1990, près de Churchill, au Manitoba, a montré que le Bécasseau semipalmé, le Bécasseau à échasses et le Phalarope à bec étroit avaient subi une « forte décroissance », et que le Bécasseau variable (Calidris alpina)avait subi une « décroissance » (Jehl et Lin, 2001). On a également constaté un grand déclin du Bécasseau semipalmé et du Phalarope à bec étroit dans la baie La Pérouse, au Manitoba (40 km à l’est de Churchill) (Gratto-Trevor, 1994).

Une des principales lacunes actuelles nuisant à l’établissement des tendances des populations pour les espèces d’oiseaux de rivage qui se reproduisent dans l’Arctique est l’absence de deux estimations fiables des populations. Dans de nombreux cas, des relevés exhaustifs des oiseaux de rivage effectués dans les aires de reproduction arctiques ont permis de revoir à la hausse l’estimation de la population mondiale pour une espèce donnée (Johnston et al., 2000; Latour et al., 2005; Johnston et Pepper, 2009). Cette augmentation ne signifie pas qu’il y a eu une réelle croissance de la population mondiale, mais indique plutôt que les estimations initiales des populations étaient probablement à la baisse (Brouwer et al., 2003; Morrison et al., 2006). Dans le cadre du programme de grande envergure PRISM, qui comprend une composante arctique, on a réalisé la première moitié d’un programme pluriannuel de relevés, qui produira des estimations des populations continentales pour 19 espèces d’oiseaux de rivage qui se reproduisent dans l’Arctique nord-américain. Une fois la première série de relevés terminée, une deuxième série sera effectuée pour évaluer les tendances propres à certaines espèces ainsi que celles des populations à l’échelle de l’Arctique nord-américain (Skagen et al., 2003; Bart et Earnst, 2004; Bart et al., 2005; Bart et Johnston (éd.), 2012).

On propose, entre autres, comme causes du déclin des populations d’oiseaux de rivage : la perte des haltes migratoires et de l’habitat d’hivernage et les caractéristiques du cycle biologique (c.-à-d. le comportement migratoire, le cycle biologique, la biogéographie), qui pourraient prédisposer les populations d’oiseaux de rivage au déclin. On s’attend à ce que le déclin des populations soit accéléré par les changements de l’habitat dans les aires de reproduction arctiques.

Étant donné qu’un grand nombre d’oiseaux de rivage migrent sur de longues distances en grands groupes et qu’ils ne s’arrêtent qu’à très peu de haltes migratoires, la perte d’une ou de deux des principales haltes pourrait avoir d’importantes répercussions sur leurs populations. La diminution de la disponibilité de la nourriture dans les haltes qui subsistent peut aussi avoir de grandes conséquences sur les populations, parce que les oiseaux risquent de ne pas pouvoir suffisamment se ravitailler pour être en mesure de se rendre à la prochaine halte, ou de ne pas pouvoir accumuler les réserves corporelles essentielles à leur survie et à la réussite de leur reproduction (Senner et Howe, 1984; Donaldson et al., 2000; Morrison et al., 2001; Baker et al., 2004; Morrison et al., 2004; Morrison et al., 2007). Une analyse des tendances des populations des oiseaux de rivage en Amérique du Nord a montré que les espèces suivant des voies migratoires continentales (par opposition aux voies migratoires côtières ou océaniques) étaient les plus susceptibles de subir un déclin en raison de la modification et de la perte d’écosystèmes (Thomas et al., 2006a; Bart et al., 2007). Les oiseaux qui migrent par le continent utilisent des petits étangs et milieux humides temporaires qui sont répartis sur une grande zone. Il est difficile de délimiter ces milieux humides et étangs aux fins des initiatives de conservation, ce qui rend plus ardue leur protection par comparaison à celle des grandes haltes migratoires (Thomas et al., 2006a). On connaît très peu les haltes de l’Arctique à cause de leur éloignement. Des observations effectuées sur un segment de 200 km le long de la ligne de côte dans la région de Kivalliq (nord-ouest de la baie d’Hudson) au cours de la migration du printemps 2008 ont révélé la présence de centaines d’oiseaux migrateurs, dont l’aire de nidification est située dans l’Extrême-Arctique, qui se nourrissaient d’insectes dans les lignes de varech, en chemin vers le nord (Johnston et Rausch, données non publiées). On ne connaît pas l’importance de telles haltes par rapport à la migration et à la réussite de la reproduction subséquente.

La perte ou la détérioration de l’habitat dans les aires autres que celles de reproduction attribuables aux activités humaines comme la pollution par les hydrocarbures (Harrington et Morrison, 1980), le dragage mécanique ou la pêche (Piersma et al., 2001), la transformation des Prairies et des milieux humides indigènes aux fins d’agriculture (Isacch et Martinez, 2003; Shepherd et al., 2003) et l’exploitation des plages marines et les activités touristiques qu’on y pratique (Blanco et al., 2006), pourraient causer le déclin des populations (Thomas et al., 2006a). Un autre facteur complique l’évaluation de l’importance de l’habitat d’hivernage, à savoir le fait qu’on possède très peu de connaissances sur les ressources alimentaires dans les aires d’hivernage (Morrison et al., 2004). On a toutefois constaté que les menaces qui pèsent sur les aires d’hivernage n’ont qu’une incidence mineure sur la probabilité de déclin de la population d’une espèce (Thomas et al., 2006a).

Il semble que la biologie intrinsèque des espèces d’oiseaux de rivage rende leurs populations plus susceptibles au déclin. On pense que le comportement migratoire (notamment la distance parcourue et les voies choisies) est le facteur intrinsèque le plus déterminant, car un plus grand nombre d’oiseaux qui migrent par le continent, comparé à ceux qui migrent par les côtes ou les océans, sont en déclin (Thomas et al., 2006a). Les caractéristiques phylogénétiques, comme la taille du corps et des couvées, la durée de la vie et la proximité génétique, semblent peu influer sur le déclin des populations, mais lorsque la taille des couvées est petite, le rétablissement d’une population à la suite d’un déclin risque d’être lent (Myers et al., 1987). La sélection sexuelle pourrait avoir une incidence sur le déclin des populations, étant donné que les populations de la plupart des espèces socialement polygames sont en déclin alors que celles des espèces socialement monogames sont stables ou à la hausse. Néanmoins, les données ne sont pas concluantes. Les espèces d’oiseaux de rivage dont les populations présentent une tendance au déclin n’ont pas de facteurs intrinsèques clairs qui leur soient communs, et des facteurs extrinsèques sont probablement la cause principale de leur déclin (Thomas et al., 2006a; Thomas et al., 2006b; Bart et al., 2007).

On s’attend à ce que les changements de l’habitat dans l’Arctique causés par les changements climatiques aient un effet aggravant sur les tendances au déclin des populations des oiseaux de rivage qui se reproduisent dans l’Arctique (Bart et al., 2007). Ces derniers sont adaptés aux conditions météorologiques de l’Arctique qui varient d’une année à l’autre, pendant la saison de reproduction. Toutefois, leur stratégie de cycle biologique classique (taux de reproduction faible et longue durée de vie) rend plus difficile leur adaptation aux changements climatiques accélérés, ce qui rend leurs populations plus vulnérables au déclin que d’autres groupes (Donaldson et al., 2000; Meltofte et al., 2007). Parmi les effets des changements climatiques accélérés sur l’habitat de reproduction, mentionnons l’assèchement des étangs de toundra (Walsh et al., 2005; Smol et Douglas, 2007), l’empiètement des arbustes (Callaghan et al., 2005) et l’asynchronie entre l’éclosion des oisillons et celle des insectes (Tulp et Schekkerman, 2006).

La synchronie entre l’éclosion des oisillons d’espèces d’oiseaux de rivage et le moment culminant de l’émergence des insectes n’est pas aussi cruciale que l’éclosion des oisillons à un moment où les ressources alimentaires sont suffisantes. La disponibilité des ressources alimentaires dépend beaucoup des conditions météorologiques, et des ressources suffisantes ne sont disponibles que pendant 40 % de la saison des insectes (Tulp et Schekkerman, 2008). Le moment culminant de l’émergence des insectes s’est produit entre le 8 juillet et le 23 juillet, 75 % du temps, pendant la période d’étude de 33 ans. La date la plus hâtive et la date la plus tardive du moment culminant de l’émergence des insectes ont été enregistrées au cours d’années consécutives, ce qui montre que la date du moment culminant de l’émergence n’avance pas de façon linéaire dans le temps. En général, la date du moment culminant de l’émergence des insectes ainsi que la plage de dates où la disponibilité des ressources alimentaires est suffisante pour la croissance normale des oisillons surviennent plus tôt dans la saison (Tulp et Schekkerman, 2008). Étant donné que les oiseaux de rivage de l’Arctique synchronisent le début de la nidification avec la fonte des neiges, l’avancement dans le temps du moment de l’émergence des insectes n’est pas critique pour la survie des oisillons issus des premières couvées. Cela pourrait, cependant, devenir un problème grave pour les oisillons issus des dernières couvées, ou des secondes pontes (couvées plus tardives pour remplacer un nid précédent non productif), parce que l’éclosion aura lieu trop tard dans la saison pour que les oisillons aient suffisamment de nourriture (Meltofte et al., 2007). Des études supplémentaires sont nécessaires afin de déterminer si l’avancement dans le temps de la fonte des neiges se produit au même rythme que celui de l’émergence des insectes, ce qui permettrait aux oiseaux de faire leur nid plus tôt. On ne sait pas si les oiseaux de rivage seront en mesure d’adapter leurs stratégies de migration pour arriver plus tôt dans les aires de reproduction, en raison d’une saison sans neige plus hâtive. Les espèces qui font une dernière halte, avant d’arriver à l’aire de reproduction, à des latitudes plus proches de l’Arctique, auront peut-être plus de succès que les espèces qui utilisent des signaux internes liés à la durée du jour pour entamer la migration en provenance d’aires d’hivernage très éloignées (Tulp et Schekkerman, 2008).

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