Espèces présentant un intérêt particulier

Poissons utilisant des habitats d’eau douce

Des poissons sont présents dans presque tous les habitats aquatiques, et ils représentent le plus important groupe de vertébrés au monde1. Bien que l’eau douce soit relativement rare à l’échelle mondiale, couvrant seulement 1 % de la surface de la Terre, environ 43 % des 29 000 à 32 000 espèces de poissons vivent en eau douce pendant au moins une partie de leur vie2, 3. Avec plus de 8500 rivières et deux millions de lacs, couvrant presque 9 % de la superficie totale du territoire4, le Canada a une part disproportionnée des habitats d’eau douce du monde, mais compte seulement environ 200 espèces de poissons d’eau douce et de poissons diadromes indigènes. (Les poissons diadromes effectuent une partie de leur cycle vital en mer et une autre partie en eau douce2.)

Les poissons sont parmi les ressources naturelles les plus importantes du monde, fournissant de nombreux biens et services, y compris une prise mondiale annuelle de 92 millions de tonnes; 10,1 millions de tonnes provenant d’eaux intérieures, dont la majorité est constituée d’eau douce5. La prise commerciale en eau douce au Canada est de plus de 32 000 tonnes, ayant une valeur de près de 68 millions de dollars6.

Cette partie est sous-divisée en fonction des quatre sujets suivants :

Monde

Tendances mondiales

On estime que 37 % des poissons d’eau douce du monde sont menacés d’extinction17.

Poissons d’eau douce et poissons diadromes indigènes en péril

Nombre d’espèces disparues du pays, en péril, menacées ou préoccupantes
Graphe : Poissons d’eau douce et poissons diadromes en péril. Cliquez pour obtenir une description du graphique (nouvelle fenêtre).
Remarque : Les poissons diadromes fréquentent tant l’eau de mer que l’eau douce. Les tendances tiennent compte de changements dans la situation des espèces ainsi que de l’ajout de nouveaux renseignements.

Sources : Données compilées par Hutchings, 20108, à partir de Hutchings et Festa-Bianchet, 20097 et COSEPAC, 20109.

 

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a évalué 18 % (35 espèces) des poissons d’eau douce et des poissons diadromes comme étant en voie de disparition ou menacés dans l’ensemble de leur aire de répartition ou dans certaines parties de celle-ci. Cinquante-huit espèces (29 %) ont été évaluées comme étant en péril, ce qui comprend les espèces évaluées comme étant disparues du pays et préoccupantes, ainsi que celles qui sont en voie de disparition ou menacées7-9. Le nombre de poissons en péril augmente depuis les années 1980. Les principales causes du déclin des populations de poissons d’eau douce canadiens sont la perte et la fragmentation de leurs habitats – causées par les barrages, les déversoirs, les routes et la dégradation de la zone riveraine – et les espèces aquatiques non indigènes3, 10-12. La surpêche, la pollution, les changements climatiques et les interactions des espèces sauvages et des espèces d’élevage sont également associés au déclin des populations de poissons d’eau douce2

L’esturgeon, une espèce en péril

Photo : L’esturgeon jaune © Traci JensenChacune des 24 espèces d’esturgeons au monde est en péril, quoiqu’il y ait différentes définitions du terme « en péril ». Deux des cinq espèces au Canada sont classées comme étant en voie de disparition ou menacées13. L’esturgeon blanc, le plus grand poisson d’eau douce au Canada, est limité à la côte ouest de l’Amérique du Nord14. Sa taille (une longueur pouvant atteindre six mètres), sa longévité (plus de 100 ans) et son âge de maturité tardif (entre 14 et 30 ans) le rendent particulièrement vulnérable à la surexploitation et à la dégradation de son habitat15. Parmi les six populations d’esturgeon blanc de la Colombie-Britannique, trois sont en déclin (Columbia, Kootenay, Nechako), une est actuellement plus stable avec certaines fluctuations (cours inférieur du Fraser), et deux sont stables (cours moyen et supérieur du Fraser). Le faible taux de survie des juvéniles, lié aux détournements de rivière, aux changements dans la quantité et la qualité des sédiments et à la régularisation du débit d’eau, ainsi que les barrages, constituent les principales raisons de la mise en péril des trois populations en déclin15, 16.

Populations d’esturgeons blancs de la rivière nechako
Production de juvéniles, de 1945 à 1990
Graphe: Production de l’esturgeons blancs juvéniles de la Rivière Nechako.  Cliquez pour obtenir une description du graphique (nouvelle fenêtre).
Source: McAdam et al., 200516.

L’esturgeon jaune a auparavant fait l’objet de pêche commerciale soutenue à grande échelle. Des réductions de population de 50 à 98 % ont été observées dans les rivières de l’Ouest canadien, et l’esturgeon jaune est disparu de la rivière Rouge, de la rivière Assiniboine et du lac Winnipeg. Les populations des Grands Lacs ont été réduites à une fraction de leur taille originale, et les populations dans la rivière des Outaouais et le fleuve Saint-Laurent indiquent de récents déclins. Avant la fin du siècle dernier, la surpêche constituait la principale menace pour l’esturgeon jaune. Au cours des dernières années, les déclins ont été attribués à la fragmentation et à la dégradation des habitats dans les Grands Lacs, et ailleurs, les causes incluent également la surpêche, les barrages, les contaminants et les espèces envahissantes13.

Anguille d’Amérique

Anguille d’Amérique en Ontario
Nombre (en milliers) moyen d’anguilles par jour au barrage hydroélectrique R.H. Saunders, de 1974 à 2005
Graphe : Anguille d’Amérique en Ontario. Cliquez pour obtenir une description du graphique (nouvelle fenêtre).
Remarque : Aucune donnée disponible pour 1996.
Source: Adapté de Ministère des Richesses naturelles de l’Ontario, 201034.

L’anguille d’Amérique est un exemple d’espèce auparavant abondante qui est à l’heure actuelle inscrite en tant qu’espèce préoccupante par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC). Depuis les années 1970, les populations ont connu un déclin de 99 % dans le corridor fluvial du Saint-Laurent34, dans le corridor fluvial du Saint-Laurent34, et des déclins moins extrêmes ont été observés tant dans l’estuaire du fleuve Saint-Laurent que dans le golfe du Saint-Laurent35, 36. La longue durée de vie des anguilles d’Amérique, combinée avec leurs grandes distances de migration pouvant atteindre 4500 km, les rendent vulnérables à un vaste éventail de facteurs de stress, tels que la mortalité dans les turbines hydroélectriques, les obstacles physiques tels que les barrages, la pêche excessive et la modification de leur habitat. Les changements climatiques, donnant lieu à des changements dans les courants océaniques qui transportent les larves d’anguilles à partir des lieux de fraie, peuvent également contribuer aux déclins de population. Auparavant, l’anguille d’Amérique alimentait tant la pêche de subsistance que la pêche commerciale au Canada36.

Poissons-proies dans les Grands Lacs

Tendances des biomasses de poissons-proies en fonction de relevés annuels au chalut de fond
Carte et graphiques : Tendances pour les populations de poissons­proies dans les Grands Lacs. Cliquez pour obtenir une description du graphique (nouvelle fenêtre).
Source: Tendances des biomasses de poissons-proies en fonction de relevés annuels au chalut de fond37.

Le terme « poisson-proie » désigne les espèces de poisson qui constituent les principaux aliments des poissons commerciaux et des poissons de sport populaires. Un poisson est jugé un poisson-proie s’il demeure de petite taille, s’alimente habituellement à partir de zooplancton ou d’espèces de fond, et que sa population est suffisamment abondante pour alimenter une population de poissons prédateurs38. Les poissons-proies constituent la majorité de la biomasse de poissons et constituent le fondement des pêches des Grands Lacs (voir pêche commerciale), puisqu’ils sont mangés par les poissons prédateurs tels que la truite, le doré jaune et l’achigan. Les poissons-proies incluent les espèces indigènes telles que le chabot visqueux, l’omisco, le cisco et le cisco de fumage, ainsi que les espèces non indigènes telles que le gaspareau, l’éperlan arc-en-ciel et le gobie à taches noires. Les déclins de populations de poissons-proies surviennent depuis les années 1980 et 1990. Les causes les plus probables consistent en l’ensemencement du saumon du Pacifique, qui a eu pour but de réduire les populations non indigènes de poissons-proies; la réduction des éléments nutritifs; et la présence des moules zébrées et quaggas, qui sont des espèces non indigènes qui filtrent les éléments nutritifs de la colonne d’eau et réduisent la quantité de nourriture pour les invertébrés mangés par les poissons proies37.

Photo : Saumon rouge  © iStock.com/Rkoopmans
Saumon rouge

Saumon

Les lacs et les rivières du Canada fournissent des habitats de fraie pour cinq espèces de saumon sauvage sur la côte Ouest18 et une espèce sur la côte Est. Le saumon sauvage constitue une denrée de base pour les peuples autochtones, et cette espèce est un fondement de leur culture19, 20. Il est à la base des pêches commerciales et pêches récréatives, ainsi que des activités de pêche pratiquées par les Autochtones à des fins de subsistance ou à des fins cérémoniales ou sociales sur les deux côtes20, 21. Le saumon sauvage est vénéré par la population canadienne, en partie en raison du côté mystique de son cycle de vie : après avoir grandi dans l’océan, il effectue une migration sur de grandes distances pour frayer en eau douce.

Retours du saumon rouge du fleuve Fraser

Nombre de saumons (en millions) durant la montaison, de 1952 à 2009
Quatre graphiques : Quatre cohortes des retours du saumon rouge du fleuve Fraser. Cliquez pour obtenir une description du graphique (nouvelle fenêtre).
Remarque : Pour la majorité des saumons rouges, il faut quatre ans pour retourner frayer après l’éclosion.
Source: Adapté de Lapointe, 201022.
Retours du saumon rouge du fleuve Fraser
Moyenne courante sur 4 ans de l'indice de productivité (retours/geniteur), de 1952 à 2009
Graphe : Retours du saumon rouge du fleuve Fraser. Cliquez pour obtenir une description du graphique (nouvelle fenêtre).
Source: Adapté de Pêches et Océans Canada (MPO), 201023.

 

Le fleuve Fraser est légendaire pour ses migrations de saumon rouge. Depuis les années 1990, le nombre de saumons rouges de montaison a varié grandement, selon la cohorte (voir les graphiques des quatre cohortes ci-dessus), alors que le taux de survie – la proportion de poissons qui atteignent l’âge adulte et reviennent frayer – a connu un déclin. En 2009, seulement 1,5 million de saumons rouges adultes ont effectué une montaison – le plus petit nombre depuis 1947. Un groupe scientifique étudiant les preuves de déclin du nombre d’adultes de montaison a conclu que la principale cause consiste en des conditions physiques et biologiques défavorables dans le détroit de Georgia, combinées avec des agents pathogènes d’eau douce et d’eau salée23, 24. En 2010, les estimations de mi-été prévoyaient la plus importante migration de saumon rouge du fleuve Fraser depuis 191325.

Certaines années, le réchauffement des eaux et la réduction des débits en raison des changements climatiques ont eu une incidence sur la migration, la fraie et le succès de reproduction du saumon. La survie et la fraie du saumon rouge se détériorent lorsque la température des rivières augmente au-delà des seuils associés aux stocks26, 27. Depuis les années 1950, les températures d’été moyennes dans le fleuve Fraser ont augmenté d’environ 1,5 °C26, 28. Cette tendance est susceptible de se poursuivre, augmentant la probabilité d’exposition du saumon rouge à des températures de l’eau qui nuiront à sa survie29.

Tendances des populations du saumon atlantique

Nombre de poissons (en centaines), de 1970 à 2005
Carte et graphiques: Tendances des populations du saumon Atlantique. Cliquez pour obtenir une description du graphique (nouvelle fenêtre).
Source: Adapté de Gibson et al.,200630

Le retour du saumon atlantique dans bon nombre de rivières en Amérique du Nord a connu un déclin depuis les années 1980 ou 1990, les populations du nord connaissant une hausse et les populations du sud demeurant à des niveaux faibles30. Par exemple, dans les rivières de l’intérieur de la baie de Fundy, des montaisons de 30 000 à 40 000 poissons dans le milieu des années 1980 ont été réduites à quelques centaines de poissons, et dans le sud de la Nouvelle-Écosse, la majorité du saumon existe uniquement en tant que population relique ou est disparu de la région31, 32. Bien que les facteurs contribuant à la faible survie en mer demeurent principalement inconnus, les déclins des populations d’eau douce découlent de l’incidence des barrages, de la perte de frayères, des espèces envahissantes, des augmentations de température des cours d’eau, de l’envasement, des contaminants33, du braconnage20 et, dans le sud de la Nouvelle-Écosse, de dépôts acides20, 32.

Photo : Pêcheurs récréatifs, lac de l’intérieur de la Colombie-Britannique © iStock.com/MarvinBeatty
Lac de l’intérieur de la Colombie-Britannique

Pêche commerciale en eaux douces

Production piscicole commerciale dans le lac Winnipeg
Tonnes (en milliers), de 1883 à 2006
Graphe : Production piscicole commerciale dans le lac Winnipeg. Cliquez pour obtenir une description du graphique (nouvelle fenêtre).
Source: Adapté de Manitoba Water Stewardship Fisheries Branch, cité dans Shipley et Kling, 201039.

Les lacs et les rivières du Canada soutiennent d’importantes pêches commerciales. Le lac Winnipeg soutient la plus importante pêche commerciale au Manitoba, évaluée à environ 20 millions de dollars par an. La production piscicole commerciale a été très variable dans le lac Winnipeg au cours des 125 dernières années, tant en ce qui a trait aux espèces qu’à la quantité de poissons pêchés. Par exemple, un déclin important de la production piscicole des années 1940 jusqu’aux années 1960 a été suivi d’une augmentation depuis les années 1970. La production de doré jaune se situe actuellement à des sommets historiques et représente l’espèce de pêche la plus importante. Le doré noir, par contre, connaît un déclin depuis les années 1970. Le doré jaune profite de l’invasion de l’éperlan arc-en-ciel et de l’enrichissement en éléments nutritifs. On estime que ces mêmes facteurs contribuent au déclin du doré noir39, 40.

La pêche commerciale des Grands Lacs a une valeur au quai, en Ontario, qui varie entre 29 et 37,5 millions de dollars par an de 2004 à 200841, générant ainsi 850 millions de dollars par année en retombées directes et indirectes pour l’économie de l’Ontario. La récolte commerciale globale connaît un déclin depuis les années 1980. Les principales espèces récoltées à l’heure actuelle sont le doré jaune et la perchaude, toutes deux des espèces indigènes, ainsi que l’éperlan arc-en-ciel, une espèce non indigène42. La surpêche et la prédation par la lamproie marine non indigène ont mené à l’effondrement des populations de touladis à la fin des années 1950. La restauration, y compris l’ensemencement, a permis de maintenir une pêche, et le touladi se reproduit à l’heure actuelle dans le lac Supérieur et le lac Huron37, 43.

Pêche récréative en eaux douces

Nombre de poissons (en millions), de 1995 à 2005
Graphe : Pêche récréative en eaux douces. Cliquez pour obtenir une description du graphique (nouvelle fenêtre). Photo : Pêcheur récréatif © Rob Stenner.
Source: Adapté d’Orok et Johnson, 200544.

Environ 3,2 millions de personnes ont participé à la pêche récréative en eaux douces ou à la pêche à la ligne en 2005, en baisse par rapport à 4,2 millions de personnes en 1995. La réduction du nombre de pêcheurs à la ligne a donné lieu à une réduction du nombre de poissons pris et du nombre de poissons retenus. Elle a également eu une incidence économique. Les dépenses directes sur la pêche à la ligne se chiffraient à environ 2,5 milliards de dollars en 1995, en 2000 et en 2005. Bien que la valeur en dollars des dépenses n’ait pas changé, cela représente une baisse de 19 % en dépenses sur 10 ans lorsque corrigée en fonction de l’inflation. Les pêcheurs à la ligne ciblent certaines des mêmes espèces visées par la pêche commerciale, notamment le doré jaune et la perchaude, bien que d’autres espèces, telles que l’omble de fontaine, la truite arc-en-ciel, l’achigan et le grand brochet, soient également importantes. En 2000, l’Année des volontaires, les pêcheurs à la ligne canadiens ont consacré plus d’un million de jours au nettoyage d’habitats et à d’autres activités liées à l’amélioration de la pêche récréative44, 45.