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Rapport technique thématique no 10. - Tendances de la population de caribous du Nord

Ce rapport est aussi disponible en version PDF. Rapport technique thématique no 10. - Tendances de la population de caribous du Nord (PDF, 2.5 Mo)

Information sur le document

Tendances des populations de caribou des zones septentrionales du Canada

Couverture de la publication

A. Gunn, Note de bas de page [1] D. Russell Note de bas de page [2] et J. Eamer Note de bas de page [3]

Biodiversité canadienne : état et tendances des écosystèmes en 2010
Rapport technique thématique no 10
Publié par les Conseils canadiens des ministres des ressources

Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada

Tendances des populations de caribou des zones septentrionales du Canada.

Publ. aussi en anglais sous le titre :
Northern caribou population trends in Canada.
Monographie électronique en version PDF.
ISBN 978-1-100-98525-1
No de cat. : En14-43/10-2011F-PDF

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Ce rapport devrait être cité comme suit :
Gunn, A., Russell, D. et Eamer, J. 2011. Tendances des populations de caribou des zones septentrionales du Canada. Biodiversité canadienne : état et tendances des écosystèmes en 2010, Rapport technique thématique no 10. Conseils canadiens des ministres des ressources. Ottawa, (Ont.). v + 78 p.

© Sa Majesté la Reine du chef du Canada, 2011
Also available in English

Note de bas de page

Note de bas de page 1

368 Roland Road, Salt Spring Island, C.-B. V8K 1V1

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Note de bas de page 2

Shadow Lake Environmental Consulting, C.P. 10038, Whitehorse, Yn  Y1A 7A1

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Note de bas de page 2

Environnement Canada, Vancouver, C.-B.

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Préface

Les Conseils canadiens des ministres des ressources ont élaboré un Cadre axé sur les résultats en matière de biodiversitéNote de bas de page1 en 2006 pour mettre l'accent sur les mesures de conservation et de restauration conformément à la Stratégie canadienne de la biodiversité Note de bas de page2. Le rapport Biodiversité canadienne : état et tendances des écosystèmes en 2010 Note de bas de page3 a été le premier rapport rédigé suivant ce cadre. Il permet d'évaluer les progrès réalisés en vue d'atteindre l'objectif du cadre, à savoir des « écosystèmes sains et diversifiés » et obtenir les deux résultats souhaités en matière de conservation : i) des écosystèmes productifs, résilients et diversifiés capables de se rétablir et de s'adapter et ii) la restauration des écosystèmes endommagés. Les 22 constatations clés récurrentes présentées dans Biodiversité canadienne : état et tendances des écosystèmes en 2010 sont issues de la synthèse et de l'analyse des rapports techniques préparés dans le cadre du présent projet. Plus de 500 experts ont participé à la rédaction et à l'examen de ces documents de base. Le présent document, Tendances des populations de caribou des zones septentrionales du Canada, s'inscrit au nombre de plusieurs rapports préparés sur la situation et les tendances de thèmes nationaux intersectoriels. Il a été préparé et révisé par des experts du domaine d'étude et reflète les points de vue des auteurs.

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Remerciements

Le présent rapport est édifié sur les données de recherche et de surveillance recueillies et assemblées par les collaborateurs du réseau CARMA (CircumArctic Rangifer Monitoring and Assessment Network) (CARMA, 2010b). Nous remercions ces participants d'avoir accepté d'offrir leurs données et leur temps. CARMA est un réseau de chercheurs, de gestionnaires et de membres des collectivités qui partagent des données sur la situation des populations de Rangifer (rennes et caribous) dans le monde et sur la façon dont ces dernières sont affectées par des facteurs de stress comme les changements climatiques et le développement industriel.

Nous remercions également toutes les personnes, membres de conseils, d'offices et d'autres organismes responsables de la gestion des hardes de caribou des zones septentrionales, qui ont bien voulu fournir une rétroaction sur le rapport. Ce rapport a été soumis à deux examens; les commentaires et l'information supplémentaire provenant des 17 évaluateurs se sont révélés d'une très grande valeur. Toute erreur ou omission restante relève de la responsabilité des auteurs. Le présent rapport a été produit avec le soutien du secrétariat responsable du rapport sur l'état et les tendances des écosystèmes et d'Environnement Canada. Les graphiques et la mise en page ont été réalisés par les auteurs ainsi que par Kelly Badger et Jodi Frisk (Environnement Canada).

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Système de classification écologique – écozones+

Une version légèrement modifiée des écozones terrestres du Canada, décrite dans le Cadre écologique national pour le CanadaNote de bas de page4, a permis de déterminer les zones représentatives d'écosystèmes pour tous les rapports compris dans le présent projet. Les modifications comprennent : un ajustement des limites terrestres pour tenir compte des améliorations résultant des activités de vérification au sol; la fusion des trois écozones de l'Arctique en une seule écozone; l'utilisation de deux écoprovinces, à savoir le bassin intérieur de l'Ouest et la forêt boréale de Terre-Neuve; l'ajout de neuf zones marines représentatives d'écosystèmes; et l'ajout de l'écozone des Grands Lacs. Ce système de classification modifié est appelé « écozones+ » dans ces rapports afin d'éviter toute confusion avec les « écozones » mieux connues du cadre initial Note de bas de page5. Dans le présent rapport, les trois écozones de l'Arctique du cadre initial (Bas-Arctique, Haut-Arctique et Cordillère arctique) sont utilisées à titre de référence dans les descriptions des aires de répartition des hardes par souci de clarté.

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Cadre de classification écologique pour le Rapport sur l'état et les tendances des écosystèmes du Canada.

carte

Description longue pour la carte de l'écozone+ du Canada

Cette carte du Canada montre le cadre de classification écologique pour le Rapport sur l'état et les tendances des écosystèmes, appelé « écozones+ ». Cette carte illustre la répartition des 15 écozones+ terrestres (Maritime de l'Atlantique; Boréale de Terre-Neuve; Taïga du bouclier; Plaines à forêts mixtes; Bouclier boréal; Plaines hudsoniennes; Prairies; Plaines boréales; Cordillère montagnarde; Bassin intérieur de l'Ouest; Maritime du Pacifique; Cordillère boréale; Taïga de la cordillère; Taïga des plaines; Arctique), deux grandes écozones+ de lacs (Grand Lacs; Lac Winnipeg), et neuf écozones+ marines (Estuaire et golfe du Saint-Laurent; Golfe du Maine et plateau néo-écossais; Plateaux de Terre-Neuve et du Labrador; Baie d'Hudson, baie James et bassin Foxe; Archipel Arctique canadien; Mer de Beaufort; Côte nord et détroit d'Hécate; Côte ouest de l'île de Vancouver; Détroit de Georgia).

Introduction

Autrefois, le caribou était présent dans toutes les provinces et tous les territoires du Canada – on le trouve actuellement dans sept provinces et dans les trois territoires (figure 1). Le caribou des zones septentrionales, comme l'indique la présente évaluation (figure 2), regroupe trois sous-espèces de caribou migrateur de la toundra ainsi que le caribou de Peary (Rangifer tarandus pearyi), une espèce non migratrice présente sur les îles de l'archipel arctique du Canada (Banfield, 1961; Rothfels et Russell, 2005). Les trois sous-espèces de caribou migrateur de la toundra sont : 1) le caribou de la toundra (Rangifer tarandus groenlandicus), dont l'aire de répartition se trouve à l'est du fleuve Mackenzie; 2) le caribou de Grant (R. t. granti), que l'on trouve à l'ouest du fleuve Mackenzie; 3) certaines hardes de caribou des bois (R. t. caribou), soit les deux grandes hardes de l'Ungava et deux petites hardes allant mettre bas sur la côte sud de la baie d'Hudson (Campbell, 1995; Abraham et Thompson, 1998). À l'instar de Bergerud et al. (2008), nous considérons le caribou de la péninsule d'Ungava comme un caribou migrateur de la toundra, d'après ses stratégies de mise bas. Le caribou migrateur de la toundra est présent dans huit provinces et territoires du Canada, mais sa répartition est plus restreinte aujourd'hui que dans le passé. Le COSEPAC (Comité sur la situation des espèces en péril au Canada) a entrepris l'évaluation du caribou migrateur de la toundra à la fin de 2011. Le COSEPAC a classé le caribou de Peary comme espèce en voie de disparition et la harde Dolphin-et-Union comme espèce préoccupante (Gouvernement du Canada, 2011). En 2011, le caribou de Peary a été inscrit sur la liste de l'annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril du Canada (Gouvernement du Canada, 2011).

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Figure 1. Répartition et situation actuelles des populations de Rangifer en Amérique du Nord.

Carte

La présente évaluation porte sur les populations migratrices de la toundra (qui comprennent le caribou de la toundra, le caribou de Grant et certaines hardes de caribou des bois) et sur les populations de Peary et Dolphin-et-Union indiquées sur cette carte. Voir le document d'Environnement Canada (2011) pour une mise à jour de la répartition actuelle des populations du caribou boréal.
Source : Adapté de Hummel et Ray (2008). Carte reproduite avec l'autorisation de Dundurn Press Ltd. © 2008.

Description longue pour la figure 1

Cette carte indique la répartition et la situation actuelles des populations de Rangifer en Amérique du Nord. La population de caribou de Peary dans le nord de l'Arctique est désignée comme étant en voie de disparition. Les populations migratrices de la toundra, de l'Alaska et de Terre-Neuve sont classées comme n'étant pas en péril ou non évaluées. La situation des populations des montagnes du Nord et de Dolphin-et-Union est préoccupante. Les populations boréales et des montagnes du Sud sont classées comme « espèces menacées ». Une ligne montre l'étendue de la répartition historique dans le sud, qui s'étend du centre de la Colombie-Britannique vers le sud jusqu'aux États-Unis, au nord autour de la région des Prairies, à l'est dans la région des Grands Lacs, jusqu'à la côte est du Maine.

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Figure 2. Sous-espèces et groupes de caribou des zones septentrionales.

Graphique

Tous les caribous appartiennent à l'espèce Rangifer tarandus. Voir le texte pour les sources.

Description longue pour la figure 2

Ce graphique hiérarchique montre les sous-espèces et les groupes de caribou des zones septentrionales. Le caribou des zones septentrionales regroupe les sous-espèces suivants : le caribou de Peary, le caribou de la toundra, le caribou de Grant et le caribou des bois. Les groupes comprennent le caribou de Peary (comprenant les sous-espèces du caribou de Peary), la hardes de Dolphin-et-Union (composées de caribou de Peary et de caribou des toundras et de caribou de Grant) et le caribou migrateur de la toundra (qui comprend le caribou de la toundra, le caribou de Grant et le caribou des bois).

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Le caribou des zones septentrionales est présent, du moins pendant certaines saisons, dans toutes les écozones+ du Nord : Arctique, taïga du Bouclier, taïga des plaines, taïga de la Cordillère et plaines hudsoniennes, ainsi que dans la partie ouest de l'écozone+ du Bouclier boréal, dans les latitudes moyennes. Seules les aires de répartition annuelles du caribou de Peary et du caribou de la toundra forestière des plaines hudsoniennes sont contenues à l'intérieur ou principalement à l'intérieur d'une seule écozone+; les hardes de caribou de la toundra et les hardes migratrices de caribou des bois toundrique du Québec et du Labrador mettent bas et passent l'été dans une écozone+, et hivernent dans une ou deux autres écozones+. Les principales hardes migratrices de la toundra, et les mieux connues (Porcupine, cap Bathurst, Bluenose-ouest, Bluenose-est, Bathurst, Qamanirjuaq, Beverly, rivière aux Feuilles et rivière George), mettent bas dans le Bas-Arctique. Campbell et al. (2010) ont réalisé la cartographie de la répartition cumulative de la harde de Qamanirjuaq d'après les localisations de femelles munies de colliers émetteurs, de 1993 à 2008. La partie sud de l'aire de répartition de l'espèce correspond aux limites nord des écozones+ du Bouclier boréal et des plaines hudsoniennes.

La harde d'Ahiak est incluse dans la présente discussion comme harde majeure, d'après le nombre probable des individus qui la composent et la taille de son aire de répartition annuelle (Gunnet al., 2000b). Cette harde n'a pas fait l'objet de beaucoup d'activités de gestion avant 2006, et les lacunes d'information ainsi engendrées ont mené à une incertitude au sujet des relations de la harde d'Ahiak avec les autres hardes, particulièrement celle de Beverly (Gunnet al., Sous presse; Nagyet al., 2011). Dans le présent rapport, tout en prenant acte de ces interprétations divergentes, nous considérons la harde d'Ahiak comme une harde distincte jusqu'à ce que toute l'information supplémentaire associée à l'analyse à grande échelle des localisations d'individus munis de colliers émetteurs, entreprise par Nagy et al. (2011), ait été entièrement examinée.

On trouve également dans le Bas-Arctique les hardes des grandes îles de la baie d'Hudson (îles Southampton, Coats et Mansell). Le Haut-Arctique englobe le nord-est de la partie continentale du Nunavut, où mettent bas les hardes de la baie Wager, de Lorillard, de la presqu'île Melville et plusieurs petites hardes. Le caribou de Peary et la harde Dolphin-et-Union, de l'île Victoria, mettent bas également dans le Haut-Arctique.

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Objectif du rapport

Le présent rapport vise à résumer l'information sur les tendances liées à l'effectif, à la répartition et à l'habitat du caribou des zones septentrionales. Comme l'indique la préface, ce rapport constitue une partie de la documentation consultée par le Conseil canadien des ministres des Ressources aux fins de l'analyse de la situation et des tendances des écosystèmes du Canada pour 2010 (Les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux du Canada, 2010). Le présent rapport s'adresse aux gestionnaires des ressources ainsi qu'aux organismes et aux particuliers ayant un intérêt pour la situation et les tendances des populations de caribou des zones septentrionales.

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Sources d'information

L'une des principales constatations de l'évaluation de 2010 des écosystèmes du Canada était que celle-ci avait été entravée par le manque de résultats de surveillance écologique cohérents, accessibles et à long terme pour le Canada (Les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux du Canada, 2010). Même si on dispose de meilleures données pour le caribou que pour bon nombre d'autres espèces et d'éléments de l'écosystème, l'expérience des auteurs dans le cadre de la préparation du présent rapport appuie cette constatation.

Le degré de surveillance et de recherche sur le caribou des zones septentrionales varie considérablement selon les hardes et leurs aires de répartition. Les méthodes de relevé ont changé au fil du temps et varient de région en région, et le niveau de détail des données communiquées varie grandement lui aussi. Ces facteurs compliquent l'évaluation des tendances à grande échelle.

De plus, les résultats des relevés sont inégalement accessibles. Les rapports les plus utiles étaient ceux qui contenaient des ensembles de données et exposaient une méthodologie, publiés par des organismes et affichés sur Internet, ou publiés dans des revues scientifiques. Beaucoup des données sur les hardes de caribou, toutefois, sont contenues dans des ébauches de rapports ou des rapports non publiés difficiles à obtenir et non archivés. Certains résultats de relevés ne peuvent être obtenus qu'en consultant des dossiers, des communiqués, des sites Web sans indication de la source, ou à la faveur de communications personnelles. Il arrive souvent que des publications récentes reprennent des estimations anciennes de l'effectif des hardes, et qu'elles ne contiennent aucun indice de variance et aucune information sur la méthodologie utilisée. Les anciens rapports étant souvent difficiles à obtenir, il s'ensuit une perte d'information dans les relevés récents. Certaines données anciennes ont été révisées à la lumière d'une meilleure connaissance de la répartition des hardes, ou pour rendre ces données davantage compatibles avec les résultats des relevés récents. Cette pratique constitue une source potentielle de confusion, car elle peut entraîner des incohérences avec les données publiées dans d'autres documents et sur d'autres sites Web.

Dans la production du présent rapport, les données sur la situation et les tendances des hardes ont été compilées au moyen de recherches documentaires et de consultations avec des experts régionaux du caribou. Les données du rapport sont compilées et annotées, tout comme les références et les présentations graphiques, et sont disponibles sous forme de chiffrier.

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La situation

L'effectif du caribou fluctue naturellement sur une période de plusieurs décennies. Cependant, les données disponibles pour caractériser les tendances des populations, en particulier pour la période antérieure aux années 1970, sont plutôt qualitatives que quantitatives. Chez les peuples autochtones, les aînés se souviennent de périodes d'abondance et de rareté. Il y a aussi d'autres indicateurs de l'abondance et de la répartition du caribou dans le passé, comme des noms de lieux traditionnels (Legatet al., 2002). Les maximums et minimums historiques depuis les années 1800 ont pu être déterminés à partir de la fréquence des marques de sabots sur les racines d'épinettes, à tout le moins pour les hardes de Bathurst et de la rivière George (Payetteet al., 2004; Zalatanet al., 2006). Les aires de répartition et les tendances actuelles sont présentées à la figure 3, d'après l'information résumée dans le présent rapport.

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Figure 3. Aires de répartition et tendances récentes des populations de caribou des zones septentrionales au Canada.

Carte

Les séries chronologiques utilisées pour évaluer les tendances récentes varient, selon les données de relevé disponibles. Cette carte est une mise à jour de la version publiée dans Biodiversité canadienne : état et tendances des écosystèmes en 2010 (Les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux du Canada, 2010).

Description longue pour la figure 3

Cette carte montre les aires de répartition et les tendances récentes des populations de caribou des zones septentrionales au Canada. Parmi les aires de répartition en hausse, on compte notamment Teshekpuk, le centre de l'Arctique, Porcupine et Bluenose-est. Parmi les aires de répartition en déclin, on compte notamment Bathurst, Ahiak (données provisoires), Qamanirjuaq (inconnu/à l'étude), Beverly, les Îles Pen, la rivière George, Rivière aux Feuilles (inconnu/à l'étude), le nord et le sud de l'Île de Baffin et Peary. Les aires de répartition des populations moyennes à élevées qui sont stables comprennent l'ouest de l'Arctique, l'île Southampton, et Cap Churchill, tandis que les aires de répartition stables présentant de faibles populations comprennent le cap Bathurst, Bluenose-ouest et les aires de répartition de Dolphin-et-Union (inconnu/à l'étude).

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Sur le continent, l'effectif du caribou était faible des années 1950 jusqu'aux années 1970, moment où les principales hardes ont commencé à croître (Kelsall, 1968 et le présent rapport). Cette croissance s'est poursuivie jusque dans les années 1980 pour les principales hardes du continent et pour la population Dolphin-et-Union de l'île Victoria. Les huit grandes hardes du continent, depuis l'ouest de l'Arctique jusqu'à la baie d'Hudson, ont subi un déclin par rapport à l'effectif élevé qu'elles avaient atteint du milieu des années 1980 au milieu des années 1990 (la période exacte varie d'une harde à l'autre). Les hardes actuellement considérées comme étant toujours en déclin sont celles de Bathurst, de Beverly, de la rivière aux Feuilles et de la rivière George. Après un recensement photographique de l'aire de mise bas réalisé en 2008 (le précédent datait de 1994), il a été déterminé que la harde de Qamanirjuaq affichait une tendance à la baisse non statistiquement significative. Le recensement de 2010 montre que l'effectif de la harde de la Porcupine a augmenté depuis le recensement précédent, en 2001. Les hardes du cap Bathurst et Bluenose-ouest se sont stabilisées à de faibles effectifs de 2006 à 2009, après une période de déclin brutal. Le recensement de 2010 montre que l'effectif de la harde Bluenose-est a augmenté depuis 2006. D'après les résultats du recensement de 2010, l'effectif de la harde de la rivière George a décliné depuis le milieu des années 1980. La harde voisine de la rivière aux Feuilles, qui a augmenté depuis le milieu des années 1980 au moins jusqu'au dernier recensement (2001), est maintenant considérée comme étant en déclin d'après ce que l'on sait sur les taux démographiques. On ne connaît pas la situation actuelle de la harde d'Ahiak et de plusieurs hardes du nord-est du continent (hardes de la baie Wager, de Lorillard, de la presqu'île Melville et d'autres petites hardes de la presqu'île Boothia et de la presqu'île Simpson), ni de celles de l'île de Baffin et de petites îles de la baie d'Hudson. En revanche, en 2007, la harde de l'île Southampton, qui fait l'objet de recensements aériens assez réguliers, avait diminué de moitié par rapport à l'effectif élevé estimé en 1997. La harde Dolphin-et-Union a probablement décliné de 1997 à 2008, après avoir connu une croissance pendant les années 1970 jusqu'au milieu des années 1990. Dans l'écozone+ des plaines hudsoniennes, la petite harde du cap Churchill semble stable, tandis que celle des îles Pen pourrait être en déclin. Sur l'île de Baffin, selon une compilation récente de rapports et les spécialistes locaux, l'effectif du caribou se trouve dans un creux du cycle d'abondance. Voir les évaluations par harde, à la page 32, pour obtenir davantage de détails et de références en ce qui concerne les tendances résumées ci-devant.

Les tendances démographiques ont été établies à partir d'un seul indicateur : l'effectif de la harde, estimé à partir de relevés des aires de mise bas ou de dénombrements postérieurs à la mise bas (Gunn et Russell, 2008). Pour quelques hardes, comme celles de Bathurst et de la rivière George, d'autres indicateurs démographiques, notamment le taux de survie chez les adultes ou chez les petits, ont également été utilisés pour déterminer la tendance de l'effectif. Pour d'autres hardes, particulièrement celle de Beverly, la taille de la harde était peu surveillée, et aucune donnée sur les taux démographiques n'a été recueillie.

L'ampleur des fluctuations d'effectif varie grandement d'une harde à l'autre, comme le montre la figure 4, où on distingue les périodes d'accroissement (après 1970) et les périodes de déclin (généralement après les années 1990). Parmi les hardes pour lesquelles il existe suffisamment de données, celles de l'île Southampton et de Bathurst ont connu l'accroissement le plus marqué, tandis que les hardes Bluenose-ouest et de la Porcupine ont connu les accroissements les plus faibles. Durant la phase de déclin, c'est la harde du cap Bathurst qui a affiché le taux de déclin le plus important. Cependant, vu le petit nombre de femelles en âge de se reproduire récemment recensées dans les aires de mise bas traditionnelles de la harde de Berverly, il se peut que cette harde ait connu un déclin encore plus important. Les données sur cette harde sont toutefois insuffisantes pour que l'on puisse déterminer l'ampleur de son déclin.

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Figure 4. Taux exponentiel d'augmentation et de déclin des principales hardes de caribou de la toundra au Canada.

Graphique

Ce graphique indique le taux annuel de variation de l'effectif au cours des phases de croissance et de déclin, après conversion des estimations de population en logarithmes naturels. Les années représentées sur le graphique varient d'une harde à l'autre, selon les périodes de croissance et de déclin de chacune, et selon les années où des estimations de population avaient été faites. Pour la harde de la Porcupine, dans laquelle un renversement de tendance a été détecté dans le relevé de 2010, le taux de croissance est la moyenne de 0,033 (1972-1989) et de 0,035 (2001-2010).
Source : Les taux sont basés sur les estimations de population citées, références à l'appui, dans la section des évaluations par harde, à la page 32.

Description longue pour la figure 4

Ce graphique montre les taux exponentiels d'augmentation et de déclin des principales hardes de caribou de la toundra au Canada. L'augmentation et la diminution des troupeaux individuels varient grandement. Les hardes ayant le plus fort taux d'augmentation se trouvent à Southampton et Bathurst, tandis que les hardes de caribous de Bluenose-ouest et Porcupine ont présenté les taux d'augmentation les plus bas des hardes pour lesquelles on dispose de suffisamment de données. Le Cap Bathurst, la rivière George et Bathurst montrent les taux les plus élevés de diminution, tandis que Qamanirjuaq et Porcupine montrent les plus faibles taux de diminution.

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Les tendances de l'aire de répartition d'une harde fluctuent inévitablement dans le temps, mais celles-ci sont mal documentées et incertaines. Généralement, l'information provenant des relevés aériens et du suivi des individus munis de colliers émetteurs n'a pas été analysée de façon à dégager les tendances de l'aire de répartition. Le caribou migrateur de la toundra possède ce trait caractéristique de changer de répartition hivernale d'une année à l'autre, et il arrive souvent que son aire d'hivernage chevauche celle de hardes voisines (Schmelzer et Otto, 2003; Bergerudet al., 2008). De plus, à mesure que l'effectif de la harde croît et décroît, sa répartition – particulièrement sa répartition hivernale – peut changer (Bergerudet al., 2008). Les cartes montrant la répartition historique (Banfield, 1961) et la répartition hivernale des hardes depuis 1970 indiquent, au moins pour les hardes de Beverly, de Qamanirjuaq et de Bathurst (Gunnet al., 2001; BQCMB, 2004), un repli de la limite sud de la répartition hivernale dans le nord du Manitoba, de la Saskatchewan et de l'Alberta. Durant le déclin qu'a connu la harde de Bathurst, de 1996 à 2010, les données de répartition hivernale des femelles munies de colliers émetteurs ont indiqué une tendance des individus à hiverner de plus en plus loin au nord du 60e parallèle (Gunnet al., 2011b).

Il est généralement plus difficile de déterminer les tendances du caribou de Peary, car il n'a pas été souvent recensé (COSEPAC, 2004). De façon générale, l'effectif du caribou de Peary a décliné de 1961 à 2010. Chez les populations des grandes îles du sud du Haut-Arctique, les déclins enregistrés dans les années 1990 ne se sont pas inversés. Dans les îles Prince-de-Galles et Somerset, rien n'indique qu'un rétablissement s'est produit à la suite de l'effondrement de l'effectif entre 1980 et 1995 – pratiquement aucun individu n'a été observé au cours des relevés de 2004. Le caribou de Peary de l'île Banks et du nord-ouest de l'île Victoria fait l'objet d'une surveillance relativement fréquente. L'effectif a connu une baisse brutale dans les années 1980 et au début des années 1990, et n'a pas remonté depuis. Plus au nord, dans les îles de la Reine-Élisabeth, les hardes sont globalement en déclin depuis 1961, en particulier celles des îles occidentales (Milleret al., 2005). Parmi celles-ci se trouve la harde de l'île Bathurst, plus souvent recensée que les autres, qui a connu un déclin de 1961 à 1974. De la fin des années 1970 au début des années 1990, l'effectif du caribou de Peary de l'île Bathurst est revenu à son niveau de 1961. Par la suite, trois hivers rigoureux consécutifs ont provoqué un nouvel effondrement de l'effectif, suivi d'un certain rétablissement. Voir la section sur le caribou de Peary, à la page 46, pour obtenir davantage de détails et de références concernant les tendances résumées ci-devant.

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La situtation

Le déclin actuel de certaines hardes continentales de caribou, de même que la stabilisation ou le rétablissement d'autres hardes qui ont connu un déclin récent, correspondent probablement à des phases d'un cycle naturel de fluctuation chez l'espèce, auquel s'ajoutent les effets cumulatifs de la présence humaine sur le territoire du caribou. Il est difficile de mesurer l'ampleur des effets exercés sur les cycles naturels par le réchauffement climatique et les changements à grande échelle de l'habitat qui en découlent.

Les causes du déclin sont complexes, et l'importance relative de chacune évolue avec le déclin. Le caribou, comme d'autres mammifères herbivores des zones septentrionales (campagnols, lemmings et lièvres), présente d'importantes fluctuations cycliques de ses populations (Morneau et Payette, 2000; Gunn, 2003; Zalatanet al., 2006), les cycles étant vraisemblablement déterminés par les conditions climatiques et leurs effets sur la disponibilité de nourriture, la pression de prédation et les pathogènes. Les conditions météorologiques tendent à respecter un cycle décennal, influencé par les grandes tendances, comme l'oscillation arctique, en alternant entre les phases négatives et positives (Bonsal et Shabbar, 2011). Les températures hivernales et les précipitations de neige sont les facteurs météorologiques majeurs, qui influent sur la croissance de la végétation et la disponibilité de nourriture. Or, les conditions hivernales et la disponibilité de nourriture influent à leur tour sur l'état de santé des individus, lequel détermine le taux de natalité et le taux de survie chez les petits (Couturieret al., 2009a; Couturieret al., 2009b). La fécondité et le taux de survie des petits ont également une incidence sur l'effectif de la harde.

Les conditions météorologiques interagissent aussi avec les parasites, notamment les œstres, dont l'activité dépend des conditions météorologiques estivales. En effet, les conditions météorologiques ont une incidence sur la transmission des endoparasites, lesquels influent sur l'alimentation du caribou, car celui-ci ira ailleurs chercher de la nourriture pour réduire son exposition aux parasites (Van der Walet al., 2000). La prédation et la chasse jouent un rôle crucial dans le déclin des populations, car une diminution annuelle, même faible, du taux de survie des femelles adultes influe fortement sur les tendances des populations (Gaillardet al., 1998).

La combinaison des estimations de population de toutes les hardes du Canada réalisées depuis 1970 et la mise à l'échelle de l'effectif des hardes selon les estimations maximales pour chaque harde indiquent que, en moyenne, l'effectif des populations de caribou des zones septentrionales du Canada est passé d'un creux, vers 1975, à un sommet, vers 1995, suivi d'un déclin accompagné de certains signes de stabilisation, voire de rétablissement (figure 5). La chronologie et l'ampleur des fluctuations sont variables.

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Figure 5. Taille relative des hardes sauvages de Rangifer vivant dans la toundra (Canada).

Graphique

La ligne représente les moyennes chevauchantes sur six ans. Les autres symboles représentent les hardes. La taille relative d'une population est le rapport de l'estimation de la population pour l'année en question à l'estimation maximale enregistrée. À noter que l'estimation maximale enregistrée ne correspond pas nécessairement à la population maximale au cours de la période, car les relevés ne couvraient habituellement pas toute la période et qu'ils n'étaient pas réalisés chaque année.
Source : D'après des données montrées et citées en référence de la figure 7 à la figure 14 et de la figure 16 à la figure 18

Description longue pour la figure 5

Ce diagramme de dispersion montre la taille relative des hardes sauvages de Rangifer vivant dans la toundra (Canada) de 1970 à 2010. Une ligne indique la moyenne pour une période de six ans, avec une taille relative des populations qui varie d'environ 0,3 à 0,8. En moyenne, le nombre de caribous des zones septentrionales au Canada a augmenté, d'un chiffre faible autour de 1975 à une crête vers 1995, suivie d'un déclin avec une certaine indication d'une stabilisation récente ou du renversement du déclin.

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Dans les îles du Haut-Arctique, le climat est un facteur d'une extrême importance : périodiquement, les hivers rigoureux causent une mortalité à grande échelle et une baisse de la productivité (Miller et Gunn, 2003; Harding, 2004). Malgré les signes criants d'un réchauffement climatique dans le Haut-Arctique (Zhanget al., 2011), il est périlleux de relier les tendances météorologiques aux fluctuations d'effectif du caribou de Peary, en partie à cause de la grande variabilité annuelle du climat et du peu de surveillance exercée sur la plupart des populations de caribou de Peary. Sans compter la chasse et la prédation, qui ont également une incidence sur l'effectif du caribou de Peary.

Les tendances de l'effectif du bœuf musqué tendent à différer de celles du caribou de Peary, bien que cela varie selon la région. Le lien entre les augmentations de l'effectif du bœuf musqué et les baisses de l'effectif du caribou de Peary ont soulevé la question de la compétition. On ne peut que faire des suppositions quant à l'effet de la compétition pour la nourriture à l'intérieur d'une même espèce ou entre espèces, puisque le régime alimentaire et l'habitat du caribou et du bœuf musqué sont assez différents (Gunn et Dragon, 2002). Sur l'île Banks, cependant, un chevauchement de l'utilisation de certains végétaux, comme le saule, a été observé chez le caribou de Peary et le bœuf musqué (Larter et Nagy, 2004), ce qui laisse croire qu'il pourrait y avoir une compétition entre ces deux espèces. Moins d'attention a été accordée à la question de déterminer si l'augmentation de l'effectif du bœuf musqué favorisait l'accroissement du nombre de loups, ce qui pourrait entraîner la hausse du taux de prédation du caribou de Peary (Gunn et Dragon, 2002). Encore moins d'attention a été accordée à l'étude des relations entre le caribou et le bœuf musqué et leurs parasites. Hughes et al. (2009), toutefois, ont abordé la question des niveaux d'infestation par les nématodes intestinaux et les œstres chez le bœuf musqué et le caribou de la harde Dolphin-et-Union.

Les effets cumulatifs d'une présence humaine de plus en plus importante sur le territoire du caribou (nombre d'habitants, prospection et extraction de ressources non renouvelables, aménagement d'infrastructures) sont largement méconnus. Toutefois, des outils sont en cours d'élaboration pour examiner comment les réactions de chaque individu peuvent être mises à l'échelle de façon à mesurer les effets sur l'ensemble d'une population (Gunnet al., 2011b). Des responsables de certains projets miniers ont étudié les effets des aménagements sur le caribou. Ils ont constaté des changements dans l'aire de répartition du caribou et dans le temps qu'il passe à chercher de la nourriture (Gartner Lee Limited, 2002). Ainsi, par suite de l'aménagement de grandes mines à ciel ouvert dans l'aire d'estivage toundrique de la harde de Bathurst, l'aire de répartition du caribou a diminué dans une zone d'influence de 10 à 15 km autour des mines (Boulangeret al., 2004). Dans certaines hardes, on mesure les effets des nouvelles trajectoires de transport aérien des contaminants sur les charges corporelles de ces contaminants chez les individus, et on évalue ces effets en regard des conséquences possibles sur la santé humaine. Ces évaluations ont mené à la conclusion que les bienfaits nutritifs de la consommation de viande de caribou l'emportent nettement sur les risques que peuvent poser pour la santé les faibles concentrations de contaminants (Van Oostdamet al., 2005; Donaldsonet al., 2010).

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L'importance du caribou

Il existe un tel lien entre les peuples du Nord et le caribou que, sans le caribou, l'Arctique serait une région véritablement stérile. Les peuples autochtones reconnaissent le rôle central que joue le caribou dans l'écologie de la toundra et de la taïga, et l'importance du caribou dans la culture de nombreux peuples autochtones de l'Arctique s'apparente à celle du saumon sur la côte pacifique du Canada.

Le caribou est un grand herbivore présent en grands nombres dans un réseau trophique relativement simple. Les espèces courantes façonnent les écosystèmes par la force de leur nombre (Gaston et Fuller, 2008), ce qui signifie que les tendances de leur effectif sont importantes dans la structure et la dynamique des écosystèmes de la toundra et de la taïga. Réduit à sa plus simple expression, le rôle du caribou dans l'écosystème correspond au résultat net du prélèvement de végétation, de la production de gaz à effet de serre et du retour à la terre d'éléments nutritifs sous forme de matières fécales.

Selon un modèle énergétique (Russellet al., 2005), en un an, un caribou :

  • consomme 900 kg de végétation (2,5 kg par jour);
  • produit 20 kg de méthane (55 g par jour);
  • rend aux écosystèmes, en nutriments, 270 kg de matières fécales (30 g x 25 fois par jour).

Ainsi, en un an, une harde de 170 000 à 350 000 individus :

  • consomme de 153 à 315 millions de kg de végétation;
  • produit de 3,4 à 7 millions de kg de méthane;
  • rend aux écosystèmes, en nutriments, de 46 à 94 millions de kg de matières fécales, réparties dans l'ensemble de son aire de répartition annuelle (de 150 à 300 kg/km2).

Comme le caribou se déplace et se repose sur les cours d'eau gelés, les éléments nutritifs contenus dans ses matières fécales enrichissent les écosystèmes aquatiques aussi bien que terrestres.

Mais le rôle du caribou dans l'écosystème ne se réduit pas au prélèvement de végétation, à l'émission de gaz à effet de serre et au retour à la terre d'éléments nutritifs. Les réseaux trophiques des régions boréales et arctiques comportent relativement peu de chaînes et de maillons, ce qui ne signifie pas pour autant qu'ils sont simples – les relations entre les différents maillons du réseau sont complexes. Dans les écosystèmes nordiques, les éléments nutritifs disponibles sont limités, une grande part du carbone étant inaccessible parce qu'une mince couche de sol seulement dégèle chaque année. Le caribou, par son alimentation et ses excréments, produit une cascade d'effets complexes nettement circonscrits dans le temps et l'espace (Kiellandet al., 2006). En outre, le caribou est nécessaire à la survie d'autres espèces, y compris des ectoparasites, comme les moustiques hématophages. À leur tour, les moustiques, dont les larves se nourrissent par filtration, sont un élément clé du cycle des éléments nutritifs dans les écosystèmes aquatiques. Le caribou assure également la survie de gros et de moyens prédateurs et charognards. Les débats antérieurs opposant la prédation et la disponibilité de nourriture comme principaux agents de régulation des populations de caribou ont fait place à une compréhension de l'importance des interactions entre l'alimentation et la prédation (Brownet al., 2007).

Les relations entre le caribou et la végétation englobent la réponse des plantes à la grande sélectivité du caribou dans sa recherche de nourriture. Celui-ci a des espèces végétales de prédilection et il recherche de préférence les bourgeons et les feuilles naissantes, à valeur nutritive plus élevée (White et Trudell, 1980; Russellet al., 1993). En raison de son instinct grégaire et de sa nature migratrice, l'effet du caribou migrateur sur la structure et la dynamique de l'écosystème de la toundra est fortement dépendant de l'échelle (Griffithet al., 2002). En transformant la végétation en masse corporelle et en matières fécales, le caribou redistribue les éléments nutritifs au sein d'une même écozone+ et entre différentes écozones+, à la fois lors de ses déplacements locaux, à la recherche de nourriture, et de ses migrations saisonnières. Dans les écozones+ de la taïga, les effets du régime herbivore du caribou sont décalés d'une saison, car le caribou y est à la recherche de nourriture en hiver, alors que la croissance végétale et la circulation des éléments nutritifs sont pratiquement arrêtées, en raison des températures sous le point de congélation. Sur une période de plusieurs décennies, l'aire d'hivernage du caribou s'étend et se contracte, et l'effectif des hardes atteint des creux et des sommets. L'effectif peut varier du simple au triple, et entraîner des effets en cascade sur la végétation et le cycle des éléments nutritifs, notamment le passage de communautés végétales d'un état à un autre. Ainsi, la succession des communautés végétales par suite d'une recherche de nourriture intense peut comprendre, par exemple, le remplacement d'une communauté végétale dominée par les lichens par une communauté dominée par les mousses, ou d'une communauté dominée par les mousses par une communauté dominée par les graminées (Van der Wal, 2006).

L'azote est un facteur limitant de la croissance des végétaux. Le broutage du caribou durant l'été peut accélérer le cycle de l'azote dans le sol de deux façons : 1) en modifiant la quantité de débris végétaux au sol et, partant, les conditions microclimatiques du sol dont dépendent les processus de décomposition et de minéralisation; 2) en augmentant la quantité d'azote soluble disponible présent dans les matières fécales et l'urine (Olofssonet al., 2004). L'ampleur de l'effet varie selon la saison et la période, et l'intensité du broutage (Kiellandet al., 2006).

Divers prédateurs et charognards se nourrissent souvent de caribou, quoique la dépendance des prédateurs varie avec l'accessibilité. En effet, en l'absence de caribou, les loups, les grizzlys et les carcajous se nourrissent d'autres proies et aliments. Dans le Bas-Arctique, la harde de Bathurst, qui comptait 350 000 individus au milieu des années 1990, faisait vivre quelque 1 000 loups (Cluff, 2004, comm. pers.) et quelque 450 grizzlys (d'après une estimation de la densité minimale de 3,5 grizzlys par millier de kilomètres carrés : Gau et Veitch, Sans date).

Le loup consomme du caribou au rythme d'un peu moins de un individu aux dix jours (Hayes et Russell, 2000). Dans les aires de répartition où vit la harde de Bathurst du printemps à l'automne, le grizzly est un prédateur efficace; le caribou représente 10 % à 93 % de son alimentation, selon la saison (Gauet al., 2002). Un mâle adulte a besoin de quelque 8 kg de viande de caribou par jour pour combler ses besoins quotidiens en énergie durant une période d'activité normale (Walkeret al., 2006). Bien que ces données indiquent que les carnivores sont des prédateurs efficaces du caribou, l'effet global de la prédation sur la régulation de la dynamique des populations de caribou est complexe et encore mal compris. Selon Krebs et al. (2003) l'écosystème du Haut-Arctique est davantage tributaire de la variabilité du climat que de la prédation.

Le caribou est à la base de la culture des peuples de l'Arctique depuis des milliers d'années (Gordon, 2005) et il joue toujours un rôle central dans leur vie. Pour s'en faire une idée, le prélèvement annuel moyen au Nunavut, pour la période de 1996 à 2001, s'élevait à 24 522 individus (Priest et Usher, 2004). Dans les Territoires du Nord-Ouest, les Dénés, les Inuvialuits et les Métis de presque toutes les collectivités chassent actuellement les hardes migratrices. Le prélèvement annuel dans les Territoires du Nord-Ouest s'élève à quelque 11 000 individus (Department of Environment and Natural Resources, 2006).

Une étude commandée par le Conseil de gestion des hardes de caribou de Beverly et de Qamanirjuaq a révélé que la valeur économique nette totale (viande, peaux, bois) de la récolte d'individus provenant des hardes de Beverly et de Qamanirjuaq s'élève à 19,9 millions de dollars par an, d'après une estimation d'environ 14 000 individus abattus par l'ensemble des collectivités au cours de la saison de chasse de 2005-2006 (InterGroup Consultants Ltd., 2008). La présente étude a établi la valeur régionale nette de chaque caribou entre 1 050 $ et 1 720 $, environ, en tenant compte des différences de coûts de production (y compris les coûts de déplacement) et des coûts de remplacement (par du bœuf de qualité supérieure). Les auteurs ont aussi fait ressortir que, bien au-delà de cette valeur directe, le caribou a une importance capitale pour la conservation et la transmission des connaissances, des compétences et de la culture des peuples vivant dans les territoires des hardes.

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Note de bas de page

Note de bas de page 1

Environnement Canada. 2006. Un cadre axé sur les résultats en matière de biodiversité pour le Canada. Conseils canadiens des ministres des ressources. Ottawa, ON. 8 p.

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Note de bas de page 2

Groupe de travail fédéral-provincial-territorial sur la biodiversité. 1995. Stratégie canadienne de la biodiversité : réponse du Canada à la Convention sur la diversité écologique. Environnement Canada, Bureau de la Convention sur la biodiversité. Ottawa, ON. 80 p.

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Note de bas de page 3

Les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux du Canada. 2010. Biodiversité canadienne : état et tendances des écosystèmes en 2010. Conseils canadiens des ministres des ressources. Ottawa, ON. vi + 148 p.

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Note de bas de page 4

Groupe de travail sur la stratification écologique. 1995. Cadre écologique national pour le Canada. Agriculture et Agroalimentaire Canada, Direction générale de la recherche, Centre de recherches sur les terres et les ressources biologiques et Environnement Canada, Direction générale de l'état de l'environnement, Direction de l'analyse des écozones. Ottawa/Hull, ON. 144 p. Rapport et carte nationale 1/7 500 000.

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Note de bas de page 5

Rankin, R., Austin, M. et Rice, J. 2011. Système de classification écologique pour le Rapport sur l'état et les tendances des écosystèmes. Biodiversité canadienne : état et tendances des écosystèmes en 2010, Rapport technique thématique no 1. Conseils canadiens des ministres des ressources. Ottawa, ON.

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Introduction