La surveillance actuelle des écosystèmes se fait à des échelles spatiales et temporelles différentes, à l’aide de divers paramètres et de protocoles variés pour la collecte et l’analyse des données. Il en résulte une mosaïque d’informations, reflétée dans les lacunes de la présente évaluation et dans les cotes de fiabilité moyenne à faible attribuées à bien des constatations clés. Il s’agit d’un problème qui existe depuis longtemps au Canada, ainsi que dans d’autres pays4, 5 et qui ne peut être résolu que par une attention accordée à l’établissement de priorités stratégiques de surveillance et à la conception et à l’exploitation continue de systèmes de surveillance à long terme.
Les programmes de surveillance les plus utiles pour cette évaluation possédaient de bonnes conceptions statistiques, des protocoles uniformes et une vaste couverture spatiale fondée sur les écosystèmes, au lieu des administrations. Leur capacité de mesure des tendances et de détection des changements rapides et inattendus augmentait avec leur niveau de cohérence et la durée des données consignées. Il existe peu de programmes à long terme du genre au Canada, et il n’en existe aucun pour plusieurs composantes écologiques importantes. Certaines données sur des tendances sont dépassées en raison de coupures dans la surveillance environnementales depuis les années 19903, 6. Certaines initiatives nouvelles, qui fourniront de l’information sur les tendances pour de futures évaluations, ont débuté au cours de la dernière décennie – par exemple, la surveillance et l’évaluation de l’intégrité écologique de parcs nationaux7 et la surveillance des effets cumulatifs sur la biodiversité des écosystèmes de l’Alberta8 – quoique beaucoup de lacunes subsistent encore. Le Canada fait également face à une pénurie d’experts en taxonomie qui entrave certains types de surveillance de la biodiversité9-11.
Les programmes gouvernementaux réguliers de surveillance, conçus pour la gestion des ressources, fournissent également de l’information sur les tendances de certains aspects des écosystèmes, mais sont souvent limités pour pouvoir les appliquer à l’évaluation de la biodiversité. Par exemple, certains inventaires forestiers regroupent les espèces d’arbres selon leur utilisation commerciale, alors que pour l’évaluation de la biodiversité, les arbres doivent être plutôt catégorisés par importance écologique. Il y a une possibilité d’adapter certaines pratiques de surveillance axées sur la gestion en vue de combler des lacunes en matière de surveillance écologique.
La recherche écologique est une ressource importante pour les données sur les tendances. Les programmes de recherche fondés sur des approches multidisciplinaires ont apporté à la présente évaluation certains des meilleurs aperçus sur les changements des fonctions et des structures des écosystèmes. Toutefois, l’association de la surveillance à la recherche se produit souvent à court terme et finit lorsque le cycle de recherche est terminé. Les programmes de surveillance qui font participer des bénévoles de la collectivité12, tels que le Relevé des oiseaux nicheurs13, constituent une autre ressource importante. Les investissements dans la conception de programmes, la gestion de données et la production de rapports, ainsi que dans la formation continue et le soutien aux bénévoles, sont nécessaires pour garantir des résultats à long terme uniformes et pertinents14, 15.
Les connaissances traditionnelles autochtones (CTA) documentées, disponibles dans le domaine public, ont été compilées pour cette évaluation, mais la majeure partie n’a pas été intégrée efficacement. Les efforts d’intégration des connaissances traditionnelles autochtones dans les rapports sur l’état et les tendances ont suscité des inquiétudes au sujet de la présentation d’extraits de connaissance hors de leur contexte culturel, ainsi que des préoccupations concernant la représentativité de cette connaissance, en particulier parce que les périodes de temps et les échelles spatiales n’étaient souvent pas précisées16, 17. Les observations et la connaissance des changements à l’échelle locale (ne se limitant pas aux populations autochtones) sont une ressource connexe sous-utilisée18, 19. Le rassemblement de différents systèmes de connaissances de façons complémentaires demeure un défi en matière de surveillance et d’évaluation environnementales17, 20-22.
Dans l’ensemble, l’information sur l’état de l’écosystème et sur les tendances au Canada est très dispersée, d’où la difficulté de savoir quelle information est disponible et à quel endroit elle se trouve. La qualité de cette information est également variable. Les améliorations requièrent la coordination et l’attention à la gestion des données et aux pratiques de publication.
La gestion de l’information est cruciale à l’intégrité, à l’utilité à long terme et à l’accessibilité des résultats de surveillance. Les programmes de surveillance efficaces comprennent l’organisation et la documentation d’ensembles de données, l’entreposage sécurisé à long terme d’archives consultables et des examens et contrôles de qualité effectués régulièrement. Grâce au progrès technologique, les ensembles de données sont devenus plus vastes et plus complexes, nécessitant ainsi davantage de ressources pour pouvoir les gérer. Parallèlement, les techniques d’analyse spatiale des données et de partage de données d’un réseau à l’autre offrent des possibilités de visualiser et de synthétiser l’information environnementale de façons novatrices, tout en accroissant également le besoin de coordonner les politiques et les normes relatives aux données.

La télédétection (l’utilisation de données provenant de satellites) est de plus en plus utile dans la surveillance environnementale, une tendance qui devrait se poursuivre avec le prolongement des séries chronologiques et si les progrès continuent dans la mise au point d’applications et de la capacité analytique23, 24. La télédétection, lorsqu’elle est vérifiée et complémentée avec des données provenant d’observations sur le terrain, peut fournir des mesures cohérentes et reproductibles des changements qui se produisent dans les écosystèmes à de vastes échelles. Il y a toutefois des limites dans ce qui peut être détecté à partir de l’espace. Par exemple, seulement des changements majeurs survenant dans les milieux humides des prairies peuvent être détectés, car de petits milieux humides asséchés sont habituellement impossibles à distinguer des terres qui l’environnent25.

L’analyse des saisons de couverture de glace sur de grands lacs à l’aide de la télédétection a permis de discerner des tendances pour l’Arctique, une région qui dispose de peu d’observations sur le terrain26. La télédétection a aussi permis d’améliorer la détection de vastes feux de forêt27, de fournir des tendances au sujet de l’étendue de la glace de mer dans l’Arctique28, de mesurer les changements à grande échelle dans la végétation à la limite forestière de l’Arctique de l’Ouest29 et de fournir des tendances relatives à la productivité primaire dans tout le pays30. Des analyses uniques de l’occupation du sol31 et du morcellement forestier32, 33 ont procuré des mesures de l’état avec le potentiel de fournir des tendances à l’avenir.
Le besoin d’informations précises à l’intérieur d’écozones+ est une manifestation des lacunes plus générales d’information. Une surveillance bien conçue de la biodiversité est en mesure de s’adapter pour répondre aux besoins régionaux tout en conservant un ensemble de mesures de base pour pouvoir établir une comparaison entre les régions et au fil du temps35. La surveillance est nécessaire pour détecter les changements survenant dans le temps et dans l’espace, et la recherche est indispensable pour comprendre la signification de ces changements. Il s’agit là d’un processus itératif36. Les réseaux de surveillance basés sur les composantes de l’écosystème (comme le pergélisol) ou les groupes d’espèces (comme les oiseaux de mer) jouent un rôle important pour favoriser un dialogue et une coordination entre ces deux aspects de la science des écosystèmes.
Les lacunes sur le plan de l’information identifiées au cours de l’élaboration de la présente évaluation sont rapportées dans les documents de références thématiques et d’écozone+. Voici les thèmes communs qui en sont ressortis :

Ce résumé contient des exemples de thèmes communs et de besoins propres aux écozones+ reconnus pour les écozones+ marines37. La recherche et la surveillance, travaillant de concert, sont nécessaires pour combler ces lacunes.
Communs à toutes les écozones+
Besoins d'information propres aux écozones+
| Ecozone+ | Besoins d’information |
|---|---|
| Détroit de Georgia |
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| Côte ouest de l’île de Vancouver |
|
| Côte nord et Détroit d’Hécate |
|
| Mer de Beaufort |
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| Archipel Arctique du Canada |
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| Baie d’Hudson, Baie James et Bassin Foxe |
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| Plateaux continentaux de Terre-Neuve- et-Labrador |
|
| Golfe et estuaire du Saint-Laurent |
|
| Golfe du Maine et Plateau Néo- Écossais |
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