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Rapport technique thématique no 10. - Tendances de la population de caribous du Nord

Tendances en matière de protection de l'habitat du caribou

Une des préoccupations le plus souvent exprimées à l'égard du caribou est la nécessité de protéger les aires de mise bas au moment où les femelles s'y rassemblent (par exemple BQCMB, 2004). Actuellement, aucune harde du Canada ne dispose d'une aire de mise bas complètement protégée, bien que certaines jouissent d'une protection partielle. Une grande partie de l'aire de mise bas de la harde Bluenose-ouest se trouve dans le parc national Tuktut Nogait, créé en 1996 justement pour protéger cette aire de mise bas (Gouvernement du Canadaet al., 1996). Dans le nord-ouest du Yukon, la partie canadienne de l'aire de mise bas de la harde de la Porcupine est située à l'intérieur du parc national Ivvavik, dont la création remonte à 1984 (Parcs Canada, 2007).

Dans certaines aires de mise bas, des restrictions spéciales s'appliquent à l'utilisation des terres, afin d'assurer une certaine protection au caribou. Ainsi, les aires de mise bas des hardes de Beverly et de Qamanirjuaq bénéficient de mesures fédérales de protection depuis 1978; aucune réglementation comparable concernant l'utilisation des terres n'a été appliquée à d'autres aires de mise bas du territoire (Gunnet al., 2007). Le Québec applique une réglementation qui limite les activités permises sur des terres servant d'aires de mise bas. Ces terres sont légalement désignées comme étant utilisées par plus de cinq femelles adultes par km2, du 15 mai au 1er juillet, selon des observations par télémétrie réalisées de 1999 à 2003 (Brodeur, 2011, comm. pers.). Cependant, en 2010, l'aire de mise bas de la harde de la rivière George ne se trouvait plus dans le territoire visé par la réglementation (Taillon, 2011, comm. pers.).

Bien que la plupart des hardes soient géographiquement fidèles à leurs aires de mise bas, cette fidélité dure plus ou moins longtemps selon la harde. Cette variation entre hardes ne surprend pas, étant donné les différentes tendances qui caractérisent les effectifs (Gunnet al., Sous presse). Ainsi, chez les hardes de Beverly et de Qamanirjuaq, les lieux de mise bas n'ont pas beaucoup changé entre les années 1960 et les années 1990, mais le degré de chevauchement des deux hardes dans les aires de mise bas a varié d'une année à l'autre (Gunnet al., 2007). Par la suite, la fidélité à l'égard du lieu de mise bas traditionnel de la harde de Beverly s'est effritée, certaines femelles optant pour d'autres lieux (Gunnet al., Sous presse; Nagyet al., 2011). Chez la harde de Bathurst, il y a eu depuis 1966, année où on a commencé la cartographie aérienne des aires de mise bas, deux périodes totalisant 30 ans pendant lesquelles les lieux de mise bas étaient hautement prévisibles. Entre ces deux périodes, il y en a eu une de 11 ans (1986-1996) durant laquelle l'aire de mise bas s'est déplacée de l'est à l'ouest de Bathurst Inlet, où des mises bas avaient déjà été enregistrées dans les années 1950 (Gunnet al., 2008).

Le caribou de Beverly, avant, pendant et après la période de mise bas, passe une grande partie de son cycle annuel à se nourrir et à se déplacer sur des terres protégées à l'intérieur du refuge faunique Thelon (BQCMB, 2004). L'aire de mise bas, l'aire d'élevage et une grande partie de l'aire d'estivage de la harde d'Ahiak se trouvent à l'intérieur du refuge d'oiseaux migrateurs du golfe de la Reine-Maud et elles sont de ce fait à l'abri de la prospection et de la mise en valeur des ressources (Gunnet al., 2000b). Le refuge a été créé pour servir de zone de nidification à des multitudes de petites oies des neiges et d'oies de Ross (Études d'Oiseaux Canada et Nature Canada, Sans date). Les répercussions du nombre croissant d'oies des neiges sur la recherche de nourriture ou la transmission de maladies chez le caribou sont inconnues.

Dans les aires de répartition annuelles de la harde de la Porcupine, les zones sensibles des parcs nationaux Ivvavik et Vuntut sont protégées contre la mise en valeur des ressources, mais non contre les activités humaines, comme le tourisme et le survol d'aéronefs. (Parcs Canada, 2007; Parcs Canada, 2010a). Les aires de mise bas de la Réserve faunique nationale de l'Arctique et certaines parties de l'aire d'automne et d'hiver des monts Richardson ne bénéficient d'aucune protection permanente. La zone du nord des monts Richardson, à l'intérieur du territoire des Gwich'in, est protégée aux termes du plan d'aménagement du territoire des Gwich'in (Gwich'in Land Use Planning Board, 2003). Une autre zone du nord des monts Richardson se trouve dans la région désignée des Inuvialuits; le caractère sensible de cette région est reconnu par le plan de conservation de la collectivité d'Aklavik (Community of Aklaviket al., 2008). Il existe des plans de gestion ou d'utilisation des terres pour d'autres zones de l'aire de répartition de la harde de la Porcupine, y compris la réserve écologique Fishing Branch, le parc territorial Tombstone et le parc territorial Herschel Island (Environment Yukon, 2010a).

Les aires de répartition saisonnières du caribou sont de mieux en mieux protégées dans les Territoires du Nord-Ouest, grâce à la stratégie sur les aires protégées des Territoires du Nord-Ouest (Northwest Territories Protected Areas Strategy Advisory Committee, 1999). Ainsi, la protection de trois aires situées autour du Grand lac de l'Ours fera en sorte que les aires d'été, d'automne et d'hiver de la harde Bluenose-est seront protégées, tandis que la création de la réserve de parc national Thaidene Nene assurera la protection d'une partie des aires hivernales des hardes de Bathurst, d'Ahiak et de Beverly (Gunnet al., 2011b).

La protection de l'habitat du caribou de Peary s'améliore, deux parcs nationaux ayant été créés dans des zones importantes pour le caribou de Peary depuis le début des années 1990; la création d'un troisième parc est actuellement l'objet de négociations. L'établissement, en 1992, du parc national Aulavik dans la partie nord de l'île Banks se trouvait à protéger des terres qui servent principalement d'aire d'estivage pour le caribou de Peary (Parcs Canada, 2010b). Au nord-est de l'aire de répartition du caribou de Peary se trouve le parc national Quttinirpaaq, dans l'île d'Ellesmere, le deuxième parc national en superficie du Canada, établi en 2001 (Parcs Canada, 2006). Un troisième parc, que l'on songe à établir dans la partie nord de l'île Bathurst, protégerait le caribou de Peary. Les terres de l'éventuel parc national ont été mises en réserve en 2010.

On ne note aucune tendance claire qui mènerait à une meilleure protection des aires de mise bas du caribou migrateur au Canada (Festa-Bianchetet al., 2011). Malgré la mise en place de diverses mesures qui assurent une meilleure protection des aires de répartition annuelles de certaines hardes, il est essentiel, pour l'intégrité des aires de répartition saisonnières du caribou, d'établir des plans d'utilisation des terres qui tiennent compte spécifiquement du caribou, afin que les aires protégées soient reliées entre elles. Partout sur la planète, de plus en plus de voix s'élèvent en faveur de la protection des espèces migratrices (Berger, 2004).