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Rapport technique thématique no 10. - Tendances de la population de caribous du Nord

Évaluations par harde

 

Les estimations de population ont été compilées aux fins du présent rapport et de la base de données en ligne du réseau CARMA (CircumArctic Rangifer Monitoring and Assessment Network) (CARMA, 2010a). Lorsque cela était possible, les documents accessibles au public qui exposaient la méthodologie utilisée ont été cités. Comme il arrive que de nouvelles estimations de population soient établies pour tenir compte de nouvelles données et pour assurer leur cohérence avec les derniers relevés, on trouve dans la littérature des estimations contradictoires pour certaines hardes et certaines années. Dans de tels cas, nous avons opté pour les estimations les plus récentes publiées dans un document accessible au public.

Ces évaluations visent avant tout à mettre en lumière les tendances relatives à l'effectif des hardes et certains indices vitaux, comme le taux de survie des petits, lorsque cette information est disponible, plutôt que de faire un compte rendu exhaustif de la démographie de chaque harde. Nous avons aussi inclus certaines données sur les tendances environnementales touchant les aires de répartition des hardes.

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Harde d'Ahiak

Écozones+ (aire de mise bas) : Bas-Arctique (mise bas et estivage jusqu'au début de l'automne); Bas-Arctique et taïga du Bouclier (aires d'automne et d'hiver)

Situation et tendances

C'est par le savoir inuit et les données historiques sur la répartition du caribou que l'on a d'abord été informé de la mise bas d'individus le long de la côte du golfe de la Reine-Maud. En effet, les aînés de Gjoa Haven et les négociants de la Baie d'Hudson ont décrit comment le caribou venait mettre bas dans les îles situées le long de la côte du golfe de la Reine-Maud (Gavin, 1945). La harde a d'abord été nommée d'après le nom du golfe (Heardet al., 1986), puis, au début des années 1990, elle a été rebaptisée Ahiak, mot inuktitut.

Les études et les relevés de la harde d'Ahiak ont été rares, d'où la difficulté de dégager et d'interpréter des tendances. L'information dont on dispose provient du suivi des femelles munies de colliers émetteurs (de 1996 à 1997 et de 2001 à 2010), des relevés effectués en 1983 et en 1995 avant la période de mise bas et des relevés de la répartition des mises bas effectués en 1986 et en 1996 (Gunnet al., 2000b; Gunn et D'Hont, 2002). En 1986, un relevé visuel stratifié de l'aire de mise bas côtière a établi l'effectif à 11 265 ± 1 615 (É.-T.) individus. En 1996, le caribou s'est révélé mettre bas plus à l'ouest qu'en 1986 : un relevé restreint de l'aire de mise bas allongée le long de la côte a donné un chiffre de 83 134 ± 5 298 (É.-T.) individus (Gunnet al., 2000b). Or, en 2006, le nombre d'individus dénombrés dans cette aire de mise bas s'établissait à 123 226 ± 14 500 (É.-T.) (Johnson, données non publiées). De 2006 à 2010, les relevés annuels étaient des relevés aériens utilisés pour cartographier la répartition des mises bas et pour évaluer la densité du caribou le long de la côte du golfe de la Reine-Maud entre Bathurst Inlet et Chantrey Inlet. C'est ainsi que l'on a noté un déclin de 60 % du nombre d'individus présents dans l'aire de mise bas de 2006 à 2009, puis une hausse du nombre d'individus observés en 2010 par rapport à 2009 (Kelly, 2011, comm. pers.).

La première interprétation faite des données historiques et des résultats de relevés aériens, soit des données touchant les années 1986 à 2006, était que la harde d'Ahiak mettait bas le long de la côte et qu'elle était une harde distincte, qui hivernait dans la toundra, même si, certaines années, son aire d'hivernage s'étendait jusque dans la forêt boréale (Gunnet al., 2000b; Gunn et D'Hont, 2002). De 2007 à 2009, six femelles munies de colliers émetteurs qui avaient auparavant mis bas dans les aires de mise bas de la harde de Beverly se sont déplacées (Gunnet al., Sous presse; Nagyet al., 2011) vers ce qui avait été désigné comme l'aire de mise bas côtière traditionnelle de la harde d'Ahiak (Gunnet al., Sous presse; Gunnet al., 2000b). Mais après analyse des localisations des colliers émetteurs, Nagy et al. (2011) ont proposé une autre interprétation. Ainsi, pensent-ils, les hardes d'Ahiak et de Beverly n'étaient pas des hardes distinctes, et elles ont probablement commencé à se lier dès le milieu des années 1990, les femelles de la harde de Beverly adoptant progressivement les aires de mise bas de la harde d'Ahiak situées dans la moitié ouest du golfe de la Reine-Maud. Nagy et al. (2011) sont également d'avis que la répartition des mise bas d'une autre harde hivernant dans la toundra empiète sur la moitié ouest du golfe de la Reine-Maud et que son aire de mise bas englobe la partie est du golfe de la Reine-Maud et Chantrey Inlet.

Malgré l'incertitude quant au moment où s'est produit le changement dans la répartition des mises bas de la harde de Beverly, un changement a sans contredit eu lieu depuis 2007 : désormais, les femelles munies de colliers émetteurs de la harde de Beverly mettent bas dans l'aire de mise bas de la harde d'Ahiak. Le moment et le mécanisme de ce changement sont de toute première importance pour expliquer si l'augmentation du nombre des mises bas dans le golfe de la Reine-Maud tient, comme il a d'abord été proposé, à la harde d'Ahiak hivernant dans la toundra et/ou au déplacement continu vers le nord de la harde de Beverly.

En raison de ces deux interprétations possibles du déplacement de l'aire de mise bas de hardes de la région du golfe de la Reine-Maud, nous n'avons pas établi de graphique des effectifs dans les aires de mise bas et nous reconnaissons que la situation actuelle de la harde d'Ahiak est incertaine. Il se peut que la population de la harde d'Ahiak ait augmenté abruptement de 1986 à 2006 pour décliner ensuite de 2006 à 2009, et donner des signes d'augmentation de 2009 à 2010. Par ailleurs, il n'est pas sûr que nous disposions d'une estimation récente de la harde d'Ahiak pendant la période de mise bas dans le golfe de la Reine-Maud, car, comme le laissent entendre Nagy et al. (2011), l'essor apparent observé de 1996 à 2006 peut être dû à la lente colonisation de l'aire de mise bas par la harde de Beverly.

Depuis 2008, on effectue des relevés de la composition du printemps pour établir les rapports des nouveau-nés aux femelles. De 1996 à 1998 et de 2001 à 2005, l'étude des colliers émetteurs avait révélé que les femelles qui mettaient bas sur la côte du golfe de la Reine-Maud hivernaient surtout dans la toundra, bien que certaines années (1997 et 2001), leur répartition hivernale allait au-delà de la ligne des arbres (Gunnet al., 2000b; Gunn et D'Hont, 2002). La harde est chassée l'hiver par des chasseurs de Gjoa Haven, de Umingmaktok et de la baie Cambridge Bay (Nunavut); de Lutsel K'e (T.N.-O.) et, certains hivers, par les collectivités du nord de la Saskatchewan.

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Hardes de l'île de Baffin

Écozones+ (aire de mise bas) : Haut-Arctique (mise bas et estivage jusqu'à l'automne ou l'hiver); certaines hardes vont également dans la Cordillère arctique

Situation et tendances

Les Inuits ont fourni de l'information sur les tendances historiques de la répartition du caribou et sur les changements dans les modèles de migration des populations, en se fondant sur leurs observations de l'abondance du caribou (Fergusonet al., 1998; Knight Piésold Consulting, 2010). Ainsi, selon les Inuits de l'île de Baffin, l'effectif du caribou évolue suivant un cycle qui atteint un maximum tous les 60 à 80 ans. Si on jette un regard vers le passé, dans le sud de l'île de Baffin, l'effectif du caribou était faible dans les années 1940, puis il a augmenté dans les années 1950, atteignant un sommet dans les années 1980 et au début des années 1990, selon la région (Fergusonet al., 1998). Les tendances subséquentes demeurent non documentées, bien que, selon un dépouillement récent de rapports et d'après le savoir local, les effectifs du caribou, à tout le moins au nord de l'île de Baffin, se trouvent à un creux du cycle d'abondance (Knight Piésold Consulting, 2010). Aucun recensement n'a été fait dans le nord de l'île; les petits ont fait l'objet d'un recensement partiel et non systématique en 1997 (Jenkins, 2007). Ce relevé a mis au jour des mises bas à proximité du projet de mine à ciel ouvert de la rivière Mary, où sera extrait du minerai de fer.

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Harde de Bathurst

Écozones+ (aire de mise bas) : Bas-Arctique (mise bas et estivage jusqu'au début de l'automne); taïga du Bouclier (aires d'automne et d'hiver)

Situation et tendances

La taille et la répartition de la harde de Bathurst ont fait l'objet de contrôles fréquents, si bien que les tendances de l'effectif de la harde sont relativement bien décrites. Ainsi, l'effectif a augmenté au début des années 1980 pour atteindre un sommet en 1986 (figure 7). Puis, de 1986 à 2006, il a décliné à raison de 5 % par année, selon les recensements réalisés en 1996, 2003 et 2006. En 2009, seulement 16 000 femelles en âge de se reproduire ont été dénombrées sur le territoire de mise bas, ce qui s'est traduit par une population de 31 600 individus, soit un déclin de plus de 70 % par rapport aux chiffres de 2006. Cette tendance à la baisse est confirmée par une tendance à la diminution du taux de survie chez les petits et un taux de survie relativement faible chez les femelles adultes. Pendant la période de 2001 à 2006, le taux de survie chez les petits était la moitié moindre que celui mesuré pendant la période de 1985 à 1995. Puis, en 2007 et en 2008, la survie des petits (d'après les rapports des petits aux femelles) s'est améliorée, ce qui peut s'expliquer en partie par le faible taux de survie des femelles (Boulangeret al., 2011). La survie des petits et la répartition des mises bas font actuellement l'objet de relevés annuels.

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Figure 7. Estimations de population de la harde de Bathurst.

graphique

Les écarts-types n'ont pas été établis pour les relevés visuels et aucun écart-type n'était disponible pour les données de 1982. Les données concernent les individus d'un an et plus. Tous les relevés ont été effectués en juin.

Source : Graphique établi à partir des données rassemblées aux fins du présent rapport – 1977-1984 : Case et al. (1996); écart-type pour 1984 : Department of Environment and Natural Resources (Sans date[Bathurst]); 1986 : Heard et Williams (1991a); 1990 : Heard et Williams (1991b); 1996 : Gunn et al. (1997); 2003 : Gunn et al. (2005); 2006 : Adamczewski et al. (2009); 2009 : Adamczewski (2011c, comm. pers.)

Description longue pour la figure 7

Ce diagramme à barres montre les estimations de population de la harde de Bathurst entre 1977 et 2009. La harde a augmenté durant le début des années 1980 et a atteint un sommet en 1986. Ensuite, entre 1986 et 2006, la harde a diminué de 5 % par année. Les populations ont varié entre environ 470 000 et 30 000 individus.

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En 2010, après des audiences publiques à grande échelle concernant une proposition de gestion conjointe du gouvernement du peuple Tlicho et du gouvernement des Territoires du Nord-Ouest, l'Office des ressources renouvelables du Wek'èezhìi a recommandé de mettre un frein au prélèvement du caribou par les Autochtones et d'interdire la chasse par les résidants ainsi que la chasse commerciale (WRRB, 2010).

Par le passé, d'après les souvenirs des aînés Tlicho quant à l'abondance des caribous dans les camps de chasse de l'automne, l'effectif de la harde de Bathurst était élevé dans les années 1940 et faible dans les années 1950, puis la population a augmenté durant les décennies 1970 et 1980 (Dogrib Treaty 11 Council, 2001). Une tendance semblable s'est dégagée de l'examen de la fréquence des marques de sabots sur les racines d'épinettes (Zalatanet al., 2006). La distribution de fréquence des marques de sabots révèle un faible effectif durant les années 1920, suivi d'un regain avec apogée au milieu des années 1940, puis de nouveau un faible effectif à partir des années 1950 jusqu'aux années 1970. L'effectif a ensuite augmenté pour atteindre un sommet dans les années 1990, puis s'est effondré au tournant du siècle.

Depuis 1996, l'emplacement de l'aire de mise bas est assez prévisible et l'utilisation annuelle des aires d'élevage et d'estivage, d'après les données de déplacement des femelles munies de colliers émetteurs, n'a pas changé (Gunnet al., 2008). Les aires de répartition de l'automne et de l'hiver sont les plus grandes aires saisonnières et les moins prévisibles d'une année à l'autre (Gunnet al., Sous presse). Depuis 1998, la harde descend moins loin au sud en hiver (Gunnet al., 2011b). D'après les données de déplacement obtenues à partir des colliers émetteurs portés par les femelles, une relation positive a été établie entre, d'une part, la distance séparant l'aire d'hivernage et les aires de mise bas et, d'autre part, les taux de déplacement quotidien en mai et la date d'arrivée dans les aires principales de mise bas (Gunn et Poole, 2009). Les tendances environnementales touchant l'aire de répartition du caribou de Bathurst concordent avec les tendances enregistrées à l'échelle circumpolaire et à celle de l'écozone+ (Gunn et Poole, 2009).

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Harde de Beverly

Écozones+ (aire de mise bas) : Bas-Arctique (mise bas et estivage jusqu'au début de l'automne); taïga du Bouclier (aires d'automne et d'hiver)

Situation et tendances

La harde de Beverly a fait l'objet d'études et de relevés fréquents jusqu'au début des années 1990. Au cours des années 1980, la tendance globale de l'effectif était à la hausse (figure 8). Le taux de survie des petits était élevé dans les premières études, mais il n'a plus été mesuré après 1993. Le relevé photographique de 1994 (Williams, 1995) a établi à 151 000 ± 48 700 (É.-T.) le nombre d'individus d'un an et plus dans les aires de mise bas. En 2002, un relevé visuel des aires de mise bas a donné des densités plus faibles qu'en 1994 (Johnson et Mulders, 2009), ce qui fait penser que l'effectif de la harde a atteint sa taille maximale au milieu des années 1990. Mais les tendances récentes sont incertaines, faute d'avoir mesuré l'effectif de 1994 à 2002, puis de 2002 à 2006. Quatre relevés de l'aire de mise bas ont été effectués de 2006 à 2009, mais seulement un petit nombre de femelles, et encore moins de petits, ont été observés, malgré une vaste couverture aérienne au-dessus et autour de l'aire traditionnelle de mise bas (Adamczewskiet al., 2009). Auparavant, la répartition des mises bas reflétait une fidélité à un territoire traditionnel de mise bas, si l'on se fie aux relevés effectués de 1957 à 1974, de 1978 à 1994, en 2002 et de 2006 à 2009 (Gunn et Sutherland, 1997; Gunnet al., 2007; Johnson et Mulders, 2009; Adamczewskiet al., 2009).

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Figure 8. Estimations de population de la harde de Beverly.

graphique

Les écarts-types n'ont pas été établis pour les premiers relevés visuels. Les estimations de population concernent les individus d'un an et plus.

Source : Graphique établi à partir des données rassemblées aux fins du présent rapport – 1971 et 1978 : Heard et Decker (1980); 1980 : Gunn et Decker (1982); 1982-1988 : Heard et Jackson (1990); 1993-1994 : Williams (1995)

Description longue pour la figure 8

Ce diagramme à barres montre les estimations de population de la harde de Beverly de 1971 à 1994. La tendance générale de la taille de la harde a augmenté, passant d'environ 200 000 à 275 000 individus au cours de la période. Les relevés visuels des aires de mise bas de 1971 à 1980 montrent une diminution de la population aux alentours de 200 000 à 100 000 individus. Les relevés photographiques des aires de mise bas de 1982 à 1994 montrent l'augmentation des populations de près de 160 000 à 275 000 individus.

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Ce n'est qu'en 2006 que l'on a commencé à munir les caribous de la harde de Beverley de colliers émetteurs; ce retard a nui à la description et à l'interprétation des tendances de la harde. Selon Nagy et al. (2010; 2011), qui ont analysé les données de télémétrie recueillies dans les Territoires du Nord-Ouest et au Nunavut, dans les années 1990, une grande partie de la harde de Beverly a déplacé son territoire de mise bas d'environ 200 à 300 km, celui-ci occupant désormais la moitié ouest de la côte du golfe de la Reine-Maud. L'interprétation faite par Nagy et al. (2010; 2011) des données de télémétrie par satellite est que la harde de Beverly utilise actuellement deux territoires de mise bas, la majorité des femelles mettant bas sur la côte ouest du golfe de la Reine-Maud. Malgré une forte diminution du nombre de mises bas sur la côte du golfe de la Reine-Maud de 2006 à 2009 (Adamczewskiet al., 2009), le déclin de l'effectif de la harde de Beverly ne semble pas avoir été aussi radical qu'on l'avait d'abord craint, car certaines femelles ont simplement changé d'aire de mise bas. Quoi qu'il en soit, il y a lieu de se préoccuper de l'intensification de l'activité humaine dans le territoire traditionnel de mise bas de la harde de Beverly et des effets qu'elle pourrait avoir soit sur le déplacement du territoire de mise bas ou sur une baisse dramatique de l'effectif de la harde (Campbell et Dumond, 2011, comm. pers.).

Une autre interprétation veut que l'effectif de la harde de Beverly ait diminué, tout comme a diminué celui des hardes voisines (hardes de Bathurst et de Qamanirjuaq – voir ailleurs dans ce rapport), de 1994 à 2009. Selon Gunn et al. (Sous presse) les données de télémétrie par satellite recueillies de 2006 à 2009 et les données de relevés aériens indiquent un délaissement du territoire traditionnel de mise bas, à compter de 2007, comme en témoignent les densités extrêmement faibles enregistrées en 2006. De 2007 à 2009, six femelles munies de colliers émetteurs ont délaissé le territoire traditionnel de mise bas de la harde de Beverly au profit de la côte du golfe de la Reine-Maud, laquelle avait été décrite comme le territoire de mise bas de la harde d'Ahiak (Gunnet al., 2000b). De fait, ce déplacement du territoire de mise bas du caribou de Beverly coïncide avec une diminution substantielle du nombre de femelles en âge de se reproduire et de petits dans l'ancien territoire traditionnel. Il est possible que ce déclin ait déclenché, chez les femelles restantes, une réponse comportementale, à savoir adopter le territoire de mise bas d'une harde plus nombreuse, pour continuer de jouir des avantages que procure la mise bas en groupe.

La harde de Beverly a vraisemblablement utilisé pendant des milliers d'années son territoire traditionnel de mise bas, traversant la rivière Thelon avant la mise bas pour migrer vers les territoires de mise bas situés à proximité du lac Beverly (Gordon, 2005). Les aires d'estivage de la harde de Beverly comprenaient le refuge faunique Thelon et la toundra, au sud du refuge. À l'automne, la trajectoire de migration menait généralement la harde au sud du refuge faunique Thelon, au-delà de la ligne des arbres, et vers le nord de la Saskatchewan (BQCMB, Sans date). Les déplacements et le rut automnaux avaient généralement lieu à l'est du Grand lac des Esclaves. Lorsque l'hiver avançait, la harde de Beverly avait tendance à se déplacer vers l'ouest, en direction du bras oriental du Grand lac des Esclaves et des alentours (Thomaset al., 1998). Thomas et al. (1998) ont établi une relation entre, d'une part, la direction globale et le taux des déplacements et, d'autre part, les conditions de neige dans la forêt boréale. Ainsi ont-ils noté que la majorité du temps, le caribou se déplaçait de l'est vers l'ouest dans l'aire d'hivernage, car la neige avait tendance à être moins épaisse à l'ouest.

Depuis les années 1980, les tendances de la répartition saisonnière ne sont établies que pendant la saison de mise bas (Gunnet al., Sous presse; Gunn et Sutherland, 1997; Gunnet al., 2007; Nagyet al., 2011). L'information recueillie grâce aux colliers émetteurs donne aussi à penser que les aires d'estivage de la harde d'Ahiak chevauchent certaines des aires d'estivage connues de la harde de Beverly, au moins depuis 2006. La harde de Beverly est la cible d'une chasse saisonnière de la part des habitants de Baker (Nunavut); de Lutsel K'e (T.N.-O.); et de Black Lake, Stony Rapids et Uranium City, dans le nord de la Saskatchewan.

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Harde Bluenose-est

Écozones+ (aire de mise bas) : Bas-Arctique (mise bas et hivernage); taïga des plaines (hivernage)

Situation et tendances

La harde Bluenose-est n'a été officiellement reconnue en tant que harde distincte qu'en 1999 (Nagy, 2009b). Selon un relevé photographique effectué après la période de mise bas en 2000, l'effectif s'établissait alors à 104 000 ± 22 100 (IC de 95 %) (figure 9). Il a ensuite diminué, passant à 70 100 ± 8 100 en 2005 et à 66 800 ± 5 200 en 2006, ce qui représente un taux exponentiel de déclin de 10 % de 2000 à 2006. Mais en 2010, on a estimé à 98 600 ± 7 100 individus l'effectif de la harde après la période de mise bas. L'information n'est toutefois que partielle, car les taux démographiques n'ont pas été surveillés et les données de répartition fondées sur les individus munis de colliers émetteurs n'ont pas été analysées.

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Figure 9. Estimations de population de la harde Bluenose-est.

graphique

Les données concernent les individus d'un an et plus. Les relevés ont été effectués en juillet.

Source : Graphique établi à partir des données rassemblées aux fins du présent rapport – 2000 : Patterson et al. (2004); 2005 : Nagy et Tracz (2006); 2006 : Nagy et al. (2008); 2010 : Adamczewski (2011b, comm. pers.)

Description longue pour la figure 9

Ce diagramme à barres montre les estimations de population de la harde Bluenose-est de 2000 à 2010. Les relevés photographiques après la période de mise bas indiquent que les populations s'élevaient à un peu plus de 100 000 individus en 2000, elles ont diminué à environ 70 000 et 67 000 individus pour les années 2005 et 2006 respectivement, puis on observe un retour de populations autour de 99 000 individus en 2010.

Les tendances des indices vitaux sont incertaines car, jusqu'à récemment, la surveillance était sporadique. Les rapports des nouveau-nés du printemps aux femelles variaient de 25 à 52 nouveau-nés pour 100 femelles, et aucune tendance n'a pu être dégagée de 2001 à 2009 (Popko, données non publiées, dans Adamczewskiet al., 2009).

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Harde Bluenose-ouest

Écozones+ (aire de mise bas) : Bas-Arctique (mise bas et hivernage); taïga des plaines (hivernage)

Situation et tendances

Bien que la harde Bluenose-ouest n'ait été officiellement reconnue comme harde distincte qu'en 1999 (Nagy, 2009b), des estimations de population ont été établies pour 1986, 1987 et 1992, à partir des données de localisation émanant des colliers émetteurs recueillies après la période de mise bas chez la harde Bluenose. L'effectif de la harde a culminé à 112 400 ± 25 600 (IC de 95 %) en 1992 avant de tomber à 76 400 ± 14 300 en 2000, et à 20 800 ± 2 040 en 2005 (figure 10). Les chiffres de 2006, soit 18 050 ± 530 individus, ont confirmé ceux de 2005. Depuis lors, la tendance semble s'être stabilisée, les résultats préliminaires d'un relevé effectué en juillet 2009 indiquant un effectif de 17 900 ± 1 300 individus (Davison, 2009, comm. pers.).

Figure 10. Estimations de population de la harde Bluenose-ouest.

graphique

Les estimations portent uniquement sur les individus d'un an et plus. Les données issues des relevés photographiques de la harde « Bluenose » effectués avant 2000 ont été de nouveau analysées pour estimer les tendances de la population de la harde Bluenose-ouest. Ces estimations doivent être considérées comme moins fiables que les estimations ultérieures (Adamczewski, 2011a, comm. pers.).

Source : Graphique établi à partir des données rassemblées aux fins du présent rapport – 1986-2006 : Nagy (2009a); aussi pour 2005 et 2006 : Nagy et Johnson (2006); 2009 : Davison (2009, comm. pers.). Voir aussi la page Web du gouvernement des Territoires du Nord-Ouest pour de plus amples renseignements sur cette harde (Department of Environment and Natural Resources, Sans date[Bluenose-ouest]).

Description longue pour la figure 10

Ce diagramme à barres montre les estimations de population de la harde Bluenose-ouest de 1986 à 2009. Une tendance à la hausse est illustrée par une nouvelle analyse des relevés photographiques de la harde « Bluenose », avec une augmentation de la population de presque 90 000 à 112 000 individus de 1986 à 1992. Les relevés photographiques après la période de mise bas montrent une tendance à la baisse des populations de plus de 76 000 à environ 18 000 individus de 2000 à 2009.

Conformément aux recommandations du Conseil consultatif de la gestion de la faune (T.N.-O.), de l'Office des ressources renouvelables gwich'in et de l'Office des ressources renouvelables du Sahtu, trois organismes cogestionnaires de l'aire de répartition de la harde, il a été interdit aux chasseurs non autochtones, à compter de 2006, de prélever des individus de la harde Bluenose-ouest. Les organismes cogestionnaires ont également recommandé de limiter le prélèvement d'individus de la harde Bluenose-ouest par les Autochtones en limitant la récolte totale autorisée et en réglementant les prélèvements au moyen d'étiquettes; ces mesures sont entrées en vigueur en 2007.

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Harde du cap Bathurst

Écozones+ (aire de mise bas) : Bas-Arctique (mise bas et hivernage); taïga des plaines (hivernage)

Situation et tendances

Bien que la harde du cap Bathurst n'ait été officiellement reconnue comme harde distincte qu'en 1999 (Nagy, 2009b), des estimations de population ont été établies pour 1987 et 1992 à partir des données de localisation émanant des colliers émetteurs recueillies après la période de mise bas chez la harde Bluenose (Nagy, 2009a). L'effectif de la harde a culminé à 19 300 ± 5 400 (IC de 95 %) en 1992, avant de reculer à environ 11 100 ± 1 800 en 2000, 2 430 ± 260 en juillet 2005, et 1 820 ± 150 en 2006 (figure 11), ce qui représente un taux exponentiel de déclin de 17 %. Les résultats préliminaires d'un relevé effectué en juillet 2009 indiquent un effectif de 1 930 ± 350, ce qui donne à penser que le déclin a cessé.

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Figure 11. Estimations de population de la harde du cap Bathurst.

graphique

Les estimations portent uniquement sur les individus d'un an et plus. Les données issues des relevés photographiques de la harde « Bluenose » effectués avant 2000 ont été de nouveau analysées pour estimer les tendances de la population de la harde du cap Bathurst. Ces estimations doivent être considérées comme moins fiables que les estimations ultérieures (Adamczewski, 2011a, comm. pers.).

Source : Graphique établi à partir des données rassemblées aux fins du présent rapport – 1987-2006 : Nagy (2009a); 2005-2006 : Nagy et Johnson (2006); 2009 : Davison (2009, comm. pers.). Voir aussi la page Web du gouvernement des Territoires du Nord-Ouest pour de plus amples renseignements sur cette harde (Department of Environment and Natural Resources, Sans date[cap Bathurst]).

Description longue pour la figure 11

Ce diagramme à barres montre les estimations de population de la harde du cap Bathurst de 1987 à 2009. Une nouvelle analyse des relevés photographiques de la harde « Bluenose » montre une augmentation d'environ 12 000 à 19 000 individus entre 1987 et 1992. Les relevés photographiques après la période de mise bas indiquent des tendances à la baisse, avec des populations de plus de 11 000 individus en 2000 à environ 2 000 individus en 2009.

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Le Conseil consultatif de gestion de la faune (T.N.-O.) a recommandé de mettre fin à tout prélèvement d'individus de la harde du cap Bathurst. L'interdiction faite aux non-Autochtones est entrée en vigueur en 2006 et l'interdiction visant les Autochtones, un an plus tard. Les chiffres provisoires de 2009 donnent à croire que l'effectif de la harde se serait stabilisé. Outre l'interdiction de la chasse, de meilleurs taux de recrutement en 2008 et en 2009 peuvent avoir contribué à stopper le déclin (Davison, 2010, comm. pers.).

Harde Dolphin-et-Union

Écozones+ (aire de mise bas) : Haut-Arctique (mise bas et estivagejusqu'au début de l'automne); Bas-Arctique (hivernage)

Situation et tendances

Selon les mentions historiques et les témoignages de chasseurs inuits, l'effectif des caribous pourrait avoir atteint pas moins de 100 000 individus, environ, dans l'île Victoria à l'aube du 19e siècle (Manning, 1960). Mais au début des années 1920, l'effectif avait diminué et les migrations par la traversée du détroit de Dolphin-et-Union avaient cessé. Deux causes peuvent être évoquées : les tempêtes givrantes et l'arrivée des armes à feu. Le rétablissement a été lent, si bien que le caribou est demeuré rare jusque dans les années 1970. Dans les années 1990, l'effectif a augmenté, atteignant quelque 28 000 individus en 1997 (figure 12). Par la suite, il a été au mieux stable, des analyses préliminaires laissant entrevoir un léger déclin de 1997 à 2007 (Pooleet al., 2010; Dumond, 2011, comm. pers.).

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Figure 12. Estimations de population de la harde Dolphin-et-Union.

graphique

Les données de 2007 sont considérées comme étant préliminaires.

Source : Graphique établi à partir des données rassemblées aux fins du présent rapport – 1980 : Jakimchuk et Carruthers (1980) cités dans COSEPAC (2004); 1997 : Nishi et Gunn (2004); 2007 : Dumond (2011, comm. pers.)

Description longue pour la figure 12

Ce diagramme à barres montre les estimations de population de la harde Dolphin-et-Union de 1980 à 2007. Un relevé visuel estival réalisé en 1980 montre des populations de près de 3 400 individus. Les relevés visuels automnaux montrent des populations de près de 28 000 et 22 000 individus en 1997 et en 2007 respectivement.

Les lieux de mise bas sont dispersés sur environ la moitié du nord et du centre de l'île Victoria et d'après les observations d'individus, la superficie des aires occupées par le caribou l'été, l'automne et l'hiver a augmenté depuis le début des années 1980. Une tendance à l'augmentation de la superficie de l'aire d'hivernage s'est manifestée, avec la reprise des migrations automnales de l'île vers le continent par la traversée sur la glace de mer nouvellement formée, migrations qui avaient déjà été observées jusque dans les années 1920. La harde fait le voyage de retour à l'île Victoria d'avril à mai en traversant encore une fois sur la glace de mer. Or, la tendance à la formation tardive de la glace – de 8 à 10 jours plus tard maintenant qu'en 1982, pourrait mener à des changements dans les migrations automnales par la traversée sur la glace de mer (Pooleet al., 2010).

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Harde de la rivière George

Écozones+ (aire de mise bas) : Cordillère arctique (mise bas); taïga du Bouclier (estivage et hivernage)

Situation et tendances

Les tendances de l'effectif et de la répartition de la harde de la rivière George ont été relativement bien décrites à partir de relevés et d'études (Couturieret al., 2004; Bergerudet al., 2008; Couturieret al., 2009a; Couturieret al., 2009b). L'effectif de la harde a augmenté, passant d'environ 5 000 individus dans les années 1950 à un sommet de quelque 776 000 ± 104 000 (IC de 90 %) en 1993 (figure 13). C'est à ce moment que l'aire d'estivage s'est dégradée, ce qui peut avoir déclenché un déclin de l'effectif jusqu'à 385 000 ± 108 000 individus en 2001, suivi d'un autre déclin jusqu'à 74 100 ± 12 600 individus, selon les relevés photographiques réalisés en 2010 après la période de mise bas. De plus, la tendance de l'effectif révélée par les dénombrements par photographies aériennes est étayée par les tendances de l'abondance du lichen (Boudreau et Payette, 2004a; Boudreau et Payette, 2004b) et des marques de sabots sur les racines des arbres, arbres dont l'âge est déterminé par l'analyse des anneaux de croissance (Boudreauet al., 2003).

Figure 13. Estimations de population de la harde de la rivière George.

graphique

Les données, fondées sur des relevés des aires de mise bas (effectués en juin) et (pour 2001 et 2010) des relevés effectués après la période de mise bas (en juillet), sont toutes extrapolées pour donner l'effectif total de la harde en octobre, y compris les petits. Aucun intervalle de confiance n'a été calculé pour les relevés visuels.

Source : Graphique établi à partir des données rassemblées aux fins du présent rapport – 1973 et 1975 : Messier et al. (1988); 1976-1982 : Couturier et al. (1990); 1984 et 2001 : Couturier et al. (2004); 1993 : Couturier et Courtois (1996); 2010 : Ressources naturelles et Faune (2010) et CARMA (2011)

Description longue pour la figure 13

Ce diagramme à barres montre les estimations de population de la harde de la rivière George de 1973 à 2010. Les relevés visuels des aires de mise bas montrent que les populations ont augmenté entre 1973 et 1982, passant d'environ 105 000 à 360 000 individus. Les relevés photographiques des aires de mise bas montrent des populations de près de 640 000 et 780 000 individus pour 1984 et 1993 respectivement. Les relevés photographiques après la période de mise bas indiquent que les populations ont diminué de près de 400 000 individus en 2001 à moins de 100 000 individus en 2010.

Les tendances des indices vitaux, dont le taux de gestation et le taux de survie des nouveau-nés, sont surveillées et résumées (Couturieret al., 2004; Bergerudet al., 2008; Couturieret al., 2009a; Couturieret al., 2009b). Cette surveillance s'appuie sur des études de l'état corporel et de la masse corporelle chez les nouveau-nés et les petits d'un an. Selon Couturier et al. (2009b), la surveillance des tendances de la masse corporelle des petits à la naissance et à l'automne sera utile pour déterminer à quel moment les hardes s'approchent de leur effectif maximal.

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Harde de la rivière aux Feuilles

Écozones+ (aire de mise bas) : Haut-Arctique et Bas-Arctique (mise bas); taïga du Bouclier (hivernage)

Situation et tendances

La harde de la rivière aux Feuilles (Leaf River) a été désignée harde distincte en 1975. Son effectif est passé de 56 000 individus en 1975 à 101 000 ± 43 400 (IC de 90 %) en 1983, puis à 121 000 ± 56 400 en 1986, à 276 000 ± 75 900 en 1991 et à 1 193 000 ± 565 000 en 2001 (figure 14). Couturier et al. (2004) conseillent toutefois d'utiliser la limite inférieure de l'intervalle de confiance (628 000) pour établir l'effectif de 2001. En 2007 et en 2008, l'état corporel des femelles adultes et des petits était mauvais, et le recrutement était faible, ce qui porte à croire que l'effectif de la harde a diminué. Le relevé suivant (résultats non disponibles au moment de la préparation du présent rapport) était prévu pour l'été 2011 (Ressources naturelles et Faune, 2010). Le recrutement, la mortalité des individus munis de colliers émetteurs, l'état corporel des femelles adultes et des petits, et des observations répétées sur le terrain donnent à penser que la harde a connu un déclin depuis le recensement de 2001. Des mesures de gestion pour réagir à une tendance à la baisse d'une population sont en cours d'élaboration (Brodeur, 2011, comm. pers.).

Figure 14. Estimations de population de la harde de la rivière aux Feuilles.

graphique

Les données, fondées sur des relevés des aires de mise bas (effectués en juin) et (pour 2001) des relevés effectués après la période de mise bas (en juillet), sont toutes extrapolées pour donner l'effectif total de la harde en octobre, y compris les petits. Aucun intervalle de confiance n'a été calculé pour 1975. Le chiffre de 2001 est la limite inférieure de l'intervalle de confiance (recommandé aux fins de gestion).

Source : Données de Couturier et al. (2004)

Description longue pour la figure 14

Ce diagramme à barres montre les estimations de population de la harde de la rivière aux Feuilles de 1975 à 2001. Les relevés visuels des aires de mise bas indiquent une croissance de la population d'environ 56 000 individus en 1975 à 101 000 individus en 1993. Les relevés photographiques des aires de mise bas indiquent que les populations augmentent d'environ 121 000 individus en 1986 à 276 000 individus en 1991. Un relevé après la période de mise bas en 2001 montre une population d'environ 628 000 individus.

Les taux de déplacement ont été suivis de 1986 à 2003, et les indicateurs environnementaux, de 1973 à 2003 (Couturieret al., 2009b). Ces suivis révèlent des interactions complexes entre l'état des individus, les conditions météorologiques et la dynamique des populations.

Ces dernières années, un déplacement majeur des aires de mise bas vers le nord a été observé (Taillon, 2011, comm. pers.).

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Hardes de Lorillard et de la baie Wager

Écozones+ (aire de mise bas) : Haut-Arctique (mise bas et estivage jusqu'au début de l'automne); Bas-Arctique (aires d'automne et d'hiver)

Situation et tendances

Les hardes de Lorillard et de la baie Wager sont les deux hardes les plus importantes parmi les quelque huit hardes du nord-est du continent hivernant dans la toundra. Il existe relativement peu d'information sur les hardes du nord-est du continent (Gunn et Fournier, 2000; Gunnet al., 2000a; Oli, 2003). Mais de plus en plus d'individus sont munis de colliers émetteurs, ce qui aide à mieux comprendre les déplacements saisonniers de ces hardes (Campbell, 2005; Campbell, 2007; Nagyet al., 2011).

À la fin des années 1970, des relevés ont établi un total combiné d'environ 4 000 individus dans les aires de mise bas des hardes de Lorillard et de la baie de Wager (Donaldson, 1981, dans Heardet al., 1986). L'effectif a vraisemblablement augmenté jusqu'au milieu des années 1990. À cette époque, les chasseurs inuits ont déclaré qu'il y avait moins d'individus et que leur état de santé était mauvais (Bucklandet al., 2000). De fait, les relevés effectués avant la période de mise bas en 1995, comparés à ceux de 1983, ont révélé un déclin de l'effectif du caribou au nord de la baie Wager. D'autres relevés effectués dans les aires de mise bas de la harde de Lorillard n'ont révélé aucun changement de 1999 à 2003, tandis que le nombre estimatif d'individus dans la harde de la baie Wager a augmenté entre 2000 et 2004 (Campbell, 2005; Campbell, 2007). Ainsi, les tendances de l'effectif et de la répartition des petites hardes présentes dans le nord-est du continent sont incertaines.

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Caribou de Peary

Écozone+ : Haut-Arctique

Situation et tendances

En 1961, les populations du caribou de Peary comptaient environ 26 000 individus dans les îles de la Reine-Élisabeth, et environ 22 000, croit-on, dans les grandes îles du sud et sur la presqu'île Boothia (COSEPAC, 2004). L'effectif a ensuite connu un déclin. Le taux de ce déclin a varié au fil du temps et selon les différentes populations insulaires; dans certains cas, on a observé un renversement du déclin et dans d'autres, aucun rétablissement n'a été constaté. Les relevés sont effectués à intervalles irréguliers et seulement deux des six populations géographiques (celles des îles Banks et Bathurst) ont été régulièrement dénombrées. En 2001, le nombre total d'individus a été extrapolé à environ 8 000 (COSEPAC, 2004). Les données les plus récentes s'établissent comme suit : il y aurait environ 4 000 individus dans le Nunavut, selon les relevés allant de 2001 à 2008 (Jenkinset al., 2011), et environ 2 000 dans les Territoires du Nord-Ouest (Carrière, 2009, comm. pers.).

Populations du caribou de Peary

Îles Melville et Prince-Patrick

Les relevés, bien que peu fréquents, ont détecté un déclin brusque de la population de 1961 à 1972 et à 1973. Le taux de déclin a ralenti entre le relevé de 1974 et les suivants, effectués en 1987 et en 1997. Il peut y avoir eu des rétablissements et des pertes subséquentes, mais étant donné les longues périodes écoulées entre les relevés (16 et 10 ans), ceux-ci n'auraient pas pu être détectés. Voir la figure 15a et la figure 15b.

Groupe des îles Prince-de-Galles et Somerset

Chaque année, le caribou de Peary circule sur la glace de mer entre les îles de ce groupe. De 1974 à 1980, l'effectif du caribou a été stable, se maintenant autour de 4 000 à 6 000 individus, ce qui en faisait l'une des populations de caribou de Peary les plus importantes dans les années 1970 et 1980. Le relevé suivant n'a eu lieu que 15 ans plus tard, en 1995, et seulement quelques individus ont alors été observés. En 2004, pas un seul individu n'a été observé lors d'un relevé aérien des îles. Voir la figure 15c.

Île Bathurst (et îles satellites)

De 1961 à 1974, l'effectif du caribou de Peary a diminué d'un ordre de grandeur. De 1974 à 1994, l'effectif s'était rétabli au niveau de 1961. Par la suite, la population s'est de nouveau effondrée, et en 1997, elle comptait moins de 100 individus. Un relevé effectué en 2001 a révélé une tendance au rétablissement de la population. Voir la figure 15d.

Île Banks

La population du caribou de Peary de l'île Banks était l'une des plus importantes populations, au moment où elle a culminé à quelque 12 000 individus au début des années 1970 pour demeurer ensuite relativement stable jusqu'en 1982. C'est alors qu'elle a commencé à diminuer : en 1992, il restait environ 1 000 individus. Un rétablissement modeste avait été noté en 2001, mais celui-ci a vraisemblablement été anéanti en raison d'une tempête givrante survenue au début de l'hiver 2003 (Nagy et Gunn, 2006). Un relevé effectué en 2010 a mené à un chiffre de 1 097 ± 343 (IC de 95 %) individus (sans les petits), ce qui a confirmé la persistance d'un faible effectif dans l'île Banks. Voir la figure 15e.

Nord-ouest de l'île Victoria

Les tendances de la population du caribou de Peary du nord-ouest de l'île Victoria sont moins connues que celles de la population de l'île Banks, car les recensements y ont été moins fréquents. En 1987, l'effectif était élevé, se situant aux alentours de 2 600 individus, puis il a décliné pendant les années 1980 jusqu'à ce qu'en 1993, un relevé aérien ne détecte que quelques individus. L'effectif s'est ensuite lentement rétabli, selon des chiffres de 95 ± 60 individus (IC de 95 %) pour 1998 et de 204 ± 103 individus pour 2001. Cependant, en 2005, on estimait le nombre d'individus (sans les petits) à 66 + 61, ce qui faisait penser qu'une partie du rétablissement avait été annulée au cours des deux hivers 2002-2003 et 2003-2004, pendant lesquels des précipitations givrantes avaient eu lieu (Nagy et Gunn, 2006). Un relevé subséquent effectué en 2010 a donné un chiffre de 150 ± 104 individus (sans les petits), ce qui a confirmé la persistance d'un faible effectif. Voir la figure 15f.

Presqu'île Boothia

La population du caribou de Peary sur la presqu'île Boothia a augmenté tout au long des années 1970 et au début des années 1980. Le dernier dénombrement du caribou de cette région, effectué en 1994, a révélé un déclin par rapport à celui de 1985 (Gunn et Dragon, 1998). Mais il est difficile de dégager des tendances claires, car la télémétrie par satellite a révélé que la presqu'île est fréquentée à la fois par le caribou de Peary et par le caribou de la toundra (Gunnet al., 2000a).

Îles orientales des îles de la Reine-Élisabeth (îles Ellef Ringnes, Amund Ringnes, Devon, d'Ellesmere, Axel Heiberg, Cornwall, King Christian, Graham)

Il existe relativement peu d'information pour dégager des tendances. Un relevé a été fait en 1961, mais il était si incomplet que les chiffres auxquels il a donné lieu (près de 1 500 individus) ne peuvent être qu'approximatifs (Tener, 1963). Depuis 2001, le ministère de l'Environnement du Nunavut effectue des relevés aériens printaniers des îles, qui ont donné les estimations suivantes pour les individus de 10 mois et plus (Jenkinset al., 2011) :

  • île d'Ellesmere (y compris l'île Graham) – relevés effectués en partie en 2005 et en partie en 2006 : les résultats combinés ont mené à un chiffre de 1 021 individus;
  • îles Axel Heiberg – relevés effectués en 2007 : 2 291 (IC de 95 % : de 1 636 à 3 208) individus;
  • îles Amund Ringnes, Ellef Ringnes, King Christian, Cornwall et Meighen – relevés effectués en 2007 : total de 282 (IC de 95 % : de 157 à 505) individus;
  • île Lougheed – relevés effectués en 2007 : 372 (IC de 95 % : de 205 à 672) individus;
  • île Devon – relevé effectué en 2008 : 17 individus dénombrés (relevé élaboré).

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Figure 15. Estimations des populations du caribou de Peary.

graphiques

Sources des données de la figure 15 :

  1. Île Melville : 1961 : Tener (1963) cité dans Miller et al. (1975); 1972-1974 : Miller et al. (1977); 1987 : Miller (1988); 1997 : Gunn et Dragon (2002)
  2. Île Prince-Patrick : 1961 : Tener (1963) cité dans Miller et al. (1975); 1973 et 1974 : Miller et al. (1977); 1986 : Miller (1987);1997 : Gunn et Dragon (2002)
  3. Îles Prince-de-Galles, Russel et Somerset : 1980 : Gunn et Decker (1984) cités dans Gunn et al. (2006); 1995 : Gunn et Dragon (1998); 2004 : Jenkins et al. (2011)
  4. Île Bathurst et îles satellites : 1961 : données de Tener (1963) ajustées par Miller et Barry (2009) pour normaliser la taille des îles utilisées dans les calculs, pour qu'elles puissent être comparées aux résultats des relevés ultérieurs; 1973 et 1974 : Miller et al. (1977) cités dans Miller et Barry (2009);1975 : Fischer et Duncan (1976) cités dans Miller et Barry (2009);1981 : données de Ferguson (1987) ajustées par Miller et Barry (2009) pour prendre en compte de petites îles exclues du relevé;1985 et 1988 : Miller (1991); 1993 et 1994 : données de Miller (1998) ajustées par Miller et Barry (2009) pour prendre en compte les petites îles exclues du relevé; 2001 : Jenkins et al. (2011)
  5. Île Banks : 1972 : Urquhart (1973) cité dans Gunn et al. (2000c); 1982 : données de Latour (1985) analysées de nouveau par Nagy et al. (2009f); 1985 : McLean et al. (1986); 1987 : McLean (1992); 1989 : McLean et Fraser (1992); 1991 : Fraser et al. (1992); 1992 : Nagy et al. (2009b); 1994 et 1998 : Larter et Nagy (2001); 2001 : Nagy et al. (2006); 2005 : Nagy et al. (2009c); 2010 : Davison et al. (En prép.)
  6. Nord-ouest de l'île Victoria : 1980 : Jakimchuk et Carruthers (1980) cités dans Gunn (2005); 1987 : Gunn et al. (2000c); 1993 et 1994 : Gunn (2005); 1998 : Nagy et al. (2009d); 2001 : Nagy et al. (2009e); 2005 : Nagy et al. (2009a); 2010 : Davison et al. (En prép.)
Description longue pour la figure 15

Ce graphique présente les six graphiques à barres montrant des estimations de la population du caribou de Peary entre 1960 et 2010. Les graphiques sont décrits dans la série de points ci-dessous :

  1. Île Melville : Les relevés peu fréquents indiquent un fort déclin entre 1961 et 1974 (environ 12 800 et 1 700 individus respectivement). Les déclins sont moins rapides pour les relevés suivants, environ 900 en 1987 et 800 en 1997.
  2. Île Prince-Patrick : Les relevés peu fréquents indiquent un fort déclin entre 1961 et 1974 (environ 2 200 et 600 individus respectivement). Les déclins sont moins rapides pour les relevés suivants, environ 150 en 1986 et 80 en 1997.
  3. Îles Prince-de-Galles, Russell et Somerset : Entre 1974 et 1980, le nombre de caribous a été stable dans une fourchette de 4 000 à 6 000 individus. Il y a ensuite eu une pause de 15 ans dans les relevés jusqu'en 1995, et seuls quelques caribous ont alors été découverts. En 2004, on n'a observé aucun caribou au cours d'un relevé aérien des îles.
  4. Île Bathurst et îles satellites : Entre 1961 et 1974, le nombre de caribous de Peary a diminué selon un ordre de grandeur. Entre 1974 et 1994, le nombre d'individus s'est rétabli au niveau de 1961. Un déclin abrupt a suivi et, en 1997, moins de 100 caribous étaient encore présents. Un relevé de 2001 a révélé que la tendance était au rétablissement de la population.
  5. Île Banks : Les populations ont atteint un sommet à environ 12 000 individus au début des années 1970 et sont restées relativement stables jusqu'en 1982. La population a diminué à environ 1 000 caribous en 1992 et un petit rétablissement initial a été atteint en 2001. Un relevé de 2010 a confirmé la persistance du faible nombre d'individus (environ 1 000).
  6. Nord-ouest de l'île Victoria : Les relevés peu fréquents indiquent une baisse d'environ 4 500 individus en 1980 à 2 600 en 1987. La population a diminué dans les années 1980 jusqu'en 1993, alors que seuls quelques caribous ont été aperçus pendant un relevé aérien. La population s'est lentement rétablie avec des estimations de 95 individus en 1998 et 200 en 2001, même si les relevés de 2005 et 2010 confirment la persistance du faible nombre d'individus.

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Hardes des îles Pen et du cap Churchill

Écozone+ : plaines hudsoniennes

Nota : Le résumé qui suit a été rédigé à partir de l'évaluation de la situation et des tendances des écosystèmes de l'écozone+ des plaines hudsoniennes, avec la permission des auteurs (Abrahamet al., 2012).

Situation et tendances

Ces deux hardes du nord de l'Ontario et du nord-est du Manitoba sont considérées comme un écotype migrateur de la toundra forestière et elles ont été surveillées et évaluées de façon sporadique au cours des deux dernières décennies.

La harde des îles Pen est en déclin, et son aire de répartition se déplace vers l'est. La harde est devenue un point de mire au milieu des années 1980 : depuis plusieurs étés, on observait de grands nombres d'individus le long de la côte. De 1979 à 1994, des dénombrements photographiques périodiques de la harde des îles Pen effectués en été le long des côtes ontarienne et manitobaine de la baie d'Hudson, ont révélé une augmentation de l'effectif de la harde, celui-ci passant d'un creux de 2 300 individus en 1979 à un sommet de 10 798 individus en 1994 (Abraham et Thompson, 1998). Depuis une dizaine d'années, des changements majeurs sont survenus. En effet, par le passé, la harde mettait bas et passait l'été sur la côte de la baie d'Hudson, dans la région des îles Pen, et hivernait à l'intérieur des terres, près de la limite entre les écozones+ du Bouclier boréal et des plaines hudsoniennes. S'appuyant sur des relevés photographiques (Thompson et Abraham, 1994), des relevés non systématiques et des observations fortuites concernant la période de 1965 à 2003, Magoun et al. (2005) ont constaté un déplacement vers l'est de l'utilisation des zones côtières depuis la fin des années 1990, le caribou devenant plus commun à l'est de la rivière Severn. Des relevés systématiques effectués au printemps et à l'été des années 2008 et 2009 sur la côte sud de la baie d'Hudson ont révélé un changement majeur dans l'utilisation estivale des zones côtières, la plupart des individus étant observés encore plus loin à l'est, près de Cape Henrietta-Maria (Abrahamet al., Accepté aux fins de publication). Les relevés ont aussi indiqué qu'un déclin important de l'effectif pourrait avoir eu lieu. Les résultats peuvent refléter : 1) un déplacement de l'aire fréquentée par la harde des îles Pen, et/ou 2) une diminution du nombre d'individus dans l'ancienne aire des îles Pen conjuguée à une augmentation du nombre d'individus dans l'est.

La harde de Cape Churchill a été peu étudiée, mais on pense que son effectif a augmenté à un rythme assez soutenu à partir du milieu des années 1960 et qu'il est demeuré stable ces dix dernières années. Les estimations faites à partir des relevés aériens de 1965 situaient l'effectif de la harde à environ 58 individus. D'après un autre relevé effectué en 1988, l'effectif se situait entre 1 800 et 2 200 individus (Campbell, 1995). En 1997-1998, l'effectif minimal était estimé à 3 013 individus adultes (Elliott, 1998). Un relevé aérien effectué par Parcs Canada les 28 et 29 mai 2005 le long des trajectoires de vol au-dessus de l'aire de mise bas connue a dénombré 644 individus (Stewart, 2009, comm. pers.). Trois dénombrements faits à partir d'une photographie aérienne fortuite prise le 20 juillet 2007 ont donné une moyenne de 2 937 individus, ce qui correspond à peu près à l'effectif minimal établi en 1997-1998 (Abrahamet al., 2012).

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Harde de la Porcupine

Écozones+ (aire de mise bas) : Bas-Arctique (mise bas et début de l'été); taïga de la Cordillère (toute l'année); taïga des plaines (printemps, automne et hiver)

Situation et tendances

La harde de la Porcupine est étroitement surveillée : les lieux de mise bas sont repérés chaque année depuis le début des années 1970, le taux de survie des nouveau-nés est déterminé chaque année depuis 1983, et les estimations de population sont elles aussi établies chaque année depuis 1976. Le déplacement hâtif de la harde hors de la plaine côtière de l'Alaska et le mauvais temps de la fin juin et du début juillet ont empêché de faire des estimations de la population de 2003 à 2009. La harde compte actuellement 169 000 individus, d'après les résultats du recensement de 2010 (Campbell, 2011). Voir la figure 16.

Figure 16. Estimations de population de la harde de la Porcupine.

graphique

Relevés effectués au moyen de photographies aériennes à partir desquelles les nombres sont extrapolés. Nombres totaux – aucune estimation de la variance établie. Les petits sont compris dans les nombres.
Source : Graphique établi à partir des données rassemblées aux fins du présent rapport – 1972-2001 : Caikoski (2009), voir aussi Joly et al. (2011); 2010 : Campbell (2011)

Description longue pour la figure 16

Ce diagramme à barres montre les estimations de population de la harde de la Porcupine de 1972 à 2010. Des relevés fréquents pendant la période montrent une hausse depuis le début des années 1970 jusqu'aux années 1980. Les populations ont atteint un sommet en 1989 avec environ 178 000 individus; toutefois les chiffres ont diminué au cours des années 1990 pour atteindre environ 120 000 individus en 2001. Dans les relevés de 2010, on a dénombré environ 169 000 caribous dans la harde.

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L'effectif de la harde de la Porcupine a atteint un sommet en 1989 (178 000 individus) puis a décliné jusqu'au recensement de 2001 à un rythme de 3,5 % par année, selon les données des recensements de 1992, 1994, 1998 et 2001. De toutes les hardes de l'Amérique du Nord dont l'effectif a augmenté au cours du dernier quart du 20e siècle, la harde de la Porcupine est celle qui a connu le taux d'accroissement le moins élevé; elle est donc la moins productive des grandes hardes de caribou migrateur (figure 4).

En général, la harde de la Porcupine quitte ses aires d'hivernage du centre du Yukon et de l'Alaska pour se déplacer vers le nord, atteignant les contreforts de la chaîne de Brooks, en Alaska, et les monts Britanniques, au Yukon, à la fin mai. La mise bas a lieu au début juin soit dans les contreforts ou dans la plaine côtière, selon les conditions de neige (Russellet al., 1993; Griffithet al., 2002). Une analyse récente des données de localisation d'individus munis de colliers émetteurs révèle une relation possible entre, d'une part, le déplacement des territoires de mise bas et d'élevage et, d'autre part, la variation des températures printanières et des conditions de neige, et leurs effets sur la végétation (Russell, données non publiées). Les températures douces du printemps 1990 se sont accompagnées d'un nombre accru de mises bas dans la plaine côtière; à l'inverse, les printemps relativement frais des années 1980 et 2000 se sont traduits par des mises bas plus nombreuses dans les contreforts, associées à des taux de prédation supérieurs des nouveau-nés. Voir la section sur les changements climatiques, pour une discussion des effets des changements et de la variation du climat sur la dynamique de la population de la harde de la Porcupine.

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Harde de Qamanirjuaq

Écozones+ (aire de mise bas) : Bas-Arctique (mise bas et estivage jusqu'au début de l'automne); taïga du Bouclier (aires d'automne et d'hiver)

Situation et tendances

L'effectif de la harde de Qamanirjuaq était faible dans les années 1970, puis il a augmenté au cours des années 1980, jusqu'en 1994 (496 000 individus) (figure 17). En 2008, le gouvernement du Nunavut a effectué des relevés des aires de mise bas et de la composition automnale de la harde. L'effectif a alors été estimé à 349 000 ± 44 900 (É.-T.) individus, ce qui indique que la harde aurait atteint un sommet puis décliné d'environ 30 % depuis 1994. Toutefois, le déclin n'est pas statistiquement significatif. La tendance du rapport des nouveau-nés du printemps aux femelles a diminué avec le temps : il était de 50 à 100 en 1992, de 42 à 100 en 1996, de 30 à 100 en 1999, de 26 à 100 en 2003, pour passer à moins de 20 à 100 entre 2006 et 2008 (Campbellet al., 2010).

Figure 17. Estimations de population de la harde de Qamanirjuaq.

graphique

Lorsque l'écart-type n'est pas indiqué, c'est qu'il n'a pas été calculé.

Source : Données de Campbell et al. (2010)

Description longue pour la figure 17

Ce diagramme à barres montre les estimations de population de la harde de Qamanirjuaq de 1976 à 2008. Les relevés visuels des aires de mise bas montrent le faible nombre d'individus de 1976 à 1980, passant à environ 180 000 en 1982. Les relevés photographiques des aires de mise bas indiquent une population généralement stable autour de 230 000 individus de 1983 à 1988, avec un pic en 1994 jusqu'à environ 500 000 individus, puis un déclin à 350 000 individus en 2008.

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Harde de l'île Southampton

Écozones+ (aire de mise bas) : Bas-Arctique (mise bas et estivage jusqu'à l'automne ou l'hiver); Haut-Arctique (hivernage)

Situation et tendances

Les tendances du caribou de l'île Southampton sont connues grâce à une surveillance relativement intense exercée sur la harde depuis sa réintroduction en 1967 (Parker, 1975; Heard et Ouellet, 1994; Campbell, 2006; Campbell, 2007). Quarante-huit individus (dont 28 femelles) de l'île Coats y ont été introduits, après la disparition de l'espèce en 1952, en partie à cause d'une chasse excessive (Parker, 1975). En l'absence de loups, disparus localement depuis 1937, le nombre d'individus a rapidement augmenté, d'environ 27 % par année, pour culminer à environ 30 000 en 1997. De 1997 à 2007, l'effectif de la harde a chuté de moitié, selon un taux exponentiel annuel de 6 %. Les estimations faites en 2003 et en 2005 n'étaient pas significativement différentes : 18 000 ± 2 100 en juin 2003 et 20 600 ± 3 100 en juin 2005 (figure 18).

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Figure 18. Estimations de population de la harde de l'île Southampton.

graphique

Source : Graphique établi à partir des données rassemblées aux fins du présent rapport – 1968-1991 : Heard et Ouellet (1994); 1995-2005 : Campbell (2006); 2007 et 2009 : Division de la gestion de la faune, ministère de l'Environnement, gouvernement du Nunavut (2009)

Description longue pour la figure 18

Ce diagramme à barres montre les estimations de population de la harde de l'île Southampton entre 1978 et 2009. Quarante-huit caribous ont été introduits en 1967 et la surveillance (des relevés aériens des transects) a été relativement intense. La population de caribous a rapidement augmenté d'environ 27 % par année, et elle a atteint un pic à environ 30 000 individus en 1997. Entre 1997 et 2007, la harde a connu un déclin de 50 % à un taux exponentiel de diminution annuel de 6 %. Les populations ont été estimées à 14 000 individus en 2009.

L'augmentation de l'effectif de la harde a été à l'origine d'une chasse commerciale dans les années 1990 et 2000 (voir la section sur la chasse). Au cours de cette période, on procédait à l'échantillonnage d'individus pour examiner leur état de santé. De 1995 à 1998, l'état du caribou s'est lentement dégradé, puis s'est rétabli pour retourner aux niveaux de 1995 en 2000 (Campbell, 2006). De 2004 à 2005, l'état corporel du caribou s'est détérioré en même temps que son régime alimentaire passait des graminées et des lichens aux mousses (Campbell, 2006). Les conditions de givrage qui ont caractérisé l'automne de 1998 et l'automne de 2005 peuvent avoir limité l'accès aux graminées au début et au milieu de l'hiver, ce qui pourrait avoir eu un effet sur l'état corporel des individus (Campbell, 2006). En 2003, les taux de gestation ont diminué, passant de 90 % à 95 %, pendant la période de 1997 à 2000, à 60 %, en 2003, et ont ensuite continué à baisser, atteignant 25 % en février 2005, année où un déclin de l'état corporel a aussi été constaté (Campbell, 2007). Parmi les facteurs possibles des faibles taux de gestation peuvent figurer l'incidence élevée de Brucella suis et la faible proportion de mâles arrivés à maturité dans l'effectif (seulement 12 % en avril 2005) (Campbell, 2006).

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Harde de la presqu'île Tuktoyaktuk

En 2005, les chasseurs ont signalé une augmentation du nombre d'individus dans la presqu'île Tuktoyaktuk après que la harde de rennes appartenant à des intérêts privés eut été déménagée ailleurs, vers 2001. Un dénombrement systématique effectué par la voie des airs en septembre 2005 a établi l'effectif à quelque 2 700 individus (y compris les petits), dont environ 20 % étaient des rennes domestiqués (Department of Environment and Natural Resources, 2005). En mars 2006, 26 individus, dont 19 femelles, ont été munis de colliers émetteurs. Ceux-ci ont révélé que les déplacements semblaient être relativement limités à la presqu'île supérieure (Department of Environment and Natural Resources, 2005). En juillet 2006, un relevé photographique effectué après la période de mise bas a donné une estimation de 2 866 rennes/caribous, sans les petits (Nagy et Johnson, 2006). Un nouveau relevé a été effectué le 25 juin 2007 (Davisonet al., 2007), puis en 2009, année où 2 752 ± 276 (IC de 95 %) individus ont été dénombrés (Department of Environment and Natural Resources, Sans date[presqu'île Tuktoyaktuk]).

La tendance de la productivité à la fin de l'hiver, dérivée des rapports des nouveau-nés aux femelles pour la période de 2008 à 2011, indique des années consécutives de rapports élevés des nouveau-nés aux femelles après 2007, alors que ce rapport était auparavant de 30 nouveau-nés pour 100 femelles (Davison et Branigan, 2011).

Il n'y a aucune restriction à la chasse, sauf du 1er avril au 15 juin, période où elle est interdite. Ce répit permet à la harde voisine du cap Bathurst de traverser la presqu'île Tuktoyaktuk pendant sa migration vers son aire de mise bas du cap Bathurst. On ignore le nombre total d'individus et la proportion de mâles et de femelles abattus chez la harde de la presqu'île Tuktoyaktuk. Les chasseurs se sont dits préoccupés par les prédateurs : ils ont déclaré avoir vu d'importantes meutes de loups dans l'aire de répartition du caribou. La route toutes saisons proposée, qui reliera Tuktoyaktuk et Inuvik, traversera l'aire d'hivernage de la harde de la presqu'île Tuktoyaktuk (Department of Environment and Natural Resources, Sans date[presqu'île Tuktoyaktuk]).

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