Zones marines

Réseaux trophiques marins

Photo : Le grand héron © iStock.com/BirdImages

Le plancton est constitué de plantes et d’animaux en suspension dans l’eau, qui se déplacent passivement au gré des courants océaniques. Certaines espèces peuvent atteindre des densités très élevées (jusqu’à 20 millions de cellules par litre) sur des zones très étendues (des milliers de kilomètres carrés), et leurs efflorescences peuvent être observées par satellite. Les plantes, bactéries et algues planctoniques (phytoplancton) constituent la base du réseau trophique marin. Les animaux planctoniques (zooplancton) établissent un lien essentiel entre le phytoplancton dont ils se nourrissent, et les poissons, oiseaux de mer et autres espèces marines, qui les mangent à leur tour2.

Changement saisonnier des efflorescences de zooplancton, détroit de Georgia

Date d’efflorescence maximale
Graphe : Changement saisonnier des efflorescences de zooplancton, détroit de Georgia. Cliquez pour obtenir une description du graphique (nouvelle fenêtre).
Source : Adapté de Pêches et Océans Canada (MPO), 20105.

La date et la durée de l’efflorescence maximale de zooplancton ont changé au cours des quarante dernières années dans toutes les écozones+ marines du Pacifique et de l’Atlantique. Par exemple, l’abondance maximale de Neocalanus, l’espèce de zooplancton dominante dans le détroit de Georgia, s’est produite environ 50 jours plus tôt dans les années 2000 que dans les années 1960 à 1970. Cela a créé un décalage entre les petits poissons et le zooplancton qui constitue leur proie. Les jeunes saumons qui entrent dans le détroit au début de la saison, tels que le saumon kéta, le saumon rose et le saumon rouge, ont profité de ce changement, tandis que les espèces qui arrivent tard dans la saison, notamment le saumon chinook et le saumon coho, ont vu leur population diminuer15. Neocalanus a également fortement décliné depuis 2001, et cette diminution en Photo : Harengs dans Saanich Inlet, prédateurs du zooplancton © VENUS, Université de Victoriaabondance pourrait s’accélérer et nuire aux espèces qui en ont besoin pour se nourrir15.

Les efflorescences de phytoplancton au printemps commencent plus tôt, sont plus intenses et durent plus longtemps sur le plateau néo-écossais que dans les années 1960 et 197016.

Déclin du krill dans l’ouest de l’Atlantique nord et sur le plateau Néo-Écossais

Nombre moyen de krills (logarithme x+1) par 3 m3 d'eau de mer filtrée, 1961 à 2008
Graphe : Déclin du krill dans l’ouest de l’Atlantique Nord et sur le plateau néo-écossais. Cliquez pour obtenir une description du graphique (nouvelle fenêtre). Photo : Krill © VENUS, Université de Victoria.
Remarque : Aucune donnée disponible pour 1979 à 1990
Source : Adapté de Johns, 201017.

Plusieurs espèces de zooplancton qui jouent un rôle jugé essentiel dans le réseau trophique marin sont en déclin. Les euphausiacés, également appelés krill, dans l’ouest de l’Atlantique Nord et sur le plateau néo-écossais, se nourrissent de phytoplancton aux plus jeunes stades et constituent la proie des jeunes poissons de fond, des espèces de poissons pélagiques et des cétacés à fanons. Leur abondance a diminué entre les années 1960 à 1970 et les années 1990 à 200818.

Tendances des populations de crevettes nordiques et de quatre de leurs prédateurs

Mesures des populations pour chacune des espèces, de 1976 à 2000
Graphique composé : Tendances des populations de crevettes nordiques et leurs prédateurs. Cliquez pour obtenir une description du graphique (nouvelle fenêtre).
Remarque : Les mesures sont exprimées en captures par unité d’effort (CPUE) pour les crevettes, en tonnes pour la morue et le sébaste, en kilogrammes par trait pour la raie, et en kilogrammes par casier pour le crabe des neiges.
Source : Adapté de Pêches et Océans Canada (MPO), 20105.

Sur les plateaux continental de Terre-Neuve et du Labrador, dans les années 1990, une diminution de l’abondance des poissons de fond s’est accompagnée d’une hausse spectaculaire des populations d’invertébrés tels que les crevettes et les crabes. Une combinaison de plusieurs facteurs a probablement entraîné ces changements dans le réseau trophique marin, notamment la pêche excessive des poissons de fond, le changement des températures de l’eau et la baisse du taux de prédation des invertébrés. En réponse à ce phénomène, la pêcherie commerciale est passée des poissons de fond à des espèces situées à des échelons inférieurs dans le réseau trophique, comme la crevette, le crabe des neiges et, plus récemment, l’holothurie, le buccin et la myxine. L’évolution de la pêcherie d’un échelon trophique supérieur à un échelon inférieur est un phénomène mondial souvent désigné par l’expression « pêche des espèces aux échelons inférieurs de la chaîne alimentaire »5.

Un changement équivalent dans la structure de l’écosystème s’est produit dans l’écozone+ du golfe du Maine et sur le plateau néo-écossais, ainsi que dans le golfe et l’estuaire du Saint-Laurent, entre 1985 et 1990. Cette transition se traduit par une diminution des populations de poissons de fond et de zooplancton et par une augmentation, en parallèle, des populations de phoques, de petits poissons pélagiques et d’invertébrés. Un moratoire sur la pêche commerciale du poisson de fond a été mis en application dans le golfe du Maine et sur le plateau néo-écossais en 1993, mais n’a permis qu’un rétablissement limité de certaines espèces de poisson de fond5.

Régime alimentaire du guillemot de brünnich aux îles Coats et Digges

Graphe : Régime alimentaire du Guillemot de Brünnich aux îles Coats et Digges. Cliquez pour obtenir une description du graphique (nouvelle fenêtre).
Source : Adapté de Gaston et al., 200919.

 

Dans la baie d’Hudson et la baie James, le petit saïda franc (Boreogadus salida) est reconnu comme une espèce clé qui joue un rôle central dans la dynamique du réseau trophique. Le saïda franc constitue un élément majeur du régime alimentaire des oiseaux de mer et des mammifères marins tels que les phoques annelés et les bélugas, même s’il ne semble pas être l’aliment unique d’aucune de ces espèces20. Les populations du saïda franc peuvent être extrêmement abondantes : des densités de 11 kg/m2 de saïda ont été signalées dans la baie Franklin englacée (mer de Beaufort)21.

Le principal aliment des oisillons de Guillemots de Brünnich dans les îles Coats et Digges est passé du saïda franc au capelan au milieu des années 1990. Cette transition reflète un changement dans l’abondance relative du saïda franc et du capelan. À mesure que l’étendue et la durée des glaces de mer déclinent, l’abondance du saïda franc, qui est une espèce associée aux glaces de mer, diminue tandis que les populations de capelan, quiPhoto : Guillemots de Brünnich © Garry Donaldson préfèrent les eaux plus chaudes, augmentent19. Contrairement à la baie d’Hudson, le capelan diminue en pourcentage du régime des guillemots sur les plateaux continentaux de Terre-Neuve et du Labrador19, où l’abondance et la taille des capelans ont diminué22.

Monde

Tendances mondiales

Au cours des cinquante dernières années, on a observé, dans le monde entier, une diminution de la taille des efflorescences de phytoplancton, un changement dans la composition des espèces et une apparition plus précoce de ces efflorescences2.