Espèces présentant un intérêt particulier

Oiseaux

Les oiseaux sont présents partout, il sont facile à observer, ils se nourrissent à différents niveaux trophiques et réagissent aux changements environnementaux, ce qui fait d’eux de bons indicateurs de la santé des écosystèmes. Les oiseaux jouent un rôle écologique important en servant de nourriture à d’autres espèces, en dispersant les graines, en contrôlant les insectes, en pollinisant les plantes et en modifiant l’habitat. Beaucoup d’espèces ont également une importance économique et culturelle. En effet, les oiseaux sont à la fois source de nourriture, de loisir et de plaisir pour les humains, ils font l’objet d’études variées et, enfin, ils jouent un rôle important au sein de nombreuses cultures.

Au cours des 20 dernières années, l’état des oiseaux s’est détérioré dans le monde, de plus en plus d’espèces étant sur le point de disparaître1. Un fait particulièrement préoccupant est le déclin d’espèces autrefois communes1. Au cours des 40 dernières années, la population de 20 espèces d’oiseaux communes de l’Amérique du Nord a diminué de plus de la moitié1, 2. De plus, l’aire de répartition des oiseaux se déplace vers le nord en raison des changements climatiques; près de 60 % des 305 espèces observées en Amérique du Nord durant l’hiver se sont déplacées vers le nord, de 1,4 km par année en moyenne (56 km au cours des 40 dernières années)3, et les aires de reproduction des espèces du sud de l’Amérique du Nord se sont déplacées vers le nord, de 2,4 km par année en moyenne4.

Le Canada fournit des habitats essentiels de reproduction, de migration et d’hivernage à un important pourcentage des populations mondiales de nombreuses espèces. Néanmoins, l’état et les tendances des oiseaux au Canada ne sont que partiellement compris. Il existe des données de qualité pour beaucoup d’espèces, particulièrement dans le sud du Canada, mais pour beaucoup d’autres, seules des données localisées existent, notamment dans le Nord.

Cette partie est sous-divisée en fonction des quatre sujets suivants :

Monde

Tendances Mondiales

À l’échelle planétaire, plus de 150 espèces d’oiseaux ont disparu depuis le 16e siècle, et une espèce sur huit est menacée d’extinction à l’heure actuelle. Au cours des 20 dernières années, on a observé une diminution régulière des espèces d’oiseaux des écosystèmes terrestres, d’eau douce et marins. Entre 1988 et 2008, le statut de 225 espèces d’oiseaux est passé à un niveau de risque supérieur1.

Photo : Bécasseaux d’Alaska  © Jason Puddifoot
Bécasseaux d’Alaska

Oiseaux de rivage

Soixante pour cent (60 %) des oiseaux de rivage de l’Amérique du Nord se reproduisent dans l’Arctique, l’Arctique canadien représentant 75 % de l’aire de reproduction de 15 à 49 espèces communes5. Au Canada se trouvent également des sites de migration qui ont une grande importance, dont trois sont importants à l’échelle de l’hémisphère : la baie de Fundy, l’estuaire du fleuve Fraser et les lacs Chaplin, Old Wives et Reed en Saskatchewan6. Quelques sites de reproduction dans le sud, par exemple les Prairies, ont une importance à l’échelle mondiale pour certaines espèces7.

Au Canada, les données sur les populations d’oiseaux de rivage sont incomplètes, mais la plupart indiquent une tendance à la baisse7-9. Des 35 espèces examinées en 2000, 49 % affichaient une tendance négative significative dans un secteur de leur aire de répartition5. Parmi les ensembles de données les plus complets du Canada, mentionnons le Relevé des oiseaux nicheurs et l’Atlantic Canada Shorebird Survey. Selon les résultats de ces relevés :

  • entre 1976 et 2007, les populations de 4 des 12 espèces d’oiseaux de rivage (33 %) se reproduisant dans le sud du Canada ont diminué de façon significative. Aucune augmentation significative n’a été observée10;
  • entre 1974 et 2006, les populations de 5 des 15 espèces migratrices d’oiseaux de rivage (33 %) sur la côte de l’Atlantique présentaient des déclins significatifs11, 12.

Les causes possibles du déclin des oiseaux de rivage sont entre autres la perte et la dégradation de l’habitat, les changements climatiques, la modification des régimes de prédation (p. ex., l’augmentation du nombre de Faucons pèlerins peut pousser les oiseaux de rivage à se déplacer plus rapidement vers une autre zone, ce qui se traduit par un déclin apparent13), les perturbations anthropiques, les contaminants et les maladies5. On prévoit une accélération de ces changements en raison des modifications prévues dans l’habitat de reproduction dans l’Arctique14 ainsi que des inondations et des sécheresses ailleurs dans l’aire de répartition des oiseaux de rivage7, lesquelles seront provoquées par les changements climatiques.

Photo : Fous de Bassan © John Chardine
Les populations de Fous de Bassan comme celle-ci sur l’île Bonaventure, au Québec, ont augmenté en Amérique du Nord depuis les années 1950

Tendances de l’état des populations d’oiseaux de mer reproductrices au Canada

Nombre de populations dans chaque catégorie
Graphe : Tendances de l’état des populations d’oiseaux de mer reproductrices. Cliquez pour obtenir une description du graphique (nouvelle fenêtre).
Remarques : Seules les populations dont les populations reproductrices sont importantes, pour lesquelles des ensembles de données à long terme existent et qui ne sont pas touchées par l’activité humaine terrestre sont incluses.
Source: Adapté de Gaston et al., 200915.

 

 

 

Dans le monde entier, la situation des oiseaux de mer se détériore plus rapidement que celle de n’importe quel autre groupe d’oiseaux1. Au Canada, les tendances varient selon la région et sont le résultat d’une variété de facteurs, y compris les changements climatiques, les prises accessoires, l’extraction des ressources, le transport et la pollution15-20. Une tendance à la reproduction plus hâtive ainsi que des modifications de l’alimentation et de l’état de la population21-23 ont été observées chez plusieurs populations24.

  • Pacifique – Les populations du Sud, qui sont influencées par les variations de température à la surface de la mer, lesquelles sont liées à la remontée du courant de Californie, sont en déclin depuis les années 197015. Ce phénomène s’expliquerait en partie par une mauvaise synchronisation entre la période de reproduction et la saison où la nourriture est la plus abondante25. Les populations au nord de l’influence du courant ont cependant généralement augmenté depuis les années 198015.
  • Atlantique – Avant 1990, les populations affichaient généralement une tendance positive. Cependant, un événement important de courant froid survenu en 1990, qui coïncidait avec une période de surpêche, a perturbé les réseaux trophiques26-29, rmodifiant immédiatement l’alimentation, l’état des populations et les populations mêmes, particulièrement chez les goélands24. Les populations de la plupart des oiseaux de mer plongeurs ont augmenté durant cette période, en partie en raison de la fermeture de la pêche au filet maillant, qui causait la noyade d’un nombre important d’oiseaux30.
  • Arctique – À l’exception des populations de Mouettes blanches, qui diminuent rapidement, les changements se produisent lentement au sein des populations d’oiseaux de mer Arctiques et sont possiblement le résultat d’événements qui surviennent dans les aires d’hivernage du nord-ouest de l’Atlantique31, 32. Les changements de l’alimentation et de la croissance observés pourraient être liés à la diminution de la glace de mer dans la baie d’Hudson. Cela pourrait avoir des répercussions négatives sur les populations à long terme32. À l’opposé, dans le Haut-Arctique, la diminution de la glace de mer pourrait présenter des avantages pour les oiseaux33, 34.

Photo : Mouettes blanches © Mark Mallory
Mouettes blanches

 

Photo : Canards © iStock.com/4loops

Sauvagine

Depuis 1948, le Canada et les États-Unis effectuent en coopération le suivi de la sauvagine. Les préoccupations suscitées par le déclin des populations dans les années 1980 ont conduit à l’élaboration d’une grande initiative de coopération internationale, le Plan nord-américain de gestion de la sauvagine, qui vise à s’attaquer à ces déclins. Bien que les populations de canards fluctuent beaucoup d’une année à l’autre et d’une région à l’autre, la tendance générale pour la plupart des canards reproducteurs de l’intérieur indique que les populations ont augmenté ou n’ont pas changé de façon significative entre 1961 et 200943, 44. Néanmoins, les populations de certaines espèces demeurent faibles, par exemple celles du Canard pilet, du Canard d’Amérique et celles du Fuligule milouinan et du Petit fuligule qui ont diminué de façon significative dans les prairies et dans l’ouest de la région boréale43, 44.

Tendances démographiques du Fuligule à collier et du Petit Fuligule et du Fuligule milouinan dans l’ouest de la région boréale

Millions, de 1961 à 2009
Deux graphes montrant les tendances démographiques du fuligule à collier et du petit fuligule et du filigule milouinan de la région boréale. Cliquez pour obtenir une description du graphique (nouvelle fenêtre).
Source : Comité sur la sauvagine du Service canadien de la faune, 200943.

 

 

 

Carte montrant la situation géographique de la région boréale de l'ouest. Cliquez pour obtenir une description du graphique.

 

 

 

 

 

 

Environ 70 % des Fuligues à collier et des Petits Fuligules et des Fuligules milouinans se reproduisent dans l’ouest de la forêt boréale du Canada et beaucoup de caractéristiques du cycle vital de ces espèces sont semblables45. Cependant, les populations de Petits Fuligules et de Fuligules milouinans ont diminué de 1,7 % par année en moyenne entre 1961 et 2009, tandis que celles du Fuligule à collier ont augmenté de 2,5 % par année43. Les raisons du déclin des populations de Petits Fuligules et de Fuligules milouinans ne sont pas claires, mais selon les hypothèses avancées, la contamination ou la modification des ressources alimentaires et la diminution de la survie des femelles ou du succès de reproduction, attribuables à des changements dans la forêt boréale, pourraient être en cause46, 47. Une autre cause possible pour les espèces qui se reproduisent tard dans la saison comme le Petit Fuligule et le Fuligule milouinan est l’absence de synchronisation entre la période de nidification et la disponibilité de la nourriture, causée par une variation des températures45. Un déclin des populations a également été observé chez d’autres espèces qui se reproduisent tard dans la saison comme les macreuses43, 45. Le Fuligule à collier se reproduit plus tôt dans la saison.

Canard noir

Plus de 90 % de la population mondiale de Canards noirs se reproduisent dans l’est du Canada48 et cette population a diminué de près de 50 % entre 1955 et 198549. La population de cette espèce, qui est l’un des canards les plus abondants de l’est du Canada, est stable et se maintient à environ 450 000 individus depuis 1990, bien qu’elle continue de diminuer dans les plaines à forêts mixtes43, 44. Les causes de cette diminution ne sont pas claires, mais comprennent probablement la perte de l’habitat causée par l’aménagement et l’agriculture49, 50 ainsi que le phénomène de déplacement provoqué par la compétition avec le Canard colvert51, dont la population s’accroit et l’aire de répartition s’étend49, 50, ,52. Les augmentations de la population dans d’autres régions pourraient être dues aux changements de pratiques de gestion, comme l’augmentation des restrictions de chasse53.

Canards de mer

Photo : Eider à tête grise © iStock.com/eyebexLes données sur les canards de mer sont plus restreintes, car la plupart se reproduisent dans des zones éloignées et inaccessibles dans le Nord43. D’après les données existantes, les tendances sont variées. Les raisons des déclins des populations sont en grande partie inconnues43, mais la diminution des eiders pourrait être liée à leur récolte et le choléra aviaire est peut-être un nouveau problème54.

Upward green arrow des harles dans les Prairies, la région boréale et la région de l’Atlantique
Upward green arrow du Garrot à oeil d’or dans les Prairies et la région de l’Atlantique
Upward green arrow du Petit Garrot dans les Prairies et la région boréale
Downward red arrow des macreuses dans les Prairies et la région boréale
Upward green arrow de la macreuse à front blanc dans la région de l’Atlantique43
Downward red arrow de l’Harelde kakawi dans la région boréale
Downward red arrow des populations reproductrices d'eiders de l'Arctique54-58

 

Populations d'oiseaux terrestres du Canada

Pourcentage de changement par type d'habitat, de 1970 à 2000
Graphe : Pourcentage de changement des populations d'oiseaux terrestres par type d'habitat au Canada. Cliquez pour obtenir une description du graphique (nouvelle fenêtre).
Remarque : Les données des années 2000 regroupent seulement les données de 2000 à 2006.
Downes et al., 201035, selon le Relevé des oiseaux nicheurs, 200736.

 

 

 

Les populations d’oiseaux terrestres de tous les types d’habitats, sauf de l’habitat forestier, ont diminué de façon significative entre 1968 et 200635. Aucune tendance positive significative n’a été constatée entre 1968 et 2006 au sein des divers groupes d’oiseaux terrestres, qu’ils soient regroupés par habitat, par mode d’alimentation ou par stratégie de migration, bien que des tendances positives significatives aient été observées chez quelques espèces en particulier35.

  • Les oiseaux des prairies, bqui présentent une réduction de la population totale supérieure à 40 % depuis les années 1970, connaissent de forts déclins significatifs dans toutes les régions du pays, et ce, pour la plupart des espèces. Ce constat correspond aux déclins observés partout en Amérique du Nord10, 37. Ce phénomène serait attribuable à la perte de l’habitat et à l’intensification de l’agriculture35.
  • Les populations d’oiseaux d’autres habitats ouverts hdiminuent depuis la fin des années 1980. L’assemblage comprend plusieurs espèces d’oiseaux insectivores se nourrissant en vol, et nombre d’entre elles montrent des signes de décroissance35.
  • Le groupe urbain est principalement constitué de deux espèces introduites : l’Étourneau sansonnet et le Moineau domestique, qui, même si elles sont encore abondantes, connaissent un déclin au Canada et en Europe35.
  • Le déclin des oiseaux de l’habitat arbustif ou de début de succession est fortement influencé par la diminution des populations plutôt abondantes de bruants35. Des réductions significatives ont été observées dans l’écozone+ maritime de l’Atlantique, dans les plaines boréales et dans l’écozone+ du Bouclier boréal.
  • Comme c’est le cas aux États-Unis37, les populations d’oiseaux forestiers svarient très peu dans l’ensemble, bien que les données indiquent une diminution depuis les années 199035. Les tendances des espèces individuelles varient, certaines espèces montrant un déclin tandis que d’autres sont stables ou en hausse. Des réductions à différents degrés ont été observées dans l’écozone+ maritime du Pacifique, la Cordillère montagnarde et le bassin intérieur de l’Ouest, tandis qu’on a remarqué une augmentation des populations dans les Prairies et les plaines à forêts mixtes, où les oiseaux ont réagi à une augmentation du couvert forestier. Environ 60 % des oiseaux terrestres du Canada se reproduisent dans la forêt boréale38.
  • Les populations d’oiseaux qui se nourrissent en vol et au sol ont diminué de façon significative depuis les années 1970, soit de 35 et 27 % respectivement35 . Les oiseaux insectivores en vol, scomme les hirondelles et les moucherelles, se distinguent comme un groupe présentant d’importants déclins39, 40. Les causes demeurent inconnues, mais incluent probablement des changements liés à la nourriture, au climat, et à l’habitat.
  • Les populations d’espèces migratrices sur de longues et de courtes distances ont diminué de façon significative, soit de 21 et de 24 % respectivement, tandis que les populations d’oiseaux résidants n’ont pas varié35. Les migrateurs sur de courtes distances comprennent de nombreuses espèces des prairies, alors que les espèces migratrices sur de longues distances comptent beaucoup d’insectivores qui se nourrissent en vol. La perte et la fragmentation de l’habitat dans les aires d’hivernage sont une cause probable de ces diminutions41, 42.

Photo : Sturnelle des prés © iStock.com/Canon_Bob
Sturnelle des prés,
oiseau des prairies, déclin de 77 %

Photo : Crécerelle d’Amérique © iStock.com/pollyconn
Crécerelle d’Amérique,
oiseau d’un autre type d’habitat ouvert, diminution de 45 %

Photo : Roselin familier © iStock.com/MichaelStubblefield Roselin familier,
oiseau de milieu urbain, augmentation de plus de 200%

Photo : Paruline triste © iStock.com/PaulTessier Paruline triste,
oiseau des prairies, déclin de 48 %

Photo : Pic mineur © iStock.com/brm1949 Pic mineur,
oiseau forestier, augmentation de 30 %