Contaminants

Effets des contaminants sur la faune

Les polluants organiques persistants, ainsi que le mercure, ont tendance à s'accumuler davantage dans les écosystèmes aquatiques que dans les écosystèmes terrestres. Les concentrations sont amplifiées à mesure qu'ils cheminent vers le haut du réseau trophique, ce qui signifie qu'on observe les plus fortes concentrations de contaminants chez les prédateurs de niveau trophique supérieur, tout particulièrement les mammifères marins et les oiseaux piscivores.

À l'heure actuelle, il n'y a aucune preuve d'effets répandus associés à des contaminants chez la faune de l'Arctique canadien, bien que les ours blancs du sud et de l'ouest de la baie d'Hudson, ainsi que certains oiseaux marins de Haut-Arctique, montrent des teneurs en contaminants qui pourraient les mettre à risque3. Cependant, les données actuelles sont fondées seulement sur des études de quelques espèces et reposent généralement sur les effets d'un seul contaminant. Il existe peu de données sur les effets des mélanges de contaminants auxquels sont exposées les espèces sauvages ainsi que sur les interactions des contaminants et des autres changements dans les écosystèmes3.

Les teneurs en contaminants sont beaucoup plus élevées dans certaines régions du sud du Canada qu'elles le sont dans l'Arctique (voir les graphiques précédents sur les tendances des contaminants). Chez les espèces sauvages, elles dépassent souvent les valeurs seuils à partir desquelles on observe des effets biologiques dans le cadre d'études en laboratoire (habituellement chez d'autres espèces que celles qui sont préoccupantes dans la nature). Bien qu'une preuve plus directe des effets des contaminants sur la faune soit difficile à obtenir, les liens entre les concentrations élevées de contaminants et les effets observés, par exemple des tumeurs, des gonades anormales ou un faible succès de reproduction17, 28, soulèvent des préoccupations quant à la conservation de certaines espèces. L'un des effets connus les plus probants est l'amincissement de la coquille des oeufs d'oiseaux causé par le DDT29. Par ailleurs, on croit que les concentrations élevées de contaminants contribuent au déclin de plusieurs populations d'espèces sauvages, notamment les Goélands argentés dans les Grands Lacs30 et les bélugas dans l'estuaire du Saint-Laurent31, 32.

Contaminants chez les épaulards au large de la côte du Pacifique

Teneurs moyennes d'échantillons de tissus prélevés d'épaulards, au milieu des années 1990, en parties par million
Carte et graphiques : Concentration de contaminants dans trois populations d'épaulards au large de la côte du Pacifique. Cliquez pour obtenir une description du graphique (nouvelle fenêtre).
Source : Adapté de Ross, 200633.

On sait que les BPC et les PBDE ont des effets négatifs sur le développement neurologique, le développement du système reproducteur et le fonctionnement du système immunitaire de mammifères marins33. Étant donné que les épaulards sont des prédateurs de niveau trophique supérieur qui ont une longue durée de vie, ils accumulent des concentrations élevées de polluants organiques persistants, notamment les BPC et les PBDE29, 34, 35. Les concentrations de BPC mesurées chez les trois populations d'épaulards qui vivent le long de la côte de la Colombie-Britannique dépassent les valeurs auxquelles on a observé des effets sur la santé chez les phoques communs33, et les teneurs en BPC mesurées dans deux de ces populations sont parmi les plus élevées jamais enregistrées chez des mammifères marins à l'échelle mondiale35.

La forte variation des concentrations de contaminants parmi les populations est liée à leurs habitudes alimentaires. Les épaulards migrateurs se nourrissent de mammifères marins, ce qui les situe plus haut dans le réseau trophique, alors que les deux populations d'épaulards résidants se nourrissent surtout de saumons qui absorbent des contaminants provenant de sources mondiales dans l'océan Pacifique Nord29. Les épaulards résidants du sud consomment également des proies qui ingèrent des contaminants provenant des eaux résiduaires industrielles le long de la côte sud de la Colombie-Britannique et de la côte nord-ouest de l'État de Washington, d'où une plus forte accumulation de BPC et de PBDE29. Ces contaminants ou d'autres contaminants pourraient contribuer au déclin de cette population d'épaulards en voie de disparition (voir Zones marines)36.

Photo : Épaulards © iStock.com/ElsvanderGun
  Épaulards

Rétablissement des populations de faucons pèlerins au Canada

Nombre de sites occupés par les faucons pèlerins, de 1970 à 2005
Graphe : Nombre de sites occupés par les faucons pèlerins. Cliquez pour obtenir une description du graphique (nouvelle fenêtre).
Source : Données tirées de COSEPAC, 20076.
Photo : Faucon pèlerin © Gordon Court

L'histoire des faucons pèlerins montre que les contaminants peuvent avoir des effets considérables sur la biodiversité et que l'interdiction et la restriction de ces substances sont efficaces. Les populations de faucons pèlerins au Canada ont chuté de façon spectaculaire entre les années 1950 et 1970, principalement en raison de l'amincissement de la coquille des oeufs causée par le DDT et ses produits de dégradation6. À la suite de l'interdiction du DDT au Canada en 1970 (en 1972 aux États-Unis et en 2000 au Mexique), sa présence dans l'environnement a lentement diminué. Les mesures de conservation et les réintroductions de faucons ont favorisé la croissance des populations à partir du moment où les concentrations de DDT sont devenues suffisamment faibles pour que les oeufs puissent éclore normalement. Dans certaines régions du Canada, comme la vallée de l'Okanagan en Colombie-Britannique, les concentrations résiduelles de DDT sont peut-être encore trop élevées pour permettre aux faucons pèlerins de nicher avec succès7.