La glace dans l’ensemble des biomes

Photo : Glace de mer © iStock.com/jwebb

Glace de mer

La perte de la glace de mer a des conséquences écologiques majeures en matière de biodiversité. Les eaux libres ont une plus faible réflectivité que la glace et une plus forte capacité de rétention de la chaleur, ce qui augmente la couverture de brume et diminue l'exposition au soleil des communautés végétales et animales proches du littoral. La diminution de la glace de mer peut exposer les littoraux aux vagues et aux tempêtes entraînant une augmentation de l'érosion des côtes comme on l'a observé le long de la côte de la mer de Beaufort9, 10. Certaines espèces telles que les phoques, les ours blancs11, les renards arctiques12 et une partie des hardes de caribous13, dont la glace constitue un habitat où ils s'alimentent, se reproduisent ou se déplacent, sont profondément touchées par les changements dans la répartition et l'étendue des glaces de mer. Certains oiseaux de mer et goélands (p. ex., les populations de Mouettes blanches qui ont diminué de façon considérable depuis les années 1980) survivent le long des habitats situés en bordure des glaces14, 15. Un lien a été établi entre les débâcles précoces et les modifications de la dynamique trophique de certaines associations d'espèces (p. ex., la diminution de l'abondance de la morue polaire associée à l'augmentation des proies de capelan)16. Un lien a également été établi entre les débâcles précoces et une reproduction plus précoce d'oiseaux de mer tels que le Guillemot de Brünnich (ou Marmette de Brünnich) et le Goéland bourgmestre17-19. L'augmentation prévue de la navigation dans les eaux sans glace de l'Arctique constitue un nouveau problème pour la biodiversité marine de l'Arctique. En effet, les biotes et écosystèmes marins sensibles seront exposés aux risques liés aux espèces envahissantes rejetées dans les eaux de ballast, à l'augmentation du bruit et du contact avec les navires, et aux déversements de pétrole11, 20.

Changements dans l'étendue de la glace de mer dans l'hémisphère nord

Étendue (en millions km2), de 1979 à 2010.
Graphe : Changements dans l'étendue de la glace de mer dans l'hémisphère Nord. Cliquez pour obtenir une description du graphique (nouvelle fenêtre).
Source : Données tirées de Fetterer et al., 20104.

L’étendue moyenne de la glace de mer en septembre (le mois auquel la couverture de glace est la moins importante), a diminué dans l’hémisphère Nord de 11,5 % par décennie depuis le début des mesures satellitaires, soit en 19794, 5. L’étendue moyenne de la glace est en déclin pour toutes les saisons au cours de cette période5. La glace fond plus tôt dans l’année6 et son âge et sa distribution changent. La glace de plusieurs années disparaît, ce qui signifie qu’une plus grande proportion de glace est plus jeune, plus mince et plus sujette à une débâcle rapide7, 8.

Ces changements de la glace de mer varient d’une région à l’autre. Dans l’archipel Arctique canadien, l’étendue de la glace en septembre a chuté de 9 % par décennie, de 1979 à 2008, les taux de diminution variaient toutefois d’environ 2 à 25 % parmi les différentes sous-régions7. Dans la baie d’Hudson, la glace en été (de juillet à septembre) a diminué de près de 20 % par décennie de 1979 à 20065. Dans les plateaux continentaux de Terre-Neuve-et-Labrador, l’étendue de la glace a diminué à toutes les saisons de 1979 à 2006, malgré une période de couverture de glace plus importante au cours des années 19905. Le golfe du Saint-Laurent, n’ayant pas de glace pendant l’été, a subi des changements moins importants5.

Détérioration de l'état corporel de l'ours blanc dans le sud de la baie d'Hudson

Indice moyen d'état corporel
Graphe : Détérioration de l’état corporel de ‘ours blanc. Cliquez pour obtenir une description du graphique (nouvelle fenêtre). Photo: l'ours blanc © iStock.com/Visual Communications.
Source : Adapté de Obbard et al., 200621.

Quelque 4000 ours blancs, soit environ 20 % de la population totale dans le monde, sont répartis sur les glaces de mer des baies d’Hudson et James durant l’hiver, se nourrissant principalement de phoques22. Chaque été, lorsque les glaces de ces baies fondent complètement, les ours se déplacent sur le rivage où ils passeront jusqu’à cinq mois (huit mois pour les femelles en gestation) avant que la glace de mer réapparaisse23. Les périodes annuelles sans glace se sont prolongées de près de trois semaines depuis le milieu des années 197024. Ce phénomène a entraîné la réduction de la période de temps que les ours blancs passaient sur la glace pour se nourrir de phoques et pour emmagasiner des graisses pour l’été.

La sous-population d’ours blancs du sud de la baie d’Hudson montre une diminution significative de l’état corporel21 des ours ainsi qu’une réduction du taux de survie pour toutes les classes d’âge et de sexe25. Ensemble, ces observations laissent entendre que cette sous-population, qui a été stable depuis le milieu des années 1980 jusqu’à au moins de 2003 à 2005, pourrait décroître dans l’avenir25. La sous-population adjacente d’ours blancs de l’ouest de la baie d’Hudson a déjà diminué d’environ 1194 ours en 1987, à 935 en 2004, soit une baisse de 22 %26. Parallèlement à ce déclin de population, on a noté des indications d’une baisse de l’état corporel et du taux de survie pour certaines classes d’âge26, 27. Les répercussions documentées sur les ours blancs dans la baie d’Hudson ne se manifestent pas encore dans toute l’aire de répartition de l’ours blanc, bien que les diminutions de la glace de mer autour de l’Arctique circumpolaire pourraient s’accompagner éventuellement de changements funestes. Les tendances actuelles des ours blancs sont variables; certaines sous-populations sont stables, d’autres augmentent, tandis qu’il y a d’autres tendances qui ne sont pas connues28.